Accueil > La Pérégrination vers l'Ouest > Chapitre11

011 OÙ LE SOUVERAIN DES TANG, REVENU À LA VIE, OBSERVE LA PRATIQUE DU BIEN, ET XIAO YU, SOUCIEUX DU SALUT DES ÂMES EN PEINE, JUSTIFIE LA PORTE DE VACUITÉ.

Ainsi qu'en témoigne le poème:

Cent ans passent comme coulent les eaux,

La vie ne dure pas plus qu'écume:

Hier encore teint rose de la pêche,

Aujourd'hui, déjà, du givre aux tempes!

Ce n'était qu'un rêve de termites

Le coucou rappelle le pays perdu"

"Bonnes actions secrètes sont source de vie;

Bien ne cherche pitié car Ciel en prend souci.

Revenons à Taizong qui suivait le juge Cui et le maréchal Zhu après avoir échappé aux créanciers d'injustices dont ils réclamaient réparation. Ils marchèrent longtemps avant d'arriver à la bifurcation des Six chemins de la transmigration

3. On y voyait des gens qui s'élevaient dans

les nuages, cape de nuées sur les épaules; d'autres, munis de talismans, portaient des amulettes en forme de poisson rouge à la taille; moines, nonnes, prêtres taoïstes, laïques, bêtes et oiseaux, diables ou démons, c'était un flot continu qui surgissait et se précipitait sous la roue de la transmigration, chacun prenant le chemin qui lui était assigné.

«Qu'est-ce que signifie tout cela? demanda l'empereur.

— Votre Majesté», répondit le juge, «maintenant que votre esprit éclairé perçoit sa nature de bouddha, il faut vous souvenir de ce que vous voyez et le faire connaître au monde des vivants. C'est, ce qu'on appelle les "Six chemins de la transmigration": ceux qui pratiquent le bien montent, transformés en immortels; ceux qui se sont montrés loyaux jusqu'au bout renaissent dans les honneurs; les pieux revivent dans le chemin du bonheur; les justes redeviennent des hommes; les vertueux entrent en richesse; les méchants s'enfoncent dans la voie démoniaque.»

A ces mots l'empereur, hochant la tête en soupirant, déclara:

«Le bien est vraiment bien!

Faites-le: plus de malheur!

Gardez toujours bon cœur,

Ouvert grand à la bonté!

"Point

de mauvaises pensées,

Il faut moins souvent ruser!

Ne niez pas la rétribution,

Les dieux en ont disposition!»

Le juge accompagna Taizong jusqu'à la porte de la voie des Honneurs, puis le salua et lui cria:

«Votre Majesté! C'est par là que vous devez sortir, l'endroit où l'humble juge que je suis doit vous faire ses adieux et s'en retourner. Je laisse le maréchal Zhu vous raccompagner une étape de plus.

— Je suis désolé, maître, de vous avoir fait marcher si loin.

—

Quand Votre Majesté sera retournée au monde

des vivants, qu'Elle ne manque surtout pas de faire célébrer la grande cérémonie par l'Eau et la Terre pour le salut des âmes en peine à l'abandon, qu'elle n'oublie à aucun prix! S'il n'y a plus de rumeurs de vengeance au monde des ombres, celui de la lumière jouira de la prospérité de la Grande paix. Si vous réformez inlassablement tout ce qui esi contraire au bien, si votre exemple entraîne tous les gens du monde à la pratique du bien, soyez sûr que Votre Majesté sera la gloire des générations à venir, que votre domaine terrestre sera consolidé à jamais!»

L'empereur approuva chacune de ces exhortations, prit congé du juge, franchit la porte en compagnie du maréchal Zhu, et vit un cheval bai à crinière noire entièrement sellé et bridé. Zhu pria sur-le-champ l'empereur de le monter, l'aidant à gauche, puis à droite. La monture partit comme la flèche.

Ils furent bientôt au bord des eaux de la rivière Wei où une paire de carpes dorées sautaient à qui mieux mieux dans les vagues. Le speâacle réjouit tant l'empereur qu'il arrêta son cheval sans pouvoir se résoudre à en détacher son regard.

«Votre Majesté!» lui criait le maréchal, «dépêchonsnous, entrons en ville avant qu'il ne soit trop tard!»

Comme l'empereur s'absorbait dans ce spectacle, sans consentir à bouger, le maréchal lui prit le pied en criant encore plus fort: «Pas encore parti? Qu'attendez-vous donc?»

Un gros plouf! Il l'avait poussé de son cheval en plein dans la rivière! C'est ainsi que Taizong échappa au monde des ombres pour se retrouver d'une traite dans celui des vivants.

Or, à la cour des Tang, les hauts dignitaires civils et militaires

s'étaient tous réunis au palais de l'Est pour assurer la protection du prince héritier, qui célébrait le deuil dans la salle du Tigre-Blanc en compagnie de l'impératrice, des concubines impériales, des dames de la cour et du chef des services. On était unanimement d'avis de proclamer le deuil dans tout l'empire et de mettre le prince héritier sur le trône. À ce moment, Wei Zheng, qui se tenait sur le côté, intervint:

«Messieurs, n'en faites rien! Il ne le faut pas! Il serait à craindre que l'imprévisible ne se produise, si vous jetez l'alarme dans nos provinces. Attendez donc encore un jour: notre maître reviendra certainement à la vie.

—

Notre ministre divague», s'exclama Xu Jingzong en s'avançant, «ainsi que le dit l'antique adage, de même que l'eau versée ne se peut ramasser, ne saurait revenir celui qui est parti.

À quoi bon prononcer ces vaines paroles, de nature à troubler les esprits? C'est insensé!

—

Maître Xu, je ne vous le cacherai pas: votre humble collègue a été instruit dans les arts de l'immortalité depuis son enfance. Mes calculs sont d'une parfaite clairvoyance: je vous garantis que Sa Majesté n'est pas morte.»

Ils étaient au beau milieu de cette discussion quand on entendit, venant du cercueil, sortir ces mots, répétés d'une voix forte: «Il me noie! Il m'a noyé!» Ce fut la panique:

2o

les mandarins civils et militaires s'affolaient, l'impératrice et les épouses impériales tremblaient. Chacun avait Visage plus pâle que feuilles de mûrier

Après l'automne,

Taille plus affaissée que tige de saule

Avant le printemps.

Les jambes molles, le prince était sans force Pour tenir le bâton et finir la cérémonie;

L'âme envolée, le chef des services

Aurait été bien en peine de la suivre.

Les dames s'effondraient comme fleurs sous la bourrasque, Comme lis frappés d'une averse violente.

Les courtisans, plongés dans la Stupeur, tremblaient.

La salle avait pris l'aspect d'un pont brisé, La plate-forme des cérémonies de deuil

Ressemblait à une pagode renversée!

La salle s'était vidée, nul n'osait s'approcher de la bière. Heureusement que le noble Xu Mougong, le lucide premier ministre Wei, le courageux Qin Qiong 1 et

le téméraire Hu Jingde

s'étaient avancés pour soulever

le cercueil en criant: «Que Votre Majesté nous dise ce qui lui pèse au point de ne pouvoir l'ôter de son esprit, mais qu'Elle ne se livre point à ce jeu de fantôme qui terrifie ses parents!

—

Ce n'est pas qu'Elle joue au fantôme», coupa Wei Zheng, «c'est que Sa Majesté est revenue à la vie. Allons vite chercher des outils! »

Ils ouvrirent le cercueil et trouvèrent en effet Taizong assis à l'intérieur. I l continuait à crier: «Il m'a noyé! Qui m'a tiré de l'eau?» Xu Mougong s'avança pour le soutenir: «Réveillez-vous! N'ayez crainte! Nous sommes tous ici pour protéger Votre Majesté.»

L'empereur ouvrit enfin les yeux pour dire:

«Je viens de passer par une horrible expérience: à peine avais-je échappé aux démons hideux des Enfers que je suis tombé dans le malheur de perdre la vie en me noyant.

—

Que Votre Majesté se rassure et qu'Elle demeure sans crainte. De quel malheur des eaux parlez-vous?

— J'avais chevauché jusqu'aux rives de la Wei où jouaient deux carpes dorées quand le maréchal Zhu m'a traîtreusement poussé et précipité dans la rivière où j'ai bien failli me noyer.

—

Votre Majesté est encore sous l'effet du souffle des fantômes», conclut Wei Zheng qui fit apporter en toute hâte de la cour de médecine' une potion calmante et fortifiante. On prépara aussi de la bouillie de riz. Il fallut lui en faire prendre à plusieurs reprises avant qu'il retrouvât son état normal et fût capable de reconnaître gens et choses.

Un simple calcul aurait permis d'établir qu'il s'était écoulé trois jours et trois nuits entre la mort de l'empereur et son retour chez les vivants. En témoigne le poème:

Que d'événements sur cette terre,

Autant d'échecs que de victoires,

Que de choses extraordinaires,

Mais rien de comparable à ceci!

Comme le soir tombait, les hauts dignitaires invitèrent l'empereur à retourner se coucher dans ses appartements et se retirèrent.

Le lendemain, ils remplacèrent leurs vêtements de deuil par des habits de couleur, robe rouge et bonnet noir, ceinture pourpre à boucle d'or, attendant au portail la convocation à l'audience.

Quant à Taizong, après avoir pris la potion calmante, plusieurs bols de bouillie et avoir été ramené dans sa chambre à coucher, il avait passé la nuit à goûter un bon sommeil réparateur. Il ne s'était levé qu'avec le jour, rempli d'énergie, retrouvant toute sa dignité:

Une large couronne sur la tête, en robe ocre rouge, Il porte une ceinture de jade bleu de Lantian 1,

Les pieds dans des bottes sans-souci de fondateur.

Sa noble mine le met au-dessus de la cour:

Avec ardeur et dignité renouvelées

Il reprend aujourd'hui les rênes du pouvoir.

Un grand empereur de paix et de justlice,

Sa Majesté Li, revenue des morts à la vie!

Le souverain des Tang gravit la salle précieuse aux Clochettes-d'Or et rassembla les fonctionnaires civils et militaires. Après les vivats, chacun prit place selon son rang. C'est alors que l'on entendit la déclaration impériale:

«Ceux qui ont une communication à présenter sortent des rangs; les autres peuvent se retirer!»

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De droite et de gauche s'avancèrent les dignitaires 1,

jusqu'aux marches de jade blanc. Ils se prosternèrent avant de demander:

«Comment se fait-il que Votre Majesté ait mis si longtemps à s'éveiller de son rêve de la dernière fois?

—

Ce jour-là, quand j'ai pris la lettre de Wei Zheng, j'ai senti mon âme quitter la salle. Des gardes de la Forêt-deplumes 2 m'ont invité à partir à la chasse. Nous avancions, quand ils ont disparu sans laisser de traces. C'est alors que je suis tombé sur mon défunt père et mes défunts frères. Ils me harcelaient mais je ne savais comment m'en défaire, lorsque s'est présenté un homme en bonnet et habit noirs qui a crié à mes frères de s'éloigner: c'était le juge Cui Jué.

Je lui ai remis la missive de Wei Zheng. Il la lisait, quand des garçons en bleu portant des bannières m'ont conduit à la salle du Filet de la forêt des apparences où siégeaient les dix rois, juges des Enfers. Ils m'ont exposé l'affaire de la plainte non fondée du dragon de la rivière Jing: ce dernier m'accusait de l'avoir fait exécuter après lui avoir promis de le sauver. J'ai expliqué ce qu'il en était. Ils m'ont dit que le cas avait déjà été réexaminé et classé par les trois services; ils ont fait aussitôt chercher le registre des vivants et des morts afin de vérifier le laps de vie qui m'était alloué. C'est le juge Cui qui le présentait. Le roi Yama m'a déclaré que le Ciel m'accordait trente-trois années de règne. Comme je n'en avais utilisé que treize, on m'en devait encore vingt. Le maréchal Zhu et le juge Cui ont donc été aussitôt chargés de me ramener. J'ai pris congé des dix rois en leur promettant de leur faire envoyer des melons en témoignage de ma gratitude. Après avoir quitté la salle, j'ai visité les Enfers, où les félons, les impies, les injustes, les escrocs, les voleurs et les violeurs subissent les pires supplices, moulus, brûlés, hachés, frits, écorchés et pendus, mille et une scènes dont ne peut se détacher le regard. Nous sommes ensuite passés par la cité de Malemort, peuplée d'innombrables âmes en peine, bandits et brigands de tous lieux qui m'ont barré la route. Par bonheur, le juge Cui s'est porté garant, me permettant ainsi d'emprunter un magasin entier d'or et d'argent à Xiang l'Ancien du Henan, et d'acheter le départ des fantômes.

C'est à ce prix que nous avons poursuivi notre chemin.

Avant de me quitter, le juge Cui m'a instamment recommandé de procéder, à mon retour chez les vivants, à une grande cérémonie pour le salut des âmes abandonnées. À la sortie des Six chemins de la transmigration, le maréchal Zhu m'a invité à monter sur un cheval qui m'a porté, comme s'il volait, jusqu'au bord de la rivière Wei. Je prenais plaisir à contempler les jeux d'une paire de poissons quand le maréchal m'a saisi le pied et fait basculer dans l'eau. C'est alors que je suis revenu à la vie.»

À ces mots, tous les courtisans le félicitèrent. I l en fut fait un rapport, qui fut diffusé aux fonctionnaires des préfectures et sous-préfectures de tout l'empire. Ils adressèrent des messages de félicitations, sur lesquels i l est inutile de s'étendre.

Revenons à Taizong, qui proclama une amnistie générale. Par ailleurs il fit procéder à une enquête sur les condamnés à mort en prison. Les juges établirent une liste de plus de quatre cents noms de criminels condamnés à la Strangulation ou à la décapitation par le ministère de la justice. Taizong leur accorda la permission de rentrer chez eux pour dire adieu à leurs frères et parents ainsi que pour confier leurs biens à leur famille avant de se rendre au lieu du supplice, l'année suivante, car l'ordre de leur infliger la peine qu'ils méritaient était maintenu. Les condamnés remercièrent de la grâce qui leur était accordée. L'empereur promulgua aussi un édit d'aide aux orphelins. De plus il ordonna de marier à des militaires trois mille six cents filles de tous âges enfermées au palais impérial.

Dès lors s'instaura le règne du bien, à l'extérieur comme à l'intérieur. En témoigne le poème:

Immense est la vertu de l'empereur des Tang,

Ses peuples sont plus protpères que sous Yao et Shun 2!

Quatre cents condamnés à mort sont libérés,

Trois mille filles délaissées quittent le palais!

Tous les mandarins lui souhaitent longue vie, Les ministres de la cour le félicitent:

Le Ciel aidera ce mouvement du cœur

Et protégera dix-sept générations

Quand Taizong eut relâché les dames de la cour et les condamnés à mort, il diffusa une nouvelle proclamation qui fut affichée dans tout l'empire:

Rien n'échappe au soleil et à la lune

Qui éclairent le monde, si vaste soit-il.

2 I O

Ni ciel, ni terre ne tolèrent les méchants

Dans l'univers immense qui, si loin, s'étend.

Aux artificieux rétribution en cette vie,

De même pour qui donne plus qu'il ne reçoit.

Mille ruses ne valent vie bien ordonnée.

Qui suit son destin vaut plus que mille violents.

"Pratique le bien: à quoi bon lire des soufras?

Vaine lecture pour qui nuit à son prochain!

Il n'y eut dès lors personne qui ne pratiquât le bien dans l'empire entier. D'une part fut affichée une autre proclamation faisant appel aux sages pour porter les melons dans l'autre monde. D'autre part, Hu Jingde fut envoyé à Kaifeng, au Henan, rendre visite à Xiang Liang avec une chambrée d'or et d'argent du Trésor en remboursement.

Quelques jours après l'affichage se présenta un volontaire pour la mission des melons: c'était un certain Liu Quan de Junzhou

1, riche à millions. Sa femme s'appelait

Li Cuilian, c'est-à-dire Lotus-Bleu Li. Comme elle se tenait sur le pas de sa porte, elle avait donné en aumône une épingle d'or tirée de sa coiffure à un moine qui passait.

Son mari lui avait reproché de mal se conduire en se permettant de

sortir

des

appartements

intérieurs.

Quelques autres propos un peu vifs l'avaient à ce point indignée qu'elle s'était pendue jusqu'à ce que mort s'ensuive. Elle abandonnait deux jeunes enfants, qui ne cessaient de pleurer jour et nuit. Ne pouvant en supporter le spectacle désolant, Liu Quan ne voyait d'autre solution que de renoncer à la vie en abandonnant ses biens et ses enfants; prêt à mourir afin de porter les melons, il arracha le placard et vint se présenter devant l'empereur. Celui-ci le fit envoyer au service du pavillon d'Or où on lui mit sur la tête une paire de melons du Sud, dans la manche des pièces de papier jaune

2, et un produit médicinal dans la

bouche.

Liu Quan mourut en avalant ce poison. Son âme, les melons sur la tête, arriva donc à la barrière des Fantômes.

Le démon de garde lui cria:

«Qui es-tu donc pour avoir l'audace de passer par ici?

—

Sur l'ordre de Sa Majesté impériale Taizong des grands Tang, j'ai mission spéciale d'apporter des melons à l'usage exclusif des dix rois des tribunaux infernaux.»

Le garde l'accueillit alors aimablement et le conduisit jusqu'à la salle du Filet de la forêt des apparences. Là, Liu Quan fut reçu par les princes et leur présenta les melons en disant: «Au nom du souverain des Tang, je viens de loin vous offrir ces fruits en remerciement de votre généreuse hospitalité.

—

Un homme de parole et de vertu, votre empereur Taizong! » s'exclama Yama, ravi. Il fit emporter les melons puis demanda au messager d'où il venait et comment il s'appelait.

«Je viens de la ville de Junzhou où je suis inscrit comme homme du peuple, et me nomme Liu Quan. Comme ma femme s'est pendue en laissant des enfants à l'abandon, j'ai accepté de quitter ma famille et de sacrifier ma vie à l'empire, pour venir tout exprès vous porter ces melons en témoignage de gratitude à l'égard des dix rois.»

À ces mots, les dix juges ordonnèrent la confrontation immédiate des époux. Le factionnaire-fantôme alla aussitôt la chercher: ils se rencontrèrent en bas de la salle du Filet. Après avoir expliqué à sa femme ce qu'il venait de dire, Liu Quan remercia les dix rois de la grâce qu'ils lui accordaient. Quand Yama eut consulté le registre des vivants et des morts et constaté que les époux y figuraient pour un laps de vie qui les rapprochait de l'immortalité, il voulut les faire raccompagner sur terre immédiatement.

Mais le préposé fit valoir que l'épouse était aux Enfers depuis si longtemps que son cadavre n'existait plus: «Où faut-il mettre son âme?

—

Li Yuying, la jeune sœur de l'empereur,

doit bientôt

mourir: prends son corps et fais-le revivre», lui répondit le roi Yama.

Le factionnaire acquiesça et emmena les deux âmes hors du monde des ombres. Le tournoiement d'une bourrasque infernale les emporta d'une traite jusqu'à la porte principale de Chang'an: l'âme du mari fut poussée dans le bâtiment du pavillon d'Or; celle de Lotus-Bleu fut emportée dans la cour intérieure du palais. La princesse se promenait à pas lents sur la mousse verte à l'ombre des fleurs quand le démon se jeta sur elle avec une telle violence qu'elle tomba à terre. Il lui arracha l'âme et lui fourra dans le corps celle de Lotus-Bleu. Le fantôme s'en retourna aux Enfers: inutile d'en dire plus à ce sujet.

salle aux Clochettes-d'Or annoncer à l'impératrice des trois palais

«Madame la princesse est. tombée morte!»

Grandement alarmée, l'impératrice le fit savoir à Taizong. En l'apprenant, l'empereur hocha la tête en soupirant:

«C'était

inéluctable,

assurément.

Quand

j'avais

demandé aux dix princes des Enfers comment allaient jeunes et vieux, ils m'avaient répondu que tous iraient bien, toutefois ils craignaient que la vie de ma jeune sœur soit écourtée. Il en est. comme ils l'avaient prédit. »

Tous les gens des palais accouraient, dans l'affliction, mais quand ils furent arrivés au pied des fleurs, ils virent que la princesse respirait faiblement.

«Ne pleurez pas!» leur enjoignait l'empereur, «ne pleurez pas! Vous allez l'effrayer.»

Il s'avança pour la relever de ses propres mains, en l'appelant:

«Ma sœur, réveillez-vous, réveillez-vous!»

La princesse se retourna brutalement en criant:

«Attends-moi, ne marche pas si vite!»

— C'est moi qui t'attends ici, ma sœur», lui dit Taizong.

Elle leva la tête, ouvrit les yeux, le regarda et s'exclama:

«Qui es-tu pour oser me toucher?

— Je suis ton frère, l'empereur; c'est, ta belle-sœur, l'impératrice.

—

Allons donc! Je n'ai pas de frère, ni de belle-sœur de cette sorte! Je suis de la famille des Li, mon nom de lait est Lotus-Bleu», affirmait la princesse, «mon mari s'appelle Liu Quan. Nous sommes tous les deux de Junzhou. Il y a trois mois, parce que j'avais donné en aumône une épingle d'or à un moine, mon mari m'avait reproché de sortir; j'en ai eu si gros sur le cœur que je me suis pendue à la solive avec un cordon de soie blanche, abandonnant dans les sanglots deux jeunes enfants. Comme mon mari avait été envoyé par l'empereur porter des melons dans l'autre monde, il a été pris en pitié par le roi Yama qui nous a laissés revenir sur terre tous les deux. Il marchait en avant;

en essayant de le rattraper, j'ai trébuché. Comment pouvez-vous vous permettre ces privautés et me tirer ainsi sans même connaître mon nom!»

À ces mots, Taizong se tourna vers son entourage: «Je "Livre III, chapitre xi

pense que c'est qu'elle divague après être tombée évanouie. »

Il ordonna de lui faire apporter une potion de la cour de médecine et la raccompagna au palais en la soutenant.

L'empereur était à la salle d'audience, quand l'un des officiers de service vint tout à coup annoncer:

«Votre Majesté, Liu Quan, l'homme qui a porté les melons, est revenu à lui et attend vos ordres à la porte. »

Stupéfait, l'empereur donna aussitôt l'ordre de le faire entrer. Quand il se fut prosterné, Taizong lui demanda:

«Comment s'est passé la présentation des melons?

—

Les melons sur la tête, votre serviteur s'est rendu d'une traite jusqu'à la barrière des Fantômes où l'on m'a conduit à la salle du Filet de la forêt des apparences. Là, les dix princes des Enfers m'ont reçu. Je leur ai présenté les fruits en leur exprimant profusément votre intention de leur témoigner une profonde gratitude. Ils en ont été très touchés et le roi Yama a prononcé à votre sujet les plus grands éloges, "un homme de parole et de vertu, l'empereur Taizong"!

— Qu'est-ce que tu as vu d'intéressant dans l'autre monde?

— Je n'ai pas voyagé loin et n'ai rien vu de particulier, si ce n'est que le prince Yama m'a demandé mon nom et mon pays. Je lui ai raconté comment je m'étais porté volontaire à la suite du suicide de ma femme. Il l'a fait aussitôt chercher et nous nous sommes retrouvés en bas de la salle du Filet. Il a d'autre part vérifié le registre de vie et nous a dit que nous en avions tous les deux jusqu'à l'âge où l'on monte au ciel! Il nous a donc fait ramener sur terre. Ma femme marchait derrière: j'ai eu le bonheur de revenir à la vie, mais je ne sais où elle aurait trouvé refuge.

— Est-ce que le prince Yama aurait dit quelque chose au sujet de ta femme? s'enquit Taizong, de plus en plus étonné.

—

Le prince Yama n'a rien dit, mais j'ai entendu le messager des morts lui opposer que ma femme ne disposait plus de son cadavre, se trouvant aux Enfers depuis trop longtemps. Yama lui avait répondu que Li Yuying devait mourir incessamment et qu'il pouvait emprunter son corps pour y mettre l'âme de Lotus-Bleu. Je ne sais qui est cette Li Yuying, "Sœur-des-Tang", d'après Yama: est-ce 2 I que c'est le nom de son pays, "Sœur-des-Tang"? Où se trouve-t-il? Je ne me suis pas encore renseigné.»

Ces explications remplirent d'aise l'empereur qui se tourna vers ses officiers: «Quand j'ai pris congé de seigneur Yama, je l'ai interrogé au sujet de notre palais. Il m'avait répondu que tous iraient bien, sauf ma jeune soeur.

Elle est. en effet tombée morte sous les fleurs. Je me suis précipité pour la relever et, dans l'instant, elle revenait à elle en criant: "Moins vite, mon mari, attends-moi!" Je me suis dit qu'elle délirait à la suite de cette chute. Mais quand je l'ai questionnée, ce qu'elle m'a répondu correspond parfaitement avec le récit de Liu Quan.

—

Si Son Altesse impériale a momentanément perdu la vie pour reprendre conscience un moment plus tard en parlant de cette façon», intervint Wei Zheng, «c'est que le retour de l'âme de la femme de Liu Quan s'est effectué dans le cadavre. Ce sont des choses qui peuvent arriver.

Invitons la princesse à paraître et voyons ce qu'elle va dire.

— Je viens de donner l'ordre à la cour de médecine de la soigner et ne sais comment elle va», répondit l'empereur, la faisant chercher par l'une des dames de la cour.

La princesse était la proie d'une violente agitation. Elle hurlait: «Qu'est-ce c'est que ces drogues? Je n'en veux pas! Ce n'est pas chez moi, ici! Chez nous, c'est une jolie maison de tuiles, propre et fraîche, rien à voir avec cette baraque qui a la jaunisse

et ces vantaux affreusement

peinturlurés: laissez-moi partir! Je veux m'en aller!»

C'est à ce moment que quatre ou cinq dames de la cour apparurent et l'entraînèrent vers la salle d'audience, aidées de deux ou trois eunuques.

«Serais-tu capable de reconnaître ton mari? lui demanda l'empereur.

—

Que me racontez-vous là! s'exclama la princesse, nous avons été promis l'un à l'autre depuis que nous sommes petits et je lui ai donné un garçon et une fille.

Comment ne pas le reconnaître!»

Taizong la fit raccompagner par un eunuque. Comme elle descendait la salle, elle aperçut devant les marches de jade blanc Liu Quan. Elle l'arrêta en l'agrippant: «Mon mari! Où donc es-tu passé au lieu de m'attendre un instant? Je suis tombée et me retrouve parmi ces fous qui m'entourent en vociférant. Qu'est-ce que tout ça veut dire?»

Liu Quan se rendait compte qu'elle parlait à la façon de sa femme, mais comme elle n'avait pas du tout son visage, quand il la regardait, il n'osait la reconnaître comme sienne.

«Le cas de le dire!» s'exclama l'empereur,

«On a vu terre se fendre, montagne s'effondrer, Mais se saisir d'un vivant pour remplacer un mort, jamais!»

Le brave et généreux souverain! I l offrit à Liu Quan le trousseau de sa sœur, ses vêtements, ses bijoux, tout comme s'il la lui donnait comme épouse. Il lui accorda de plus une exemption perpétuelle de corvées et lui permit de l'emmener chez lui. Les époux remercièrent Sa Majesté des faveurs dont il les comblait et s'en retournèrent remplis de joie au pays natal.

En témoigne le poème:

La vie et la mort sont prédestinées,

A chacun le nombre de ses années.

Il esti revenu chez les vivants, lui;

Llle s'est servie du cadavre d'autrui.

Le couple prit congé de l'empereur et s'en retourna directement en la cité de Junzhou, où ils retrouvèrent leurs enfants et leurs biens en parfait état. Il va sans dire qu'ils ne cessèrent de proclamer les mérites des bonnes actions.

Revenons au duc Yuchi qui était allé rendre visite à Xiang Liang de Kaifeng au Henan, avec une charge d'or et d'argent. L'homme, en fait, débitait de l'eau pour gagner sa vie, avec sa femme, née Zhang, qui vendait de la poterie devant leur porte. Ils ne gardaient que le nécessaire des quelques sapèques qu'ils gagnaient; le reste allait en aumônes aux moines, en lingots de papier d'or et d'argent dont ils brûlaient des trésors entiers. C'est ainsi que leurs personnes avaient acquis tant de mérites par les bonnes actions: chez les vivants, ils n'étaient que de pauvres bougres qui aimaient le bien, mais dans l'autre monde, Xiang Liang était un notable à la tête d'une immense fortune. De voir le duc Yuchi se présenter à leur porte avec tant d'or et d'argent, le père et la mère Xiang en eurent l'esprit saisi à ne plus avoir l'âme chevillée au corps. Et il y avait là, rassemblés, tous les hauts 2l fonctionnaires de la préfecture, un grand encombrement de voitures et de chevaux autour de leur chaumière. Muet de Stupéfaction, le vieux couple s'était agenouillé et se confondait en saluts et prosternations.

«Relevez-vous, bonnes gens», leur dit Yuchi, «bien que je sois un envoyé impérial, c'est mon maître qui me charge de vous rembourser en vous apportant ces fonds.

—

Mais nous n'avons jamais prêté d'argent», répondit le mari tout tremblant, «nous ne saurions accepter cette fortune inexplicable.

— Je vois bien que vous êtes pauvres, mais vous nourrissez les moines et tout ce dont vous n'avez pas besoin passe à l'achat de lingots de papier que vous brûlez pour les trépassés, si bien qu'aux Enfers vous avez accumulé une fortune. Notre empereur Taizong est revenu à la vie après être resté mort trois jours; au cours de sa visite aux Enfers, il vous a emprunté un magasin entier d'or et d'argent, dont je vous rends aujourd'hui la somme exacte. Veuillez en accuser réception afin de nous permettre de nous acquitter de notre mission.»

Le couple priait le Ciel, mais sans consentir à l'accepter.

«Si nous acceptons la somme, nous ne tarderons pas à mourir. Nous avons peut-être grossi notre compte en brûlant de la monnaie d'offrande, mais c'est affaire du monde des ténèbres. D'ailleurs quelle preuve a Sa Majesté notre père de cet emprunt dans l'autre monde? Il n'est pas question d'accepter!

—

Sa Majesté m'a dit que le juge Cui s'était porté garant de l'emprunt: il peut en témoigner. Prenez-le donc!

—

Nous ne saurions accepter, même s'il en allait de notre vie.»

Voyant qu'il ne viendrait jamais à bout de leur obstination dans le refus, le duc Yuchi dut se résoudre à envoyer un rapport par messager. Taizong comprit que Xiang Liang n'accepterait pas d'argent. «Ce sont vraiment des anciens pleins de bonté», se dit-il. Il ordonna à Yuchi 1 de

se servir de la somme pour construire un monastère où leur serait élevé un sanctuaire de leur vivant et d'y inviter des moines à pratiquer le bien: ce serait tout comme s'ils avaient été remboursés. Tourné vers la capitale, Yuchi remercia l'empereur de ses faveurs et fit connaître à tous sa décision. Il se servit en conséquence de la somme pour acheter en ville un terrain dont l'acquisition ne privait ni Taizong fit placarder une proclamation invitant les moines à célébrer une grande cérémonie.

l'armée, ni la population, d'une superficie de cinquante mu

1. On commença les travaux et le monastère achevé reçut le nom de Xiangguo

2, «érigé sur ordre impérial». De

part et d'autre se trouvent les sanctuaires dédiés au père et à la mère Xiang. Une Stèle porte gravée l'inscription:

Construit sous la supervision du duc Yuchi. C'est le grand monastère Xiangguo qui existe encore aujourd'hui 3.

Taizong fut fort aise d'apprendre l'achèvement des travaux. I l convoqua ensuite un grand nombre d'officiers et fit placarder une proclamation invitant les moines à célébrer une grande cérémonie par l'Eau et la Terre afin d'aider au salut des âmes en peine du monde des ténèbres.

La proclamation demandait aux mandarins de toutes les localités de sélectionner les moines les plus éminents en vue de la cérémonie, qui se déroulerait à Chang'an. En l'espace de moins d'un mois tous les religieux étaient arrivés à la capitale. Le grand annaliste et astrologue Fu Yi* fut chargé de choisir les plus éminents d'entre eux pour organiser le service bouddhique. Mais à peine avait-il reçu ces instructions qu'il présentait un rapport pour dénigrer le Bouddha, dont il contestait l'existence:

La Loi des pays de l'Ouestl ignore les relations de sujet à souverain, de père à fils, égarant les simples d'estprit par sa doctrine des trois voies et six chemins*. Elle remonte aux fautes du passé dans l'attente de bonheurs futurs. On psalmodie en sanskrit dans le but d'échapper aux devoirs du travail. Mais vie, mort et longévité dépendent de la nature, tandis que peines et récompenses, honneurs et dignités relèvent de la volonté humaine. Or, à en croire cesfrustes disciples, il faudrait s'en remettre au Bouddha en toutes choses.

Cette Loi bouddhiste n 'existait pas aux temps des cinq Empereurs et trois Rois

et pourtant jamais les souverains n'ont été aussi éclairés, les sujets aussi loyaux, leurs règnes prospères aussi longs.

Ce n'est pas avant le règne de l'empereur Ming des Elan 1 que le

culte de ce dieu barbare a été fondé, mais il n'était alors assuré que par des sramana

des territoires de l'Ouest, qui ont diffusé leur doctrine. C'est une agression des barbares contre la Chine, qui, de ce fait, ne mérite aucune créance.

Taizong fit distribuer cette remontrance à ses ministres en vue d'ouvrir une discussion. Parmi eux se trouvait alors le premier ministre Xiao Yu

9, qui sortit des rangs pour

faire respectueusement valoir:

«La Loi du Bouddha se dresse depuis maintes dynasties pour répandre le bien et réduire le mal. Elle aide implicitement à la prospérité de l'État et il serait déraisonnable de l'abolir. Le Bouddha était un saint homme. Il faut être sans foi ni loi pour dénigrer un saint: je propose qu'un sévère châtiment soit infligé à ce négateur.»

Fu Yi poursuivit la polémique contre Xiao Yu, faisant valoir que le service des parents et du souverain était la base des rites, alors que le Bouddha avait quitté sa famille en abandonnant ses parents; en tant qu'individu, il s'était rebellé contre le Fils du Ciel en refusant les services dus à l'État, contre ses proches en négligeant de s'assurer une postérité; Xiao Yu n'était pourtant pas né dans les choux pour révérer une doctrine sans père! Le cas de le dire: Qui dénigre la piété filiale n'a point de parents'.

Xiao Yu se contenta de répondre, en joignant les mains: «C'est pour des gens de cette sorte que l'enfer a été établi!»

Taizong convoqua le président de la cour des équipages impériaux, Zhang Daoyuan

2, et le grand secrétaire Zhang

Shileng

3, pour savoir ce qu'ils pensaient du bouddhisme et des bonheurs qu'il pouvait procurer. L'un comme l'autre répondirent:

«Le bouddhisme repose sur la pureté et la compassion, les justes fruits et la vacuité. L'empereur Wu des Zhou 4 a

distingué le bon ordre des trois doctrines. Le maître de méditation Dahui

a fait l'éloge du sombre et du lointain.

Tant de moines illustres que des générations ont révérés, le cinquième patriarche qui naquit ici-bas, tout comme Bodhidharma qui se manifesta à nous

6! N'a-t-on pas toujours dit que les trois doctrines sont des plus respectables, qu'elles ne sauraient être détruites ni abolies? Nous prions humblement Votre Majesté d'exercer votre jugement avec une sainte et lucide clairvoyance.

—

Vous avez parlé selon la raison», conclut Taizong, fort aise, «que soit châtié quiconque reviendrait sur cette discussion!»

Là-dessus il chargea Wei Zheng, Xiao Yu et Zhang Daoyuan d'inviter les moines à préparer les cérémonies et leur demanda de choisir parmi eux quelqu'un de grande vertu pour les présider. Us remercièrent en se prosternant et se retirèrent.

Il fut dès lors décrété que toute personne qui porterait 2 2 0

atteinte à un moine ou au bouddhisme aurait le bras coupé.

Le lendemain, les officiers des trois cours rassemblèrent les moines sur l'estrade des Monts et Rivières 1 et,

les examinant un par un, choisirent un religieux éminent de grand mérite. Savez-vous qui c'était?

Cigale-d'Or fut son appellation.

Au prêche, pour un manque d'attention,

Il fut précipité en ce bas monde,

Pris dans le filet de ses illusions,

A peine conçu, la proie d'agressions,

Pas même né, victime de félons.

Son père était premier lauréat

Le grand-père, commandant-en-chef de l'État

Par un sort contraire jeté à l'eau,

A peine né, entraîné par les flots,

En l'île du Mont-d'Or eut la chance

D'être recueilli par le moine Qian'an''.

Retrouvant sa mère à dix-huit ans,

Il s'en alla chercher le commandant.

Celui-ci envoya un corps d'armée

A Hongzhou'' les pirates écraser.

Guangrui, le lauréat, fut délivré:

Père et fils purent se rencontrer.

Reçu par l'empereur, comblé d'honneurs,

Leurs noms glorieux au panthéon du Bonheur'', Il ne voulait que devenir moine,

Se consacrer à quête idoine.

Fils du Bouddha, nommé «Sauvé-des-Eaux

1 »,

Mais en religion «De-Myîières-Gros»,

C'était Chen Xuanzang".

Ce jour-là, face à la foule, fut élu le Maître de la Loi Xuanzang,

moine depuis

l'enfance: il avait

fait

maigre et observé les commandements

depuis qu'il avait

quitté le sein maternel. Son grand-père maternel, Yin Kaishan

10, était à la cour le commandant en chef d'une province entière. Son père, Chen Guangrui, premier lauréat, avait été promu Grand lettré affecté au pavillon de la Source des documents

11. Méprisant de tout cœur les honneurs et la gloire, Xuanzang ne se plaisait qu'aux pratiques conduisant à l'extinction qu'est le nirvana. L'enquête avait révélé que ses origines étaient excellentes, que sa conduite morale était d'une grande élévation. Pas un seul des milliers de soutras dont il n'eût parfaite connais"Livre III, chapitre xi sance, pas un hymne, pas un son sacré qu'il ne sût prononcer!

Les trois ministres le conduisirent devant l'empereur.

Après le ballet des salutations

1, exécuté conformément à

l'étiquette de la cour, Xiao Yu déclara:

«Vos serviteurs ont choisi un moine éminent, du nom de Chen Xuanzang, conformément à votre ordre sacré.

—

Ne serait-ce pas le fils du grand lettré Guangrui?»

demanda Taizong, après mûre réflexion, en entendant ce nom.

Le moine se prosterna et répondit: «Lui-même, pour vous servir.

—

Votre choix, en effet, n'est pas mauvais

2! » s'exclama

Taizong, fort aise, «c'est un moine de grande vertu et profonde méditation. Je te confère la charge de supérieur général de tous les moines de l'empire, ceux de gauche comme ceux de droite, et ce titre de Grand prêcheur de la Loi 3.»

Xuanzang remercia de la faveur qui lui était accordée en se prosternant: il acceptait le titre de Grand prêcheur.

L'empereur lui offrit en outre une robe de moine multicolore 4 tissée de fils d'or et le bonnet dit de Vairocana 5. Il

lui demanda de saluer de sa part les moines éclairés et de répartir les chefs de groupe entre les âcârya 6. Conformément à la volonté impériale, ils devaient se rendre au monastère des Transformations

et choisir jour et heure

fastes pour commencer la cérémonie par la lecture de soutras.

Xuanzang s'inclina à nouveau pour recevoir l'ordre impérial et sortit. Il se rendit ensuite au monastère des Transformations, où il rassembla un grand nombre de moines: chacun s'activait à construire les bancs de méditation, à décorer les estrades de mérites et à mettre au point la musique. Mille deux cents moines réputés, de tout âge, furent sélectionnés et répartis entre trois salles, celle du haut, celle du milieu et celle du bas. Tout était prêt, au complet et en bon ordre.

Un jour faste fut choisi, le 3 du neuvième mois de cette année-là, pour commencer la grande cérémonie, «par l'Eau et la Terre», de sept fois sept jours, soit quarante-neuf jours.

Rapport en fut présenté à Taizong, qui se rendit à la date annoncée à la cérémonie, avec les mandarins civils et militaires, la famille impériale et ses parents par alliance, offrir de l'encens, puis écouter le prêche.

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Si, en fin de compte, vous ne savez comment se déroula le service sacré, écoutez la séance qui vient.