Reparlons de cet éclat flamboyant talonné par une nuée colorée: le monstre poursuivi par Singet. Soudain apparut une haute montagne. Le monstre rassembla les rayons rougeoyants et reprit sa forme originelle pour se précipiter dans la grotte et en ressortir armé d'un râteau à neuf dents.
«Maudite créature!» lui lança le Novice, «d'où viens-tu donc, monstre pervers? Comment connais-tu le nom de Singet? Quels sont tes pouvoirs? Avoue la vérité et je t'épargnerai la vie!
—
Quoi? Tu ignores jusqu'à mes tours de main!
Approche et tiens-toi bien: je vais t'en faire le récit.
«Tout jeune encore j'avais l'efprit obtus
Et n'aimais rien tant que paresser, bien repu.
Je passais mes journées égaré et confus,
Aussi peu soucieux de pratiquer la vertu
Que de nourrir ma nature et mon esprit'.
Un immortel, rencontré soudain, m'a repris;
Du froid et du chaud'
s'est mis à parler, assis.
Il m'a exhorté au retour sur moi, m'a dit
Qu'il n'était de péché pire que prendre la vie.
" Le jour où ton destin arrivera à sa fin,
Devant les huit impasses
tes regrets seront vains. "
Ces mots me donnèrent volonté de pratiquer,
Ces paroles me tournèrent vers les mystères.
En lui je reconnus maître prédestiné
Qui m'apprit secrets du ciel et de la terre*.
j'ai obtenu cinabre neuf fois retourné
Jour et nuit, inlassablement, j'ai travaillé.
Depuis les pilules-de-boue
sous le crâne
Jusques à la source sous la plante des pieds '.
E 'eau des reins coule dans le lac fleuri sous la langue Réchauffant le champ de cinabre
chaudement.
La fille,0 et l'enfançpn ": union de Yin et Yang.
Mercure et plomb vont comme lune et soleil'.
Dragon et tigre mêlés harmonieusement'
La tortue
suce tout le sang du corbeau d'Or*.
"Les trois fleurs réunies retrouvent leur racine 3.
Les cinq souffles circulent à fond face à l'Un 6.
Ces pratiques accomplies, aux deux suis monté Accueilli par rang après rang d'immortels.
Les nuages colorés naissaient sous mes pieds.
Face au portail d'Or j'avais le corps léger.
E 'empereur de Jade donna un grand banquet
Où les dieux avaient pris place selon leur rang.
Je fus nommé à la Rivière céleste
Amiral commandant les forces navales.
A la fête des Pêches d'immortalité,
Quand à l'étang de Jaspe banquet fut donné,
Je bus tant que, l'estprit trouble et confus,
je titubais et ne me contrôlais plus.
Je fis irruption au palais de la Lune
Où vint m'accueillir une fée ravissante.
Je me sentis l'âme pincée à cette vue,
Et s'éveiller les pulsions d'antan que rien ne tue.
Sans aucun égard à son rang et sa dignité,
J'agrippai Chang'e
et lui demandai de coucher.
Par trois et quatre fois elle m'a refusé,
Se cachant et se détournant, fort ennuyée.
Brûlant du courage que donne le désir,
J'aurais renversé les portes sans coup férir.
Le pertpicace
en informa l'empereur de jade:
Mon sort en était jeté par la parade.
On cerna Vaste-Froidure
sans laisser d'issue:
C'est ainsi que je fus capturé par les dieux, Rendu par le vin plus que jamais audacieux.
Amené au palais de l'empereur de Jade,
J'aurais été exécuté pour l'incartade,
Si le sieur Ei, de la planète du métal
Fi'était sorti des rangs implorer ma grâce.
Je reçus deux mille coups à la place,
A en avoir les os rompus, les chairs éparses.
Relâché en vie, je fus banni du ciel,
Réduit à subsister au pied des monts Fuling.
Mon crime m'a conduit à naissance mauvaise
Et l'on me surnomme Porcet Barbes-Raides. »
— Tu es donc l'avatar de la divinité aquatique des Roseaux céleátes! » s'exclama Singet, «pas étonnant que tu connaisses mon sobriquet!
— Pouah! Épizoologue de malheur, si tu savais tous Livre TV, chapitre xix
les ennuis que nous avons subis l'année où tu avais provoqué ces calamités! Et tu remets ça! Tiens-toi bien ou tu vas tâter de mon râteau.»
Singet n'était pas d'humeur tolérante: levant la barre de fer, il l'abattit en visant la tête. Tous deux engagèrent un combat qui se poursuivit dans la nuit noire. Quelle bataille, mes aïeux!
Les pupilles d'or de Singet jetaient des éclairs, Les jeux ronds du monstre éclataient en jteurs d'argent.
L'un émet une brume colorée,
L'autre crache de rouges nuées.
Éclats et lumières dans les ténèbres.
Trique cerclée d'or contre râteau à neuf dents, Aux mains de ces deux héros tant vantés...
L'un Grand Saint venu du ciel,
L'autre Amiral descendu sur terre.
L'un devenu monstre pour avoir manqué de tenue, L'autre heureusement sorti des épreuves pour se joindre au moine.
Le râteau part avec la détente de coups de griffes de dragon, La trique vole à sa rencontre comme phénix fonce dans les fleurs.
L'un crie: «Briser un mariage est pire que parricide!»
L'autre réplique: «Viol d'une jeune fille eÊ punissable!»
Clameurs et tumultes! Vont, viennent trique et râteau emmêlés.
jusqu'à l'aube ils combattirent,
jusqu'à ce que les deux bras du monstlre fussent rompus de fatigue.
Ils se battirent depuis la seconde veille
jusqu'à ce que
l'est blanchît. N'en pouvant plus, le monstre chercha le salut dans la fuite, se transformant à nouveau en tornade pour regagner d'une traite la grotte, où il s'enferma sans plus en ressortir.
À la porte, Singet remarqua l'inscription sur la dalle de pierre: Grotte de la Passerelle-de-Nuages. Constatant que le monstre ne réapparaissait pas et qu'il faisait grand jour, le Novice se dit: «Je crains que le Maître ne m'attende avec impatience: mieux vaut rentrer le voir un moment; il sera toujours temps de capturer cette créature.»
Il retourna donc au domaine du vieux Gao en marchant dans les nuages.
Revenons à Tripitaka qui avait passé la nuit sans dormir, discutant du présent et parlant du passé avec les anciens. Il se demandait pourquoi Singet n'était toujours pas là, quand tout à coup il le vit qui se tenait debout dans la cour.
3<M
Le Novice fit disparaître la trique de fer, rectifia sa tenue et se présenta dans la salle en criant: «Maître, me voilà!»
Pris au dépourvu, les anciens s'inclinèrent précipitamment en remerciant: «Vous vous êtes donné bien de la peine! »
«Conscient-de-la-Vacuité», demanda Tripitaka, «où est-il, ce monstre que tu as dû capturer, puisque tu t'es absenté toute la nuit?
—
Maître, la créature n'est pas un monstre ordinaire, ni quelque bête étrange de la montagne. C'est l'amiral en chef des Roseaux célestes, qui s'est trompé de réincarnation en descendant en ce bas monde, ce qui lui a donné cette tête de sanglier. Il conserve la conscience de sa nature spirituelle et déclare que son nom de Porcet Barbes-Raides tient à l'aspect qu'il a pris. Quand j'ai tiré ma trique et ai voulu le frapper au baraquement du fond, il s'est enfui, transformé en tornade. Lorsque j'ai tapé dedans, il s'est changé en rayons de feu pour s'en retourner à son repaire et en ressortir avec un râteau à neuf dents. On s'est battus toute la nuit. Il n'a renoncé qu'à l'aube et s'est enfermé dans sa grotte. J'aurais pu essayer de forcer l'entrée et décider de l'issue du combat, si je ne m'étais pas fait de souci pour vous qui deviez m'attendre anxieusement.
Voilà pourquoi j'ai jugé préférable de rentrer d'abord vous donner des nouvelles.»
Le Novice venait de finir de parler, quand le vieux monsieur Gao s'avança et s'agenouilla: «Vénérable, que voulez-vous que je dise? Vous l'avez chassé, mais s'il revient quand vous serez partis, que faire? Je vous prie instamment de vous donner la peine de nous le capturer. Nous ne pourrons être tranquilles que si cette racine de malheur est arrachée. Croyez que je saurai me montrer reconnaissant. Je suis prêt à partager à parts égales mon bien et ma propriété avec vous et à en dresser l'engagement écrit, garanti par nos parents et amis, pourvu que vous sauviez la bonne réputation de notre maison en sarclant la mauvaise herbe avec la racine.
—
Un vieillard qui ne sait pas faire la part des choses!»
rétorqua Singet en riant, «le monstre s'est expliqué auprès de moi: sans doute a-t-il un gros appétit et t'a-t-il dévoré riz et thé en quantité, mais il a aussi beaucoup fait pour toi.
"Livre IV, chapitre xix
Tout ce que tu as gagné ces dernières années, tu le dois à ses efforts. Il ne t'a rien mangé pour rien. Pourquoi vouloir le chasser? À l'en croire, c'est un dieu descendu sur terre pour vous aider. Et puis, il n'a encore fait aucun mal à ta fille. Tout compte fait, il me semble qu'un gendre pareil est un bon parti, qui ne ruine en rien la réputation de ta famille, ni ne vous fait honte. Ne vaut-il pas mieux le garder tout de bon?
—
Vénérable, ce n'est peut-être pas une atteinte aux bonnes mœurs, mais ça ne nous laisse pas un très bon renom. Quoi qu'on fasse, les gens diront: "Les Gao, ils ont pris comme gendre un monstre! " Ce n'est pas supportable.
—
Conscient-de-la-Vacuité», intervint Tripitaka, «ce que tu as fait pour lui, il faut le mener jusqu'à la solution définitive!
— Je m'amusais à l'éprouver», répliqua le Novice, «cette fois-ci pour sûr que je le capture et vous le ramène pour vous le montrer. Soyez sans inquiétude!»
Se tournant vers le vieux Gao: «Occupe-toi bien de mon maître, j'y vais! »
À peine avait-il annoncé son départ qu'il disparaissait et, d'un bond, sautait sur la montagne et arrivait à l'entrée de la grotte, où il tira son gourdin de fer et fit voler en éclats les vantaux du portail.
«Gros tas de son, sors d'ici et mesure-toi au vieux Singet!»
Le monstre ronflait au fond de la caverne. Quand il entendit taper sur la porte, puis se vit traiter de «gros tas de son», il se sentit envahi d'une colère incontrôlable; bandant toutes ses énergies, il courut dehors en traînant le râteau.
«Maudit épizoologue, pire que la peste!» hurlaitil, «que t'ai-je donc fait pour que tu viennes briser mon portail? Tu ferais mieux de jeter un coup d'œil sur les dispositions de la loi: entrer par effraction de la porte principale est un délit' passible de la peine de mort!
—
Le crétin!» répliqua Singet, «j'ai brisé ton portail, mais le cas est défendable. Par contre, enlever de force la fille d'autrui, sans témoin ni entremetteuse, sans les rites appropriés du thé et du vin, ça, c'est un délit véritable qui mérite la mort par décapitation!
—
Assez déblatéré! Prends garde au râteau du vieux Porcet!
—
Ton râteau est. tout juste bon à gratter la terre pour le vieux Gao et planter des légumes», railla Singet en parant le coup de sa trique, «crois-tu me faire peur avec ça?
—
Tu n'y connais rien! Ce râteau n'est pas chose ordi«C'est fer forgé de glace divine Au poli brillant d'une arme fine.
Eaozi lui-même tenait le marteau,
Et le dieu du feu
jetait les morceaux.
Ees cinq orients
y mirent tous leurs pouvoirs,
Ees dieux de jour et de nuit
tout leur savoir,
Créant les neuf dents tels crocs de jade
Avec doubles anneaux d'or en balade''.
Paré d'étoiles et luminaires
Il suit les quatres saisons et huit fêtes''.
Proportions conformes au ciel et à la terre,
Il obéit à l'ordre de l'univers.
C'est le râteau d'or, suprême trésor
Qui fut offert à l'empereur de jade.
Comme j'étais devenu immortel,
Je fus reçu hôte exceptionnel,
Nommé amiral des Roseaux céleftes,
Tenant râteau par impérial geste.
Haut brandi, iljette feu et flammes,
Abaissé, il répand vents et neige.
Il n'estlguerrier divin qui ne le craint,
Ni roi des Enfers qui ne le redoute.
C'est là une arme sans sa pareille,
Un acier sans rival en ce monde.
Il me suit dans mes transformations,
Obéit à toutes mes injonctions.
Depuis des années ne me quitte jamais,
En ma compagnie demeure sans cesse.
Aux trois repas ne l'abandonnerai,
Ni dans mon sommeil ne le quitterai.
A la fête des Pêches, il me suivait,
Pour m'être mal conduit par excès de boisson
Et en avoir abusé plus que de raison,
Ee ciel m'a exilé dans la poussière
Pour m'y livrer à toutes les misères.
J'ai dévoré l'homme dans l'antre de pierre
Et me suis marié chez les Gao sans prière.
Ce râteau a fouillé les dragons sous les mers, naire. Écoute-moi donc:
Mis en pièces loups et tigres dans leurs repaires.
Aucune arme n'est digne de ce nom,
Auprès du râteau, en comparaison.
La victoire lui est si facile
Qu'il n'en tire fierté' ni mérite.
Aurais-tu tête de bronze et corps d'acier,
Ton dernier souffle, il te le fera cracher!
— Assez dégoisé, espèce d'idiot! » s'écria Singet en rangeant sa trique de fer, «je te tends la tête, vas-y, balancemoi un bon coup de râteau et vois si je vais rendre le dernier souffle! »
Le monstre leva tout de bon son arme et l'abattit de toute sa force. Pan! Le râteau rebondit dans une nuée d'étincelles, sans même égratigner la peau du crâne de Singet. Porcet en avait les mains froides et les jambes molles, répétant: «Quelle tête! quelle tête...
—
Ça t'en bouche un coin, n'est-ce pas? Lorsque j'avais mis le paradis en émoi en volant des pilules d'immortalité, des pêches et le vin réservé à Sa Majesté, j'ai été capturé par le petit saint Erlang et traîné devant lui au palais de l'Étoile polaire où les dieux m'ont haché, écrasé, découpé, transpercé, brûlé, foudroyé, tout cela sans parvenir à me faire le moindre mal. J'ai ensuite été emmené par Laozi, qui m'a mis dans son fourneau aux huit trigrammes pour me transmuter au feu divin, ce qui m'a donné des yeux brûlants et des pupilles d'or, une tête de bronze et des bras de fer. Si tu ne me crois pas, donne-moi encore quelques coups de ton instrument. Tu verras si tu réussis à me faire mal.
— Sacré singe! Je me souviens qu'à l'époque, tu habitais la grotte du Rideau-Torrentiel de la montagne de Fleurs et Fruits dans le pays d'Aolai du continent oriental. Depuis on n'a plus entendu parler de toi. Comment es-tu arrivé jusqu'ici pour me chercher noise?
Serait-il possible que mon beau-père soit allé te chercher?
—
Ce n'est pas lui qui est venu me chercher. C'est que je suis revenu sur le bon chemin, abandonnant le taoïsme pour le bouddhisme afin de protéger un moine du nom de Tripitaka, frère du grand empereur des Tang sur les terres de l'Est. En route vers le paradis de l'Ouest pour solliciter du Bouddha les Écritures, nous avions passé la nuit sur le domaine des Gao, quand l'aïeul en est venu à parler de toi Puis, le tirant par l'oreille, il lui cria: «Allons, vite, plus vite!»
"Livre TV, chapitre xix
et m'a prié de sauver sa fille en te capturant, grosse brute bourrée de son! »
À ces mots, le monstre jeta son râteau et demanda, en lui tirant une grande révérence: «Où se trouve ce pèlerin à la recherche des Écritures? Merci de bien vouloir te donner la peine de m'introduire auprès de lui.
—
Pourquoi veux-tu le voir?
—
En fait, j'ai été ramené au bien par la bodhisattva Guanyin qui m'avait demandé de rester ici à manger maigre, en attendant de suivre au paradis de l'Ouest cet homme en quête des soufras, de façon à réparer mes fautes en acquérant des mérites et regagner le juste fruit. Il y a des années que j'attends sans la moindre nouvelle. Puisque tu es devenu son disciple, tu aurais pu en parler plus tôt au lieu de recourir à la violence et venir à ma porte m'agresser.
— Ne cherche pas à m'amadouer par ce genre de canaillerie en pensant avoir trouvé le moyen de t'échapper! Si tu veux vraiment accompagner le moine chinois, s'il n'y a aucune ruse, jure-le devant le Ciel! Je ne t'emmènerai voir mon maître qu'à cette condition.»
Le monstre se jeta à genoux et, tourné vers l'espace, se mit à frapper le sol du front au rythme d'un pilon:
«.Amitâbha, namo Buddha
1, si je n'ai parlé avec sincérité et
ferme intention, si j'ai enfreint les lois divines, que mon cadavre soit haché en mille morceaux!
— Puisqu'il en est ainsi», déclara Singet en le voyant prêter serment, «incendie ta résidence avant que je t'emmène! »
Le monstre se mit bel et bien en devoir de transporter des fagots auxquels il mit le feu, transformant la grotte de la Passerelle-de-Nuages en une sorte de four à potier.
«Plus aucun attachement n'y fait obstacle: tu peux m'y conduire, dit le monstre à Singet.
— Passe-moi le râteau!»
Le monstre le tendit à Singet, lequel s'arracha un poil et, de son souffle magique, le transforma en une corde de chanvre à triple torsade, dans l'intention de lui lier les mains dans le dos. Le monstre se laissa faire. Puis, le tirant par l'oreille, il lui cria: «Allons, plus vite, plus vite!
—
Doucement! Tu as la main lourde! Tu me tords
l'oreille à me faire mal jusqu'à l'attache.
—
Avoir la main légère, avec toi? Impossible! Comme 37o dit le dicton: A bon cochon, mauvaise poigne! Attends d'avoir vu mon maître: je ne te lâcherai que si ton cœur est sincère.»
Entre nuées et brouillards, ils se dirigeaient droit vers le domaine des Gao. En témoigne le poème:
De même que le métal domine le bois,
Singe de l'esprit subjugue dragon de bois
Quand le métal obéit et le bois suit,
Amour du bois, bonté du métal éblouit,
Uhôte et le maître intimes et unis"
De la triple fusion
3, mystère infini!
Nature et sentiments dans la joie réunis*,
Ils seront ensemble preuve du paradis.
Ils atteignirent en un moment le domaine. Serrant le râteau et lui tirant l'oreille, Singet dit au monstre:
«Regarde là-bas dans la salle celui qui est assis droit sur sa chaise: c'est mon maître! »
Le vieux Gao ainsi que ses parents et amis aperçurent tout à coup le Novice qui venait en tenant par l'oreille le monstre, les mains liées dans le dos. Chacun de se précipiter joyeusement dans la cour à sa rencontre.
«Vénérable! C'est bien lui, mon gendre!»
Le monstre s'approcha, et tombant sur les deux genoux, se prosterna mains dans le dos, s'écriant:
«Maître! Pardonnez à votre disciple de ne vous avoir accueilli! Si j'avais su que vous logiez chez mon beaupère, je serais venu vous rendre hommage et me serais épargné bien des ennuis.
—
Conscient-de-la-Vacuité, comment as-tu fait pour l'amener à me rendre hommage?»
Le lâchant enfin, Singet lui cria en lui donnant un coup de manche du râteau: «Crétin, parle!»
Le monstre exposa en détail comment Guanyin l'avait engagé sur la voie du bien.
Tripitaka s'en réjouit fort et demanda au grand-père Gao s'il pouvait lui emprunter la table à encens. Le vieux Gao se hâta de la lui faire apporter. Après s'être purifié les mains et avoir enflammé l'encens, Tripitaka se tourna vers le sud pour prier et remercier Guanyin. Les anciens se joignirent à lui.
Ceci fait, Tripitaka retourna s'asseoir à la place d'honneur de la salle et demanda à Singet de détacher le gendre Livre TV, chapitre xix
des Gao. D'une secousse, le Novice récupéra son poil et les liens tombèrent d'eux-mêmes.
Le monâtre s'inclina à nouveau devant Tripitaka pour lui déclarer son intention de le suivre à l'Ouest. Il salua ensuite le Novice en frère aîné, puisqu'il l'avait précédé comme disciple du même maître.
«Puisque tu as décidé de me suivre et d'obtenir les fruits du bien en devenant mon disciple», déclara Tripitaka, «je vais te donner un nom en religion par lequel nous pourrons désormais t'appeler.
—
Maître, j'en ai reçu un de la bodhuattva quand elle m'a fait accepter les défenses en posant la main sur ma tête: je m'appelle Porcet Conscient-de-ses-Capacités
— Parfait, parfait! » s'exclama Tripitaka en riant, «ton condisciple se nomme Conscient-de-la-Vacuité et toi, Conscient-de-ses-Capacités: en vérité, des noms appropriés à l'usage de notre secte.
—
Maître», précisa Conscient-de-ses-Capacités, «depuis que j'ai accepté de la bodhuattva la pratique des abstentions, j'ai renoncé aux cinq produits forts et trois viandes tepoussantes
2, observant un régime maigre chez mon
beau-père. Je n'ai plus jamais touché à la viande. Maintenant que je vous ai rencontré, maître, permettez-moi de lever le jeûne!
—
Non, il n'en est pas question! » répondit Tripitaka, «puisque tu ne manges pas les cinq produits forts et les trois viandes repoussantes, je te donne un autre nom, en plus: tu t'appelleras Huit-Défenses
—
À votre obéissance», répliqua l'idiot, ravi.
C'est ainsi qu'il fut aussi nommé Porcet Huit-Défenses.
Quant au vieux monsieur Gao, à le voir ainsi renoncer au mal pour embrasser le bien, il en fut plus heureux encore. Il ordonna en conséquence à ses domestiques de préparer un banquet de remerciement au moine chinois.
Huit-Défenses s'avança pour tirer à part le vieux Gao:
«Beau-papa, invite mon humble épouse à venir saluer ses "oncle" et "grand-oncle". D'accord?
— et finissons plutôt le repas maigre: il faudra nous remettre en route de bonne heure vers le paradis de l'Ouest.»
Le vieux monsieur Gao fit disposer les sièges et invita Tripitaka à la place d'honneur. Le Novice et Huit Défenses s'assirent à ses côtés. Les parents s'installèrent à leur tour. Le vieux Gao déboucha un cruchon de vin pur 1,
en remplit une tasse qu'il offrit au ciel et à la terre avant de la présenter à Tripitaka qui s'excusa:
«Pour ne rien vous cacher, grand-père, je pratiquais déjà l'abstinence dans le ventre de ma mère. Je n'ai jamais pris de produit fort.
— je le sais, vénérable maître. Connaissant votre pureté, je ne me serais pas permis de toucher à de tels produits. Ce vin aussi est pur. Je vous en prie, une coupe ne saurait vous faire de mal.
— Je n'ose me servir de vin. Pour nous autres moines du Bouddha, c'est la première des défenses.
—
Maître!» s'inquiéta Conscient-de-ses-Capacités, «je n'avais pas renoncé au vin quand je me suis mis à observer les abstinences.
—
Bien que votre vieux Singet ne soit pas un gros buveur — il ne saurait vider une jarre —, il ne s'est pas
non plus arrêté de boire.
—
Puisqu'il en est ainsi», conclut Tripitaka, «buvez un peu de ce vin pur, mes disciples. Mais il n'est pas permis de s'enivrer et de se mal conduire!»
L'un et l'autre acceptèrent donc une coupe inaugurale, puis on se rassit et le repas maigre fut servi. L'abondance des plats et des mets défie la description.
Quand le repas fut terminé, le vieux Gao présenta sur un plateau laqué rouge cinabre deux cents onces de fragments d'or et d'argent pour les frais de voyage des trois religieux. I l leur offrit en outre trois capes de toile de soie.
«Nous sommes des moines itinérants qui mendions notre nourriture au hasard des villages rencontrés», protesta Tripitaka, «comment pourrions-nous accepter des métaux précieux ou des tissus de valeur?»
Le Novice s'approcha du plateau, ouvrit la main, la referma sur le tas de métal précieux et appela Gao Cai:
«Hier, tu t'es donné la peine de conduire jusqu'ici mon maître, ce qui lui procure aujourd'hui un nouveau disciple. Comme nous n'avons rien pour t'en remercier, prends cette poignée d'or et d'argent, en rémunération de Livre TV, chapitre xix
tes services, pour t'acheter une paire de sandales. Qu'il y ait d'autres monstres à l'avenir, si tu m'aidais à m'en faire quelques-uns de plus, je trouverais d'autres moyens de t'en remercier.»
Gao Cai accepta et remercia en se prosternant.
« Maîtres », reprit le vieux Gao, « si vous ne voulez pas de l'argent, j'espère que vous accepterez avec un sourire d'indulgence ces vêtements grossiers, modeste expression de ma reconnaissance.
—
Nous autres gens qui avons quitté nos familles», répliqua Tripitaka, «nous risquons de perdre le bénéfice de mille katpa
de dévotions en n'acceptant ne serait-ce
qu'un fil de dons indus. Il nous suffirait de pouvoir emporter les restes de cette table comme provisions de route.
—
Maître!» intervint Huit-Défenses, «disciple respecté! Si vous n'en voulez pas, c'est votre affaire. Mais moi, j'ai été leur gendre, des années! Mon seul travail vaut bien trois setiers de grains
2. Mon cher beau-père, j'ai eu la
tunique déchirée par mon condisciple, hier: donnez-moi donc un kasaya noir. J'ai crevé mes bottes: donnez-moi une nouvelle paire de chaussures! »
À ces mots, le vieux Gao n'osa pas refuser: il acheta une nouvelle paire de bottes et une tunique de sorte que Porcet pût s'habiller de neuf.
Prenant un air avantageux, Huit-Défenses tira sa révérence au vieux monsieur Gao: «Veuillez porter ceci à la connaissance de ma belle-mère, de ma grand-tante, de ma seconde tante, de mon oncle par alliance, de mon oncle maternel et de tous mes autres parents: je m'en vais aujourd'hui me faire moine; qu'ils ne m'en veuillent pas si je ne leur fais pas personnellement mes adieux. Cher beaupère, ne manquez pas de veiller attentivement sur ma conjointe, de sorte que, si je reprends la vie laïque au cas où nous échouerions dans notre quête, je puisse redevenir votre gendre.
— Gros bêta!» lui lança Singet, «tu as fini de parler à tort et à travers!
—
Ce que je dis est parfaitement sensé: et si jamais ça tombait à l'eau, est-ce que je n'aurais pas tout raté, y perdant ma femme et ma carrière de moine?
— Assez de paroles pour ne rien dire! Il nous faut partir au plus tôt! »
charge. On sella le cheval blanc sur lequel monta Tripitaka. Sa trique de fer à l'épaule, Singet ouvrait la voie. Tous trois prirent congé du vieux Gao, de ses parents et de ses amis, se dirigeant vers l'Ouest. En témoigne le poème:
La futaie couvre la terre de son haleine,
Fils du Bouddha, le moine est à la peine.
Il calme sa faim par la mendicité,
Tremble de froid dans sa robe rapiécée.
Il ne lâche le cheval de la volonté,
Et ne laisse le singe-estprit gambader.
Nature et sentiments sont amalgamés:
Ea lune pleine d'or brillant devient chauve'.
Tous trois progressèrent vers l'Ouest un mois entier, sans incident à signaler. Ils avaient franchi la frontière du Tibet oriental
quand, levant la tête, ils aperçurent une
haute montagne. Tripitaka posa son fouet et retint son cheval:
« Conscient-de-la-Vacuité, Conscient-de-ses-Capacités, faites attention, très attention: il y a devant nous une haute montagne.
—
Pas de quoi!» rétorqua Porcet, «c'est le mont du Stoupa, une montagne où pratique le Maître de méditation du Nid aux corbeaux 3. Je l'ai rencontré.
—
Qu'est-ce qu'il y fait? demanda Tripitaka.
—
I l est pas mal avancé dans la pratique de la Voie. Il m'avait engagé à travailler avec lui, mais je n'y suis pas allé.»
Tout en devisant, maître et disciples arrivèrent bientôt auprès de la montagne. Quelle montagne! Voyez un peu:
Au sud, pins bleus et genévriers émeraude,
Au nord, pêchers rouges parmi saules glauques.
Bruissements assourdissants:
Eagent volatile est en conversation.
Danses enveloppantes:
Ees grues d'immortel s'envolent à l'unisson.
Fragrances à foison:
Ees fleurs sèment mille couleurs à l'horizon.
Du vert de cent façons:
Toutes sortes de plantes extraordinaires.
Dans le torrent l'eau cascade, toujours verte.
Ea falaise retient des bouquets de nuages.
Livre TV, chapitre xvx
D'une rare beauté, vraiment, ce paysage,
Calme retraite sans traces humaines...
Regardant au loin sur son cheval, le Maître vit sur le devant d'un genévrier odorant un nid d'herbes et de branches mortes. À gauche, des cervidés apportaient des fleurs, à droite, des singes de montagne offraient des fruits.
À la cime de l'arbre des phénix bleus et multicolores chantaient à l'unisson, rejoints par des grues noires et des faisans mordorés.
«Ne serait-ce pas le Nid aux corbeaux du Maître de méditation?» s'écria Porcet.
Tripitaka pressa son cheval, usant du fouet, et atteignit d'une traite le pied de l'arbre.
Parlons du Maître de méditation qui, les voyant approcher, quitta son nid et sauta au bas de l'arbre. Comme Tripitaka était descendu du cheval pour le saluer, le Maître de méditation le retint de la main: «Veuillez vous relever et m'excuser de n'être venu vous accueillir.
— Recevez mes salutations, maître! lui dit Porcet.
— Mais c'est Porcet Barbes-Raides des monts Fuling! »
s'étonna le maître, «comment as-tu obtenu la chance inouïe d'accompagner le saint moine?
— L'année passée, grâce aux exhortations de la bodhisattva Guanyin, j'ai consenti à le suivre en tant que disciple.
— C'est très bien, vraiment très bien!» approuva le Maître de méditation, fort aise. Puis montrant du doigt Singet, il demanda:
«Qui est-ce?
— Comment se fait-il que le vieux Chan
le connaisse,
lui», rétorqua en riant le Novice, «mais pas moi?
— Parce que je n'ai pas eu l'avantage de faire votre connaissance», répliqua le Maître de méditation.
— C'est l'aîné de mes disciples, Conscient-de-la Vacuité, précisa Tripitaka.
— Toutes mes excuses!» répéta le Maître de méditation en souriant.
Tripitaka s'inclina à nouveau et se permit de lui demander s'il savait à quelle distance se trouvait le monastère du Coup-de-Tonnerre au paradis de l'Ouest.
«Loin, très loin! Et la route est infestée de tigres et léopards: pas facile d'y cheminer!
—
Mais quelle distance, en fin de compte? insista Tripitaka très respectueusement.
—
Si longue que soit la route, vous finirez par y arriver un jour. Ce sont les obstacles du démon de l'illusion 1 qui
seront difficiles à dissiper. J'ai là un rouleau du soutra du Cœur
en cinquante-quatre vers et deux cent soixantedix caractères. Quand vous rencontrerez ces obstacles du démon, il vous suffira de le réciter pour échapper à tout dommage.»
Tripitaka se prosterna pour en solliciter la connaissance, que le Maître de méditation lui transmit en le récitant. En voici le texte:
MAHÂ P R A J Ñ Á PÂRAMITÂ H R D A Y A S Û T R A La bodhisattva Guanyin, pénétrant la perfection de la sapiencej perçut la vanité des cinq agrégats* et dépassa toute souffrance. 0 Sdriputra
5, la réalité'' ne diffère de la vacuité, la vacuité ne diffère de la réalité: la réalité est vacuité et la vacuité, réalité. Il ene Bde même des sensations, pensées, actions et connaissances. 0 Sdriputra, tous les bouddhas sont apparences vaines, sans naissance, ni extinction, sans souillure, ni pureté, sans croissance, ni décroissance.
C'est pourquoi dans la vacuité il n'y a ni réalité, ni sensations, pensées, actions ou connaissances, ni yeux, oreilles, nez, langue, corps ou et prit, ni forme, son, odeur, goût, toucher ou phénomène mental.
C'est en passant par l'état de non-vision que l'on arrive à celui de non-conscience, à la non-ignorance et aussi à l'épuisement de la non-ignorance; on atteint le Bade de l'absence de mort et vieillesse et aussi l'épuisement de ce Bade. Il n'y a ni souffrance, ni extinction, ni voie; pas plus de savoir que d'obtention. Du fait qu'il n'y a rien à obtenir, on parvient à l'état de bodhisattva
7. Par la perfection de la
sapience, l'estprit se trouve sans obstacles. Par l'absence d'obstacles, il en sans peur ni crainte. En éloignant rêves et illusions, il finit par atteindre le nirvâna.
Par la perfection de la sapience, les bouddhas des trois âges parviennent à /'anuttara-samyak-sambodhi
9. Voilà pourquoi la
perfection de la sapience, prajnâpâramitâ, est la suprême incantation divine, l'incantation de la suprême illumination, l'incantation sans égale: elle peut écarter toute souffrance. Une réalité vraie qui n'e Bpas vainel
C'est pourquoi pour prononcer l'incantation de la perfection de sapience, dites:«Gate, gâte! Pâragate! Pârasamgate! Bodhisvâhâ 1 0!»
Le Maître de méditation se trans/orma en rayon d'or.
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Or, le Maître de la Loi de la cour des Tang possédait les prédispositions spirituelles nécessaires à ce moment-là: il lui suffit d'entendre une seule fois le soutra du Cœur pour le retenir et nous le transmettre; c'est celui que nous connaissons aujourd'hui. I l n'est de soutra plus complet pour cultiver la vérité, il n'est de porte plus sûre pour devenir Bouddha.
Quand le Maître de méditation eut fini de transmettre le texte, il remit le pied sur le nuage lumineux et s'apprêtait à remonter au Nid des corbeaux, quand Tripitaka le retint, insistant pour en savoir plus sur les étapes du voyage vers l'Ouest. Le Maître de méditation se mit à rire:
«La route n'estpas si difficile à suivre,
Essayez d'écouter ce que je vais en dire:
Mille montagnes et mille fleuves profonds
Seront autant d'obstacles sans compter les démons.
Quand vous tomberez sur falaises célestles,
Soyez sans crainte et ne pensez au restie!
Au précipice Frotte-Oreilles, marchez
Sur le côté: sachez où vous posez les pieds!
A la forêt des Pins-Noirs faites attention:
Des renards maléfiques vous y attendront.
Les villes de ces pays sont remplies d'eiprits, Les montagnes sont peuplées de monstres aigris.
Ce sont des tigres qui de juges font métier,
Et des loups qui exercent fonction de greffiers.
Lions comme éléphants se déclarent tous rois, Les tigres et les léopards se font cochers!
Qui porte les bagages: c'ett un sanglier!
Plus avant, un estprit des eaux rencontrerez.
Un singe de pierre qui a bien des années
Couvait là-bas longue colère rentrée.
Demandez donc à celui que vous connaissez •'
Il connaît le chemin qui mène à l'Oueit. »
À ce discours, Singet s'exclama avec un rire sarcastique:
«Partons! Inutile de le questionner. Il suffit de me le demander.»
Tripitaka ne comprenait toujours pas ce qu'il voulait dire.
Le Maître de méditation se transforma en rayon d'or pour regagner d'une traite le Nid des corbeaux, tandis que le moine priait et remerciait, tourné vers les cieux.
"Livre IV, chapitre xix
Emporté par une violente colère, Singet brandit sa trique de fer, frappant en tous sens au-dessus de lui, mais il ne réussit qu'à provoquer l'apparition de milliers de fleurs de lotus protégées de mille couches de nuées de bon augure. Singet, qui avait la force de soulever les mers et retourner les rivières, ne put s'emparer de la moindre brindille du nid.
Quand Tripitaka le vit agir ainsi, il le tira en arrière et lui demanda:
«Conscient-de-la-Vacuité, qu'est-ce qui te prend de vouloir renverser le nid d'un pareil bodhisattva?
—
Pour s'en aller après nous avoir insultés tous les deux.
—
Il a parlé de la route vers le paradis de l'Ouest.
Quand donc vous aurait-il insultés?
—
Vous n'avez pas compris? Quand il a dit: "Qui porte les bagages: c'est un sanglier", il insultait Porcet; et moi, Singet, lorsqu'il a parlé du "singe de pierre qui a bien des années". Comment voulez-vous l'interpréter autrement?
—
Mon cher condisciple», intervint Porcet, «calme ta colère! Ce Maître de méditation sait le passé comme l'avenir: voyons si sa phrase, "plus avant un esprit des eaux rencontrerez", se vérifiera! Laissons-le donc aller.»
Le Novice constatait que les fleurs de lotus et les nuées de bon augure s'approchaient du nid. Il ne lui restait plus qu'à prier le Maître de remonter sur son cheval et de redescendre la montagne en direstion de l'Ouest.
Cette nouvelle étape leur enseignera que pur bonheur est rare en ce bas monde, malheurs et démons en abondance dans les montagnes.
Si vous ne savez, en fin de compte, ce qu'il advint à l'étape suivante, écoutez donc la séance qui vient.
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