Les dharma
dans I'estprit naissent
Et par i'estprit disparaissent.
Par qui naissance et disparition?
Veuillez y appliquer la réflexion!
Puisque tout vient de son propre estprit,
A. quoi bon en parler avec autrui?
Il faut et suffit de faire effort,
De presser le fer jusqu'au sang qui sort.
Passez-lui donc corde de soie au nez
Pour retenir te vide bien noué!
Attachez-le à l'arbre du non-agir
Pour qu'il se tienne calme et tranquille.
Ne prenez pas ces voleurs
pour vos fils,
Oubliez tout, les dharma comme I'estprit!
Ne laissez pas berner votre moi,
D'un coup de poing mettez-le hors de combat!
L'estprit qui se manifeste n'est plus,
La Loi qui apparaît ne tourne plus.
Quand l'homme et le buffle' disparaissent,
Le ciel azuré brille sans cesse.
Lune d'automne efl toujours aussi ronde:
Comment distinguer, l'un de l'autre, les mondes!
Ce cantique
fut composé par Tripitaka, le Maître de
la Loi Xuanzang, lorsqu'il eut compris à fond le soutra du Cœur et que s'ouvrirent les portes de l'illumination. Le Vénérable le récitait et le gardait constamment à son esprit, pénétré de sa lumière surnaturelle.
Parlons des trois pèlerins qui allaient leur chemin, se repaissant de vent et se reposant près de l'eau, vêtus d'étoiles et couverts de lune. Bientôt revinrent les paysages d'été avec leur ciel torride. C'étaient:
Devant les fleurs fanées papillons esseulés,
En haut des arbres, chants vibrants de cigales, Cocons de vers sauvages, grenadiers en flammes, Sur l'étang étal, nouveaux nénuphars...
Ce jour-là, alors qu'ils cheminaient, ils aperçurent, le soir tombant, un hameau au bord de la route de montagne.
«Conscient-de-la-Vacuité», s'écria Tripitaka, «regarde le soleil qui cache son miroir de feu derrière les collines de l'Ouest et le disque de la lune qui sort, glacé, de la mer orientale: quelle chance de trouver des habitants au bord de la route! Demandons-leur abri pour la nuit et repartons demain!
— Vous avez raison», approuva Porcet, «d'autant que j'ai plutôt faim: allons leur demander un peu à manger!
J'ai besoin de reprendre des forces pour porter les bagages.
—
Le diable d'enfant gâté!» rétorqua Singet, «il n'y a pas trois ans qu'il a quitté la famille et le voilà qui commence déjà à se plaindre.
—
Hé! le frangin! Je ne suis pas capable comme toi de m'abreuver de vent et me nourrir de fumée. Si tu savais ce que j'endure à suivre le Maître, depuis ces derniers jours, à moitié mort de faim!...
—
Conscient-de-ses-Capacités», intervint Tripitaka, «si tu restes si attaché à la famille dans ton cœur, c'est, que tu n'en es pas vraiment sorti: mieux vaut y retourner!
—
Maître!» implora l'idiot affolé, en se jetant à genoux, «n'écoutez pas ce que raconte mon condisciple. Il adore médire des gens. Alors que je ne me suis plaint de rien, il prétend que je bougonne sans cesse. En brave naïf qui parle franchement, il a suffi que je dise que j'avais faim et qu'il valait mieux mendier un peu de nourriture pour qu'il me traite d'enfant gâté. Maître, j'ai reçu les commandements de la bodhisattva elle-même et vous m'avez accordé votre compassion, Maître: je souhaite vous servir et aller au paradis de l'Ouest; sans regrets, je le jure. N'est-ce pas ce qu'on appelle "pratiquer dure austérité"? Comment peut-on dire que je n'ai pas quitté la famille?
—
S'il en est ainsi, lève-toi!» répondit Tripitaka.
L'idiot se ressaisit et sauta sur ses pieds: tout en marmonnant dieu sait quoi, il remit le chargement à l'épaule et, marchant avec détermination, suivit les autres. Ils furent bientôt à la porte des gens qui habitaient au bord de la route.
Tripitaka descendit du cheval, tandis que Singet prenait le fouet et les rênes. Porcet posa les bagages et tous trois se tinrent debout sous l'ombrage vert. Tenant d'une main son bâton de moine à neuf anneaux et, de l'autre, serrant son chapeau de pluie tissé de jonc et de lanières de bambou, Tripitaka se hâta de gagner la porte, par laquelle il aperçut, accoudé sur un lit de rotin, un vieillard qui murmurait des prières à Bouddha.
N'osant élever la voix, Tripitaka l'appela doucement:
«Mes salutations, cher donateur!»
Le vieil homme sauta au bas de la couche, serra précipitamment le devant de son vêtement et sortit lui rendre la politesse en disant:
««Excusez-moi, vénérable! De quelle région venezvous? À quoi dois-je l'honneur de votre visite?
—
Mon humble personne est un moine des grands
Tang, à l'Est, qui a reçu mission impériale de se rendre au monastère du Coup-de-Tonnerre solliciter du Bouddha les Écritures. Comme nous sommes arrivés en votre noble contrée à la tombée du jour, nous pensions demander abri pour la nuit en votre magnifique demeure, dans l'ardent espoir de ne pas vous incommoder...
—
Vous n'y arriverez jamais», fit le vieillard en secouant la tête et en écartant les mains, «il est très difficile d'obtenir les soutras du paradis de l'Ouest; allez plutôt les chercher dans celui de l'Est.»
Tripitaka se dit en son for intérieur: «La bodhisattva m'avait dirigé vers l'Ouest, comment se fait-il que ce vieil homme parle d'aller à l'Est? Il n'y a pas d'Écritures à trouver à l'Est!»
Il se sentait si embarrassé qu'il resta sans répondre.
Or, Singet, qui était d'un naturel violent, n'y tint plus et s'avança pour l'apostropher: «Oh! là! Le vieux, à ton âge, être aussi benêt! Nous effrayer par ces propos décourageants, nous autres moines venus de si loin te demander asile! Si ta maison est vraiment trop petite pour que nous puissions y dormir, nous passerons la nuit tant bien que mal, assis sous un arbre, sans te déranger.»
Le vieil homme tira à lui Tripitaka: «Maître, alors que vous ne dites rien, comment se fait-il qu'il se permette de parler de cette façon offensante à un homme d'âge, votre disciple, avec ce visage de ruffian, des bajoues efflanquées, une gueule de duc du Tonnerre, des yeux rouges et une mine de démon des épidémies!
—
Le vieux n'a vraiment pas l'œil», rétorqua
Singet en
riant, «il ne faut se fier aux apparences: Beau à voir n'estpas Livre TV, chapitre xx
toujours bon à manger! Pense donc qu'un petit comme moi est plutôt costaud, tout muscle sous la peau!
— J'imagine volontiers que tu disposes de quelques capacités.
— Sans vouloir me vanter, je me défends assez bien.
—
Où vit ta famille? Pourquoi t'es-tu fait tonsurer?
— J'habitais la grotte du Rideau-Torrentiel du mont de Fleurs et Fruits au pays de Aolai. J'ai appris à devenir un monstre quand j'étais petit, prenant le nom de Conscientde-la-Vacuité. Grâce à mes talents, je suis devenu Grand Saint égal au Ciel. Comme on ne m'avait pas donné de poste céleste convenable, j'avais provoqué un terrible raffut au palais céleste, ce qui m'avait valu de graves ennuis.
Je m'en suis sorti, maintenant, et me suis tourné vers la porte du Bouddha en vue d'en obtenir le juste fruit. Moi qui vais au paradis de l'Ouest prier Bouddha en protégeant mon maître envoyé par la cour des Tang, aurais-je peur de la hauteur des montagnes, des dangers de la route, de la largeur des rivières et du tumulte des flots? Ton vieux Singet sait terrasser les monstres, subjuguer les démons, soumettre les tigres et capturer les dragons. J'en sais un bout quant à monter au ciel ou descendre au fond des puits! S'il y a chez toi des jets de briques ou des tuiles qui volent, des marmites qui crient ou des portes qui claquent, fais-moi confiance, j'arrangerai ça!»
À ce discours le vieil homme partit d'un grand rire:
«Quelle langue bien pendue pour un moine qui mendie au hasard des rencontres!
— C'est ton fils qui a la langue acérée! Je suis bien trop épuisé par les fatigues du voyage, ces temps-ci, comme j'accompagne mon maître, pour m'exprimer et te dire tout ce que je pense!
— Heureusement! Si tu n'étais pas trop fatigué pour parler, je n'y survivrais pas! Avec les capacités dont tu disposes, vous pouvez y aller, à l'Ouest, vous pouvez y aller! Combien êtes-vous? Je vous en prie, venez vous reposer dans ma chaumière.
—
Merci, cher vieux donateur, de n'en avoir pas pris offense», répondit Tripitaka, «nous sommes trois.
— Où se trouve le troisième?
— Le vieux n'y voit pas clair», coupa Singet, «qui donc se tient debout là-bas, à l'ombre?»
regardant plus attentivement, il distingua la face de Porcet et en reçut un tel choc que, trébuchant à chaque pas, il courut jusqu'à la chambre en criant: «Fermez la porte, fermez vite la porte! Y a... y a un monstre!»
Singet le rattrapa et le retint: «N'aie pas peur! Ce n'est pas un monstre, c'est mon condisciple.
—
Parfait, parfait!» répliqua le vieil homme tremblant de tous ses membres, «un moine plus laid que l'autre!
—
Mon cher monsieur», rétorqua Porcet en s'approchant, «si vous jugez les gens sur leur apparence, vous ne commettrez que des erreurs! Si laids que nous soyons, nous sommes l'un comme l'autre fort utiles.»
Le vieil homme était ainsi occupé à discuter avec les trois moines devant sa porte, quand survinrent, venant du sud du domaine, deux jeunes gens qui accompagnaient une vieille femme et trois ou quatre enfants, garçons et filles, pieds nus et vêtements retroussés, car ils revenaient de repiquer dans les champs. À la vue du cheval blanc et des bagages, ils poussèrent des cris de surprise et, ne sachant ce qu'il en était, se précipitèrent pour demander ce qui se passait.
Porcet tourna la tête en battant plusieurs fois des oreilles et, avançant son groin, frappa tous ces gens d'une terreur telle qu'ils tombaient à droite et à gauche et ne se relevaient que pour trébucher à nouveau.
Tripitaka, affolé, ne cessait de répéter: «N'ayez pas peur! Rassurez-vous! Nous ne sommes pas dangereux, nous sommes des moines en quête des soutras.»
C'est alors que le vieillard sortit et, soutenant la vieille femme, lui dit: «Lève-toi, maman, ne te mets pas dans cet état! Le Maître que voilà vient de la cour des Tang, c'est seulement que ses disciples ne sont pas très beaux de visage: Vilaines figures, mais braves cœurs! Emmène les enfants à la maison.»
La femme entra, appuyée sur le vieil homme, tandis que les deux jeunes gens conduisaient les garçons et filles à l'intérieur.
Assis sur le lit de rotin de leur maison, Tripitaka rabroua ses disciples: «Vous me rendez coupable, à montrer des faces aussi laides et user d'un langage si grossier;
par votre faute, cette mauvaise frayeur a mis bien mal en point toute la famille.
—
Maître, pour ne rien vous cacher», assura Porcet, "Livre TV, chapitre xx
«depuis que je suis avec vous, je me conduis bien plus élégamment. Au temps où j'étais au domaine du vieux Gao, il me suffisait de lever le nez et d'ouvrir les oreilles pour faire mourir de peur vingt à trente personnes.
— Assez dégoisé, crétin!» lui dit en riant Singet, «tu ferais mieux de t'arranger.
—
Voyez-vous ça» répliqua Tripitaka, «il est né avec ce visage: comment veux-tu qu'il l'arrange?
—
I l pourrait fourrer son groin en râteau sous sa tunique et ne plus l'en sortir. Quant à ses oreilles en forme d'éventails de roseaux, il lui suffirait de les coller derrière la tête et de ne plus les remuer. N'est-ce pas s'arranger?»
Porcet cacha effectivement son groin et rabattit ses oreilles, se tenant la tête dans les mains, debout auprès du Maître. Tandis que Singet portait les bagages à l'intérieur et attachait le cheval blanc à un pilier, le vieil homme fit apporter par l'un des jeunes gens, sur un plateau de bois, trois tasses de thé pur. Il donna ensuite l'ordre de servir le repas maigre. Le jeune homme installa dans la cour une vieille table de bois sans vernis, pleine de trous, et des tabourets bancals, puis les pria tous trois de s'asseoir au frais.
«Quel est votre nom éminent, cher donateur? demanda enfin Tripitaka.
—
Votre serviteur s'appelle Wang.
—
Combien de descendants avez-vous?
— J'ai deux fils et trois petits-fils.
— Mes félicitations, toutes mes félicitations.
—
Quel est le nombre de vos années?
— J'ai grandi en âge, mais non en sagesse, jusqu'à soixante et un ans.
—
Magnifique: il entame un nouveau cycle de vie de soixante ans! s'exclama Singet.
—
Cher donateur», reprit Tripitaka, «vous disiezà l'instant que la quête des Écritures à l'Ouest serait difficile:
pourquoi?
—
Ce n'est pas que les soufras soient difficiles à obtenir, c'est la route qui est pleine d'embûches et de dangers.
puisque votre jeune vénérable assure posséder de grandes capacités, vous pouvez y aller.
—
Aucune importance! Ce n'est pas gênant: du
moment que votre vieux Singet est là, et son condisciple, aucun monstre, quel qu'il soit, n'osera se frotter à nous.»
À ce point de la conversation apparut l'un des fils, qui apportait à manger. I l posa le riz sur la table en disant:
«Veuillez partager ce repas maigre!»
Tripitaka joignit les mains, mais avant même qu'il eût commencé à réciter le soutra du repas, Porcet avait englouti un bol. L'idiot en dévora trois de plus, sans attendre que le vénérable eût fini de réciter les quelques vers que l'on psalmodie avant de commencer le repas.
«Le ballot, quel glouton!» s'exclamait Singet, «à croire qu'on est tombé sur un fantôme affamé!»
Le vieux Wang prit la chose du bon côté:
«Il me semble que le vénérable a vraiment faim», dit-il en le voyant dévorer avec une telle précipitation, «que l'on apporte vite un peu plus de riz!»
L'idiot avait en vérité un énorme appétit: sans même prendre le temps de lever la tête, il vida d'affilée une bonne dizaine de bols, alors que Tripitaka et Singet n'étaient pas même arrivés à bout du deuxième.
L'idiot ne s'était pas arrêté un instant et continuait à manger.
«C'est un repas préparé à la hâte, sans mets raffinés», reprit le vieux Wang, «je n'ose trop insister, mais je vous en prie, servez-vous encore une fois.
—
Nous n'en pouvons plus, répondirent Tripitaka et Singet.
—
Qu'est-ce qu'il marmonne, le vieux?» bougonna Porcet, «qui veut s'en mettre, des affinées? A-t-on besoin de cent ou mille mets
1? S'il reste du riz, qu'on l'apporte, un
point c'est tout!»
En un seul repas, l'idiot mangea tout le riz de la maison.
Et il ne se disait que rassasié à demi! On débarrassa enfin;
ils étalèrent leur literie, qui sur le lit de rotin, qui sur les planches, et dormirent au rez-de-chaussée.
Le lendemain matin, Singet partit seller le cheval tandis que Porcet mettait les bagages en ordre. Le vieux Wang fit préparer par sa femme une collation de soupes et amuse Livre TV, chapitre xx gueule pour les trois pèlerins, qui remercièrent et prirent congé.
«Il faut revenir à ma chaumière s'il vous arrive quoi que ce soit en route, leur dit le vieil homme.
—
Foin de ces propos décourageants, le vieux», rétorqua Singet, «nous autres, qui avons quitté nos familles, ne revenons jamais sur nos pas!»
Sur ce, l'un éperonnant le cheval, l'autre hissant le chargement sur l'épaule, ils se dirigèrent vers l'Ouest.
Aïe! Cette fois, en effet, ce ne fut point bonne route vers l'Ouest: de pervers démons leur réservaient graves calamités.
À moins d'une demi-journée ils se trouvèrent devant d'immenses montagnes. À dire vrai, elles semblaient des plus dangereuses. Approchant de la falaise, Tripitaka contemplait le paysage, penché sur sa selle précieuse. En effet:
Haute était la montagne,
Escarpée la vastle chaîne,
Verticale la falaise,
Vertigineux le précipice,
Bruissante la source,
Fraîches les fleurs.
Les cimes rejoignaient le ciel azuré,
Les gorges s'enfonçaient jusqu'aux Enfers.
Devant la montagne s'enchaînaient les nuages
Et s'étageaient les formes étranges des rochers.
Innombrables les falaises de mille
Et dix mille toises qui serraient le cœur.
Derrière serpentaient les grottes à dragons
Où l'eau tombe goutte à goutte sans répit.
On y voit aussi des cerfs aux ramures fourchues, Des antilopes Slupides au regard perdu,
Des pythons lovés aux écailles rougedtres,
Des gibbons à face blanche, fols et folâtres.
Le soir les tigres rôdent près de leur repaire, Le matin les dragons sortent des flots prendre l'air.
L'entrée des grottes soudain s'anime bruyamment, De l'herbe s'envolent à tire-d'aile les faisans.
Dans la forêt les bêtes passent à pas feutrés;
Le cœur bat au passage du fauve férocej...].
la montagne quand ils entendirent tout à coup le bruit d'une tornade qui menaçait.
«Conscient-de-la-Vacuité, le vent se lève! s'écria Tripitaka, inquiet, du haut de son cheval.
— Le vent? Il n'y a pas de quoi s'effrayer. C'est, le souffle du ciel au long des quatre saisons; qu'y a-t-il à craindre? répliqua Singet.
— C'est un vent mauvais, trop violent pour être du genre de celui qui vient du ciel.
— Comment cela, point du genre d'un vent qui vient du ciel?
—
Observe ce vent:
«Impérieux, brutal, il se gonfle, mugissant,
Sorti de l'azur, immense, envahissant.
Il franchit le bois des cimes rugissantes,
Et s'engouffre dans la forêt frissonnante.
Ees saules tremblent jusqu'au bout des racines, Ees fleurs s'arrachent avec les feuilles fines.
Filet rangé, le pêcheur renforce l'amarre;
Voile baissée, les bateaux jettent tous l'ancre.
Ee voyageur ne sait plus ce qui le mène,
Ee bûcheron porte fagots à grand-peine.
Ees singes s'égaillent dans la forêt heureuse, Ees faons fuient le bosquet aux fleurs merveilleuses.
Ees genévriers tombent de la falaise,
Vins et bambous du torrent sont mal à l'aise.
Ee sable est soulevé, la terre remuée,
Ees rivières retournées, la mer baratée. »
Porcet s'avança pour tirer à lui Singet:
«Le vent souffle trop fort: mettons-nous un peu à l'abri!
— Tu capitules, frérot? » répliqua en riant Singet, « si tu te tires quand le vent grossit, que feras-tu quand tu te trouveras nez à nez avec le monstre?
— Hé! frangin, tu ne connais par le dicton? Redoute les femmes plus que l'ennemi, redoute le vent plus que la flèche. Il n'y a pas de mal à s'abriter un moment.
—
Tais-toi! Assez parlé, laisse-moi prendre une poignée de ce vent et en sentir l'odeur.
—
Qu'est-ce que tu ne vas pas chercher, grand frère!»
s'esclaffa Porcet, «comme si ça pouvait s'empoigner pour le renifler, le vent! A supposer que tu en saisisses une brassée, il te glisserait des mains tout aussitôt.
"Livre TV, chapitre xx
—
Petit frère, ce que tu ignores, c'est que ton vieux Singet sait comment attraper le vent.»
Le brave Singet! Il laissa passer la tête du vent, l'attrapant par la queue qu'il renifla: il y avait un soupçon d'odeur fétide. Il déclara:
«C'est; là, en effet, un vent mauvais. Si ce n'est un arrière-goût de tigre, pour sûr qu'il s'agit de quelque créature maléfique. C'est louche en tout cas.»
Il n'avait pas fini sa phrase qu'un féroce tigre tacheté dévalait la pente de la montagne, queue en cisaille et pattes puissantes. Terrifié à en perdre l'équilibre, Tripitaka culbuta de son cheval blanc et s'aplatit au bord de la route, plus mort que vif. Jetant son chargement, Porcet saisit son râteau et, devançant Singet, lança d'une voix forte:
«Maudite bête, où vas-tu?»
Il s'élança et abattit l'arme en visant la tête. Le tigre s'était dressé et, d'un coup de griffe de sa patte gauche, s'était ouvert la poitrine. En la tirant vers le bas, il s'était débarrassé de sa peau, dans le crissement d'une grande déchirure, et se tenait debout au bord de la route. Imaginez la hideuse apparition! Voyez:
Le corps écorché, tout sanguinolent,
Les jambes et pieds arqués, repoussants,
La tête échevelée, comme en flammes,
La broussaille des sourcils, pleine de raideur, Les quatre crocs d'acier, éclatants de blancheur, La paire de ses yeux d'or, tout scintillants, La force de son rugissement insolent,
Et la puissance de son cri imposant.
«Doucement, doucement!» hurlait-il, «c'est moi, qui ne suis autre que l'avant-garde des forces sous le commandement du grand roi
2 Vent-Jaune. Je patrouille
la montagne sur l'ordre exprès de Sa Majesté, avec mission de lui attraper quelques bonshommes pour lui servir d'amuse-gueule, à déguster avec le vin. D'où venez-vous, moines, pour oser prendre les armes contre moi?
— Tu vas voir, maudite créature!» gronda Porcet, «tu ne nous reconnais donc pas? Nous ne sommes pas des voyageurs ordinaires, mais les disciples de Tripitaka, le frère du grand empereur des Tang dans les terres de l'Est, 3 9 °
celui qui a mission impériale de chercher les soutras au paradis de l'Ouest. Si tu veux avoir la vie sauve, tu ferais bien de t'écarter au plus vite, et loin, pour nous laisser large le passage et ne pas effrayer notre maître. Mais si tu montres la même brutalité que tout à l'heure, mon râteau ne te fera pas de quartier!»
Sans attendre d'autre explication, le monstre se précipita en avant, se mit en position et lança ses griffes à la face de son adversaire. Porcet esquiva le coup et, faisant tournoyer son râteau, l'abattit. Comme elle ne disposait d'aucune arme, la créature chercha le salut dans la fuite, Porcet à ses talons. Arrivé au bas de la pente, le monstre se saisit de deux sabres de bronze'
cachés dans un amas de pierres et, les brandissant, revint à la rencontre de Porcet. C'est donc au bas de la pente qu'ils combattirent, dans une belle succession d'engagements.
Singet avait relevé Tripitaka en lui disant: «Ne craignez rien, maître! Asseyez-vous donc tranquillement pendant que je me porte au secours de Huit-Défenses pour abattre le monstre et dégager la route.»
Tripitaka consentit enfin à s'asseoir et, tout tremblant, se mit à réciter le soutra du Cœur, il va sans dire.
Quant à Singet, il avait tiré sa trique de fer et criait à son condisciple: «Attrape-le!»
Porcet redoublait d'énergie. Le monstre, vaincu, déguerpit.
«Pas de quartier!» lui cria Singet, «il faut le rattraper!»
Ils dévalaient la montagne, l'un faisant tournoyer le râteau, l'autre brandissant la trique de fer. Le démon aux abois usa du stratagème de la cigale dorée qui abandonne sa chrysalide: d'une culbute, il reprit sa forme originelle qui était celle d'un tigre. Singet et Porcet n'étaient évidemment pas disposés à renoncer à la poursuite. Ils allaient rattraper la bête, déterminés à extirper l'être maléfique qui, les voyant approcher, s'ouvrit à nouveau la poitrine pour sortir de sa peau et en envelopper un rocher en forme de tigre couché, tandis que lui-même se changeait en tornade, qui remonta sur la route. Apercevant tout à coup le moine qui récitait le soutra du Cœur, il l'emporta d'un coup de vent. Le malheureux Tripitaka:
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3 9
Enfant trouvé
1, voué à maintes vicissitudes,
Car l'accès au nirvana n'estlpas de toute quiétude.
Après avoir amené le moine captif à l'entrée de la grotte, le monstre arrêta la tornade et dit au portier:
«Va annoncer au grand roi que le tigre de l'avant-garde a pris un moine et attend ses ordres à la porte.»
Le maître de la grotte donna l'ordre de les faire entrer.
Les deux sabres de bronze à la ceinture, le monstre s'agenouilla, offrant des deux mains Tripitaka: «Ô grand roi, votre indigne officier, grâce à votre ordre de patrouiller la montagne, est tombé sur ce moine qui est le Maître de la Loi Tripitaka, frère de l'empereur des Tang des terres de l'Est, en quête des Écritures à l'Ouest. Je l'ai capturé et vous le présente dans l'espoir qu'il saura agrémenter votre table.»
Grande fut la surprise du maître de la grotte quand il entendit ces mots:
«Je me suis laissé dire que le Maître de la Loi Tripitaka était un moine divin qui a reçu de l'empereur des Tang mission de chercher les Écritures. I l dispose d'un disciple nommé Singet, aux vastes pouvoirs magiques alliés à une force de l'intelligence peu commune. Comment as-tu donc fait pour le capturer?
—
I l a deux disciples: le premier à venir vers moi se sert d'un râteau à neuf dents; il a la bouche longue et les oreilles larges. L'autre manie une barre de fer avec des cercles d'or; il a des yeux de feu et des pupilles d'or. Ils allaient me rejoindre quand j'ai eu recours au stratagème de la cigale qui abandonne sa chrysalide. J'ai ainsi pu leur échapper et m'emparer du moine que je vous offre avec mes respects pour votre prochain banquet.
—
Ne le mangeons pas encore!
—
Qui refuse la nourriture qu'on lui présente mérite d'être traité de haridelle
2, ô grand roi.
— Tu ne comprends pas la situation. De le manger n'a sans doute pas d'importance, mais je crains que ses deux disciples ne viennent faire du pétard à notre porte: ça risque de ne pas être du gâteau. Mieux vaut l'attacher à l'un des poteaux à contre-vent de la cour arrière et attendre quatre ou cinq jours. Si les deux disciples ne viennent pas faire de raffut, on pourra le nettoyer sans avoir à discutailler. Nous serons libres de l'accommoder à notre Rattrapant le tigre au bas de la pente, ils crurent le voir s'effondrer et se coucher au pied de la falaise.
Livre TV, chapitre xx
guise, bouilli, cuit à la vapeur, sauté ou frit. Il sera alors encore temps de le déguster à loisir.
—
Voilà qui est. mûrement réfléchi et fort avisé, Votre Majesté», répondit le tigre d'avant-garde, qui en était bien aise, «vous avez tout à fait raison.»
Et il ordonna: «Mes petits, amenez-le!»
Sept ou huit acolytes, qui se tenaient sur le côté, se précipitèrent sur le moine chinois comme le faucon fonçant sur l'hirondelle, et le ligotèrent solidement.
Jamais l'enfant trouvé au destin cruel n'avait autant pensé à Singet, son novice, jamais le divin moine, dans cette épreuve, n'avait autant songé à son disciple Conscient-de-ses-Capacités. Il se lamentait: «Mes disciples, je ne sais en quelle montagne vous terrassez monstres et démons, mais me voilà prisonnier du démon dont je redoute le pire. J'ignore si jamais nous nous reverrons. Misère! Vous pouvez encore me sauver, si vous venez sans plus tarder. Sinon, rien ne saura plus me protéger!»
Tout en gémissant, il versait des torrents de larmes.
Reparlons de Singet et Porcet: rattrapant le tigre au bas de la pente, ils crurent le voir s'effondrer et se coucher au pied de la falaise. Singet leva son gourdin et l'abattit de toutes ses forces... pour le sentir vibrer à en avoir mal aux mains. Porcet donna à son tour un coup de son râteau, mais les dents rebondirent sans pénétrer: ce n'était qu'une peau de tigre couvrant un rocher en forme de fauve couché.
«Malheur! Nous sommes tombés dans le panneau!
s'écria Singet, grandement alarmé.
—
Quel panneau? demanda Porcet.
— C'est le coup de la cigale qui abandonne sa chrysalide: il a laissé ici la peau et s'est enfui. Rentrons voir ce que devient notre maître. Pourvu qu'il ne soit pas tombé entre leurs mains cruelles!»
Ils firent précipitamment demi-tour, mais Tripitaka avait depuis longtemps disparu.
«Que faire?» se mit à se lamenter Singet d'une voix de tonnerre, «ils ont emmené le Maître!»
Tirant le cheval, les yeux pleins de larmes, Porcet gémissait: «Ciel, ciel! où aller le chercher?
—
«Pleurer sape le moral! Il ne peut être que quelque part dans la montagne: partons à sa recherche! »
Tous deux s'élancèrent au fond des montagnes, traversant les cols et franchissant les chaînes. Ils marchaient depuis un moment quand ils aperçurent, dépassant le pied de la falaise, une résidence troglodytique. Ils s'arrêtèrent pour observer l'effrayant paysage; voyez:
Un pic acéré telle une forteresse,
Là serpentait la route traîtresse,
De pins bleus, bambous verts, la couverture,
De saules et Slerculiers la verdure,
D'étranges rochers qui vont par paires,
Des couples d'oiseaux rares dans les airs.
Le torrent attaque la paroi rocheuse,
La source éclabousse la barre sableuse.
Taches de nuages sauvages,
Jaspe de gras pâturages.
Lièvres rusés, renards pervers s'aventurent
Là où combattent daims et cerfs à ramures.
En travers pendent des lianes de mille ans,
Un cèdre hors d'âge domine le torrent.
Une grandeur à éclipser le mont Hua
Profusion de fleurs et d'oiseaux qui vaut le Tiantai 2!
«Sage frère», dit Singet à Porcet, «tu peux poser les bagages dans ce creux à l'abri du vent et lâcher le cheval.
Inutile de te montrer. Laisse-moi aller à sa porte et le provoquer au combat. I l faut capturer le monstre pour sauver notre maître.
—
Il va de soi! Ces recommandations ne sont pas nécessaires. Vas-y au plus vite! »
Singet ajusta sa tunique, serra sa jupette en peau de tigre, tira sa trique et fonça vers la porte au-dessus de laquelle il lut les six gros caractères:
GROTTE D U V E N T - J A U N E DE L A C H A I N E D U VENT-JAUNE.
Planté en équerre, le bâton solidement en main, il cria:
«Monstre! Rends-moi mon maître avant qu'il ne soit trop tard, si tu tiens à éviter que je ne bouleverse ton repaire et rase ta demeure!»
À ces mots, les petits monstres prirent peur et coururent annoncer tout tremblants: «Ô grand roi, malheur!
—
Qu'est-ce qui se passe? demanda le monstre Ventjaune, justement assis sur son trône.
Livre TV, chapitre xx
— I l y a à la porte un moine au visage velu et à la bouche de duc du Tonnerre», expliqua l'un des petits monstres, «il tient à la main une grosse trique de fer et réclame son maître.»
Alarmé, le maître de la grotte fit aussitôt convoquer le tigre d'avant-garde:
«Je t'avais demandé de patrouiller dans la montagne pour attraper quelque buffle sauvage, sanglier, cerf ou cabri et tu m'amènes un moine chinois! Tu as provoqué ses disciples qui vont faire du raffut par ici: comment s'en tirer?
—
Que Votre Majesté se rassure! Elle peut dormir tranquille et sans soucis! Votre indigne officier est tout prêt à prendre la tête d'une cinquantaine d'hommes et vous amener le Novice pour compléter votre repas.
— Sans compter les officiers, nous disposons ici de six à sept cents hommes de troupe: choisis ce qu'il te faut!
Pourvu que tu réussisses à capturer le dénommé Singet et nous permettes de déguster tout à notre aise un bon morceau de ce moine succulent. Dans ce cas je serais prêt à te traiter en frère. Mais il ne faudra pas m'en vouloir si, comme je le crains, tu échoues et y laisses des plumes...
—
Ne vous inquiétez donc pas, attendez que je
revienne!»
Il sélectionna effectivement cinquante des monstres les plus costauds et, tambours roulant, bannières au vent, s'élança hors de la grotte en brandissant ses deux sabres de bronze et en criant d'une voix menaçante:
«D'où sors-tu, singe de moine, pour avoir le front de faire un pareil vacarme dans nos parages?
— Sale bête d'écorché! C'est toi qui nous as fait le coup de la cigale pour embarquer notre maître, et tu me demandes à moi, ce que je viens faire? Ramène-le-moi gentiment et au plus tôt, si tu veux que je t'épargne la vie!
— Ton maître, c'est moi qui l'ait attrapé pour le servir au repas de notre grand roi. Tu ferais mieux de déguerpir, si tu as quelque jugeote. Sinon, tu iras le rejoindre à table, comme l'on dit: La prime qui va avec chaque achat!»
À ces mots, Singet se sentit envahi d'une immense colère. Il grinçait de toutes ses dents d'acier, ses yeux de feu lançant des éclairs de fureur. Il brandit le gourdin de fer, hurlant:
«Que sont donc tes pouvoirs pour te permettre de parler sur ce ton? Ne bouge pas, attention à la trique!»
// leva son râteau et, prenant à revers le tigre d'avant-garde, le lui abattit sur la tête.
Livre W, chapitre xx
L'autre mania aussitôt les sabres pour parer le coup. Ce fut un beau spectacle lorsque les deux adversaires déployèrent leurs capacités impressionnantes. Quelle bataille!
Si le monstre est vraiment un œuf d'oie,
Singet est une pierre de l'œuf d'oie.
Les sabres qui encadrent le Beau Singe-Roi
Sont des œufs lancés contre un mur de pierre.
Moineau contre phénix ne peut faire la guerre, Contre l'aigle ou le faucon le pigeon la perd!
Le monstre couvrait la montagne de cendres,
Singet crachait du brouillard pour le répandre.
Il suffit de quatre ou cinq engagements
Pour qu'il abandonne, sans force, reins rompus.
Il tourne casaque et cherche le salut.
Singet ne fera pas de quartier au vaincu!
Ne pouvant plus soutenir les assauts de son adversaire, le monstre fit demi-tour et s'enfuit. N'osant retourner à la grotte après ce dont il s'était vanté, il prit la direction de la pente pour échapper à son poursuivant. Mais, décidé à ne pas le lâcher, Singet le serrait de près, bâton en main; sans cesser de pousser des cris et appels, il allait le rejoindre dans le creux abrité du vent. Comme il levait la tête, il aperçut Porcet qui faisait paître le cheval. L'attention attirée par les cris, Huit-Défenses tourna la tête et vit le monstre poursuivi par le Novice. Laissant là le cheval, il leva son râteau et, prenant à revers le tigre d'avant-garde, le lui abattit sur la tête. Le malheureux:
Croyant échapper aux mailles du filet,
Il est tombé dans la nasse du pécheur!
Le coup de Porcet faisait couler le sang frais des neuf trous de son corps' et avait vidé le crâne de sa cervelle. En témoigne le poème:
Revenu à la bonne doctrine
Quatre ou cinq années auparavant,
Conscient-de-ses-Capacités, observant les jeûnes, D'un cœur sincère, protégeait Tripitaka,
Et, pour la première fois, remporta cet exploit.
Un pied pesant sur sa colonne vertébrale, l'idiot fit 3 9 8 tournoyer des deux mains le râteau et l'abattit une seconde fois. À ce spectacle, Singet le félicita, enchanté: «Exactement ce qu'il fallait faire, frangin! I l avait eu l'audace de m'attaquer à la tête de plusieurs dizaines de petits monstres. Quand je l'ai battu, au lieu de courir vers sa grotte, il est allé à sa mort ici même. Heureusement que tu étais là pour le recevoir. Sinon il se serait à nouveau échappé.
—
Ce doit donc être lui qui a emporté notre maître, transformé en tornade.
—
Oui, exactement!
— Est-pe que tu l'as interrogé sur le lieu de détention du Maître?
—
Le monstre avait traîné le Maître jusqu'à la grotte et voulait l'offrir au repas de son foutu grand roi de je me demande quoi! Ça m'a mis en rogne et je me suis battu avec lui, mais c'est toi qui l'as eu. Frangin, tu l'as mis à ton tableau de chasse! Mais ne peux-tu rester ici à surveiller le cheval et les bagages pendant que je ramène le cadavre à la grotte pour les provoquer au combat? Pour délivrer notre maître, c'est le vieux monstre qu'il faudra capturer.
—
Grand frère, tu dis juste: vas-y, vas-y! Si tu lui fous une trempe, au vieux démon, chasse-le par ici pour que je l'intercepte et le tue!»
Le brave Singet! D'une main traînant sa barre de fer et de l'autre tirant le tigre mort, il se rendit d'une traite devant la grotte.
Le cas de rappeler:
Remontre de monstres: épreuve du Maître de la Loi, Harmonie des sentiments soumet démon des troubles.
Si, en fin de compte, vous ne savez s'il parvint à subjuguer le monstre et délivrer le moine chinois, écoutez donc la séance qui vient.
"Livre
cinquième
LA CONVERSION DE SABLET
(chapitres xxi à xxv)