Il a été dit comment Singet était descendu de son nuage pour expliquer au Maître les détails de l'affaire: Guanyin avait emprunté les garçons à seigneur Laozi et ce dernier avait récupéré les trésors.
Après l'avoir infiniment remercié, Tripitaka reprit la marche vers l'Ouest'au risque de sa vie, armé d'une pieuse résolution, plus ferme que jamais. Il remonta en selle, tandis que Porcet se chargeait des bagages et que Sablet tenait la bride au cheval. Singet ouvrait la voie, trique de fer en main. Us descendirent d'une traite la montagne et s'avancèrent plus loin. On ne finirait pas de conter les gîtes au bord de l'eau, les repas en plein vent, les départs sous un manteau de givre, l'arrivée en foulant la rosée. Après avoir ainsi longtemps marché, maître et disciples trouvèrent à nouveau devant eux une montagne qui obstruait la route.
Du haut de son cheval, Tripitaka s'exclama:
«O disciples, voyez l'aspect affreux, écrasant de cette montagne: nous devons rester sur nos gardes; je crains que nous ne soyons à nouveau agressés par de démoniaques obstacles.
— Maître», répliqua Singet, «ne vous laissez point égarer par ces pensées extravagantes. Il suffit de se concentrer et de calmer ses esprits: rien ne saurait arriver.
— Ô disciples, pourquoi est-il si difficile d'atteindre le paradis de l'OuestPJe me souviens du temps où je quittai la cité de Chang'an, lorsque le printemps cédait la place à l'été; puis l'hiver est survenu sur les traces de l'automne. Il y a de cela quatre ou cinq ans. Comment se fait-il que nous ne soyons pas encore arrivés?»
À ces mots, Singet éclata de rire:
«Trop tôt, bien trop tôt: on n'est même pas sortis du portail!
— Foin de tes galéjades, frangin!» coupa Porcet, «ça n'existe pas ici-bas, les résidences de cette taille.
— Frérot, on en est encore à tourner dans la salle.
— Cher maître et condisciple», intervint Sablet en souriant, «assez de ces extravagances qui nous font peur!
Quand bien même existerait une salle aussi grande, où trouverait-on une maîtresse poutre de taille suffisante?
— Frérot, si tu veux bien voir les choses à ma façon, de cette résidence le ciel est le toit, le soleil et la lune les lucarnes; les cinq pics sacrés en sont les colonnes; bref, l'univers n'est qu'une vaste salle.
— Laissons tout tomber!» conclut Porcet à ce discours, «il ne nous reste plus qu'à faire demi-tour!
— Assez divagué!» trancha Singet, «suivez-moi et ne vous occupez pas du reste!»
Le brave Singet! La trique de fer en travers des épaules, il s'élança en avant, ouvrant la voie dans la montagne et guidant avec assurance le moine chinois qui, du haut de sa monture, observait un immense et magnifique paysage alpestre.
Ee sommet escarpé touche les étoiles,
Ht la cime des arbres rejoint les nuées.
Le cri plaintif des gibbons monte de la vallée;
On entend les sanglots des grues qui s'éloignent.
Debout dans le vent mugissant, les diablotins Se raillent et se jouent du pauvre bûcheron.
D'anciens renards, assis au bord du ravin,
Emplissent de crainte les chasseurs qui s'en vont.
Quelle montagne!
De toutes parts vertigineuses montées,
Incroyables précipices de tous côtés:
D'étranges sapins semblent couverts de jade,
Des arbres morts pendent vrilles et lianes.
De la source jaillissante monte froidure
Qui pénètre jusqu'à racine de chevelure.
Des crêtes altières dévale un vent pur
Qui trouble la vision, laissant sa morsure.
Aux rugissements des tigres répondent
Les chants des oiseaux de la montagne;
Des troupes de daims à travers les branchages Vont, viennent, sautent et librement gambadent.
Des hordes de cerfs, à la recherche de nourriture sauvage, Tantôt trottent, tantôt galopent en tout sens.
Nul voyageur ne se voit du haut de la pente.
Les loups partout les guettent, tapis tout au fond.
Ce n'eÊ point lieu propice à ta méditation,
Mais le domaine des bêtes sauvages.
Tremblant de peur, Tripitaka pénétrait dans la montagne profonde, lorsque, l'esprit submergé par la tristesse des lieux, il arrêta le cheval et poussa ce cri de détresse: «O Conscient-de-la-Vacuité
«Quandj'eus pensée de gravir la montagne
Le roi m'accompagna hors de la cité
Un chemin j'ai rencontré triple scirpe",
En route j'ai sonné les clochettes au cheval
Au long des pentes et des torrents en quête
Je franchis les cols en hommage à Bouddha''.
Protège-moi pour achever cette errance
8 /
Quand reverrai-je la cour et mon village''?
—
Maître, ne vous faites point de souci, cessez de vous tourmenter», répliqua Singet en éclatant de rire à ce discours, «avancez sans crainte, le succès vient naturellement avec l'accomplissement des mérites.»
Comme maître et disciples allaient d'un pas confiant en jouissant du paysage, le disque rouge du soleil ne tarda pas à sombrer à l'ouest.
C'était exactement:
Etapes de dix lis sans voyageurs,
Au neuvième ciel étoiles en fleurs,
Les bateaux des huit rivières au port,
En sept mille villes, portes closes, tout dort.
Aux six palais et cinq chambres, c'est le retrait;
Aux quatre mers et trois fleuves, tirés filets l En haut des deux tours sonnent cloches et tambours:
Un disque brillant remplit la nuit alentour.
Regardant au loin du haut de sa monture, le Vénérable aperçut au creux de la montagne un empilement de tours, terrasses, pavillons et bâtiments divers.
7oo
«Mes disciples», s'écria Tripitaka, «il se fait tard, mais par bonheur je vois non loin tours et pavillons qui doivent appartenir à un temple taoïste ou à un monastère bouddhique. Allons y passer la nuit! Nous reprendrons la route demain.
— Vous avez raison, maître», répondit Singet, «mais point de précipitation: laissez-moi examiner ce qu'il en est.»
Le grand saint fit un bond dans les airs pour observer attentivement les lieux: c'était effectivement un monastère.
Des murs de briques enduits d'argile rouge,
De part et d'autre des portails à clous d'or, Étagement de terrasses jusqu'au sommet,
Suite d'arches et palais à l'ombre des monts:
Le pavillon des mille bouddhas fait face
A la salle où trône l'Ainsi-venu
Héros suprême, tourné vers la tour du matin.
La tour à sept étages retient la brume,
Les trois Vénérés'
brillent glorieusement.
Face à la chaumière du sanghârâma
Voici la terrasse de Manjusn".
Le hall de Maitreja
jouxte la salle
Du Grand compatissant'' [...]
Singet abaissa son nuage pour annoncer à Tripitaka:
«Maître, c'est effectivement un monastère; parfait pouty passer la nuit. Allons-y!»
Le Vénérable lâcha la bride à son cheval et, d'une traite, arriva au portail.
«Maître, quel est ce monastère? demanda Singet.
— Le cheval vient à peine de reposer ses sabots, je n'ai pas encore sorti la pointe des pieds de l'étrier, et tu me demandes de quel monastère il s'agit! Aucun égard!
— Vous vous êtes fait moine dès votre enfance, mais vous avez dû commenter les livres confucéens avant d'expliquer la Loi et les soutras. Ce n'est qu'après avoir pleinement maîtrisé l'art des lettres que vous avez reçu les faveurs du souverain des Tang: des caractères aussi gros, au-dessus du portail, seriez-vous incapable de les reconnaître?
— Maudit singe qui parle à tort et à travers! J'ai poussé ma monture vers l'ouest, aveuglé par le soleil. Il y a beau y avoir une inscription, d'ailleurs couverte de poussière...
Voilà pourquoi je n'ai pas encore pu la lire.»
À ces mots, Singet se pencha en avant et, grandissant de plus de deux toises, l'épousseta de la main: «Maître, lisez, je vous en prie.»
On distinguait les cinq grands caractères suivants:
MONASTÈRE DU BOIS SACRÉ, FONDATION IMPÉRIALE.
Singet reprit sa forme naturelle et demanda: «Maître, lequel de nous entre solliciter refuge pour la nuit?
— J'y vais. Laids comme vous êtes, grossiers dans votre manière de parler, brutaux et arrogants de tempérament, vous risquez de heurter les moines de l'endroit: il serait embarrassant de se voir refuser l'hospitalité.
— Puisqu'il en est ainsi, veuillez entrer, maître. Inutile d'en dire plus!»
Abandonnant sa crosse et ôtant son manteau de pluie, Tripitaka franchit le seuil, mains jointes, après avoir mis ordre à ses vêtements. De part et d'autre de la balustrade laquée de rouge se dressaient deux imposantes statues grimaçantes de gardiens armés de foudre
L'un semble vivant avec son masque de fer et sa barbe d'acier, L'autre, avec ses sourcils grillés et ses yeux ronds comme des perles.
A gauche, les os saillent du poing comme fer brut, A droite, la paume a des saillies de bronze cuivré.
Leurs armures d'or scintillent de toutes parts, Leurs heaumes brillants et leurs ceintures de soie se reflètent sous A l'ouest, combien d'offrandes à Bouddha!
[te vent.
Des tripodes de pierre monte la rouge flamme de l'encens.
À leur vue, Tripitaka hocha la tête en poussant un long soupir: «Si l'on élevait en notre pays de l'Est d'aussi f
randes statues d'argile pour leur offrir un culte et leur rûler de l'encens, nous n'aurions pas besoin d'aller au paradis de l'Ouest, ni vous, ni moi!»
Il était plongé dans ces réflexions quand il atteignit la porte de la seconde cour. Il y avait les statues des quatre grands rois célestes
2, protecteurs des quatre orients, est,
nord, ouest, sud, ce qui impliquait pouvoir de régler les vents et les pluies: Mainteneur-du-Royaume*, Sait-Tour 4,
Croissance
et Vaste-Regard
6. Il entra et remarqua encore
quatre pins altiers au feuillage luxuriant, en forme de baldaquin. Levant la tête, que vit-il? C'était la salle sacrée du Grand-Héros
1! Joignant les mains en signe d'obéissance, il se prosterna, puis fit le tour du piédestal, pour gagnèr la porte de derrière. Il y trouva une Statue de la Guanyin des mers du Sud, qui s'incline, préoccupée du salut de tous. Les murs étaient couverts d'habiles sculptures de crevettes, poissons, crabes et tortues, tendant le cou, sortant la queue, jouant et sautant dans les flots. Le Vénérable hocha la tête quatre ou cinq fois, en soupirant mille fois: «Quelle tristesse! Alors que tous ces êtres à écailles et carapaces rendent hommage à Bouddha, pourquoi donc les hommes s'y refusent-ils?»
Il poussait ces soupirs d'admiration, quand il vit émerger de la troisième porte un servant du monastère. A la vue de la dignité hors du commun de Tripitaka, de l'exceptionnelle beauté de son visage, le servant précipita ses pas pour s'avancer et le saluer: «D'où venez-vous, maître?
— Votre disciple est un envoyé de l'empereur des grands Tang de la terre de l'Est en quête des Ecritures au paradis de l'Ouest. Comme il se faisait tard, je me suis permis d'entrer en ce noble lieu pour solliciter l'abri d'une nuit.
— Maître, ne m'en voulez pas, mais je ne suis ici qu'un servant chargé de balayer, sonner la cloche et vaquer aux gros travaux. Le vieux maître qui gouverne la communauté est à l'intérieur: attendez que j'aille lui en toucher un mot. S'il veut bien vous retenir, je reviendrai vous présenter l'invitation; sinon, je m'en voudrais de vous retarder.
— Je vous dérange.»
Le servant se rendit en hâte à la cellule du supérieur lui annoncer:
«Seigneur et maître, il y a quelqu'un qui attend dehors.»
Le moine officiel
se leva aussitôt, se changea, mit un
bonnet à la Vairocana
3, passa un kasâya sur les épaules et
ouvrit précipitamment la porte pour l'accueillir.
«Où est ce visiteur?» demanda-t-il au servant qui répondit en désignant Tripitaka du doigt:
«N'y a-t-il point un homme là-bas, derrière la salle principale?»
Tête nue, en robe à la Bodhidharma
4, de vingt-cinq
morceaux, des sandales boueuses et mouillées aux pieds, Tripitaka s'appuyait contre le portail.
7 ° 3
À cette vue, le supérieur s'emporta: «On ne t'a pas assez battu, servant! Ne le sais-tu donc pas?Je suis un moine qui occupe de hautes fonctions et ne saurais sortir accueillir que les notabilités qui viennent de la ville offrir de l'encens. Comment peux-tu oser m'inciter à recevoir ce genre de bonze? Je vois à sa tête que ce n'est pas une personnalité importante, mais quelque moine mendiant. Je parie qu'à cette heure tardive, il ne cherche qu'à se faire héberger.
Pas question qu'il vienne nous déranger dans nos cellules!
Dis-lui d'aller s'accroupir sous la galerie. Venir m'annoncer ça!»
Et de lui tourner le dos pour rentrer.
Quand Tripitaka entendit ces paroles, il se dit, les yeux embués de larmes:
«Quelle pitié, quelle pitié! Loin de son pays, l'homme ne vaut pas cher, une vérité que l'on me fait enfin comprendre ici. Dès l'enfance j'ai quitté la famille pour me faire bonze, sans jamais avoir eu à faire pénitence pour avoir eu de mauvaises pensées ou pris de la nourriture défendue. Jamais je n'ai lu de soutra, l'esprit de méditation pollué par la colère. Je n'ai jamais jeté de brique ou de tuile contre la maison du Bouddha, ni gratté l'or sur le visage des statues. Hélas, quelle pitié! Je me demande quelle offense j'ai pu commettre contre le ciel ou la terre dans une incarnation antérieure pour rencontrer si souvent des méchants en cette vie. Bonze! Si tu ne veux pas nous garder pour la nuit, il suffit; pourquoi proférer d'aussi blessantes paroles et nous dire d'aller nous accroupir sous la galerie? Il est heureux que tu ne te sois pas adressé sur ce ton au Novice, sinon le singe serait entré te casser les jambes d'un seul coup de sa trique de fer.» Puis se reprenant: «C'est bon, finissons-en! Comme dit le proverbe, le propre de l'homme est de respecter avant tout les rites et la musique;
entrons tout de même le solliciter: on verra quelles sont ses intentions.»
Il suivit les pas du supérieur vers sa cellule: ce dernier s'était assis, encore pantelant de colère. Etaient-ce soutras à réciter ou pieuse correspondance? Sur la table s'accumulaient notes et papiers. N'osant aller plus loin, Tripitaka se tenait dans la cour. Il s'inclina avant de lui dire d'une voix forte: «Maître de ces lieux, votre disciple vous salue religieusement!»
Avec un mouvement d'impatience à l'idée qu'il s'était 7 ° 4 permis d'entrer dans ses quartiers, le bonze lui rendit le salut, suivi d'une réponse qui n'en était pas une: «D'où viens-tu?
— Votre disciple a été envoyé par l'empereur des grands Tang au paradis de l'Ouest, saluer le Bouddha vivant et chercher les Écritures. Comme nous passions par votre précieux établissement, et qu'il se fait tard, je vous prie de nous offrir un logis provisoire: nous repartirons demain avant l'aube. J'espère que cette requête ne vous dérange pas.»
Le moine officiel se leva enfin pour répondre: «Tu es donc le moine chinois Tripitaka?
— C'est: bien moi, si vous permettez.
— Comment peut-on ne pas même connaître la route quand on se dirige vers le paradis de l'Ouest en quête des Écritures!
— Je ne suis encore jamais venu par ici.
— Droit à l'ouest, à quatre ou cinq lis se trouve une auberge, dite des Trente-Lis: on y vend de quoi manger et c'est là qu'il convient de passer la nuit. Il ne nous est guère commode ici de retenir les moines qui viennent de loin, tels que vous.
— Maître», répliqua Tripitaka en joignant les mains, «les anciens ne disent-ils pas: "Temple, ermitage ou monastère sont, pour nous autres religieux, relais de poste;
la seule vue de l'entrée promet en partage trois litrons 1 de
riz." Pourquoi nous refuser l'hospitalité?
— Maudits moines mendiants», s'écria d'une voix altérée par la colère le moine officiel, «vous ne savez que trop bien nous entortiller!
— Que veut dire entortiller?
— Ainsi que le disent les anciens: Quand le tigre pénètre dans la cité, chacun ferme sa porte; même s'il ne mord pas, il vous ruinera.
— Comment cela, "il vous ruinera"?
—
Il y a des années, plusieurs moines errants sont venus s'asseoir à notre porte. A les voir si pauvres et démunis, tête et pieds nus, sans souliers et en vêtements déchirés, j'ai eu pitié d'eux et me suis hâté de les inviter à entrer et s'asseoir aux places d'honneur. On leur avait généreusement offert à manger et j'avais donné à chacun de vieux habits. Nous leur avions accordé l'hospitalité sans nous douter qu'avides d'aise et de confort, ils ne songeraient plus à repartir. Ils sont restés sept ou huit ans. Si ce 7 ° 5
n'avait été que cela! Ils se sont livrés à toutes sortes d'activités malséantes.
— Quelles activités malséantes?
— Laissez-moi vous les énumérer:
«lis occupaient leur temps à jeter des tuiles le long des murs, Us arrachaient les clous des cloisons quand ils s'ennuyaient.
Les jours de froid ils cassaient le cadre des lucarnes pour se chauffer, L'été ils sortaient les portes des gonds et en encombraient les sentiers.
Ils déchiraient les bannières pour se faire des molletières.
Ils s'échangeaient des navets volés pour calmer leurfringale, Et souvent prenaient du verre pour verser de l'huile, Jouant à qui l'emporterait dans la saisie des bols et marmites. »
Tripitaka se disait à ces mots: «Quelle pitié! Serais-je de ce genre de bonzes sans foi ni loi?» Il était sur le point de pleurer, mais craignait que le supérieur ne se moquât de lui. Se contentant d'essuyer furtivement les larmes d'un coin de sa robe, ravalant les sanglots et contenant son dépit, il sortit d'un pas rapide rejoindre ses trois disciples.
Remarquant une colère sur le visage de son maître, Singet lui demanda:
«Maître, les bonzes du monastère vous ont battu?
— Non.
— Sûrement qu'ils vous ont battu», insista Porcet, «sinon pourquoi ce tremblement dans votre voix?
— Vous ont-ils insulté? reprit Singet.
— Non plus.
— S'ils ne vous ont ni battu ni insulté, pourquoi cet air contrarié? La nostalgie du pays natal, me direz-vous?
— Disciples, il ne leur est pas commode de nous loger ici.»
Singet se mit à rire: «Je présume que ce sont des taoïstes.
— Les taoïstes vivent dans des temples; dans les monastères il n'y a que des moines bouddhistes, répliqua sèchement Tripitaka.
— C'est donc que vous n'êtes pas à la hauteur. Puisque ce sont des bouddhistes, ils sont comme nous. Comme le dit l'adage: Dans la communauté du Bouddha, nous partageons tous même affinité. Asseyez-vous donc là pendant que je passe les voir.»
Le brave Singet! Il ajusta le cercle d'or sur son crâne, -joG
serra sa jupette, et, barre de fer en main, se dirigea droit vers la salle du Bouddha. Montrant du doigt les trois Statues
1, il leur déclara:
«Vous qui n'êtes qu'images factices pétries de boue revêtue d'or, vous ne sauriez être totalement dépourvues de sentiment! Je suis chargé de la protection du saint moine en quête des soutras au paradis de l'Ouest, qui vous fait ce soir l'honneur de chercher abri: allez me l'annoncer sans tarder! Si l'on ne nous retient pas, je vous réduirai en miettes avec cette trique et vous renverrai à votre état primitif de boue argileuse. »
Le grand saint donnait libre cours à son indignation et lançait ces menaces, quand il aperçut un servant qui allumait l'encens du soir. Il avait allumé plusieurs baguettes et s'apprêtait à en ficher dans le brûle-parfum devant Bouddha lorsque Singet, d'un grognement, le fit trébucher. Il se releva, mais à la vue de cette face étrange s'étala de tout son long et courut jusqu'à la cellule du supérieur, en trébuchant à chaque pas, lui annoncer:
«Maître et seigneur, il y a un bonze qui attend dehors.
— La bastonnade vous démange, vous autres servants!
Je vous ai déjà répondu de leur dire de s'accroupir sous la galerie, qu'avez-vous besoin de me déranger à nouveau!
Un mot de plus et tu auras vingt coups!
— Maître, ce bonze n'est pas comme l'autre. Il paraît méchant, irascible et sans scrupules
— Comment est-il?
— Les yeux ronds, les oreilles fourchues, le visage plein de poils et la bouche semblable à celle du duc du Tonnerre. Il tient à la main une trique et grince férocement des dents, à la recherche de quelqu'un à rosser.
— Attends que je sorte jeter un coup d'œil.
»
À peine avait-il ouvert la porte que Singet entrait sans façons. Quelle laideur, vraiment! Un visage allongé à sept bosses et huit creux, une paire d'yeux jaunes, un front bombé, comme trop souvent cogné, des dents protubérantes, bref on aurait dit un crabe, la chair à l'intérieur, l'ossature dehors!
Le vieux moine, affolé, referma précipitamment la porte, sur laquelle se rua Singet qui abattit un vantail avant d'ordonner:
«Préparez-moi au plus vite mille chambres propres: le vieux Singet a besoin de dormir.»
Caché dans un coin de la pièce, le supérieur dit au servant: «Pas étonnant qu'il soit si laid: il s'est déformé la bouche à force de proférer des galéjades! Nous n'avons ici pas plus de trois cents pièces tout compris, salles, tours et galeries. Et il lui en faut mille pour dormir! D'où pourrions-nous les sortir?
— Maître, j'ai la rate éclatée de peur. Répondez-lui vous-même ce que vous voulez.»
Le moine officiel lui cria, tremblant de tous ses membres:
«Vénérable qui sollicitez un logis, ce monastère minuscule et démuni ne saurait vous convenir: allez loger ailleurs!»
Singet donna à sa trique le diamètre d'un bol et la planta droit dans la cour avant de reprendre la parole: «Si ça ne convient pas, bonzes, vous déménagez.
— Nous habitons depuis notre enfance ces lieux transmis par nos patriarches à nos maîtres et nous les passerons à nos descendants. Se rend-il seulement compte de ce qu'il exige si impudemment? Nous demander de déménager!
— Seigneur», répondit le servant, «c'est très gênant, mais déménageons, voilà tout: sa palanche va nous tomber sur la gueule.
— Ne dis pas de bêtises. Où irions-nous? Notre communauté compte, jeunes et vieux, quatre à cinq cents personnes. Déménager pour s'installer nulle part!
— Si vous ne savez où aller», coupa Singet qui écoutait leur conversation, «que l'un de vous se présente pour une démonstration de ma trique!
— Va me montrer comment opère la trique, dit le supérieur au servant.
— Seigneur!» répondit celui-ci pris de panique, «me demander d'essayer de cette trique plus grosse qu'une palanche!
— Il faut mille jours pour monter une armée qui ne sert qu'un matin! Comment peux-tu refuser d'y aller?
— Mais cette palanche, il suffirait qu'elle me tombe dessus pour me réduire en bouillie!
— Ce n'est pas seulement qu'elle pourrait nous écraser: à rester plantée dans la cour, en la traversant la nuit, on risque de l'oublier et de se faire un trou dans la tête.
— Maître, alors que vous savez combien elle est lourde, 7o
comment pouvez-vous me demander d'en essayer l'effet sur moi?»
Et ils se mirent à se quereller.
À les entendre, Singet se disait: «Ce n'est pas possible!
Si j'en tue un, mon maître me reprochera à nouveau cet acte de violence. Mieux vaut trouver quelque chose d'autre pour leur montrer la puissance de la trique.»
Levant la tête, il aperçut le lion de pierre à l'entrée delà cellule du supérieur: pif, paf! il le mit en miettes. Le bonze, qui avait tout vu de la lucarne, en avait les os ramollis et les muscles raides: il se précipita sous le lit. Le servant cherchait à se glisser sous le fourneau en répétant:
«Seigneur, qu'il est lourd, ce bâton, qu'il est lourd! Ce n'est pas possible, ça convient, ça nous convient tout à fait!
— Bonzes», reprit Singet, «je ne vais pas vous battre.
J'ai une question à vous poser: il y a combien de moines dans ce monastère?
— Il y a deux cent quatre-vingt-cinq cellules», répondit en tremblant le moine officiel, «et cinq cents moines en tout qui disposent d'un certificat d'ordination.
— Dépêche-toi de faire l'appel complet des cinq cents, qu'ils s'habillent de leur longue robe et sortent accueillir mon maître qui vient de la cour des Tang. À cette condition, je ne vous frapperai pas.
— Dans ce cas, s'il fallait le porter, notre hôte, je le porterais.
— Pars sans tarder!»
Le supérieur se tourna vers le servant: «Ne me parle pas de ta rate, même si ton cœur devait se fendre de peur, il te faut aller les appeler pour accueillir notre éminent seigneur ie moine chinois.»
Il ne restait au servant d'autre solution que de risquer sa vie. Sans oser affronter la porte, il se glissa derrière par le trou à chien et, gagnant d'une traite le hall principal, alla battre tambour à l'est et sonner cloche à l'ouest, ce qui alerta la foule des moines des deux galeries. Us accoururent s'enquérir de ce qui se passait: «Le soir est encore loin, pourquoi sonner la cloche et battre le tambour?
— Allez vite vous changer», leur répondit le servant, «et alignez-vous derrière le supérieur pour sortir accueillir le seigneur qui vient de la cour des Tang.»
Les moines sortirent effectivement se mettre en rang pour recevoir leur hôte. Certains s'étaient enveloppés dans Singet les fit agenouiller.
o leur kasâya; d'autres portaient une longue tunique; ceux qui n'en avaient pas, avaient enfilé une robe en forme de cloche
1; les plus pauvres, démunis de vêtements longs, se contentaient de rabattre les deux bouts de leur sarong sur les épaules. Ce que voyant, Singet leur dit:
«Qu'est-ce que cette façon de s'habiller, les bonzes?
— Seigneur, ne vous frappez point! » répliquaient-ils à la vue de son air méchant, «laissez-nous vous expliquer:
c'est le tissu que nous avons mendié en ville, mais nous ne disposons pas de tailleurs, ici. Nous les avons fabriqués nous-mêmes: c'est se draper dans la pauvreté!»
Souriant intérieurement à ces mots, Singet les conduisit au-delà du portail et les fit agenouiller. Le moine officiel frappait le sol du front et criait: «Noble seigneur des Tang, entrez vous asseoir!»
«Maître, vous n'étiez pas à la hauteur», dit, à ce spectacle, Porcet à Tripitaka, «quand vous étiez entré, non seulement vous étiez revenu les yeux gonflés de larmes, mais vous faisiez la moue comme si vous aviez un pichet d'huile suspendu aux lèvres! Par quelle astuce mon condisciple a-t-il su les persuader de vous recevoir avec des prosternations?
— Mon brave idiot», lui répondit Tripitaka, «tu ne comprends rien aux rites. Comme dit le proverbe: Même le diable redoute les méchants!-»
Leurs prosternations mettaient Tripitaka très mal à l'aise. Il s'approcha pour les prier de se relever.
«Si Votre Seigneurie veut bien dire un mot en notre faveur à son disciple, afin qu'il ne touche pas à sa palanche, nous tiendrons pour peu de chose de rester agenouillés un mois entier.
— Conscient-de-la-Vacuité, il ne faut pas les frapper.
— Je ne les ai pas touchés. Sinon, je les aurais exterminés», assura Singet.
Les moines consentirent enfin à se relever: qui de tirer le cheval par la bride, qui de porter les bagages, qui de porter le moine chinois, de prendre Porcet sur le dos et Sablet par la main; avec la foule, ils se dirigèrent vers l'intérieur du monastère, jusqu'à la résidence du supérieur, où chacun prit place.
Comme les moines saluaient à nouveau, Tripitaka prit la parole:
«Je vous en prie, relevez-vous, supérieur, trêve de politesses, vous gênez le pauvre moine que je suis. Nous sommes tous disciples du Bouddha, vous et moi.
— Votre Seigneurie est. l'envoyé impérial d'un pays suzerain et j'ai failli aux? devoirs de l'hospitalité. Quand vous vous êtes présenté en notre montagne désolée, mes yeux vulgaires n'ont su reconnaître votre éminente dignité ni apprécier la chance de cette rencontre imprévue. Puis-je me permettre de poser une question à Votre Seigneurie: est-ce que vous mangez maigre au long de la route ou non? De façon à vous préparer le repas...
— Nous mangeons maigre.
— Ce n'est pas le cas de votre disciple?
— Nous mangeons maigre aussi», répliqua Singet, «et nous avons commencé avant de naître!
— Monseigneur! Ces gaillards-là mangent aussi maigre! »
Un bonze un peu plus téméraire s'approcha pour demander:
«Puisque Votre Seigneurie mange maigre, quelle quantité de riz faut-il cuire?
— À quoi bon la question?» coupa Porcet, «pour tout le monde il faut un sérier
1, propres à rien!»
Les moines s'empressèrent de nettoyer les pots et fourneaux et chaque cellule s'affaira à la préparation du repas.
On apporta de brillantes lampes à pied pour disposer les tables et les chaises et traiter comme il convenait le moine chinois.
Quand le maître et ses disciples eurent fini le repas maigre du soir, les moines desservirent. Tripitaka remercia:
«Noble supérieur, nous vous avons beaucoup dérangé.
— Pas du tout, nous vous avons bien mal reçus.
— Prendrons-nous un peu de repos ici?
— Un moment de patience. Laissez-moi prendre
toutes dispositions utiles.» Et se tournant vers le servant:
«Disposes-tu de quelques hommes à tes ordres?
— Oui, maître.
— Prends-en deux pour étaler du foin et panser le cheval de Sa Seigneurie. Envoies-en d'autres balayer proprement la salle de méditation de trois travées, disposer la literie et inviter Sa Seigneurie à se reposer.»
disciples sortirent avec cheval et bagages de la résidence du supérieur pour se rendre à la salle de méditation. De l'entrée, ils virent la pièce brillamment éclairée et quatre lits de rotin placés entre deux travées. Singet appela ceux qui s'occupaient du foin et le fit porter dans la salle, y attacha le cheval blanc et leur demanda de se retiter.
Tripitaka s'assit au centre. Les cinq cents moines se tenaient en deux groupes auprès de lui, sans oser demander congé. Tripitaka leur dit, en faisant mine de se lever:
«Je vous prie de vous retirer afin de permettre au pauvre moine que je suis de prendre quelque repos.»
Mais les moines n'osaient s'en aller, car leurs supérieurs leur avaient recommandé de ne le faire qu'après s'être assurés que Sa Seigneurie était entièrement satisfaite. I l fallut que Tripitaka leur dise: «J'ai ici tout ce qu'il faut, vous pouvez vous retirer», pour qu'enfin ils se retirent.
Comme Tripitaka s'était levé et était sorti satisfaire un petit besoin, il s'exclama, à la vue de la lune brillante dans le ciel: «Mes disciples!»
Singet, Porcet et Sablet sortirent se tenir à sa disposition. Ému par la blanche et pure clarté de l'astre de la nuit qui, du fond de la voûte de jade, éclairait de son disque haut placé la vaste terre, saisi de nostalgie envers la lune natale, il composa oralement un long poème en style antique que voici sur l'astre de la nuit:
Miroir suspendu dans les deux,
E'âme claire se mire en tous lieux,
Emplit les tours de jaspe de lumière,
Enveloppe d'argent la fraîcheur de l'air.
Mille lieux partagent cette pure clarté,
En cette nuit, la plus brillante de l'année:
Galette de givre sur la mer azurée,
Ou bien, accroché au ciel, un disque glacé?
A la froide fenêtre se désole le voyageur solitaire Tandis qu'au gîte de montagne s'endort le vieillard.
Elle révèle les chevelures automnales,
Les pousse à se préparer aux amours vénales.
E'histoire officielle nom les a transmis,
Ees poèmes de Yu Eiang
et Yuan Hong
en bateau la nuit Elle flotte dans la coupe languide et peureuse, Mais se reflète dans la cour, merveilleuse.
On se plaît à chanter partout sa blancheur de neige 3,
Chaque maison pince cordes de glace" pour elle.
À ces teûis, Singet s'approcha pour répliquer.
Elle vient ce soir me distraire au monastière:
Quand me raccompagnera-t-elle jusqu'à ma terre?
Aces mots, Singet s'approcha pour répliquer:
«O maître, le poème le montre, vous ne voyez que l'éclat du clair de lune, qui vous remplit le cœur de nostalgie. Vous ignorez complètement la signification de l'astre de la nuit, qui est. comme le fil et l'équerre des caractères inhérents aux phénomènes de la nature et qui leur préexistent
1. Au trentième jour, le métal de son âme Yang, mâle et céleste, s'est entièrement dissipé, tandis que le disque se trouve rempli de l'eau de son âmeji», femelle et terrestre, de sorte qu'elle perd tout éclat et qu'on la dit "obscurcie
2". C'est le moment où elle s'accouple au soleil et, touchée par la lumière solaire, devient enceinte au cours des deux jours que dure cette période. La troisième nuit apparaît la première part de jang, la huitième nuit une seconde part: l'âme mâle occupe alors la moitié de l'âme femelle; elles sont équilibrées comme sur une corde; c'est pourquoi le premier quartier est appelé "corde supérieure ". Au quinzième jour, avec ses trois parts, le Yang est au complet. C'est la perfection de la pleine lune, nommée en conséquence "espoir
3". Le 16 renaît le Yin en sa première part, le 2 2 en sa seconde part. L'âme femelle occupe alors la moitié de l'âme mâle; elles sont en équilibre comme sur un fil, d'où le terme de "corde inférieure"
pour le dernier quartier. Au trentième jour le Yin est au complet en ses trois parts: elle se doit d'être obscure. C'est le sens de l'élaboration qui crée l'univers et lui préexiste. Si nous parvenons ànourriren nous les "deux huit 4 "jusqu'à
atteindre la perfection du "double neuf
5", il nous sera
alors facile de voir Bouddha et non moins aisé de regagner la terre natale. En témoigne le poème:
«Après le premier quartier, avant le dernier, Les potions sont fades, les souffles au complet.
Prenez ce qui vous revient du produit du four:
Ciel de l'Ouest sera le fruit de la volonté'
A ce discours, Tripitaka comprit aussitôt et en pénétra l'entière vérité. Rempli de joie, il remercia profusément Singet. Sablet intervint en riant:
«Notre maître et condisciple a fort bien dit que le premier quartier relevait du Yang et le dernier du Yin, que le Yang occupant à moitié le Yin était le métal de l'eau, mais il n'a nullement parlé de ce qui suit:
«L'eau et le feu se tiennent par la main, chacun selon son destin.
De la terre mère dépend entièrement leur union.
Les trois se retrouvent sans querelle ni compétition, Car l'eau est dans le fleuve et la lune au ciel. »
Ce fut encore une révélation pour le Vénérable, comme si la chaumière de son esprit s'ouvrait. Le cas de rappeler:
Comprendre une issue en ouvre mille,
L'immortalité est à qui saisit la non-naissance.
Porcet s'avança et dit au Vénérable, en le retenant par ses basques: «Maître, n'écoutez par leurs divagations au risque de manquer de sommeil. Quant à la lune, «Elle ne tarde pas à s'arrondir,
Tout comme moi née sans plénitude.
J'ai le ventre trop gros, aiment-ils dire,
De baver dans mon bol j'ai l'habitude.
Eux cherchent le bonheur par l'intelligence,
Moi, j'use de ma stupidité native.
Je vous le dis, y suffit diligence:
Droit au ciel vous irez, remuant queue vive!
— C'est bon», dit Tripitaka, «allez vous coucher d'abord, mes disciples, la route a été dure. Laissez-moi lire un bout de ce soutra.
—
Vous vous égarez, maître», s'étonna Singet, «vous qui avez quitté votre famille encore enfant pour vous faire moine, ne connaissez-vous pas à fond tout ce qui existe depuis que vous êtes petit? De plus, vous avez reçu du souverain des Tang l'ordre d'aller au paradis de l'Ouest solliciter du Bouddha les vrais classiques du Grand Véhicule
1. Alors que votre mission n'est pas
encore accomplie, que vous n'avez pas vu le Bouddha, ni obtenu les Ecritures, quel peut être ce soutra que vous étudiez?
—
Depuis que j'ai quitté Chang'an, j'ai chaque matin pris la route, jour après jour j'ai couru les chemins: j'ai bien peur d'avoir perdu la familiarité de ces textes, acquise dans ma jeunesse. Puisque j'ai la chance de disposer d'un 7 i 6 peu de loisir cette nuit, laissez-moi réviser tant bien que mal!
— Dans ce cas, nous allons nous coucher avant vous», conclut Singet.
Tous trois s'en allèrent dormir, chacun sur son lit de rotin.
Le Vénérable ferma la porte de la salle de méditation, rehaussa et moucha la mèche de la lampe d'argent, déroula le texte sacré et se mit à lire silencieusement. C'était le moment où
Tout se tait: le premier roulement de tambour Tombe dans le silence du haut de la tour,
lorsque s'éteignent les derniers feux de pêcheur Sur les bateaux de la crique sans rameurs.
Si vous ne savez, en fin de compte, comment le Vénérable quitta le monastère, écoutez donc la séance qui vient.