Qui parle des causes de ta naissance
Aura de l'assemblée présidence.
Unique pensée dans la quiétude
A contempler les vicissitudes,
L'estprit sait mettre en servitude
Ce qu'on voit sous toute latitude.
"Pour connaître le vrai maître de tes jours,
Interroge celle qui te donna le jour.
Bien d'autres mondes inconnus ajfleurent,
Sous chacun de tes pas de nouvelles fleurs.
Peu après avoir pris congé du grand saint, le prince héritier du royaume de Coq-Corbeau était de retour dans la cité. De fait, il évita de se précipiter du côté de l'entrée principale et de se faire annoncer, mais se présenta direâement devant la porte de service, gardée par quelques eunuques. À la vue du prince héritier, ils n'osèrent barrer le passage et le laissèrent entrer.
Le brave prince! Pressant son cheval, il fit irruption à l'intérieur, jusqu'au pied du kiosque de Brocart-et Fragrance 2 où était assise la reine, entourée de plusieurs dizaines de dames qui agitaient des éventails. Elle versait des larmes, appuyée contre la balustrade sculptée. Pourquoi était-elle si dolente? me demanderiez-vous. C'est qu'elle avait fait un rêve, vers la quatrième veille 3, qu'elle
avait à moitié oublié et dont elle ne se souvenait plus que confusément. Elle était perdue dans ces pensées quand le prince descendit de son cheval, s'agenouilla au bas du kiosque et cria: «Mère!»
La reine s'efforça de prendre mine joyeuse.
«Quelle joie, mon fils, quel bonheur de te revoir!
l'avant du palais, nous n'avons pu nous rencontrer, et je me suis fait bien du souci pour toi. Comment as-tu obtenu aujourd'hui le loisir de passer me voir? Une joie à nulle autre pareille, vraiment, une joie inouïe. Mais pourquoi cette tristesse dans la voix? Le roi ton père est d'un âge avancé: viendra le jour où le dragon retournera à la mer émeraude, où le phénix rejoindra les nuées de cinabre. Tu lui succéderas sur le trône, alors. Que peut-il y avoir d'autre qui t'accable?
—
Mère!» répondit le prince en se prosternant,
«puis-je me permettre de vous poser la question: qui donc est sur le trône du dragon, qui s'arroge le privilège d'user d'un "Nous" royal?
—
Ce garçon est devenu fou!» s'étonna la reine à ces mots, «c'est le roi ton père qui règne, pourquoi cette question?
—
Mère, j'espère que vous me pardonnerez l'audace de cette nouvelle question», dit le prince en se prosternant, «sinon, je n'ose vous la poser.
—
Quel mal y aurait-il à se parler entre mère et fils?Je te pardonne tout ce que tu veux. Parle. Fais vite!
—
Mère, je vous demande si l'amour qui vous unissait à votre mari au palais il y a trois ans est resté le même ces trois dernières années. Oui ou non?»
À ces mots, la reine sentit ses âmes la quitter. Elle se précipita au bas du kiosque pour saisir son fils dans ses bras et lui dit, les larmes aux yeux: «Mon enfant, il y a si longtemps que je ne t'ai vu. Pourquoi venir aujourd'hui au palais me poser pareille question?
—
Mère», répliqua le prince, courroucé, «si vous avez quelque chose à dire, parlez sans tarder. Votre silence entraînerait de graves conséquences.»
La reine donna enfin l'ordre à son entourage de se retirer et, les yeux gonflés de larmes, dit à voix basse: «Si tu ne m'avais posé la question, mon enfant, j'aurais emporté le secret de la chose dans la tombe
1. Puisque tu me
le demandes, écoute-moi te le dire:
«ïly a trois ans doux et si tendre,
Mais depuis d'un froid à pierre pendre.
A. mes paroles pressantes, au lit:
"Uâge, répond-il, m'enlève l'envie."»
« Ma mère», répondit le prince eu s'agenouillant devant elle.
À ces mots, le prince lâcha sa mère, se dégagea de l'étreinte et se remit en selle.
«Mon enfant», lui dit la reine en s'agrippant à lui pour le retenir, «quelle affaire te presse de partir sans terminer la conversation?
—
Ma mère», répondit le prince en s'agenouillant devant elle, «je n'ose en dire plus. Comme j'avais reçu ce matin mission de sortir de la ville chasser avec chiens et faucons, j'ai rencontré un saint moine chargé par le souverain des terres de l'Est de quérir les Écritures. Son premier disciple, Singet le Novice, est des plus habiles à terrasser les démons. Le roi, mon père, est en fait mort, noyé dans le puits octogonal en tuiles émaillées du parc royal. Le taoïste de la secte de la Vérité complète sublimée
a pris son aspect
pour usurper le trône. Cette nuit, à minuit, mon père avait demandé que Singet se rende en ville saisir le monstre.
N'osant tout à fait y croire, je suis venu vous interroger, mère. Ce que vous m'avez dit me convainc que c'est bien un être démoniaque.
—
Mon fils, comment peux-tu accorder foi aux paroles d'un étranger?
— Je m'en serais gardé si le roi, mon père, ne lui avait laissé un gage.»
Comme la reine demandait de quel objet il s'agissait, le prince tira de sa manche le sceptre de jade blanc incrusté d'or et le tendit à sa mère. Elle reconnut le trésor du roi d'antan et ne put retenir les larmes qui jaillissaient comme d'une fontaine.
«Seigneur et maître!» s'écria-t-elle, «depuis trois ans que tu es mort, pourquoi ne m'es-tu point apparu? Pourquoi visiter le saint moine avant moi?
— Qu'est-ce à dire, ma mère?
—
Mon fils, j'ai fait un rêve aux alentours de la quatrième veille: j'ai vu le roi, ton père, debout devant moi, dégoulinant d'eau. 1 1 m'a lui-même appris qu'il était mort et que son âme fantomatique était allée prier le moine chinois de capturer le faux souverain et de secourir son corps de naguère. Je me souviens de ces paroles, mais pas très clairement du reste. J'étais en proie aux doutes et à la solitude, sans penser que tu viendrais aujourd'hui même me poser la question et me montrer le sceptre. Laisse-lemoi et va prier le moine d'agir de toute urgence, car, assurément, en balayant ces miasmes démoniaques et en séparant le vrai du faux, tu te seras acquitté de la dette de reconnaissance que tu dois au père qui t'a élevé.»
Le prince remonta précipitamment à cheval et, sortant par la porte de service, quitta la cité.
Les yeux gonflés de larmes, quittait sa mère
Pour s'en retourner, le cœur lourd, au monastère.
Franchissant les portes de la ville, il fut bientôt à l'entrée du monaâtère du Bois-Sacré. Tandis que les troupes l'accueillaient, le disque rouge du soleil disparaissait. Le prince leur ordonna de ne faire aucun mouvement, luimême pénétrant seul dans le monastère. Il rectifia sa tenue avant de solliciter Singet qui justement sortait de la salle principale en roulant des épaules. Le prince se laissa tomber sur ses deux genoux: «Me voici, maître.»
Singet s'avança pour le prendre par la main: «Relevezvous, je vous prie. Qui avez-vous questionné, arrivé en ville?
— J'ai interrogé ma mère.»
Il lui raconta le détail de la conversation.
«S'il est si froid», conclut Singet avec un sourire imperceptible, «c'est, je présume, la transformation de quelque créature glacée. Ce n'est pas grave! Je vous en débarrasserai. Mais il est trop tard pour se mettre aujourd'hui à l'œuvre. Rentrez en attendant que je vienne, demain matin.
—
Maître», répondit le prince en se prosternant et restant agenouillé, «laissez-moi vous attendre ici. Nous rentrerons ensemble demain.
— Non, mauvaise solution! Si j'entre avec vous en ville, le monstre en concevra des soupçons. Au lieu d'une rencontre fortuite, il pensera que vous m'avez fait venir. C'est le meilleur moyen de vous attirer ses reproches.
— Si je retourne en ville maintenant, il me blâmera de toute façon.
— Comment cela?
— J'avais reçu mission à l'audience du matin de conduire un certain nombre de cavaliers avec chiens et faucons hors de la cité. Comment me présenter devant Sa Majesté sans le moindre gibier? S'il m'accuse d'incapacité et me fait jeter en prison
1, sur qui vous appuyer quand vous entrerez en ville demain? D'autant que nous n'avons personne au courant parmi les courtisans.
—
Quelle importance? Si vous aviez bien voulu m'en parler plus tôt, je vous en aurai trouvé, du gibier.»
Le brave Singet! Le voilà qui fait la démonstration de ses facultés devant le prince héritier: d'un bond, il atteint l'extrémité d'un nuage, fait une passe de ses doigts, prononce l'incantation «Om ram pure sphère de la Loi», contraignant la divinité de la montagne et le dieu local à paraître dans les airs et à s'incliner:
«A vos ordres, grand saint qui avez convoqué nos humbles personnes divines.
—
Chargé jusqu'ici de la protection du moine chinois, votre vieux Singet s'apprête à capturer un démon pervers.
Le prince héritier que voici n'ose retourner à la cour sans rien rapporter de la chasse. Je vous demande donc la faveur de me chercher daims, antilopes et lièvres, bêtes et oiseaux de chaque espèce, afin de lui permettre de rentrer.»
Les divinités se seraient gardées de désobéir et demandèrent combien il fallait de gibier de chaque espèce.
«Peu importe, un petit nombre fera l'affaire.»
Chacune des divinités mit en branle ses troupes infernales, qui soulevèrent une sombre tempête destinée à concentrer les animaux. Elles capturèrent par centaines et par milliers faisans et coqs de bruyère, cerfs cornus et daims gras, lièvres et renards, tigres et léopards, loups et blaireaux, qu'elles offrirent à Singet.
«Je n'en veux pas», répondit ce dernier, «mais vous pouvez leur pincer les tendons et les disposer des deux côtés des quarante lis de la route, de façon à nous permettre de les capturer et de les ramener en ville sans chiens ni faucons. Ce service vous sera compté au tableau de vos mérites.»
Les dieux s'exécutèrent comme il leur était demandé.
Singet abaissa enfin le nuage pour s'adresser au prince:
«Veuillez rentrer: Votre Altesse trouvera ce qu'il lui faut en chemin. »
Après l'avoir vu exécuter ses tours de magie dans les airs, le prince le crut sur parole. Il ne lui restait plus qu'à se prosterner, remercier et prendre congé. À la sortie du monastère, il transmit à sa troupe l'ordre de retourner à la cité. Il y avait au bord de la route une quantité illimitée de gibier, que l'on pouvait prendre à la main, sans faire intervenir les chiens ou les faucons. Les hommes poussaient des cris de joyeuse admiration, persuadés qu'ils devaient cette aubaine à la chance immense que leur apportait la présence du prince. Comment se seraient-ils doutés que c'était là un effet des pouvoirs surnaturels de Singet? Imaginez leur cris et chants d'allégresse comme ils se bousculaient vers la ville!
Singet assurait la protection de Tripitaka: à les voir en relations si intimes avec le prince héritier, comment les bonzes du monastère auraient-ils pu leur manquer d'égards? Ils disposèrent un second repas maigre pour régaler le moine chinois, qui retourna se coucher dans la salle de méditation. C'était aux environs de la première veille
1: l'esprit préoccupé, Singet ne parvenait pas à s'endormir. Se levant sur son séant comme mû par un treuil, il s'approcha du lit de Tripitaka et appela: «Maître!»
Le Vénérable ne dormait pas encore, mais il savait combien Singet était agité et voyait partout des êtres maléfiques à combattre: il gardait le silence en feignant le sommeil. Singet se mit à lui caresser le crâne — il était tondu —, puis à le secouer:
«Comment, déjà endormi, maître?
— Le gredin! Qu'est-ce qui te prend de crier au lieu de dormir, maugréa le moine chinois.
—
Maître, il y a une affaire dont j'aimerais discuter un peu avec vous.
« Quoi donc?
— Je me suis vanté dans la journée, auprès du prince, en lui affirmant qu'avec mes facultés plus hautes qu'une montagne, plus profondes que la mer, il me serait aussi facile de capturer le monstre que de tirer quelque objet d'un sac: tendre la main sans plus. Mais je ne trouve pas le sommeil. À la réflexion, ça ne va pas sans présenter quelque difficulté.
— Puisque tu dis que ce serait difficile, laisse tomber.
—
Quant à le capturer, il le faut bien, mais c'est le principe qui ne va pas.
—
Le macaque parle à tort et à travers! Un monstre usurpe le trône d'autrui: en quoi y aurait-il une difficulté de principe?
la moindre idée des lois et règlements établis par le législateur Xiao He 1! Comme le dit l'adage, point de voleur sais butin: l'on ne saurait saisir l'un sans l'autre. Le monstre règne depuis trois ans sans s'être démasqué, ni avoir rien laissé s'ébruiter. Il couche avec les dames des trois palais'
et partage ses plaisirs avec les fonctionnaires civils et militaires. J'ai beau avoir la capacité de l'arrêter, il ne sera pas aisé d'établir sa culpabilité.
—
Pourquoi?
—
Quand bien même ce serait une gourde bouchée, il m'en ferait voir!"Je suis le roi du pays de Coq-Corbeau", qu'il dirait effrontément, "quelle offense contre le Ciel aurais-je donc commise pour que tu aies l'audace de m'arrêter?" Quelles preuves aurais-je alors à lui opposer?
—
Quelles mesures faut-il donc prendre, selon toi?
—
Mon plan est fait», répliqua Singet en riant, «le seul obstacle, c'est vous, votre inclination à la partialité.
—
Moi, partial? Comment cela?
— Porcet est un ballot, mais vous avez de l'inclination pour lui.
—
Comment donc, de l'inclination?
—
Si vous n'en éprouvez pas, un peu plus de courage, restez ici avec le seul Sablet. Laissez-moi profiter du moment pour entrer avec Porcet dans la cité de Coq Corbeau, trouver le parc royal, ouvrir le puits émaillé, repêcher le cadavre et l'envelopper dans notre sac. Quand nous entrerons en ville le lendemain, ne nous soucions plus de l'échange de lettres de créance; dès que nous verrons le monstre, je l'abats d'un coup de trique. S'il ouvre la bouche, on lui dira en lui montrant le squelette:
" Voici l'homme que tu as tué! " Nous ferons alors venir le prince pour qu'il pleure son père, la reine pour qu'elle reconnaisse son mari et les mandarins civils et militaires pour qu'ils voient leur maître. Je pourrai alors agir avec mon frangin. Ne se mènent à bien que procès dont l'objet est aussi évident.
— Je crains toutefois que Porcet ne refuse d'y aller, objecta Tripitaka en cachant la satisfaction que lui procuraient ces paroles.
—
Pourquoi donc?» se mit à rire Singet, «ne vous ai-je pas dit que vous lui étiez partial? Comment savez-vous qu'il ne voudrait pas y aller? C'est comme tout à l'heure, quand il vous a fallu une heure avant de répondre à mon appel. Si je vais le chercher, on peut se fier à ma langue de trois pouces, elle est infatigable', qu'il s'agisse de Porcet ou de Bouchet
2, je saurai le convaincre de venir.
— C'est bon, va l'appeler si tu veux.»
Singet laissa le Maître pour aller droit sur le lit de Porcet et l'appeler par son nom. Mais, voyageur recru de fatigue, l'idiot, la tête à peine renversée sur l'oreiller, se trouvait perdu dans des ronflements tels que rien ne l'aurait réveillé. Singet lui pinçait les oreilles, lui tirait la tignasse, et finit même par le soulever en lui criant: «Porcet!»
L'idiot eut comme un soubresaut. Criant à nouveau son nom, Singet réussit à lui arracher: «Dormons, c'est pas le moment de batifoler. Faudra reprendre la route demain!
— Je ne rigole pas. Il y a une affaire à régler. Il faut que nous y allions, toi et moi.
— Quelle affaire?
— Tu n'aurais donc pas entendu le prince héritier?
— Je ne l'ai jamais vu ni entendu.
— Le prince m'a révélé que le monstre dispose d'un trésor qui lui donne une vaillance qui triompherait de dix mille guerriers. Nous ne pourrons éviter d'avoir à le combattre quand nous entrerons à la cour demain. Si le démon s'arme de ce trésor, c'est nous qui serions battus. Ça nous ferait une belle mine! Je pense qu'il vaut mieux agir avant, puisque nous ne saurions le vaincre. Allons le lui voler. N'est-ce pas la bonne solution?
—
Tu cherches à me rouler, frangin, et faire de moi un voleur. C'est un travail que je sais faire, j'en connais les ficelles. Mais expliquons-nous clairement: le trésor volé et le monstre vaincu, je n'aurai pas la patience de m'attarder aux mesquineries du partage; le trésor sera pour moi.
—
Qu'est-ce que tu veux en faire?
— Je ne suis pas aussi malin que toi, ni aussi beau parleur pour obtenir des gens aumônes de nourriture. Je suis balourd de ma personne, grossier dans mon langage, incapable de réciter des soutras. Si nous traversons des régions sauvages et désertes, je pourrai l'échanger pour obtenir de quoi manger, n'est-ce pas?
—
Le vieux Singet ne cherche que la gloire; peu lui chaut le trésor: je te le laisse.»
Quand l'idiot entendit qu'il le lui abandonnait, il ne se tint plus de joie, sauta sur son séant, enfila un vêtement et partit avec Singet.
Le cas de le dire:
Claire eau-de-vie empourpre le visage
L'orjaune tourne la tête au plus sage!
Ouvrant subrepticement le portail, ils quittèrent Tripitaka et, guidés par une luminosité de bon augure, filèrent d'une traite vers la ville.
Arrivant peu après, ils entendirent la deuxième veille à la tour du tambour au moment où ils abaissaient leur nuage.
« i o heures déjà, frérot, fit Singet.
—
Parfait», répondit Porcet, «parfait, le moment du premier sommeil, quand chacun est profondément endormi.»
Au lieu de se précipiter vers l'entrée principale, ils passèrent tous deux du côté de la porte de derrière, où clochettes et castagnettes se faisaient entendre.
«Frérot», dit Singet, «les deux entrées sont solidement gardées. Comment pénétrer?
—
Est-ce que les voleurs entrent par la porte? » rappela Porcet, «sautons le mur, voilà tout!»
Singet suivit le conseil: d'un bond, il fut sur le mur du palais. Porcet en fit autant. Ils se glissèrent à l'intérieur, cherchant le chemin qui menait au parc royal.
Us marchaient, quand il aperçurent un portail à étages, à triple auvent et bannières blanches. Trois gros caractères y scintillaient à la lumière de la lune et des étoiles, signifiant: Royal Parc Fleuri.
En s'approchant, Singet vit que la serrure était condamnée par plusieurs couches de papier scellé. Il demanda aussitôt à Porcet de se mettre au travail: l'idiot brandit son râteau et l'abattit de toutes ses forces, pulvérisant la porte. Singet enjamba le seuil et ne put s'empêcher de sautiller en poussant de petits cris et de gros soupirs. Porcet, effrayé, se précipita en avant pour le retenir:
«Tu vas me faire mourir de peur, frangin! A-t-on jamais vu voleur faire pareil boucan et se mettre à crier de la sorte! Tu vas réveiller les gens, qui nous traîneront en justice et, si nous ne sommes condamnés à mort, nous serons bons pour le renvoi au pays et la déportation aux armées
—
Frérot, ne sais-tu pas pourquoi je suis bouleversé?
Regarde:
«L'e'tat des peintures et rampes sculptées,
Des kiosques et pavillons délabrés,
Les pivoines et t u m i ' desséchées,
Sous la poussière laîches et renouées.
Dans un secret parfum de jasmin
Lis et pivoines s'ouvrent en vain.
L'hibiscus se perd dans la broussaille.
Plantes, jleurs rares n'ont plus rien qui vaille.
Les rochers artificiels se sont effondrés.
Poissons du bassin asséché ont décliné.
Pins et bambous ne sont plus que bois à brûler.
L'herbe, l'armoise envahissent les sentiers.
Canneliers
et pêchers ont les branches cassées.
Les grenadiers ont la racine arrachée.
La mousse couvre le pont au bout du sentier.
Le navrant spectacle d'un jardin désolé!
—
À quoi bon soupirer? Mettons-nous au plus vite à notre affaire! »
Si attristé qu'il fût, Singet gardait en mémoire le rêve de Tripitaka, lequel révélait que le puits se trouvait sous un bananier. De fait, tout en marchant, ils tombèrent sur un arbre de cette espèce, d'une luxuriance qui contrastait avec le reste de la végétation. En vérité,
Plante divine par le ciel vidée,
Branches de papier et feuilles roulées:
Mille fils d'émeraude enveloppent
La pointe rouge du cœur de cinabre.
La pluie du soir l'emplit de désespoir,
La bise d'automne angoisse lui donne.
Poussé par la force primordiale,
Accomplissement de la création,
Merveilleuse reliure de livres,
Étonnant arrosoir à humecter,
Aux plumes de phénix à comparer,
Mais à queue de phénix incomparable.
Les gouttelettes de fine rosée
D'une légère vapeur l'ont drapé.
L'ombre verte à la porte décline,
S'étend des rideaux aux courtines.
L'oie sauvage ne saurait s'y percher,
Ni s'y attacher le mâle destrier.
Sous le givre il se recroqueville,
S'etiompe sous la lune qui brille.
Il rafraîchit la chaleur sans pareil
Et protège des ardeurs du soleil.
Honteux de n'avoir beauté de pêcher éclatant, Il se tient solitaire contre le mur blanc.
«Au travail, Porcet!» s'exclama Singet, «le trésor est enterré sous le bananier.»
L'idiot souleva des deux mains le râteau et, après avoir abattu l'arbre d'un coup, fourragea de son groin le sol.
Quand il eut creusé à trois à quatre pieds de profondeur, apparut une dalle de pierre.
« Frangin! » s'écria joyeusement Porcet, « quelle veine! 11 y a bien là un trésor que protège la plaque de pierre. Je me demande si c'est le dessus d'une jarre ou le couvercle d'un coffre.
—
Soulève-le donc! Tu verras bien.»
D'un nouveau coup de groin, l'idiot la poussa, dégageant une étincelante luminosité, tel un jet de brillante vapeur blanche.
«Quelle chance!» se mit à crier Porcet en gloussant de rire, «quelle chance! le trésor est lumineux!»
Comme il s'approchait pour regarder de plus près, ah!
surprise! Ce n'était que l'éclat de la lune et des étoiles qui se reflétaient au fond d'un puits.
«Frangin», fit Porcet, «en toute entreprise, faut pousser les choses jusqu'au bout, jusqu'à la racine.
—
Au bout de la racine? Que veux-tu dire?
—
Ben, c'est un puits. Si tu me l'avais dit, quand on était au monastère, que le trésor était au fond d'un puits, j'aurais amené l'une des paires de cordes qui serrent nos sacs, le moyen, vaille que vaille, d'y descendre ton vieux Porcet. Ce n'est pas les mains vides que je pourrai m'y glisser pour remonter l'objet qui s'y trouve.
—
Tu es prêt à y descendre?
—
Bien sûr, je le voudrais bien, mais où sont les cordes?
—
Déshabille-toi, je t'en donnerai le moyen.
— Je n'ai rien à enlever, si ce n'est cette longue tunique droite.»
Le brave Singet sortit son bâton cerclé d'or et, tirant sur les deux extrémités, cria: « Grandis! » Il s'allongea de quelque sept à huit toises!
«Tiens dans tes bras l'un des bouts», dit-il à Porcet, «que je te descende au fond.
"Livre VIII, chapitre xxxvm
— Laisse glisser, mais arrête dès que je serai à la surface de l'eau.
— Entendu!»
Tandis que l'idiot serrait la barre de fer, Singet la souleva doucement, puis l'abaissa vers l'intérieur du puits. Il atteignit bientôt la nappe d'eau.
«L'eau!» cria Porcet.
Aussitôt Singet donna tout au contraire au bâton une secousse vers le bas. L'idiot piqua un plongeon, avec un gros «plouf!» et, lâchant la trique, se mit à patauger dans l'eau en maugréant: «Maudit soit-il! Je lui avais pourtant demandé de la retenir au moment de toucher l'eau, au lieu de quoi il m'y pousse.»
Singet remonta la barre et l'interpella en riant: «Frérot, tu le trouves, ce trésor?
— Il est plein d'eau, ce puits. Pas de trésor en vue!
— C'est qu'il est tombé au fond, le trésor. Descends donc tâter!»
L'idiot, qui était en fait un excellent nageur, piqua une tête dans les profondeurs. Le fond semblait vraiment très loin. Il lui fallut reprendre son élan avant de voir, en ouvrant brusquement les yeux, un arc monumental portant l'inscription: Palais de Cri Slal Aquatique.
«C'est fichu! fichu!» se dit Porcet, grandement alarmé, «je me suis trompé de route et me suis égaré dans la mer. Ce ne peut être qu'un palais marin. Comment y en aurait-il un dans un puits?»
Ce qu'il ignorait, au fait, c'est qu'il avait bel et bien devant lui celui du roi-dragon du puits.
Tandis que Porcet marmonnait ces propos, \xnyaksa en patrouille dans l'eau ouvrait le portail et, à la vue de son étrange aspeft, fit aussitôt demi-tour pour annoncer au roi: «Malheur, Votre Majesté! Un bonze à grandes oreilles et bouche démesurée est tombé dans le puits. Trempé et complètement nu, il semble toujours en vie et trouve le moyen de continuer à parler.
—
Ce doit être l'amiral en chef des Roseaux-Célestes 2»
conclut le roi-dragon du puits, fort alarmé, «la nuit dernière, le dieu de la patrouille de nuit était venu sur ordre impérial chercher l'âme du roi de Coq-Corbeau pour rendre visite au moine chinois et prier le Grand Saint égal au Ciel de capturer le monstre. Je crains que ce ne soit lui et 75o l'amiral qui sont arrivés. Nous ne saurions leur manquer de respect. Va vite les accueillir!»
Le roi-dragon rectifia sa tenue et, à la tête de la gecit aquatique, sortit crier: «Amiral des Roseaux-Célestes, veuillez entrer vous asseoir!»
«C'est donc un vieil ami», se dit Porcet, enfin ragaillardi. Et il entra sans façon dans le palais de cristal. Tel qu'il était, nu et mouillé, il s'assit à la place d'honneur, sans le moindre souci du décorum. Le roi-dragon prit la parole:
«Amiral, j'ai récemment appris que vous aviez obtenu la vie sauve en vous convertissant à la doctrine du Bouddha et en assurant la protection du moine chinois en quête des Écritures au paradis de l'Ouest. Qu'est-ce qui vous a amené jusqu'ici?
—
Précisément cette mission. Mon condisciple aîné Singet vous présente ses respects et m'envoie vous demander de nous remettre un certain trésor.
—
Nous n'en avons malheureusement aucun ici. Nous ne saurions nous comparer aux rois-dragons des quatre grands fleuves
qui n'ont qu'à prendre leur envol et se
transformer pour obtenir des trésors. Depuis le temps que je suis coincé sans même avoir la possibilité de voir régulièrement la lune et le soleil, d'où pourrais-je tirer le moindre trésor?
—
Ne cherchons point d'échappatoires! Montrez-moi ce que vous avez, si vous avez quelque chose.
— J'en ai un, mais il n'est pas transportable. Ne consentiriez-vous pas à vous déplacer pour y jeter un coup d'oeil?
—
Parfait! Merveilleux! Il est nécessaire que j'aille voir.»
L'idiot suivait le roi-dragon qui conduisait la marche.
Après avoir contourné le bâtiment principal du palais de cristal, ils découvrirent sous une galerie, gisant en travers, un corps de six pieds de long.
«Amiral, le trésor est là», dit le roi en le montrant du doigt.
Porcet s'avança pour l'examiner: oh! c'était le roi mort, la Couronne à toucher le ciel sur la tête, drapé d'une robe ocre, ceint d'une ceinture de jade de Lantian 2, les
pieds dans des sandales. I l dormait là, tout raide.
Porcet se mit à rire: «Elle n'est pas mauvaise! Ça, un 7V
trésor? Quand je pense que j'en croquais souvent, de ce genre de choses, quand je faisais le monstre dans la montagne! Combien j'en ai vus, inutile d'en parler. J'en ai mangé des quantités. Appeler ça un trésor? Allons donc!
— Vous n'êtes donc pas au courant, amiral. C'est en fait le cadavre du roi de Coq-Corbeau. Depuis qu'il est arrivé dans le puits, il ne s'est pas décomposé: c'est que je lui ai mis une perle à fixer l'apparence. Si vous voulez bien l'emporter sur votre dos, quand vous verrez le Grand Saint égal au Ciel — pour peu qu'il ait l'intention de lui rendre la vie —, ne parlons pas de trésor, vous aurez tout ce que vous pourriez désirer.
— À supposer que vous dites vrai et que je vous l'emporte, combien me donnerez-vous pour la mise en bière ou l'incinération?
— En vérité, je n'ai pas d'argent.
— Je vous trouve bien bon d'employer de la maind'œuvre à l'œil. Pas d'argent, pas de transfert!
— Allez, je vous prie. Ne le portez pas.»
Porcet partit aussitôt. Le roi-dragon donna l'ordre à deuxjaksa costauds de soulever le cadavre et le transporter hors du palais. Ils le jetèrent plus loin et lui retirèrent la perle à écarter les ondes. Aussitôt se fit entendre un grand bruit d'eau.
Porcet tourna précipitamment la tête: on ne voyait déjà plus l'entrée du palais de cristal. Il tendit la main et, au contact du cadavre, se sentit les jambes molles et les muscles roidis de frayeur. D'une poussée hors de l'eau, il cria en s'accrochant à la paroi du puits: «Au secours!
Tends-moi la perche, grand frère!
—
Tu l'as trouvé, ce trésor?
—
Où donc? Il n'y a rien, si ce n'est au fond de l'eau le roi-dragon du puits qui m'a demandé de porter un mort.
Comme j'ai refusé, il m'a fait ramener à la porte du palais de cristal, où tout a disparu sauf le cadavre. J'en ai les mains molles et les muscles roidis de peur; je n'ose bouger.
Frangin, au secours! Tire-moi de là!
— C'est ça, le trésor. Monte-le! Pourquoi pas?
—
Pourquoi donc? Tu sais depuis combien de temps il est mort?
—
Si tu refuses de le porter, je m'en vais.
—
Où?
— Je retourne au monastère dormir auprès du Maître.
Appuyé contre la paroi, Porcet cria; «Frangin, je l'ai remonté 1.»
"Livre VIII, chapitre xxxvin
— Et moi?
— Je t'emmène si tu arrives à grimper jusqu'en haut.
Sinon, tant pis!
—
Grimper?» répliqua Porcet alarmé, «réfléchis un peu, les murailles de la ville ne sont déjà pas faciles, mais ce puits est circulaire et présente une ouverture plus étroite en haut qu'en dessous. Et puis il y a des années que l'on n'a pas tiré l'eau, la mousse a poussé tout autour; c'est d'un glissant pas possible. Comment veux-tu que je grimpe?
Frangin, ne ruinons pas les sentiments fraternels qui nous unissent: attends que je monte le cadavre.
— Parfait. Dépêche-toi de le hisser pour que nous retournions ensemble nous coucher.»
Porcet replongea, se laissant glisser vers le bas, palpa le cadavre, le tira à lui, le mit sur son dos et ressortit à la surface de l'eau. Appuyé contre la paroi, il cria: «Frangin, je l'ai remonté!»
Singet ouvrit l'œil et, voyant qu'il était bien sur son dos, glissa la trique cerclée d'or jusqu'au fond du puits, où l'idiot était si excédé qu'il ouvrit la bouche pour mordre la barre de fer et se laisser ainsi tirer doucement par Singet.
Sorti du puits, Porcet posa le cadavre, ramassa ses vêtements et se rhabilla. Quand Singet vit que la mine du roi mort n'était pas altérée, qu'il gardait le visage qu'il avait de son vivant, sans le moindre changement, il demanda:
«Frérot, comment se fait-il que cet homme mort depuis trois ans ne se soit pas décomposé?
—
Tu ne le sais donc pas? Le roi-dragon m'a expliqué qu'il avait empêché la décomposition en usant d'une perle de fixation.
—
La chance nous sourit: voilà qui implique d'une part que la vengeance n'est point accomplie
et d'autre
part que notre succès est assuré. Remets-le vite sur ton dos, frérot.
—
Où le porter?
—
Porte-le chez le Maître.
— amidonner? Les renforts du dessus vont moisir et je ne pourrai plus les porter.
—
Porte et ne t'occupe pas du reste! Quand on sera au monastère, je t'en donnerai d'autres.
—
Tu n'as pas honte? Me donner d'autres vêtements alors que ça n'a rien à se mettre!
— Assez grogné, ou laisse tomber!
— Je laisse tomber!
—
Alors, tends les guibolles et reçois vingt coups de bâton.
—
Frangin», se récria Porcet, alarmé, «ta trique est trop lourde: après vingt coups, j'en serai au même point que le roi mort.
—
Si tu as peur des coups, mets-le sur ton dos sans tarder et marche! »
Porcet redoutait assurément d'être battu. Il hissa de mauvaise grâce le cadavre sur son dos et sortit du parc en traînant la jambe.
Le brave Singet! I l fit une passe, récita l'incantation et prit une inspiration du côté du sud-ouest
1, puis souffla:
aussitôt un vent violent s'éleva, soulevant Porcet hors de la cour intérieure du palais, au-delà des murs et fossés.
Quand la tornade s'apaisa, les deux condisciples retombèrent sur terre et reprirent lentement leur marche.
L'idiot réfléchissait aux moyens de se venger de Singet, l'esprit plein de ressentiments. I l se disait: «Le singe m'a joué un sale tour. Je vais lui en jouer un à ma manière, quand on sera au monastère, en faisant croire au Maître qu'il sait le faire revivre. S'il n'y arrive pas, je pousse le Maître à réciter la formule de Constriction à lui faire éclater la cervelle: ça me calmera l'esprit, qu'il m'a échauffé!»
Puis, après avoir poursuivi la route, il se mit à y repenser: «Non, non, ça n'irait pas! I l lui serait facile de le guérir de la mort: pour le ressusciter, il lui suffirait d'aller réclamer son âme au roi des Enfers. I l faut poser comme condition qu'il n'aille pas dans l'autre monde, qu'il lui rende la vie sans quitter le monde des vivants: c'est la seule solution.»
À peine avait-il formulé ces réflexions qu'ils arrivaient à l'entrée du monastère, y pénétraient et posaient le cadavre à la porte de la salle de méditation.
«Maître, levez-vous et venez voir!»
Tripitaka, qui ne parvenait pas à dormir, bavardait avec Sablet et lui disait justement que le Novice, qui avait entraîné Porcet avec lui depuis fort longtemps, aurait dû être de retour. Entendant tout à coup leur appel, il se leva précipitamment en répondant:
«Qu'y a-t-il à voir, mes disciples?
— Le grand-père maternel de Singet, qu'il m'a fait porter sur mon dos jusqu'ici, ricana Porcet.
— Espèce de ballot, sac à son! Je n'en ai pas, de grandpère, répliqua Singet.
— Si ce n'est pas ton grand-père, pourquoi me l'avoir fait porter ici? Tu ne m'as pas l'air de savoir au prix de quels efforts! »
Ouvrant la porte, le moine chinois et Sablet remarquèrent tout de suite que le visage du souverain ne s'était pas altéré; il semblait avoir gardé la vie. Envahi d'une soudaine tristesse à sa vue, le Vénérable s'exclama: «Je me demande quel ennemi d'une vie antérieure Votre Majesté a pu rencontrer en celle-ci pour qu'Elle perde la vie, abandonne sa femme et quitte son fils, sans que nul ne le sache, ni fonctionnaires civils ni mandarins militaires.
Quelle pitié que votre épouse et votre enfant demeurent sur ce point dans les ténèbres de l'ignorance, au point que nul ne vous offre l'encens ni ne vous apporte le thé! »
Il s'interrompit, brisé par les sanglots, versant un torrent de larmes.
Porcet se mit à rire: «Maître, en quoi sa mort vous regarde? Puisque ce n'est ni votre père ni votre grandpère, à quoi rime de le pleurer?
—
O disciple, la compassion est la base du comportement de ceux qui ont quitté leur famille et le service d'autrui leur règle. Comment peux-tu avoir le cœur si dur?
— Je n'ai pas le cœur dur:
c'est que mon condisciple
aîné m'a assuré qu'il pourrait lui rendre la vie. Sinon je ne l'aurais pas porté jusqu'ici.»
Aussi influençable et malléable que l'eau, le Vénérable se laissa immédiatement ébranler par les paroles de Porcet.
Il s'écria:
«Conscient-de-la-Vacuité, si tu as vraiment le pouvoir de lui rendre la vie, sais-tu que sauver un homme vaut mieux que bâtir pagode de sept étages? Cela vaudrait mieux pour nous tous que de prier le Bouddha au mont des Vautours
—
Maître», protesta Singet, «vous n'allez tout de même pas croire les balivernes de cet idiot! L'homme à sa mort s'en va vers une autre vie, parfois au bout de trois ou cinq fois sept jours, ou, plus généralement, quand il a accompli les sept fois sept jours et s'est acquitté des fautes commises de son vivant. Or, lui est mort depuis trois ans:
comment le sauver?
— C'est bon», répondit Tripitaka à ce discours.
Mais la rancune de Porcet n'y trouvait pas son compte.
Il insista:
«Maître, ne vous en laissez pas accroire. C'est un cabochard. Récitez donc votre petite formule, je vous garantis qu'il vous le remettra en vie.»
Tripitaka se mit tout de bon à réciter l'incantation de Constricfion, à donner au malheureux singe une douleur à lui faire sortir les yeux de la tête.
Si vous ne savez, en fin de compte, comment le roi fut rendu à la vie, écoutez donc la séance qui vient.