Dans les clameurs et vociférations, nous dit le récit, la foule des croyants du village de la famille Chen emportaient Singet et Porcet, avec les offrandes de porc, mouton, bœuf et vin de riz. Arrivés d'une traite au temple de Merveilleuse-Efficace,
ils placèrent à
bonne hauteur le garçon et la fillette. En tournant la tête, Singet pouvait voir les chandelles de cire, l'encens et les décorations de l'autel, au-dessus duquel il n'y avait aucune figuration du dieu, seulement l'inscription en lettres d'or:
D I V I N I T É D U G R A N D R O I D E M E R V E I L L E U S E - E F F I C A C E.
Quand tout fut disposé comme il convenait, les adorateurs se prosternèrent devant la tablette et déclarèrent en chœur:
«O grand roi, notre seigneur, en cette heure de ce jour de ce mois de cette année, au nom de Chen Cheng, maître du sacrifice du domaine de la famille Chen, et de tous les autres fidèles, conformément à la coutume annuelle, nous vous présentons respectueusement un enfant mâle du nom de Protégé-de-Guan, ainsi qu'une fille nommée Pleine-Balance-d'Or, avec la quantité requise de porc, mouton, bœuf et vin que nous offrons à votre royale jouissance. Veuillez nous accorder vents et pluies favorables, ainsi qu'une abondante récolte. »
La prière achevée, ils brûlèrent du papier votif et chacun rentra chez soi.
Bref, lorsque Porcet vit qu'ils s'étaient tous retirés, il suggéra à Singet:
«Partons! Rentrons à la maison.
— Où donc est ta maison? rétorqua Singet.
— Allons dormir chez le vieux Chen.
— Ne dis pas de bêtises, idiot! Ce que tu lui as promis, il faut le tenir.
— Tu me traites d'idiot, alors que c'est toi qui l'es!
On ne va tout de même pas s'offrir en sacrifice pour de bon: il suffit de l'avoir berné en se payant ce petit divertissement.
— Trêve de sottises! Ce que tu fais pour autrui, fais-le jusqu'au bout! Notre mission ne sera pleinement accomplie que si nous attendons que le grand roi vienne nous dévorer. Sinon, c'est le pousser à leur infliger malheurs et calamités, ce qui serait désastreux.»
Ils en étaient à ce point de la conversation, lorsque se fit entendre le sifflement du vent.
«Ça tourne mal!» marmonna Porcet, «ce bruit signale la venue de cette putain de chose
—
Tais-toi!» gronda Singet, «laisse-moi lui donner la réplique.»
Un instant plus tard, le monstre apparaissait à l'entrée du temple. Voyez-le plutôt:
Sous l'or brillant du heaume et de l'armure,
Sanglé de rouges nuées à la ceinture.
Ses yeux scintillent tels l'étoile de la nuit, Ses dents s'alignent comme une double scie.
A ses pieds flotte une brume aquatique;
Son corps est entouré d'une vapeur unique.
Sa marche soulève un vent maléfique,
A l'arrêt stagne un souffle méphitique.
Plus repoussant que capitaine du palais,
Il a l'air d'un gardien de temple des plus laids.
Bloquant l'issue, l'ogre demanda: «Quelle famille offre le sacrifice, cette année?
—
Très honoré par votre question», répliqua Singet, «c'est la famille de Chen Cheng et Chen Qing qui en est responsable.»
La réponse rendit le monstre perplexe: «Ce garçon ne manque pas d'aplomb», se disait-il, «il a de la repartie.
Ceux qu'on m'offre habituellement sont muets; quand je leur répète la question, ils s'évanouissent et lorsque je mets la main dessus, ils sont déjà morts. Comment se fait-il qu'aujourd'hui le gosse réponde si bien?» Hésitant à s'en saisir, il lui posa une nouvelle question: «Comment vous appelez-vous, toi et la fillette?
— Je me nomme Protégé-de-Guan, la petite fille Pleine-Balance-d'Or.
— Selon l'usage établi de ce sacrifice, je dois commencer par te manger.
—
À votre aise; je me garderai bien de m'y opposer.»
À cette réplique, le monstre se sentit encore moins enclin à passer à l'acte. Barrant le passage, il se mit à crier:
«Ne te moque pas de moi! J'ai toujours commencé parle garçon, mais cette année j'entends changer et m'attaquet d'abord à la fille! »
Affolé, Porcet crut devoir intervenir: «Ô grand roi, mieux vaut suivre la coutume. Il ne faut transgresser la règle...»
Sans autre explication, l'ogre tendit la main et voulut se saisir du bavard. D'un bond, l'idiot sauta de son piédestal, reprit sa forme originelle, brandit le râteau et lui en assena un coup. Le monstre avait retiré sa main et fuyait droit devant lui, quand on entendit un bruit métallique.
«Je lui ai détaché un morceau de l'armure!» s'écria Porcet.
Singet, qui avait lui aussi repris sa forme originelle, regarda: c'étaient deux écailles de poisson de la dimension d'un plat à glaçons.
«Rattrapons-le!» cria-t-il. Tous deux sautèrent dans les airs.
Pour ce rendez-vous, le monstre n'avait pas emporté d'arme. C'est donc les mains vides qu'il se tenait dans les nuages et leur demanda: «D'où sortez-vous, les moines, pour venir jusqu'ici persécuter les gens, détruire mes offrandes et ruiner ma réputation?
—
La maudite créature ne doute de rien! Nous sommes les disciples du saint moine envoyé en quête des Écritures au paradis de l'Ouest par l'empereur des grands Tang des terres de l'Est. C'est en passant la nuit chez les Chen, hier, que nous avons appris qu'un être pervers, sous le nom usurpé de Merveilleuse-Efficace,
exigeait année après
année le sacrifice d'enfants, garçon et fille. C'est nous, mus par la compassion, qui avons décidé de leur sauver la vie et de capturer la créature infâme. Avoue avant qu'il ne soit trop tard! À raison de deux enfants par an, combien en as-tu dévorés depuis que tu t'es déclaré grand roi? Si tu veux avoir la vie sauve, tu ferais bien de rendre compte de tes crimes un à un.»
À ce discours, le monstre prit la fuite et réussit à esquiver le nouveau coup de râteau que Porcet lui balança.
Transformé en tornade, il s'évanouit dans le fleuve Communiquant-avec-le-Ciel.
«Inutile de le poursuivre», dit Singet, «la créature vient du fleuve: attendons demain pour trouver quelque moyen de la capturer et la contraindre à faire traverser notre maître.»
Porcet acquiesça, retourna au temple et rapporta chez les Chen les offrandes, y compris la table. Le Vénérable et Sablet attendaient des nouvelles, en compagnie des frères Chen, quand ils virent tout à coup les deux disciples déposer leur chargement dans la cour.
«Conscient-de-la-Vacuité, comment s'est déroulé le sacrifice?» demanda Tripitaka en venant les accueillir.
Singet raconta ce qui s'était passé. Ravis, les deux vieillards firent balayer une pièce, préparer les lits et invitèrent maître et disciples à se coucher.
Bref, revenons au monstre qui, la vie sauve, était retourné dans son palais au fond du fleuve. Comme il se tenait assis dans un lourd silence, des proches de la gent aquatique en vinrent à le questionner:
«Votre Majesté revenait toujours joyeuse de ces sacrifices annuels. Pourquoi paraît-Elle si contrariée cette foisci?
—
Après en avoir joui, les autres années, je ne manquais pas de vous rapporter les restes, mais aujourd'hui, même moi, je n'ai pu en croquer le moindre morceau.
Quelle malchance! Je suis tombé sur un adversaire et j'ai failli y laisser la vie.
—
Qui donc, Votre Majesté?
—
Des disciples d'un saint moine des grands Tang en quête des Écritures au paradis de l'Ouest. Ils étaient assis dans le temple, transformés en fille et garçon. J'ai été à deux doigts de perdre la vie quand ils ont repris leur forme originelle. J'ai naguère entendu dire que le moine chinois, Tripitaka, était un homme qui avait cultivé la vertu au cours de dix générations successives: manger ne serait-ce qu'un morceau de sa chair procurerait une longévité 94« indéfinie. Je ne m'attendais pas à ce qu'il ait pareils disciples à sa disposition. Ils ont ruiné ma réputation, détruit le culte qui m'est, dû. Je voudrais bien m'emparer de ce moine chinois, mais je crains de ne pouvoir y réussir.»
Une dame perche aux vêtements rayés sortit des rangs de la gent aquatique et, tirant une révérence en direction du monstre, lui dit en riant: «Aucune difficulté à l'attraper, ce moine, si Votre Majesté y tient! Mais je ne sais quelle serait ma part de récompense, si vous y parveniez.
—
Si tu me proposes un plan tel que nos efforts conjugués aboutissent à la capture du moine chinois, je te traiterai en sœur jurée et nous partagerons la jouissance de notre proie sur la même "natte
1".»
Dame perche le remercia de cette promesse en s'inclinant et reprit la parole:
«Nous savons depuis longtemps que Votre Majesté dispose du pouvoir divin de convoquer vents et pluies, de la puissance magique de soulever la mer et retourner les fleuves, mais j'ignore si Elle serait capable de faire tomber de la neige...
— Je le peux.
—
Puisqu'Elle sait faire neiger, pourrait-elle provoquer un froid tel que glace se forme?
—
D'autant mieux!
—
Dans ce cas», répliqua dame perche en riant et en battant des mains, «ce sera des plus faciles!
— J'aimerais t'entendre m'expliquer comment cet exploit serait des plus faciles.
—
Cette nuit, à la troisième veille, c'est-à-dire vers minuit, n'hésitez pas, usez sans tarder de vos pouvoirs en soulevant un vent glacial et en provoquant une grosse chute de neige, de sorte que le fleuve soit entièrement pris par les glaces. Que ceux d'entre nous qui sont capables de transformations prennent une forme humaine: sac au dos et parapluie à la main, qu'ils quittent la route et s'engagent en file sur la glace, poussant des charrettes ou portant des charges, palanche à l'épaule. Impatient comme il est de rapporter les Écritures, quand il verra tous ces gens le faire, le moine chinois cherchera sûrement à traverser en marchant sur la glace.
«Il suffira à Votre Majesté de rester tranquillement assise au cœur du fleuve: quand Elle entendra sonner le bruit de ses pas, qu'Elle fende la glace; lui et ses // monta dam les hautes Sphères y soulever un vent de neige et provoquer le gel.
disciples tomberont dans l'eau; vous les prendrez tous d'un coup!
— Formidable! Merveilleux!» s'exclama le monstre, ravi de la proposition.
Il sortit aussitôt de sa résidence aquatique pour monter dans les hautes sphères y soulever un vent de neige et provoquer le gel.
Bref, revenons aux quatre pèlerins, qui dormaient chez les Chen. À l'approche de l'aube, maître et disciples sentirent le froid pénétrer leurs couvertures et envelopper leurs oreillers. Frissonnant, Porcet se mit à éternuer et, ne pouvant plus dormir, s'écria: «Ce qu'il fait froid, frangin!
— De la tenue, idiot!» grommela Singet, «celui qui a quitté sa famille ne saurait se laisser affecter par la température. Le froid ne devrait pas te faire peur.
—
Mes disciples», intervint Tripitaka, «il fait vraiment un temps glacial.»
C'était, voyez-vous, comme si
La chaleur avait quitté l'épais édredon,
La main tâtait de la glace dans la manche.
Des bourgeons de givre pendent aux feuilles flétries, Des clochettes de gel aux branches du vieux pin.
La terre se fend sous le froid intense, la surface de l'étang est prise.
La barque du pêcheur ett vide, le monattère désert.
Le pauvre bûcheron va manquer de fagots,
Le noble ajoute joyeusement du charbon.
La barbe du guerrier devient raide comme fer, Le pinceau du poète exilé durcit comme châtaigne d'eau.
La veste de cuir paraît trop mince et la pelisse trop légère.
Sur le coussin la vieille robe de moine prend une rigidité cadavérique;
derrière la cloison de papier l'âme du voyageur demeure apeurée. Sous les couvertures brodées et le double édredon, secoué des pieds à la tête, chacun claque de froid.
Comme personne ne pouvait plus dormir, ils sortirent du lit et se rhabillèrent. Us ouvrent la porte et que voientils? Dehors, la blancheur éclatante. Il avait neigé!
«Pas étonnant que vous vous plaigniez du froid! C'était donc cette grosse chute de neige.»
Tous quatre restaient à contempler le spectacle. Quelle belle neige! Voyez plutôt:
9 5 i
Dense écran de nuages sombres, épais brouillardpénétrant — le vent glacé hurle sous les nuages sombres, une vaste neige couvre le sol sous le brouillard pénétrant. La fleur hexagonale des flocons: autant de joyaux qui volent; les mille arbres de la forêt s'ornent dejade blanc. En un inilant tas de farine, en un moment amas de sel. Leperroquet blanc perd sa candeur, la grue y confond son plumage. La neige s'annexe les mille rivières de Wu et de Chu
1, éclipse lafleur de prunier du Sud-Est.
Comme si trois cent mille dragons de jade blanc, battant en retraite, emplissaient le ciel d'écaillés et de fragments d'armure.
N'y cherchez point les sandales sans semelle de Dongguo 2, ni le lit où
gela Yuan An
3, ni le reflet à la lumière duquel lisait Sun Rang". Vous n'y trouverez pas le bateau de Ziyou
5, pas plus que la cape de Wang
Gong
ou la couverture de feutre dont se nourrit Su Wu 1. Vous ne verrez
que des chaumières de village semblables à des blocs d'argent, le paysage immense nappé de jade blanc.
Quelle belle neige! Comme si le pont était empli de chatons de saule, comme si les fleurs du poirier couvraient les toits. Près du pont le vieux pêcheur se protège sous sa cape de paille; sous le toit le vieil homme des bois brûle des racines. Le voyageur a peine à obtenir le vin qui réchauffe;
le serviteur se désole de ne pas trouver de prunes.
Lesflocons tourbillonnent comme ailes de papillon, dansent et flottent comme duvet d'oie. Roulent les congères sous le souffle du vent, s'amassent, et bloquent les routes. Par rafalespénètre la bise jusque sous les rideaux trop courts, en sifflant se glissent les courants d'air entre les sombres tentures.
C'est signe faite de bonnes récoltes tombé du ciel, rare occasion digne de célébration chez les humains.
La neige tombait en abondance comme fragments de jade ou bourre de soie. Le maître et ses disciples étaient depuis longtemps perdus dans la contemplation de la scène, qui leur arrachait des soupirs d'admiration, lorsqu'ils virent deux jeunes serviteurs envoyés par les vieux frères Chen balayer le chemin. Deux autres leur apportaient de l'eau chaude pour la toilette. Un moment plus tard, on leur servait du thé bouillant, des gâteaux au beurre. Ensuite des braseros furent placés dans une pièce attenante, où tous se réunirent.
«Vénéré donateur», demanda Tripitaka, «en ces nobles, lieux, distingue-t-on des saisons telles que printemps, été, automne et hiver?
—
Bien que ce soit un coin perdu et que les coutumes, les gens et les choses diffèrent de ceux de votre pays suzerain, pour ce qui est de l'élevage et du labourage ne partageons-nous pas le même ciel et le même soleil? Comment ne distinguerions-nous pas les quatre saisons?
9 J 2
— Dans ce cas, comment vous expliquez-vous cette grosse chute de neige et pareil froid aujourd'hui?
— I l est vrai que nous sommes à la septième lune, mais hier tombait le jour de "rosée blanche
1" qui indique l'approche du huitième mois. Il y a souvent chez nous gelées et neige à la huitième lunaison.
— C'est tout à fait différent en nos terres de l'Est», s'étonna Tripitaka, «nous n'avons cela qu'à partit de l'hiver.»
Us échangeaient ces propos, quand un petit serviteur vint mettre la table et les inviter à manger la bouillie. Le temps qu'ils finissent la collation, la neige tombait plus drue que jamais: en un moment, elle atteignit deux pieds d'épaisseur. Tripitaka en pleurait d'inquiétude.
«Rassurez-vous, monseigneur», lui dit le vieux Chen, «la hauteur de la neige ne doit pas vous préoccuper: nous avons plusieurs setiers
de grains au grenier, assez pour
durer la moitié de votre vie.
—
Vous ne comprenez pas mon tourment, cher donateur. L'année où la personne sacrée de l'Empereur me fit la grâce de m'envoyer en mission et de m'accompagner personnellement, levant la coupe de ses impériales mains au banquet d'adieu, il m'avait demandé quand je pourrais être de retour. Dans l'ignorance où j'étais des dangers de la route, j'avais répondu sur-le-champ: «Je reviendrai avec les Écritures dans moins de trois ans.» Il y a maintenant sept ou huit ans que je l'ai quitté et je n'ai toujours pas vu la face du Bouddha. Je crains d'avoir dépassé les limites, et je redoute les violences des monstres et êtres maléfiques:
voilà pourquoi je suis rongé d'inquiétude. Comme nous avons la chance d'être logés dans votre résidence et que la nuit dernière mes stupides disciples vous ont rendu un petit service, j'espérais fermement obtenir une embarcation pour traverser le fleuve, loin de m'attendre à cette grosse chute de neige qui bloque routes et chemins. Je me demande quand j'aurai accompli ma mission et serai rentré au pays natal.
— Rassurez-vous, monseigneur! Qu'importent quelques jours de plus en regard de tous ceux que vous avez passés: attendez le retour du beau temps et la fonte des glaces: nous ne reculerons devant aucune dépense, aucun effort pour assurer votre traversée.»
C'est alors qu'un garçon parut pour les inviter à prendre le petit déjeuner, qu'ils consommèrent dans la salle de réception. Le déjeuner suivit peu après. Tripitaka se sentait fort embarrassé devant l'abondance des plats:
«Puisque vous nous faites la grâce de nous retenir, il faut nous traiter plus simplement, comme à l'ordinaire.
— Monseigneur, les plus somptueux festins jour après jour ne sauraient nous acquitter de la dette de gratitude que nous vous devons pour la vie de nos enfants.»
Dès que la neige cessa de tomber, les gens commencèrent à circuler. L'air malheureux de Tripitaka décida l'aîné des Chen à faire balayer le jardin, et remplir un large brasero. I l invita la compagnie à se rendre à la grotte des neiges pour se distraire et jouir du spectacle, ce qui fit beaucoup rire Porcet:
«Le vieux n'a plus sa tête! C'est au printemps, à la deuxième ou troisième lune
1, que l'on profite du jardin
en fleurs. Avec cette neige, et par un pareil froid, quel plaisir!
— Tu n'y connais rien, idiot!» lui lança Singer, «un paysage de neige vous saisit par sa beauté naturelle, apaisante et mystérieuse. Nous en profiterons et notre maître pourra se détendre.
—
Exactement!» approuva le vieux Chen. En conséquence de quoi il les conduisit dans le jardin où ils voyaient
Air et lumière de fin d'année
sur un paysage d'automne. Des
bourgeons de jade blanc ont poussé sur le vieux pin; des fleurs argentées pendent au saule pleureur. Sur les marches moussues s'accumule la poussière blanche; devant la pénètre le bambou devient bijou. De délicates pousses pointent sur le rocher artificiel. L'eau vive de l'étang à poissons est devenue vasque de glace. Sur la rive pâlissent les charmantes couleurs de l'hibiscus... Le prunier d'hiver semble pousser de nouvelles branches. Tous les pavillons sont comme couverts de duvet d'oie, celui des pivoines comme celui du grenadier et celui du cannelier. Partout s'étalent comme des ailes de papillons. L'érable rouge se tache de blanc, l'or des chrysanthèmes perce sous la double haie. Entre tant d'estpaces rendus inaccessibles par le froid, admirez la grotte glaciale: là se trouve le brasero à pieds d'éléphant et fiaces d'animaux, là brûle, rougeoyant, un feu vivant. Plusieurs fauteuils laqués recouverts de peaux de tigre y sont disposés à l'abri de chauds paravents de papier.
Aux quatre murs étaient suspendues des peintures anciennes, telles que les sept sages franchissant la passe
3, le pêcheur isolé sur la rivière
glacée
1, Su Wu se nourrissant de sa couverture de feutre'
dam m
paysage de crêtes neigeuses, brisant une branche deprunier à la rencontre de l'envoyé et traçant un message glacé dans la forêt de jade. On ne finirait pas de les décrire: le pavillon au bord de l'eau où le poisson s'achète aisément, le sentier de montagne perdu dans la neige où le vin manque. Ah! vraiment, lieux magiques qui, s'ils pouvaient vous recevoir, rendraient inutile la visite des îles enchantées 3.
Après avoir longuement admiré, la compagnie s'assit dans la grotte. On parla de la quête des Écritures. Puis du thé parfumé
fut servi. Quand on eut fini de le déguster, l'aîné des Chen demanda:
«Un peu de vin, messieurs?
— Je ne bois pas», répondit Tripitaka, «mes jeunes disciples, toutefois, peuvent vider quelques coupes de vin sans apprêt.»
Fort aise, le vieux Chen ordonna aussitôt: «Apportez des produits végétariens et mettez du vin à tiédir pour réchauffer ces messieurs.»
Les domestiques transportèrent des tables autour du brasero et, lorsque chacun eut vidé plusieurs coupes, desservirent.
Comme le ciel s'assombrissait, on les pria de revenir dans la salle prendre le repas du soir. C'est alors qu'ils entendirent de la rue des passants s'exclamer:
«Qu'il fait froid! C'est au point que le fleuve est entièrement gelé.»
Tripitaka s'en inquiétait: «Conscient-de-la-Vacuité, qu'allons-nous faire si le fleuve est pris?
— C'est un froid subit», intervint le vieux Chen, «je présume que ce n'est que l'eau peu profonde du bord qui a gelé.
—
Les huit cents lis ne sont qu'un bloc de glace, plane comme un miroir!» s'exclamaient les passants, «et il y a des gens qui marchent dessus!»
Dès qu'il entendit que l'on pouvait passer, Tripitaka voulut aller voir.
«Pas de précipitation, monseigneur», conseilla le vieux Chen, «nous irons voir demain.» Là-dessus, ils prirent congé du vieux voisin et, le repas du soir fini, retournèrent dans leur chambre se coucher.
Le lendemain, à l'aube, Porcet dit en se levant: «Maître et condisciples, il a fait encore plus froid cette nuit: je pense que le fleuve est pris.»
Se tournant du côté de la porte, Tripitaka pria, les yeux levés vers le ciel:
«Hautes divinités qui protégez la doctrine, depuis que votre serviteur est parti pour l'Ouest, il n'a pas eu un mot de plainte, vénérant Bouddha d'un cœur sincère tout au long de ce pénible voyage. Au point où j'en suis, je remercie l'auguste Ciel de l'aide qu'il m'apporte en gelant le fleuve. Je vous exprime ma gratitude avec mon simple cœur, en attendant de pouvoir vous la témoigner à fond quand j'en aurai fait rapport à l'empereur, après mon retour et l'obtention des Écritures.»
La prière finie, il demanda à Sablet de seller le cheval afin de profiter du gel pour traverser le fleuve.
Le vénérable Chen intervint à nouveau: «Vous n'êtes pas si pressés! Attendez quelques jours, que la neige ait fondu et que la glace se soit disloquée. Je vous trouverai un bateau.
—
Partir tout de suite ou rester quelque temps n'est pas décision à prendre à la légère», opina Sablet, «on ne saurait se fier à parole de bouche à oreille. Une constatation de visu vaut mieux que mille ouï-dire: je selle le cheval et invite le Maître à y aller voir en personne.
—
Voilà qui est bien raisonné», conclut le vieux Chen, qui ordonna: «Mes petits, allez vite seller nos six chevaux, mais pas celui du moine chinois.»
Suivie donc de six garçons, la compagnie se rendit d'une traite au bord du fleuve. Assurément,
L'aube claire disperse la montagne de nuages. Le froidfige les mille pics des frontières, glace la surface des lacs et rivières. Un vent mordant siffle sur le sol glissant. Les poissons de l'étang se serrent dans les herbes, les oiseaux sauvages affectionnent les branchages. Au-delà de la frontière, les hommes perdent leurs doigts; en haut de la rivière, le batelier claque des dents. Le ventre du serpent se fend, la patte de l'oiseau craque. O ces montagnes de glace! La rivière n'est plus qu'un bloc dejade rongé defroid. L'LSI peut se targuer de produire les cocons des glaces
1; les glaces du Nord, elles, recèlent des trous à musaraignes'
Est-ce là que Wang Xiang se coucha
3, est-ce ici que l'empereur
Guangivu" traversa? En une nuit, l'eau a gelé jusqu'au fond:plus une ride sur le large fleuve communiquant avec le ciel; la glace brillante est aussi solide que terre ferme.
Arrivé avec sa suite au bord du fleuve, Tripitaka retint son cheval pour observer: il y avait en effet des gens qui marchaient au-delà de la route.
«Où vont tous ces gens sur la glace, cher donateur?
demanda Tripitaka.
—
De l'autre côté du fleuve se trouve le pays des femmes, le royaume des Liang de l'Ouest. Ces gens sont des marchands. Un produit qui vaut cent sapèques chez nous peut en valoir dix mille là-bas, et inversement. Le profit est. énorme par rapport aux capitaux engagés; aussi, les gens y vont au risque de leur vie. Habituellement, six ou sept personnes, parfois une dizaine, s'embarquent sur le même bateau pour tenter de traverser. Comme le fleuve est gelé, ils prennent le risque de le faire à pied.
—
La gloire et le profit sont les seules choses qui comptent en ce bas monde! Attirés par le profit, ils oublient la mort et le danger; n'est-ce point aussi pour la gloire que mes disciples accomplissent leur mission avec une totale loyauté? Quelle différence entre eux et nous?»
Sur ces réflexions, Tripitaka ordonna: «Conscient-de-la Vacuité, rentre vite chez notre donateur, ramasse les bagages et selle le cheval. Il faut profiter de l'épaisse couche de glace pour précipiter notre marche vers l'Ouest.»
Singet acquiesça avec un petit gloussement de rire.
«Maître», objecta Sablet, «comme dit le proverbe, il faut mille jours pour consommer mille litrons de riz- Puisque nous pouvons compter sur l'hospitalité des Chen, pourquoi ne pas attendre quelques jours de plus le beau temps qui amènera la fonte des glaces, et traverser en bateau? Je crains que la précipitation ne soit mauvaise conseillère.
—
Conscient-de-la-Pureté, comment peux-tu dire
chose aussi stupide! Nous pourrions patienter si nous étions au premier ou second mois, alors que les jours vont en se réchauffant. Mais nous sommes maintenant au huitième mois: comment pouvons-nous espérer le dégel lorsqu'il fait de plus en plus froid? N'est-ce pas retarder notre voyage d'une demi-année?
—
Trêve de discussion», trancha Porcet en sautant au bas de son cheval, «laissez-moi d'abord voir si la glace est assez épaisse.
—
Idiot!» rétorqua Singet, «l'autre nuit tu as pu tester l'eau en jetant une pierre; maintenant que tout est solide, comment vas-tu faire?
— Tu n'y connais rien, frangin. Tu vas voir: j'y donne un coup de râteau. Si la glace se casse, c'est qu'elle est. trop mince: on ne peut pas s'y risquer. Si le râteau n'ébranle rien, c'est qu'elle est assez épaisse. Pourquoi ne pas y aller dans ce cas?
— Très juste», approuva Tripitaka, «voilà qui est bien raisonné.»
L'idiot retroussa ses vêtements, gagna la rive à grandes enjambées et, levant des deux mains le râteau, l'abattit de toutes ses forces: on n'entendit qu'un pouf! Le râteau laissait neuf marques blanches. La vibration était telle que Porcet en avait mal aux mains. L'idiot s'esclaffa: «On peut y aller! C'est gelé jusqu'au fond.»
Ravi de cette conclusion, Tripitaka retourna avec la compagnie chez les Chen. Il ne restait plus qu'à se préparer et partir. Après s'être vainement efforcés de les retenir, leurs hôtes se résignèrent à leur préparer du grain grillé, des galettes et des boules
1. Toute la famille se prosterna
devant eux, puis on leur apporta un plein bol de copeaux d'or et d'argent. S'agenouillant:
«Nous vous sommes profondément reconnaissants d'avoir rendu la vie à nos enfants. Voici, en témoignage de notre respect, de quoi vous procurer un repas en route.»
Tripitaka secoua la tête et fit de la main un signe de refus. I l expliqua qu'il ne pouvait accepter: «Nous qui avons quitté nos familles et fait vœu de pauvreté, à quoi peuvent nous servir les richesses? Je ne saurais produire cet argent au cours du voyage, puisque nous devons vivre d'aumônes et mendier notre nourriture. Je me contente de prendre le grain.»
Comme les deux vieillards insistaient tant et plus, Sin¬ get prit du bout des doigts un morceau de métal précieux d'environ une demi-once et le tendit au moine chinois en lui disant: «Maître, prenez-le à titre de pieuse donation, pour ne pas frustrer ces nobles vieillards de leur bonne intention.»
Là-dessus, ils prirent congé, et se rendirent d'une traite au bord du fleuve, mais, sur la glace, les sabots du cheval glissaient: Tripitaka faillit tomber.
«Pas facile d'avancer, maître! s'inquiéta Sablet.
«A croire que l'idiot a marché sur la giace toute sa vieb.
— Arrêtez!» cria Porcet, «demandez-moi une botte de paille au vieux monsieur Chen.
— Pour quoi faire? s'étonna Singet.
— Comment le saurais-tu?» rétorqua Porcet, «il faut envelopper les sabots du cheval pour l'empêcher de glisser, seule façon d'éviter au Maître une chute malencontreuse.»
De la rive, l'aîné des Chen entendait la conversation: il ordonna aussitôt à ses gens de chercher une botte de paille, tandis qu'il invitait Tripitaka à remonter sur la rive et descendre de cheval. Ils repartirent sur la glace après que Porcet eut entouré les sabots de paille.
Ils avaient parcouru trois ou quatre lis depuis qu'ils avaient pris congé du vieux Chen et quitté le rivage, quand Porcet tendit la crosse aux neuf anneaux à Tripitaka en disant: «Maître, mettez cela en travers sur le cheval.
—
Encore un mauvais tour de cet idiot!» intervint Singet, «c'est à toi de la porter, cette crosse. Pourquoi la donner au Maître?
— Tu n'as jamais marché sur la glace», rétorqua Porcet, «aussi ignores-tu que sur toute surface gelée il y a forcément des trous. Si jamais on y met le pied, on glisse dedans, et, sans quelque objet en travers, on s'enfonce à gros glouglous, comme dans une grande marmite dont le couvercle se referme: impossible de se hisser à la surface.
On ne le peut qu'en arrêtant la glissade de cette façon.»
«À croire que l'idiot a marché sur la glace toute sa vie! »
se dit Singet avec un ricanement intérieur. De fait, chacun suivit le conseil: le Vénérable tenait en travers la crosse, Singet la trique de fer et Sablet son bâton à terrasser les démons. Quant à Porcet, qui portait les bagages aux deux bouts d'une palanche, à l'épaule, il avait passé le râteau dans sa ceinture. Les pèlerins avançaient avec assurance.
Ils marchèrent jusqu'à la nuit tombante, puis, après avoir mangé un peu de nourriture sèche, n'osèrent pas s'attarder plus longtemps. À la lumière blafarde de la lune et des étoiles qui se reflétaient en scintillant sur la blancheur de l'immense étendue gelée, ils ne pensaient qu'à précipiter leur marche, le cheval ne laissant pas un instant les sabots reposer. Maître et disciples ne purent fermer l'œil de la nuit. À l'aube, ils reprirent un peu de provisions sèches et poursuivirent leur avance en direction de l'Ouest.
Ils marchaient, quand tout à coup se fit entendre un grand bruit sous la glace, au point que le cheval blanc tressaillit et faillit tomber.
«Mes disciples!» s'écria Tripitaka, grandement alarmé, «qu'est-ce que ça signifie?
—
Le fleuve a dû geler si complètement que la terre glacée gronde», expliqua Porcet, «peut-être qu'au milieu du lit le fond aussi se trouve gelé.»
Surpris et rassuré, Tripitaka éperonna sa monture et ils poursuivirent leur route, sur laquelle nous ne nous étendrons pas davantage.
Revenons au monstre qui, depuis son retour à sa résidence, avait rassemblé les créatures aquatiques sous la glace. Au bout d'une longue attente, se fit entendre le claquement des sabots du cheval. Il usa aussitôt pardessous de son pouvoir magique pour fendre à grand bruit la glace. Sous le choc, Singet sauta en l'air. Les trois autres et le cheval eurent tôt fait de tomber à l'eau.
Après avoir capturé Tripitaka, l'ogre regagna son palais à la tête de la troupe d'esprits maléfiques. D'une voix tonnante: «Où est ma sœur perche?»
Elle vint l'accueillir à l'entrée: «Je suis confuse, Votre Majesté; je n'ose y prétendre.
— Je t'en prie, ma sage sœur! Ces dénégations ne sont pas de mise. La parole une fois lancée, aucun quadrige ne saurait la rattraper. Je l'avais promis, de te traiter en sœur jurée, si, grâce à ton plan, le moine chinois était capturé. Maintenant que tes calculs se sont révélés excellents et que le moine est prisonnier, reviendrais-je sur ma parole?» Sur ce, il ordonna: «Mes petits, apportez les tables, aiguisez vos couteaux, ouvrez le ventre et arrachez le cœur de ce bonze, écorchez-le et désossez-le. D'autre part, faites donner la musique pendant que je partagerai avec ma sœur ce repas, qui prolongera indéfiniment notre longévité.
—
Ne le dévorez pas tout de suite, Votre Majesté. Il serait à craindre que ses disciples ne viennent vous chercher noise», objecta dame perche, «patientez deux jours, le temps de vous assurez qu'ils ne sont pas à sa recherche. Le moment sera alors venu de le découper. Nous pourrons prier Votre Majesté de prendre la place d'honneur, entourée de la gent aquatique prête à vous servir, à chanter, danser et jouer des instrument de musique. Ne vaut-il pas mieux en jouir ainsi tout à votre aise?»
L'ogre suivit le conseil et fit mettre en réserve le moine chinois dans un coffre de pierre long de six pieds, placé à l'arrière du palais.
Bref, reparlons de Porcet et Sablet, qui repêchèrent les bagages et les chargèrent sur le dos du cheval blanc. S'ouvrant une voie dans les eaux, ils s'étaient laissé porter par les flots pour refaire surface. Du milieu des airs, Singet les aperçut et leur demanda: «Où est le Maître?
— I l a coulé jusqu'au fond. Impossible de le retrouver pour le moment. Nous aviserons quand nous aurons rejoint le rivage.»
Porcet était l'avatar de l'amiral des Roseaux-Célestes 1,
naguère à la tête des quatre-vingt mille marins de la rivière Céleste
2; Sablet sortait du fleuve des Sables-Mouvants;
quant au cheval blanc, il était le petit-fils du dragon des mers occidentales; aussi étaient-ils parfaitement à l'aise dans l'eau. Le grand saint les dirigeait du haut des airs. En un moment, ils furent de retour sur la rive orientale où ils bouchonnèrent et séchèrent le cheval, puis tordirent leurs habits, tandis que Singet descendait sur son nuage. Ils regagnèrent ensemble le village des Chen. On eut tôt fait de l'annoncer aux deux patriarches: «Il ne reste plus que trois des quatre messieurs en quête des Écritures.»
Les deux frères se hâtèrent de sortir les accueillir et leur dire, à la vue des vêtements encore mouillés: «Nous avions pourtant insisté pour que vous restiez. Vous avez refusé: voilà le résultat. Comment se fait-il que monseigneur Tripitaka ne soit plus parmi vous?
— Appelez-le plutôt T'as-qu'à-couler-jusqu'au-fond que Tripitaka
3! grommela Porcet.
— Le pauvre! » s'exclamèrent les deux vieux en versant des larmes, «le pauvre! Nous lui avions dit d'attendre la fonte des neiges et de se faire accompagner sur un bateau, mais il s'était entêté à refuser, ce qui l'a mené à perdre la vie.
— Ne vous affligez pas au sujet de votre ami. Notre maître, je peux vous l'assurer, n'est pas mort et vivra longtemps», leur affirma Singet, «je suis persuadé que c'est un coup monté de ce grand roi de Merveilleuse-Éfficace.
Rassurez-vous. Faites amidonner nos vêtements, sécher les documents de voyage et apporter du fourrage au cheval blanc, pendant que nous irons chercher le gaillard et sauver notre maître. La mauvaise herbe sera extirpée avec la racine, je vous le garantis. Nous délivrerons le village entier de toute affliction ultérieure, de sorte que vous pourrez désormais vivre en paix à jamais. »
La promesse remplit d'aise le vieux Chen, qui commanda aussitôt de servir un repas végétarien.
Rassasiés, les trois disciples confièrent le cheval et les bagages à la garde des Chen et, après avoir fourbi leurs armes, se rendirent d'une traite au bord de l'eau chercher leur maître et capturer le monstre.
Assurément
Qui s'engage à tort sur glace pure
Met en périt le fond de sa nature.
Quand le grand œuvre souffre de lésions,
Comment parvenir à la perfection?
Si vous ne savez, en fin de compte, comment ils réussirent à sauver le moine chinois, écoutez la séance qui vient.