Accueil > La Pérégrination vers l'Ouest > Chapitre55

055 PERVERSE DÉBAUCHE CHARNELLE CHERCHE À SE JOUER DE TRIPITAKA, MAIS SA JUSTE ET SEREINE NATURE PRÉSERVE L'INTÉGRITÉ DE SON CORPS.

Or, comme nous l’a dit le récit, Singet et Porcet s’apprêtaient à user de magie pour immobiliser ces dames lorsqu’ils entendirent soudain le mugissement du vent et les cris de Sablet: le temps de tourner la tête, le moine chinois avait disparu.

«Qui est venu enlever le Maître?» demanda le Novice.

— C’est une femme qui a soulevé la tornade et emporté notre maître», répondit Sablet.

À ces mots, Singet ne fit qu’un bond au bord d’un nuage et, mettant sa main en visière, scruta les quatre direétions.

Il ne vit qu’un tourbillon de poussière qui montait vers le nord-ouest.

«Mes frères», cria-t-il en tournant vivement la tête, «sautez sur des nuages et rattrapons-le!»

Porcet et Sablet mirent précipitamment les bagages sur le dos du cheval et s’élancèrent à travers l’espace dans un crissement de l’air.

Effarées, les dames du royaume des Liangde l’Occident tombèrent à genoux dans la poussière: «Ce sont des arhat qui montent au ciel en plein jour: Votre Majesté ne saurait plus en douter. Le frère impérial eêt aussi un moine de la Méditation qui a réalisé la Voie: nos yeux de chair n’ont su le voir et l’ont pris pour un garçon du pays du Milieu.

Nous avons nourri de faux espoirs. Veuillez remonter en char et rentrer au palais.»

La reine, qui se sentait honteuse, retourna avec l’escorte à la cité, où nous la laisserons.

aperçurent sur le côté un rocher de granit brillant qui avait la forme d’un paravent. Ils le contournèrent, tenant le cheval par la bride et découvrirent de l’autre côté un portail à deux vantaux au-dessus duquel s’alignaient ces six gros caraftères:

MONTAGNE DE l ’ e NNEM I-M ORTEL,

GROTTE DE l ’ iN STRUM EN T-PIPA.

Inconscient du risque, Porcet s’avança dans l’intention de défoncer les vantaux à coups de râteau, mais Singet le retint à temps: «Pas de hâte, frérot! Nous sommes arrivés ici en suivant le tourbillon et n’avons trouvé ce portail qu’après quelques recherches. Nous n’avons aucune idée de ce qui nous attend. Si c’est la mauvaise porte, on nous en fera le reproche. Avant de vous mettre à l’œuvre, reprenez donc le cheval, refaites le tour de l’écran de pierre et attendez que je sois entré m’informer et voir ce qu’il en est.

— Entendu! Parfait! » s’écria Sablet, « c’est trouverfinesse dans la grossièreté, savoir en prendre à son aise dans une situation tendue!»

Tous deux firent demi-tour avec le cheval.

Singet manifesta ses pouvoirs magiques: il fit une passe, récita une incantation et, d’une secousse, se transforma en abeille d’une merveilleuse légèreté. Voyez

Ces ailes minces q u i plient sous le vent,

T a taille fine au soleil brillant,

Trompe fouineuse, pollen sur le dos,

d la queue dard à vaincre les crapauds.

Q ue de travail pourfabriquer le m iel!

E lle s’en revient, modestle et frêle.

I l a un plan habile maintenant,

Tandis qu’il danse, voletant, sous l ’auvent.

Singet se glissa par la fente du portail et, franchissant en volant la porte intérieure, aperçut le monstre femelle assis sous un kiosque fleuri et entouré de petites servantes en habits brodés aux couleurs vives, la coiffure en doubles chignons. Toutes papotaient joyeusement au sujet d’on ne savait quoi. Singet s’envola et se posa discrètement sur le cadre, où il pouvait prêter l’oreille à son aise: il vit approcher deux filles, la chevelure en désordre ramassée hâtivement en chignons. Chacune apportait un plat tout Tripitaka refiait plongé dans de profondes réflexions.

chaud de petits pains cuits à la vapeur: «Madame, l’un e£t à la farce de chair humaine, l’autre fourré de pâte de soja.

— Mes petites, amenez-moi le frère impérial», dit en souriant l’ogresse.

Plusieurs servantes en vêtements brodés se dirigèrent vers le fond et ressortirent en soutenant le moine chinois.

Le Maître avait le visage cireux, les lèvres décolorées et les yeux rouges embués de larmes. «Elle l’a empoisonné», se dit Singet en soupirant.

L’ogresse descendit du pavillon et, découvrant ses dix doigts aussi fins qu’oignons de printemps, retint le Vénérable: «Remettez-vous! Nous ne pouvons vous offrir ici le luxe et la richesse du palais de la reine des Liang de l’Ouest, mais vous y trouverez le calme et la disponibilité nécessaires pour prier Bouddha et lire les soutras. Avec moi comme compagne, c’est la promesse de cent ans d’une vie harmonieuse; vraiment! »

Tripitaka ne disait mot.

«Ne vous tourmentez donc pas», reprit l’ogresse, «je sais que vous n’avez rien bu ni mangé au banquet du royaume des femmes. Choisissez ce qui vous plaît de ces deux plats, l’un végétarien, l’autre non, pour vous remettre de votre frayeur. »

Tripitaka restait plongé dans de profondes réflexions:

«Faut-il se taire et refuser de manger? C’est que l’ogresse n’est pas la reine, qui était humaine et avait de bonnes manières. C’est un monstre qui risque de m’occire. Que faire? Mes trois disciples ignorent dans quel malheur je suis tombé. Si elle me tue, n’aurai-je pas en vain perdu la vie?...» Il avait beau se creuser l’esprit, il ne voyait d’autre solution que rassembler tout son courage pour ouvrir la bouche: «Comment sont les uns et les autres?

— Le non végétarien e£t farci à la chair humaine, l’autre au soja.

— Votre pauvre moine préfère le végétarien.

— Mes filles», dit l’ogresse, souriante, «apportez du thé chaud et servez des petits pains maigres à Monseigneur.»

L’une des servantes posa respeéiueusement une tasse de thé parfumé devant le Vénérable. L’ogresse rompit un petit pain et le tendit à Tripitaka. Celui-ci en présenta un non végétarien entier à son hôtesse, qui se mit à rire:

«Pourquoi ne me le brisez-vous pas, frère impérial?

L iv r e XI, c h a p itr e l v

— En tant que moine, je n’ose briser ce qui contient de la viande.

— Comment peux-tu avoir tel scrupule alors que l’autre jour tu as bu l’eau' de la rivière de la Maternité et que maintenant tu te disposes à manger de la farce de soja?

— Quand l’eau monte le bateau part rapidement», répliqua Tripitaka, «sur le soja le cheval trotte lentement. »

A les voir et à entendre la tournure que prenait leur conversation, Singet craignit que le maître ne se mît dans une situation où sa vraie nature serait en danger. N’y tenant plus, il apparut sous sa forme première et, brandissant sa trique de fer, gronda: «Bête immonde, de la tenue! »

À sa vue, l’ogresse cracha un jet de fumée qui recouvrit le kiosque, tandis qu’elle ordonnait aux petites d’emporter Tripitaka. Elle se saisit d’un trident d’acier et sortit du kiosque en vociférant: «Le maudit singe! Quelle impudence! Oser se glisser chez moi pour me regarder à la dérobée! Ne bouge pas! Prends un coup de fourchette de bonne-maman! »

Le grand saint para le coup de sa trique et battit en retraite tout en combattant. Tous deux sortirent de la grotte.

Porcet et Sablet attendaient devant l’écran de pierre. À les voir aux prises tous les deux, Porcet, alarmé, passa la bride à son compagnon en lui disant:

«Sablet, surveille les bagages et le cheval, pendant que je vais lui donner un coup de main!»

Le brave idiot: levant des deux mains le râteau, il se précipita en avant, criant: «Arrière, frangin, laisse-moi taper sur la salope!»

Voyant venir Porcet, celle-ci recourut à un nouveau Stratagème: poussant un cri, elle soufflait le feu par les narines, crachait la fumée par la. bouche et, rassemblant toutes ses énergies, s’élança à sa rencontre, son trident volant et dansant à un tel rythme qu’on ne savait plus combien de mains elle avait, tandis qu’elle roulait en avant, frappant d’estoc et de taille. Les assauts de Singet comme de Porcet étaient bloqués.

«Tu ne sais vraiment pas manœuvrer, Conscient-de-la Vacuité», lui lança l’ogresse, «je te connais, mais tu ne sais pas qui je suis. Même ton Bouddha, du monastère du Coup-de-Tonnerre, aurait peur de moi. Pauvres minables, jusqu’où croyez-vous pouvoir aller? Approchez que je vous flanque à chacun une raclée soignée!»

Ce fut une bataille mémorable:

L a puissance de l ’ogresse monte à la hauteur de la colère de Singet.

A vid e de gloire, l ’am iral des Koseaux-Célesîes fa it montre de ses capacités en brandissant son râteau. L'une, entourée d ’un halo defeu et de fumée, les serre de son trident aux multiples mains, les deux autres bondissent dans les nuées, rapides et puissants.

Tout cela parce que l ’ogresse cherche un partenaire, mais jam ais le moine ne consentira à perdre de son essence prim aire. C ’est la lutte sans merci du Yin et du Yang m al assortis. N o u rri de calme, aspirant à la gloire, le Yin s’agite; voué au repos, se gardant du désir, le Y ang refit p u r. Point d ’harmonie de l ’un à l ’autre: le trident joue à perd ou gagne contre le râteau et la trique. Puissante est la trique, plus capable encore le râteau, mais le trident d ’acier de la femme rend dent pour dent. Levant le mont de l ’LLnnemi-M.ortel nul ne veut céder, pas de quartier à la grotte du P ip a! L 'u n e se réjouit d ’avoir obtenu un compagnon en la personne du moine chinois, mais les deux autres ont p ris la résolution de suivre le Vénérable dans la quête des Écritures authentiques. Un combat qui remue ciel et terre, obscurcit les astlres du jo u r et de la nuit, déplace les étoiles!

La bataille à trois se poursuivit longtemps sans vainqueur ni vaincu, jusqu’à ce que la créature, d’une secousse, recourût au coup du dard à renverser un cheval, piquant Singet sous la peau du crâne sans qu’il s’en rendît compte.

«A ïe!» hurla-t-il et, sous l’effet de l’insupportable douleur, il rompit le combat et s’enfuit. Voyant que les choses tournaient mal, Porcet, à son tour, battit en retraite, traînant son râteau. L’ogresse, triomphante, rangea le trident.

Singet se tenait la tête, le front barré et le visage tordu de douleur, gémissant: «Affreux, horrible!»

Porcet s’approcha et lui demanda: «Frangin, qu’e£t-ce qu’il t’arrive, de te tirer en poussant des hurlements de douleur au meilleur de la bagarre?

— J ’ai mal, terriblement mal! répétait Singet en se tenant la tête.

— C’est la migraine, sans doute?

— Non, non!

— Mais je ne t’ai pas vu recevoir de blessure. D’où viendrait ton mal de tête?

— C’est intenable, intenable», gémit Singet, «quand elle s’est rendu compte que je surclassais son trident, elle a fait un bond et m’a piqué à la tête avec je ne sais quelle arme. Ça m’a donné de tels maux de tête que j’ai dû rompre le combat.

— En d’autres circonstances tu te vantais constamment de ta tête qui aurait été transmutée», lui fit remarquer Porcet en riant, «comment se fait-il qu’elle ne résiste même pas à une piqûre?

— En effet, depuis qu’elle a été transmutée, ma tête, j’ai dérobé des pêches, de l’ambroisie et de l’élixir à Laozi. Et ce n’est pas tout: au temps où j’avais provoqué de graves troubles au ciel, l’empereur de Jade m’avait fait arrêter et traîner au palais de la Grande Ourse pour y être décapité:

les divinités avaient tout essayé, sabre, hache, massue, épée: il a fallu que Laozi me mette dans son fourneau aux huit trigrammes où j’ai été forgé quarante-neuf jours. Je m’en suis tiré sans le moindre bobo. Je me demande de quoi cette femme a pu se servir pour me blesser à la tête.

— Enlève tes mains; laisse-moi regarder... Aucune fraéture?

— Non, rien!

— Je vais au royaume des Liang de l’Ouest quérir de la pommade.

— Ce n’est ni enflé ni fraéturé: à quoi bon de la pommade?

— Frangin», répliqua Porcet en pouffant, «je n’ai été malade ni avant ni après mon accouchement, et c’est toi qui a une grosseur au front, «la porte du cerveau»!

— Ce n’est pas le moment de plaisanter», coupa Sablet, «ton frangin elt blessé à la tête, l’on ne sait même pas si le Maître e£t en vie et le soir tombe. Qu’allons-nous faire?

— Le Maître n’a rien», grogna Singet, «quand je suis entré, transformé en abeille, j’ai vu la femme qui était assise dans le kiosque fleuri. Peu après deux servantes ont apporté des plateaux de petits pains, les uns végétariens, les autres non, farcis à la chair humaine. Ensuite elle a fait amener le Maître pour qu’il prenne de quoi calmer sa frayeur. Elle voulait aussi lui faire une déclaration. Le Maître n’a d’abord voulu ni lui répondre, ni toucher aux plats. Ensuite, est-ce grâce à ses douces et tendres paroles, je ne sais, il a ouvert la bouche pour dire qu’il mangerait de ce qui était végétarien. La femme a brisé un petit pain au soja avant de le.lui tendre, tandis que le Maître lui en a offert un à la viande, entier.

“Pourquoi ne l’as-tu pas rompu?” lui a alors demandé 9 °

la femme. Il a répondu qu’en tant que moine il n’osait rompre ce qui n’était pas végétarien. “ Dans ce cas”, lui a-t-elle rétorqué, “comment as-tu pu boire l’eau de la rivière de la Maternité et maintenant manger de la farce au soja?” Le Maître n’en a pas compris le sens caché et lui a répondu par les deux vers:

« Quand l'eau monte le bateau p a rt lentement, Sur le soja le cheval trotte lentement.

«De peur que le Maître ne se laisse troubler, j’ai alors repris ma forme originelle et l’ai attaquée à la trique. Elle aussi savait user de magie. Elle a fait emporter le Maître, tandis qu’elle crachait de la fumée, puis, faisant tournoyer son trident, elle m’a entraîné hors de la grotte.»

A ce discours, Sablet se mordit les doigts et fit observer:

«Je ne sais trop comment, mais la salope a dû nous suivre, puisqu’elle sait tout ce qui nous est arrivé.

— Dans ce cas», ajouta Porcet, «ce n’est pas le moment d’aller se reposer. Que ce soit le crépuscule ou le milieu de la nuit, peu importe, il faut aller à sa porte la provoquer au combat, hurler et tempêter pour l’empêcher de dormir et de se faire notre maître.

— J’ai trop mal à la tête», répondit Singet, «je ne peux pas y aller.

— Il n’eit pas nécessaire de la défier», assura Sablet, «d’une part notre frère souffre de maux de tête, d’autre part notre maître es't un moine authentique qui ne saurait se laisser troubler par les vanités du sexe. Nous ferions mieux de passer la nuit assis dans un coin à l’abri du vent sur la pente de la montagne, de façon à récupérer et aviser quand le jour se lèvera.»

Sur ce, les trois condisciples, après avoir solidement attaché le cheval blanc et pris soin des bagages, se reposèrent sur le flanc de la montagne, où nous les laisserons pour reparler de l’ogresse.

Abandonnant ses intentions meurtrières, elle reprit un air joyeux pour dire: «Mes petites, fermez soigneusement toutes les portes, devant comme derrière.» Elle dépêcha de plus deux sentinelles pour veiller sur Singet: elles devaient donner l’alarme au moindre bruit à la porte.

«Mes filles», ordonna-t-elle alors, «arrangez la chambre à coucher. Quand vous aurez allumé les chandelles et l’encens, invitez le moine chinois à venir: je vais me donner du plaisir avec lui.»

Elles allèrent chercher le Vénérable et le ramenèrent par la main. L’ogresse affeda un air des plus charmants, lui prit les mains et lui dit:

«.L’or ne vaut pas un radis, auprès d ’un plaisir sans prix: tu connais le diéton. Amusons-nous donc un moment comme font mari et femme!»

Le Vénérable ne desserrait pas les dents. Il aurait voulu se dérober, mais de peur de la pousser au meurtre, il se résigna à la suivre en tremblant dans la chambre. Il était comme hébété et muet, incapable de lever les yeux, aveugle aux tentures du lit, aux paniers, malles et toilettes.

Il n’entendait pas non plus les propositions impudiques de la créature. Le brave moine!

Ses je u x ne voyaient pas la beauté du mal,

Ses oreilles n ’entendaient pas les paroles lascives.

Broderies, brocarts, visage enjôleur lu i sont fum ier, O r, perles et jo li minois ne lu i sont que cendres:

L a seule passion de sa vie eél la méditation;

I l ne s ’eét jam ais écarté de la terre du Bouddha, serait-ce d ’un \demi-pas.

Comment p o u rra it-il s’attacher au jade de la peau et à l’odeur de la femme,

L u i qu i ne sait que cultiver la vérité et nourrir sa nature de bouddha?

L ’ogresse, pleine de vie, eél animée d ’un désir sans borne, L e Vénérable, raide et morne, reéle absorbé dans la méditation.

L ’une n'eéî que tendresse et douceur, l ’autre cendres et bois mort.

L ’une tire la couverture nuptiale, submergée de désirs lascifs, L ’autre serre sa tunique, l ’eéprit vigilant.

Celle-là voudrait presser sa poitrine contre la sienne, enlacer ses cuisses dans l ’extase de phénix culbutés,

C elu i-ci aim erait relier face au mur, rentré au monaélère, immobile comme Bodhidharmax.

Lafem m e enlève ses vêtements pour mettre en valeur sa peau douce et parfum ée; le moine chinois se couvre pour cacher sa chair rude et grossière.

« Ily a place près de l ’oreiller et loisir sous la couverture, pourquoi ne viens-tu pas te coucherl» lu i demande l ’ogresse.

— M on crâne eél rasé, et ma robe monaélique:je ne saurais vous tenir compagnie, répond le moine chinois.

— je suis prête à fa ire comme L iu C u icui d ’antan, dit-elle.

— Lepauvre moine que je suis n ’eélpas /’âcârya C la ir-d e-Lu n é', répond-il.

— Je suis d ’une beauté plus ensorcelante que X i S hi', rétorqua l ’ogresse.

Force luifu t de ligoter comme un chien l ’homme qu'elle chérissait et de le fa irejeter sous ta galerie.

'Livre XI, chapitre lv

— A la suite de quoi notre roi de Yue efl mort et enterré depuis longtemps, répliqua le moine chinois.

— J e rappelles-tu», lu i dit-elle,

«Vlutôt m ourir sous les fleurs qu'ailleurs

E t, fantôme, refier bon vivant!

— M on Yang véritable efl suprême trésor que je ne saurais galvauder pour toi, misérable squelette poudré. »

Ils se livrèrent à cette joute de réparties jusqu’à la nuit avancée sans que Tripitaka fût le moins du monde ébranlé.

L’ogresse avait beau le tirer et secouer, sans le lâcher un initant, le Vénérable restait calme et ferme dans son refus.

La lutte se poursuivit jusqu’à minuit, lorsqu’elle perdit patience et s’écria: «Les petites, apportez des cordes!»

Force lui fut de ligoter comme un chien l’homme qu’elle chérissait et de le faire jeter sous la galerie. On éteignit les lampes et chacun rentra se coucher. La nuit s’écoula sans incident.

Le coq avait chanté trois fois sans qu’ils s’en rendissent compte. Au bas de la montagne, Singet s’étirait en disant:

«La tête m’a fait mal un bon moment, mais je ne sens plus rien maintenant, ni douleur ni ankylosé; ça me démange un peu, c’est tout.

— Le mieux pour faire passer la démangeaison serait une seconde piqûre», ricana Porcet, «qu’en penses-tu?

— Lâche, lâche! grommela Singet en crachant.

— Lâche?» pouffa Porcet, «c’est plutôt le Maître qui a dû en lâcher!

— Cessez de vous chamaillez! » intervint Sablet, « il fait jour: ne perdons pas de temps et allons capturer la créature maléfique.

— Ne bouge pas, mon frère», lui dit Singet, «occupetoi du cheval. Porcet m’accompagne.»

L’idiot rassembla toutes ses énergies, resserra sa tunique de coton noir et suivit le Novice. Chacun, avec son arme, sauta sur la falaise et fut d’une traite au pied de l’écran de pierre.

«Reste ici», dit Singet, «je crains que l’ogresse n’ait porté atteinte au Maître dans la nuit. Attends que je sois allé aux nouvelles. Si elle l’a eu, s’il a perdu son Yang primordial et vraiment détruit sa vertu, il ne nous restera plus qu’à nous disperser. S’il est demeuré impassible et inébranlable, il faudra s’efforcer de tenir jusqu’à ce que nous parvenions à tuer l’être maléfique et sauver le Maître pour reprendre la route vers l’Ouest.

— Tu nous en bailles de belles», ricana Porcet, «comme dit le proverbe: Est-ce que poisson sec peut servir d'oreiller au chat? Même s’il ne s’est rien passé, elle a dû en griffer quelques morceaux.

— Cesse de dégoiser! Attends donc que j’aille voir!»

Sacré grand saint! Il tourna autour de l’écran, faisant ses adieux à Porcet. D’une secousse, il se retransforma en abeille, se glissa, en volant, par la porte et aperçut les deux servantes, endormies sur leurs crécelles de veilleur: elles leur servaient d’oreillers. Puis il partit observer ce qui se passait sous le kiosque fleuri: après s’être dépensées jusqu’à minuit, les goules, épuisées, s’étaient toutes endormies, les unes après les autres, et ne se rendaient pas compte que le jour se levait. Singet s’envola derrière et entendit confusément la voix de Tripitaka. Levant la tête, il l’aperçut ligoté les quatre fers en l’air sous la galerie. Il se posa doucement sur sa tête et appela: «Maître!

— C’est toi, Conscient-de-la-Vacuité», répondit le moine qui avait reconnu la voix, «vite, sauve-moi la vie!

— C’était bien, cette nuit?

— Plutôt mourir que consentir à commettre pareille chose! répondit Tripitaka en serrant les dents.

— Elle m’avait l’air pleine de tendresse et d’affeétion pour vous, hier. Comment se fait-il qu’elle vous inflige ces tourments aujourd’hui?

— Elle m’a persécuté la moitié de la nuit sans que je dénoue ma ceinture ni m’approche de la couche. Quand elle a vu que je ne me soumettrais pas, elle m’a ligoté ici. Je te supplie de me délivrer pour que nous repartions vers notre quête.»

Le bruit de leur conversation eut tôt fait de réveiller l’ogresse qui, si cruelle qu’elle fût, ne pouvait se résoudre à renoncer. En se retournant, tirée de son sommeil, elle n’avait entendu que «vers notre quête». Elle se jeta aussitôt au bas du lit et se mit à vociférer: «Ça refuse le bonheur de l’union conjugale pour aller vers quelle quête?»

Alarmé, Singet quitta le Maître et, déployant précipitamment ses ailes, s’envola dehors où il reprit son propre aspeêt et appela Porcet.

L’idiot fit le tour de l’écran rocheux et demanda: «Il l’a faite, la chose, oui ou non?

'Livre XI, chapitre l v

— Pas encore, pas encore!» répéta en riant Singet, «le Maître s’e£t fait lutiner par elle, mais, comme il ne voulait rien savoir, elle s’eit fâchée et l’a gardé ligoté là-bas. Juste au moment où il me racontait ce qui s’était passé, elle s’eit réveillée et je suis ressorti en hâte.

— Qu’es't-ce qu’il a dit, le Maître?

— Il a dit qu’il n’a pas dénoué sa ceinture ni touché à son lit.

— Bon, parfait! C’est toujours un vrai bonze: allons à son secours!»

L’idiot, en rustaud qu’il était, n’attendit pas d’autres explications pour lever le râteau et l’abattre de toutes ses forces sur la porte, qui vola en éclats dans un épouvantable vacarme. Réveillées en sursaut, les filles qui dormaient sur leurs crécelles coururent vers la porte intérieure en criant: «Ouvrez! les deux affreux ont défoncé le portail!»

L’ogresse sortait de sa chambre, quand quatre ou cinq servantes accoururent lui annoncer: «Madame, les deux horribles hommes d’hier sont revenus à l’entrée, qu’ils ont démolie.

— Mes petites!» répondit aussitôt à ces m ots la créature, «allez vite me faire chauffer de l’eau pour ma toilette et emportez le frère impérial, ligoté comme il eit, dans la pièce à l’arrière. Attendez que j’aille les écraser.»

La brave ogresse! Elle sortit, brandissant le trident et vociférant:

«Maudit singe! Brute sauvage de cochon! Aucune considération! Oser venir défoncer ma porte!

— Salope de putain!» répliqua Porcet, «tu oses la ramener après avoir traité de cette façon notre maître? Toi qui as piégé notre maître dans l’intention d’en faire ton vieux! Rends-le-nous avant qu’il ne soit trop tard! Ose dire ne serait-ce qu’un demi-“non” et je te ratisse avec la montagne tout entière.»

Sans demander d’autre explication, l’ogresse rassembla toutes ses énergies, et, recourant aux mêmes procédés, se mit à souffler le feu et la fumée par le nez et la bouche. Elle leva le trident, visant Porcet qui l’esquiva et lui balança un coup de râteau. Singet le secondait avec sa trique de fer.

chercha le salut dans la fuite, se mordant la lèvre et traînant le râteau, en proie à une vive douleur. Singet, quelque peu effrayé, fit une feinte de son bâton et rompit le combat à son tour. L’ogresse s’en retourna triomphalement et ordonna aux filles de charrier des pierres pour bloquer l’entrée.

Bref, revenons à Sablet qui laissait le cheval brouter sur la pente: à peine avait-il entendu des couinements que, levant la tête, il vit venir à lui Porcet, qui faisait la moue en geignant.

«Qu’est-ce qui t’arrive?

— Affreux, horrible! Mal, terriblement mal! »

Il n’avait pas fini sa phrase que Singet surgissait devant eux: «Mon brave idiot!» ricana-t-il, «hier tu me voyais avec une tumeur au front, mais aujourd’hui, c’est ton tour d’être affligé d’une inflammation aphteuse.

— C’est intenable, intenable»! grogna Porcet, «la douleur e£t insupportable. »

Les trois se trouvaient ainsi en peine, quand apparut une vieille femme, un panier de bambou vert à la main, ramenant le produit de sa cueillette de la route du Sud.

«Frangin», suggéra Sablet, «la mère approche: profitons-en pour lui demander des renseignements, de quelle créature il peut s’agir et quelle arme a pu causer semblable blessure.

— Reste là, je vais l’interroger», répondit Singet.

Comme il ouvrait l’œil pour la regarder plus attentivement, il remarqua qu’une auréole de nuées lui surmontait la tête et qu’une brume odorante lui enveloppait le corps.

«Mes frères!» s’écria le Novice qui la reconnaissait, «qu’attendez-vous? Venez vous prosterner! la mère eit notre bodhisattva\y

Porcet se jeta précipitamment à genoux, malgré sa douleur, Sablet s’inclina, tenant le cheval par la bride, et Singet s’agenouilla, mains jointes:

— Salut, très efficiente bodhisattva Guanyin, notre salvatrice très miséricordieuse et compatissante! »

Voyant qu’ils l’avait reconnue à son éclat primordial, Guanyin remonta dans les nuages et, à mi-hauteur dans l’espace, reprit sa vraie forme, celle au panier de poissons.

Le Novice la rejoignit dans les airs pour lui déclarer respectueusement: «Pardonnez à vos disciples de ne vous avoir accueillie. Absorbés par nos efforts pour sauver notre maître, nous ne savions pas que nous recevions l’honneur de votre visite. Nous espérons ardemment en votre aide dans l’épreuve que nous fait subir cette démone difficile à vaincre.

— Ce monstre est des plus redoutables », répondit Guanyin, «son trident est constitué des deux pinces que forment depuis sa naissance ses pattes de devant. C’est un dard recourbé à sa queue qui inflige des piqûres douloureuses et que l’on appelle “poison à renverser un cheval”.

Elle-même est un esprit-scorpion qui avait écouté le Bouddha prêcher sur les soutras au monastère du Coupde-Tonnerre. En la voyant, l’Ainsi-venu l’avait repoussée de la main, ce qu’il n’aurait pas dû faire, car elle retourna son dard pour le piquer au pouce. Lui aussi en avait ressenti une douleur intenable et l’avait fait aussitôt saisir par ses gardes porteurs de foudre. C’est elle qui est ici. Pour sauver votre maître, vous feriez mieux de faire appel à quelqu’un d’autre. Moi non plus, je ne saurais m’en approcher.

— Je vous supplie de bien vouloir m’indiquer à qui je dois m’adresser», demanda Singet en saluant à nouveau, «de sorte que je puisse le prier de venir.

— Va au portail est du ciel et sollicite au palais de Clarté le préposé de la constellation de la Pléiade: vous pourrez alors la terrasser. »

Sur ces mots, elle se transforma en rayon lumineux et retourna d’une traite aux mers du Sud.

Singet redescendit annoncer à Porcet et Sablet: «Rassurez-vous, mes frères, le Maître a son étoile salvatrice.

— Laquelle? demanda Sablet.

— La bodhisattva vient à l’instant de m’inviter à solliciter la Pléiade. J ’y vais et reviens.

— Frangin!» ajouta Porcet, la lèvre torse, «demandelui une pommade pour calmer la douleur.

— Pas besoin d’onguent, ça passera avec la nuit, comme hier.

— Trêve de bavardage. Pars au plus vite!» insista Sablet.

Le brave Novice! Il ne fit qu’un bond dans les nuages et fut rendu dans l’instant au portail oriental du ciel. Il trouva tout à coup devant lui le gardien du ciel Croissance qui le salua: «Où allez-vous, grand saint?

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— Comme je suis chargé de la proteélion du moine chinois dans sa quête des Écritures à l’Ouest et que nous avons rencontré en route une dèmone qui le persécute, je voudrais passer au palais de Clarté voir l’officier de la Pléiade.»

Soudain apparurent les grands maréchaux Tao, Zhang, Xin et Deng qui lui demandèrent aussi où il allait.

«Je suis à la recherche de l’officier de la Pléiade, pour qu’il terrasse la créature et sauve le Maître, répondit Singet.

— L’officier de la Pléiade a reçu ce matin de l’empereur de Jade la consigne d’inspeâer la terrasse de Contemplation-des-Étoiles.

— Est-ce vrai?

— Nous avons quitté ensemble le palais de la Grande Ourse», répliqua le maréchal Xin, «comment aurionsnous l’audace de dire des mensonges!

— Il y a longtemps qu’il est parti et il ne saurait tarder à revenir», ajouta le maréchal Tao, «allez toujours au palais de Clarté; s’il n’est pas encore de retour, vous pouvez vous rendre à la terrasse, grand saint.»

Singet prit congé, ravi d’avoir obtenu ces renseignements. Il n’y avait en effet personne au palais de Clarté. Il était sur le point de s’en retourner, quand il aperçut au loin une troupe de soldats en rang. Derrière venait l’officier de la Pléiade. Il portait encore l’habit de cérémonie de l’audience impériale, tout de fils d’or. Voyez plutôt:

L es cinq pics du bonnet éclatants d ’or,

E n main l ’insigne de jad e précieux,

Sur sa robe sept étoiles du N ord,

E a ceinture, oilogone curieux.

L es pendentifs s’entrechoquent, bing, bang,

E t font clochettes au souffle du vent.

E ’éventail de plum es turquoise s’ouvre:

P araît Pléiade dans la cour emplie d ’encens...

À la vue de Singet debout devant le palais de Clarté, les soldats de l’avant-garde s’en retournèrent prestement annoncer: «Seigneur, le grand saint est ici.»

L’officier s'tellaire résorba la nuée qui lui servait de véhicule, ajusta son coitume de cérémonie et s’avança, écartant sa suite, pour saluer et demander: «Qu’est-ce qui vous amène, grand saint?

— Je suis passé vous saluer et vous importuner pour sauver notre maître en difficulté.

— Quelle sorte de difficulté? Où?

— A la grotte du Pipa de la montagne de l’Ennemi Mortel au royaume des Liang de l’Ouest.

— Quel eût donc le monstre qui hante cette caverne pour venir faire appel à l’humble divinité que je suis?

— La bodhisattva Guanyin vient de nous apparaître et de nous apprendre que ce serait un scorpion. Elle vous a recommandé comme seul capable d’y porter remède.

Voilà pourquoi je suis venu vous solliciter.

— J ’aurais préféré en référer à l’empereur de Jade, mais puisque vous êtes ici et que je suis sensible à la recommandation de Guanyin, j’ai trop peur d’un fatal retard pour vous proposer une tasse de thé: partons terrasser la créature! Je me contenterai d’un rapport à mon retour.»

Sur cette réponse, Singet sortit avec lui du portail eût du ciel et regagna d’une traite le pays des Liang de l’Ouest.

«C’eût la montagne que voici», dit le Novice en la montrant du doigt. L’officier Stellaire abaissa son nuage et atterrit avec Singet au bas de la pente devant l’écran rocheux.

Ce que voyant, Sablet dit à Porcet: «Lève-toi, le frangin eût là avec celui qu’il a invité.

— Pardon, mes excuses!» marmonna l’idiot, la lèvre encore tordue, «je suis malade et incapable de vous saluer convenablement.

— Vous qui êtes un moine pratiquant», s’étonna l’officier Stellaire, «quelle maladie avez-vous contraétée?

— Elle m’a piqué à la lèvre ce matin, à la suite du combat que j’avais engagé contre elle. J ’ai encore mal.

— Approche! Je vais te soigner.»

L’idiot retira enfin sa main et balbutia péniblement:

«Guérissez-moi, je vous en supplie! Je saurai vous remercier quand j’irai mieux.»

L’officier Stellaire palpa la lèvre, souffla dessus et la douleur disparut. Porcet s’inclina bien bas, tout heureux:

«Quelle merveille!

— Puis-je vous demander de me palper aussi la tête? fit Singet en riant.

— Pour quoi faire? Vous n’avez pas été empoisonné.

— Si, hier j’y ai eu droit aussi; la douleur n’a passé qu’avec la nuit; ça me démange et je crains que ça ne I oo

recommence le soir: j’aimerais que vous me guérissiez à mon tour.»

L’officier Stellaire procéda aux mêmes opérations sur la tête de Singet, ce qui dissipa les derniers effets du poison, l’ankylose et la démangeaison.

«Écrasons cette maudite salope! s’exclama Porcet, plein de ressentiment.

— Parfait, parfait!» approuva l’officier Stellaire, «faites-la sortir tous les deux, je me charge de la terrasser.»

Singet et Porcet sautèrent sur le versant de la montagne et passèrent de l’autre côté de l’écran. Tout en lâchant des insultes, l’idiot, avec ses mains en guise de pelles, et le travail du râteau, eut tôt fait de dégager l’entrée de la grotte de l’amas de pierres; la première porte franchie, ils s’attaquèrent à la seconde qui vola en éclats d’un coup de râteau, les petites goules, affolées, avaient trouvé des ailes pour annoncer:

«Madame, les deux affreux ont à nouveau défoncé la porte intérieure! »

L’ogresse venait de faire libérer le moine chinois de ses liens dans l’intention de lui servir un petit déjeuner végétarien, quand, à cette nouvelle, ne faisant qu’un bond hors du kiosque, elle se lança contre Porcet en faisant tournoyer le trident. Celui-ci l’accueillit avec le râteau, tandis qu’à ses côtés, Singet maniait la trique de fer. Comme elle les serrait de près et allait user de son tour empoisonné, les deux compagnons, qui savaient à quoi s’en tenir, lui tournèrent le dos et s’enfuirent.

Lorsque la créature fut passée de l’autre côté de l’écran, le Novice cria: «Pléiade, où êtes-vous?»

L’officier Stellaire se tenait sur le haut de la pente, sous son aspeét propre, qui était celui d’un énorme coq à double crête; dressé sur ses pattes, il atteignait une taille de six à sept pieds. Il poussa un cocorico en direction du monstre, qui reprit sa forme originelle: c’était un énorme scorpion, de la dimension d’un pipa. Au second cocorico, la créature fut saisie de spasmes et mourut à même le versant de la montagne.

En témoigne le poème:

Crête fleurie, le cou comme orné de glands,

G riffes acérées, l'ergot dur, les yeux fu rieu x, D e vaillance sans faille, bondit en avant,

i o i

A dm irable en ses trois cris majestlueux

C a r ce n'estipoint vulgaire coq de basse-cour, M ais saint nom de constellation au firmament.

E n vain le scorpion s’est drapé d'humains atours:

I l lu i a fa llu reprendre form e d ’antan.

Porcet s’avança et lui posa le pied sur le thorax: «Bête immonde, cette fois tu ne pourras plus user de ton venin à renverser un cheval! »

La créature, qui ne bougeait plus, fut écrabouillée à coups de râteau par l’idiot. L’officier Stellaire reconcentra un rayon lumineux et s’en fut sur son nuage. Singet, Porcet et Sablet exprimèrent leur gratitude, tournés vers le ciel:

«Nous vous avons donné bien du mal! Nous passerons au palais un jour prochain vous témoigner notre reconnaissance.»

Ceci fait, tous trois préparèrent les bagages et le cheval, puis pénétrèrent dans la grotte. Les servantes, grandes ou petites, s’étaient agenouillées de chaque côté, et se prosternaient en disant: «Seigneurs, nous ne sommes pas des créatures maléfiques, mais des femmes du royaume des Liang qui avaient été enlevées par l’ogresse. Votre maître est en train de pleurer, assis dans le boudoir derrière.»

À ces mots, Singet observa soigneusement l’atmosphère qui était, en effet, dépourvue de tout miasme maléfique. Il pénétra donc plus loin en appelant:

«Maître! »

A les voir tous surgir, le moine chinois, qui ne se tenait plus de joie, leur demanda: «Mes sages disciples, où ne vous ai-je pas entraînés! Mais qu’en est-il de cette femme?

— Celle-là? C’était en réalité un gros scorpion femelle», expliqua Porcet, «grâce aux indications de la bodhisattva Guanyin, frère aîné a pu obtenir de la Pléiade qu’elle descende la terrasser. C’est alors que je l’ai mise en bouillie. C’eit pourquoi nous avons osé entrer sans crainte si avant, afin de revoir votre visage.»

Le moine chinois se confondit en remerciements. Puis on trouva du riz et des nouilles, de quoi préparer un repas végétarien

qu’ils mangèrent de bon

appétit.

Ils

convoyèrent les filles qui avaient été enlevées jusqu’au bas de la montagne, où ils leur montrèrent le chemin du retour à la maison.

Ensuite, ils enflammèrent une torche et mirent le feu aux bâtiments, qui furent entièrement détruits. Ils invitèrent Tripitaka à remonter à cheval et retrouvèrent la grand-route de l’Ouest.

Le cas de dire:

Liens mondains rompus, loin des tentations,

M er d ’or repoussée: illum ination'.

Si vous ne savez, en fin de compte, au bout de combien d’années ils finirent par atteindre et réaliser la Vérité, écoutez donc le chapitre qui vient.

LE FAUX SINGET DÉMASQUÉ

(chapitres l v i à lx )