Accueil > La Pérégrination vers l'Ouest > Chapitre57

057 OÙ SINGET EXPOSE SES DOLÉANCES AU POTALAKA, ET LE FAUX ROI DES SINGES LIT LA COPIE DU RESCRIT IMPÉRIAL.

L’on a dit à la suite de quelles circonstances Singet le grand saint s’était élevé dans l’espace, accablé et contrarié: où aller? Retourner à la grotte du Rideau-Torrentiel de la montagne de Fleurs et Fruits? Il craignait de se rendre ridicule auprès des petits monstres qui se moqueraient de ces allers et retours indignes d’un preux authentique. Chercher refuge au palais du Ciel? Il risquait de se voir refuser un séjour prolongé. Aller dans les îles de la mer? Il aurait honte devant les immortels des trois îles. Gagner la résidence des dragons? Il ne pouvait se résigner à solliciter le roi. Il ne savait vraiment plus où aller et se dit amèrement: «Tant pis, tant pis! C’est encore retourner voir mon maître qui serait accomplir le juáte fruit.»

Il abaissa donc son nuage et apparut debout devant le cheval de Tripitaka: «Maître, pardonnez pour cette fois à votre disciple. Je ne recommencerai plus; désormais je ne commettrai plus de violence et j’accepterai chacune de vos 'Livre XII, chapitre lvii

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admonestations. Je vous en supplie, laissez-moi de nouveau vous protéger dans votre voyage à FOuest.»

Ce que voyant, au lieu de répondre, le moine chinois se mit à réciter l’incantation de Constriétion du cercle. Il la répéta d’un bout à l’autre une bonne vingtaine de fois, jusqu’à ce que le grand saint s’effondrât à terre et que le cercle s’enfonçât dans sa chair d’un pouce, avant de s’arrêter pour dire: «À quoi bon venir m’importuner au lieu de t’en aller?

— Ne récitez plus! Je vous en prie! Je peux vivre ailleurs, mais je crains que sans moi vous ne puissiez atteindre le paradis de l’Ouest.

— Combien de fois ne m’as-tu pas impliqué dans ces meurtres et destruftion de la vie, macaque!» répondit Tripitaka, emporté par la colère, «c’eÿt fini maintenant, je ne veux vraiment plus de toi. Que je réussisse ou non n’est pas ton affaire. Va-t’en, et au plus vite! Si tu traînes, je recommence à réciter l’authentique formule. Et cette fois je ne m’arrêterai pas avant de t’avoir pressé la cervelle hors de la tête! »

En proie à d’intolérables douleurs, Singet voyait que son maître ne changerait pas d’avis: force lui fut de remonter sur son nuage, d’une culbute dans les airs. Soudain lui vint une illumination: «Puisque le bonze se détourne de moi, allons au Potalaka en parler à la bodhkattva Guanyin! »

Sacré grand saint! D’une culbute il atteignit, en moins de deux heures, l’océan des mers du Sud, et atterrit droit sur le mont Potalaka. Comme il s’enfonçait dans le bosquet de Bambous-Pourpres, il aperçut le novice Moksa qui venait à se rencontre et le saluait en lui demandant:

«Où allez-vous, grand saint?

— Je voudrais voir la bodhkattva. »

Moksa conduisit aussitôt Singet à l’entrée de la grotte du Bruit-de-la-Marée, où il fut reçu par le garçon de Bonne Fortune qui le salua: «Qu’eêt-ce qui vous amène, grand saint?

— Il y a une affaire que j’aimerais porter à la connaissance de la bodhkattva. »

Au mot de «porter» le garçon éclata de rire. «Toujours aussi futé, mon singe! Comme du temps où tu m’avais bien eu lorsque je m’étais emparé du moine chinois. Notre bodhkattva, la très miséricordieuse et très compatissante, a Singet leva re Speftuetuement lesyeu x sur Gttanyin.

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fait le vœu de porter secours à toute peine et douleur au moyen du Grand Véhicule, dans sa sainte bonté qui est sans bornes ni limites; qu’est-ce qui ne va donc pas pour que tu veuilles porter plainte contre elle?»

Singet était déjà de fort méchante humeur; à ce discours, il prit la mouche, explosant avec une telle violence que le garçon de Bonne-Fortune faillit tomber à la renverse: «Quelle grossièreté de ta part, petite créature ingrate et Stupide! Du temps où tu faisais le monstre, c’est moi qui ai prié la hodhkattva de te prendre à son service, de te remettre dans le bon chemin; si tu as obtenu le bonheur éternel, l’aisance de la liberté, une longévité égale au ciel, n’est-ce pas à ton vieux Singet que tu le dois? Et, tout au contraire, tu te permets de l’insulter de cette façon! Alors que j’ai une affaire à porter à la connaissance de la hodhkattva, comment peux-tu dire que je porte plainte contre elle?

— Toujours aussi impulsif, notre singe», répliqua en souriant le garçon, «je plaisantais! Ne le prends pas ainsi!»

Ils étaient en pleine discussion lorsqu’apparut un perroquet blanc qui allait et venait en voletant: ils comprirent que c’était la hodhkattva qui les convoquait. Moksa et Bonne-Fortune le conduisirent donc au pied du trône de lotus. Singet leva respeélueusement les yeux sur Guanyin, puis s’inclina jusqu’à terre et, sans pouvoir retenir les larmes qui coulaient comme d’une fontaine, il éclata en sanglots. La hodhkattva demanda à Moksa et Bonne-Fortune de le relever: «Conscient-de-la-Vacuité, parle-moi clairement; qu’est-ce qui te fait tant de peine? Allons, ne pleure pas, je te sortirai de cette douleur et la supprimerai.

— Ai-je jamais subi pareille avanie?» dit Singet en pleurs et en s’inclinant à nouveau, «depuis que vous m’avez délivré de ce malheur infligé par le Ciel, je me suis comporté en sramana fidèle à l’enseignement du Bouddha, j’ai protégé le moine chinois dans sa quête des soutras, j’ai risqué ma vie pour le sauver des obstacles démoniaques.

C’était comme arracher un débris d’os de la gueule du tigre, soulever une écaille vivante du dos d’un dragon.

J ’avais placé tout mon espoir dans le retour à la vérité et l’accomplissement du juste fruit, j’ai tout fait pour me laver des péchés et me débarrasser des mauvaises pensées.

destin et m’infligerait la douleur de n’avoir pu distinguer le blanc du noir.

— Allons, explique-toi, je t’écoute.»

Singet lui exposa en détail comment il avait été amené à tuer les brigands de grand chemin et ce qui s’en était suivi.

Il expliqua que tant de gens morts avait excité la hargne du moine chinois au point que, ne distinguant plus le blanc du noir, il s’était mis à réciter l’incantation de Constriétion du cercle et l’avait chassé à plusieurs reprises. Faute d’accès au ciel ou d’entrée sous terre, il était venu tout exprès le porter à la connaissance de la bodhisattva.

«Tripitaka s’est lancé vers l’Ouest par rescrit impérial.

C’est un moine qui cultive le bien de tout son cœur et ne saurait tolérer que soit porté inconsidérément atteinte à la vie. Toi qui possèdes d’immenses pouvoirs, pourquoi, malheureux, battre à mort tant de brigands? Ce sont de mauvaises gens, mais malgré tout des êtres humains que l’on ne doit pas tuer, non pas de ces monitres, goules ou autres créatures maléfiques. De massacrer ceux-ci ajoute à tes mérites, mais tuer des hommes, c’est faire preuve d’inhumanité. Il suffisait de leur faire peur pour sauver ton maître. À mon impartial avis, c’est toi qui a mal agi.»

Le Novice se proiterna en retenant ses larmes: «Même si j’ai mal agi, je pouvais me racheter par mes exploits; je ne méritais pas d’être chassé ainsi. Je vous supplie, dans votre grande miséricorde, de bien vouloir réciter l’incantation de Relâchement du cercle de sorte que je puisse l’ôter et vous le rendre. Laissez-moi retourner vivre à la grotte du Rideau-Torrentiel!

— Je tiens l’incantation de Constriétion du cercle de l’Ainsi-venu», répliqua en souriant Guanyin; «l’année où il m’avait envoyée sur les terres de l’Est à la recherche de quelqu’un qui fût capable de cette quête, il m’avait remis trois trésors: le kasâja de brocart, la crosse aux neuf anneaux et ce cercle “Or, tords, sors3”. Il m’a enseigné trois versets d’une incantation secrète, mais rien sur le relâchement du cercle.

— Dans ce cas, permettez-moi de prendre congé.

— Tu me quittes pour aller où?

— Je vais au paradis de l’Oueit en parler à l’Ainsi-venu et le prier de réciter l’incantation du Relâchement.

— Attends un initant que j’examine si les sorts sont faites ou non.

— Inutile, mon sort me suffit tel qu’il est.

— Il ne s’agit pas du tien, mais de celui du moine chinois.»

La brave Guanyin! Assise droite sur son trône de lotus, elle laissait son esprit parcourir les trois mondes tandis que ses yeux de sapience promenaient leur regard lointain sur l’univers entier. L’instant d’après, elle ouvrait la bouche:

«Conscient-de-la-Vacuité, ton maître va se trouver incessamment aux prises avec une épreuve qui mettra en péril sa vie: il ne tardera pas à te chercher. Reste ici pendant que je vais lui parler pour qu’il te reprenne et réalise avec toi le juste fruit de sa quête.»

Singet ne put qu’acquiescer et rester debout au bas du trône sans oser faire des siennes.

Nous l’y laisserons pour revenir au Vénérable: après avoir renvoyé Singet, il avait chargé Porcet de conduire le cheval et Sablet de porter les bagages. Ils avaient fait tous les quatre, en comptant la monture, quelque cinquante lis à vive allure, lorsque Tripitaka tira sur les rênes: «Disciples, nous avons quitté le village avant l’aube et, avec la contrariété que m’a causée l’épizoologue, j’ai de plus en plus soif et de plus en plus faim. Lequel de vous deux veut bien mendier de quoi me nourrir?

— Veuillez descendre du cheval, maître. Je vais voir s’il y a quelque village où demander l’aumône aux alentours.»

À ces mots, Tripitaka se laissa glisser de son cheval tandis que Porcet s’élevait dans l’espace sur un nuage. Il eut beau regarder attentivement, il n’y avait que pics et montagnes à l’horizon, pas la moindre trace humaine imaginable en pareils lieux. Porcet redescendit et dit à Tripitaka: «Aucun endroit où solliciter des aumônes. Pas la plus petite chaumière à l’horizon.

— Puisqu’il n’y a pas moyen d’obtenir d’aumônes, va me chercher de l’eau pour calmer ma soif.

— Je vais vous en quérir au ruisseau des montagnes du sud.»

Sablet tendit aussitôt le bol à aumônes. Porcet le prit et partit sur un nuage. Assis au bord de la route, le Vénérable attendait, mais l’idiot ne revenait pas. Langue et gorge sèches, le malheureux était tenaillé par la soif.

Ainsi qu’en témoigne le poème:

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Protéger l ’âme, nourrir le souffle, c’est l ’essence;

Des sentiments à la nature nuüe différence.

L a maladie vient des troubles du cœur et de l ’e ip rit;

L a Voie p érit quand déclinent le corps et l ’énergie.

Sans les trois Pleurs réunies, en vain travaillerez;

L es quatre Grandes Choses, pourries, à quoi bon lutter?

Sans terre n i bois, métal et eau sont en détresse:

L e corps de la Loi ne s ’accomplit dans la paresse.

Sablet voyait que Tripitaka souffrait de la soif, alors que Porcet, parti chercher de l’eau, n’était toujours pas de retour. Il n’y tint plus, mit les bagages en sécurité, attacha solidement le cheval et proposa:

«Maître, restez ici à l’aise pendant que je vais le presser un peu.»

Retenant ses larmes, le Vénérable répondit par un hochement de tête. Sablet sauta sur un nuage et fila à son tour vers les montagnes du Sud.

Laissé seul à se morfondre, brûlant de soif, le maître était en proie aux pires souffrances. Il était au désespoir, quand, tout à coup, se fit entendre un claquement sonore qui le fit sursauter et se relever: Singet était agenouillé au bord de la route, tenant des deux mains un bol de faïence!

«Maître», dit-il, «sans votre vieux Singet, vous ne pouvez même pas obtenir de l’eau. Buvez donc ce bol de bonne eau fraîche pour soulager votre soif en attendant que je reparte vous mendier quelque nourriture.

— Je ne veux pas de ton eau! Plutôt mourir de soif et assumer son destin! Je ne veux plus de toi, va-t’en!

— Sans moi vous ne pourrez atteindre le paradis de l’Ouest.

— Que j’y parvienne ou non, n’eit pas ton affaire.

Maudit macaque, à quoi bon me harceler!»

Le Novice changea de visage; la colère lui monta au nez.

«Ce tondu de malheur n’a pas de pitié et m’a gravement insulté», hurla-t-il aux oreilles du Vénérable, faisant tournoyer la trique de fer et jetant le bol de faïence. Il lui en rabota le dos. Tandis que Tripitaka tombait inanimé, incapable de répondre, il s’empara des deux sacs de feutre noir et, les tenant à bout de bras, disparut on ne sait où, d’une culbute dans les nuages.

Revenons à Porcet qui, le bol à aumônes en main, dévalait la pente sud de la montagne. Il découvrit soudain 'L.ivre XII, chapitre lvii

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une chaumière dissimulée dans une combe. La hauteur de la montagne l’avait empêché de la repérer jusque-là.

Cette fois, en s’approchant, il se rendit compte que c’était bien une habitation humaine. L’idiot se disait:

«Je vais sûrement leur faire peur avec ma tête; j’aurai perdu ma peine et n’obtiendrai aucune aumône. Le mieux serait de se transformer, le mieux est de se transformer!...»

Le brave idiot! Il fit une passe, récita une incantation et, au bout de sept à huit secousses, se transforma en un gros moine, au visage jaune et souffreteux, marmonnant on ne sait quoi. Il s’approcha de la porte et attendit, criant:

«Donateur, s’il reste du riz dans les cuisines, il y a des gens affamés sur la route. Le pauvre moine que je suis vient des terres de l’Est et va au paradis de l’Oue£t chercher les Ecritures. Mon maître a faim et soif: si vous avez une poignée de riz froid au fond de la marmite, veuillez nous en donner un peu, il y va de notre vie.»

En fait, les hommes de la maison étaient tous partis transplanter et semer, ne laissant que deux femmes qui venaient de cuire le riz et de remplir deux bols qu’elles s’apprêtaient à porter aux champs. Il restait un peu de riz et de croûtes dans la marmite. À voir son air maladif et à l’entendre dire qu’il venait des terres de F Est et allait au paradis de l’Ouest, elles pensèrent qu’il délirait et craignirent qu’il ne tombât mort à tout moment devant leur porte. Aussi s’empressèrent-elles de gratter tout ce qui restait au fond et d’en remplir le bol à aumônes. L’idiot le ramassa, reprit son aspeét originel et retourna d’une traite d’où il était venu.

Il marchait sur la vieille route quand il s’entendit appeler: «Porcet!» Il leva les yeux: c’était Sablet qui criait du haut de la falaise: «Par ici, par ici!» Il descendit et l’accueillit avec ces mots: «Où étais-tu passé, au lieu de puiser de cette belle eau claire du ruisseau, ici?

— En arrivant ici», répondit en riant Porcet, «j’ai vu du monde dans la combe et suis allé leur mendier un bol de riz.

— Nous en avons aussi besoin, mais le Maître meurt de soif, comment chercher de l’eau maintenant?

— C’est bien facile: prends le pan de ton vêtement pour envelopper le riz pendant que je puise de l’eau avec le bol.»

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Revenant tout heureux sur la route, ils retrouvèrent Tripitaka gisant dans la poussière, face contre terre; le cheval blanc hennissait et piaffait au bord du chemin, son harnais défait. Les bagages avaient disparu.

Affolé, Porcet trépignait et se frappait la poitrine, hurlant et gémissant:

«Pas besoin d’en dire plus! C’est encore cette bande que Singet avait chassée: ce qui en restait est revenu tuer le Maître et voler les affaires!

— Va plutôt attacher le cheval», lui dit Sablet, qui ne cessait de se lamenter: «Que faire, que faire! C’est le désastre à mi-chemin, l’abandon à mi-course.» Et de pousser un cri: «M aître!» dans des sanglots à fendre l’âme, les yeux pleins de grosses larmes.

«Ne pleure pas, mon frère», lui disait Porcet, «au point où en sont les choses, plus question de poursuivre la quête des Écritures. Veille sur le corps du Maître pendant que je monte le cheval jusqu’à une boutique ou un marché, où je le vendrai quelques taëls, de quoi acheter un cercueil pour enterrer le Maître. Ensuite, il ne nous restera plus qu’à partir chacun de notre côté.»

Ne pouvant se résigner à l’abandonner, Sablet retourna le corps du malheureux moine chinois pour lui réchauffer son visage contre le sien; il sanglotait: «Quel amer destin, maître!»

Il s’aperçut alors qu’une haleine chaude sortait des narines au Vénérable et qu’une certaine tiédeur demeurait sur sa poitrine. Et de clamer aussitôt:

«Porcet, viens! Le Maître est encore en vie!»

Porcet, enfin, s’approcha et le soutint. Le Vénérable reprenait connaissance. Après avoir geint un moment, il se mit à vitupérer contre ce «maudit macaque» qui l’avait battu à mort.

«Quel macaque?» demandèrent Sablet et Porcet.

Le Vénérable restait muet, ne faisant que soupirer. Son gosier humeété de quelques gorgées d’eau, il parla enfin:

«M es disciples, à peine étiez-vous partis que Conscientde-la-Vacuité est revenu m’importuner. Comme je refusais fermement de le reprendre, il m’a frappé d’un coup de bâton et a emporté les deux sacs de feutre noir.»

À ce récit, Porcet grinça des dents, le cœur enflammé d’indignation:

«Maudit soit le singe, comment a-t-il osé se comporter ainsi?» Et s’adressant à Sablet: «Occupe-toi du Maître pendant que je file chez lui réclamer les sacs.

— Ne perds pas ton sang-froid! Soutenons le Maître jusque chez ces gens de la combe et demandons-leur un peu d’eau bouillante pour chauffer le riz que tu viens de mendier. Soignons le Maître avant de partir à sa recherche.»

Porcet suivit le conseil: il aida Tripitaka à monter sur le cheval, et, l’un tenant le bol, l’autre gardant le riz froid enveloppé, ils arrivèrent à l’entrée de la chaumière. Il n’y avait plus que la vieille: à leur apparition, elle voulut s’éclipser.

«Ma bonne dame», dit Sablet en joignant les paumes, «nous sommes des envoyés de la cour des Tang des terres de l’Est en route vers le paradis de l’Ouest. Notre maître ne se sent pas bien: nous venons mendier une gorgée d’eau à thé pour lui faire avaler le riz.

— À l’instant est passé un moine phtisique qui se disait des terres de l’Est; il a emporté une aumône de nourriture maigre. Vous en êtes aussi? Il n’y a personne à la maison.

Je vous en prie, allez faire votre tournée ailleurs!»

À cette réponse de la vieille femme, le Vénérable, soutenu par Porcet, descendit de cheval et s’inclina: «Ma chère dame, j’ai trois disciples qui ont pris la commune résolution de me protéger dans ma quête des Ecritures auprès du Bouddha du grand monastère du Coup-de Tonnerre dans le divin pays des Indes. J ’ai dû me séparer de mon premier disciple parce qu’il passe sa vie à commettre des violences et ne suit pas la voie du bien. Je ne m’attendais pas à ce qu’il revienne subrepticement me frapper dans le dos d’un coup de bâton et vole nos sacs de voyage, ainsi que nos bols et vêtements. Il faut maintenant que j’envoie î’un des mes disciples les réclamer, mais comme une route ouverte n’est pas un endroit où s’asseoir, nous nous sommes permis de monter à votre résidence solliciter un repos momentané. Nous repartirons dès que nos bagages seront récupérés; nous ne saurions demeurer plus longtemps.

— Mais à l’instant, ce gros moine maladif qui est parti avec notre aumône, lui aussi se disait des terres de l’Est.

Eit-il possible qu’il y ait une autre équipe?

— C’était moi», répliqua Porcet sans pouvoir se retenir de pouffer, «comme j’ai de grandes oreilles et la bouche en avant, j’avais peur de vous effrayer et de ne pas obtenir d’aumône. C’est pourquoi je me suis déguisé de cette façon.

Si vous ne me croyez pas, voyez le riz que mon disciple porte noué dans le pan de son habit.»

La mère reconnut en effet le riz qu’elle avait donné et n’opposa plus de refus. Elles les pria d’entrer s’asseoir, puis mit un pot à chauffer et tendit le thé chaud à Sablet pour y tremper le riz. Ceci fait, celui-ci le présenta au Maître qui se sentit beaucoup mieux après quelques gorgées.

«Lequel de vous va chercher les bagages? demanda-t-il.

— L’année où le Maître l’avait chassé, j’avais été le chercher là-bas; je la connais, la grotte au Rideau-Torrentiel», fit valoir Porcet, «laissez-moi donc y aller!

— Tu ne saurais y aller. Le macaque ne s’eit jamais bien entendu avec toi, et, avec ta façon brusque et grossière de parler, il suffirait d’un mot ou deux pour que les choses dégénèrent et qu’il veuille te frapper. Envoyons Conscient-de-Ia-Pureté.

— J ’y vais, j’y vais! acquiesça aussitôt Sablet.

— Arrivé là-bas», lui recommanda le Vénérable, «prends la mesure de la situation. S’il consent à rendre les sacs, ramasse-les en feignant la reconnaissance. Sinon, ne discute pas, va droit auprès de la bodhisattva des mers du Sud, raconte-lui ce qui s’est passé et prie-la de les réclamer pour nous. »

Sablet écouta et acquiesça sur tous les points, puis dit à Porcet: «Je vais le chercher. Ne grogne pas et occupe-toi bien du Maître. Il ne faut pas non plus rudoyer les gens, sinon il est à craindre qu’ils ne te donnent plus de riz. Je reviens sans tarder.

— Entendu!» répliqua Porcet en hochant la tête, «vas-y, mais sois de retour au plus vite, que tu les aies obtenus ou non, sinon nous perdrions sur tous les tableaux:

Avec une palanche pointue, les fagots tombent de chaque côté. »

Sablet fit la passe, monta sur un nuage et s’élança vers le continent de l’ESt. C’était vraiment le cas de dire:

Quand l ’âme quitte le corps, plus rien ne tient la makon, Fourneau sans Jeu ne saurait transmuter le cinabre.

L a Femme jaune, pour vieux M étal*, a quitté le patron, M ère du boisé se penche sur le visage glabre.

Q ui sait quel jo u r il sera de retour après ce départi Cette fois il sera difficile de l ’estlimer.

L es cinq « dynamies » se créent et se détruisent sans égards, Tant que le singe de l ’estprit ne repasse l ’entréé.

Sablet reconnut Singet, assis sur une haute terrasse rocheuse, qui tenait des deux mains une feuille de p ap ier et lisait sur le ton de la psalmodie [...].

Il fallut à Sablet trois jours et trois nuits dans les airs pour atteindre le grand océan oriental. Au bruit des vagues, il pencha la tête et vit la brume noire couvrir le ciel de sombres vapeurs, 1'écume serrer le soleil dans le froid de l’aube. Mais il n’était pas d’humeur à jouir du paysage, tandis qu’il passait les îles des immortels et atteignait à l’e£t le territoire de la montagne de Fleurs et Fruits. Porté par la brise marine et la force de la marée, il lui fallut encore longtemps avant d’apercevoir au loin les hauts sommets, tels une rangée de hallebardes au-dessus de paravents suspendus. Il abaissa son nuage en haut du pic et chercha le sentier qui descendait vers la grotte du Rideau-Torrentiel. Comme ses pas l’en rapprochaient, il entendit une vaste rumeur et se rendit compte qu’elle venait d’innombrables singes criant de tous côtés.

Sablet s’avança encore un peu et, regardant attentivement, reconnut Singet, assis sur une haute terrasse rocheuse, qui tenait des deux mains une feuille de papier et lisait sur le ton de psalmodie:

«Nous, Li, empereur des grands Tang des terres de l’Est, avons convoqué en notre présence notre jeune frère, le saint moine maître de la Loi, Chen Xuanzang, et lui avons commandé de se rendre en Inde saluer le Bouddha au grand monastère du Coup-de-Tonnerre sur le mont des Vautours, sahâ \ et solliciter de l’Ainsi-venu les Ecritures.

«Frappé d’une soudaine maladie, notre âme errait déjà dans l’infernale demeure, quand Nous avons eu le bonheur de voir le nombre de nos années prolongé, et d’être renvoyé dans le monde des vivants par le juge des ténèbres.

«En reconnaissance de cette chance, Nous avons multiplié les réunions charitables et les cérémonies pour la rédemption des trépassés.

«La salvatrice et miséricordieuse Guanyin Nous ayant accordé la grâce extrême d’apparaître en son corps doré et de Nous indiquer que l’Ouest recelait Bouddha et soutras susceptibles d’assurer la délivrance des âmes enténébrées, nous envoyons le Maître de la Loi Xuanzang franchir mille montagnes avec mission expresse de chercher et solliciter ces Écritures.

«Puissent les royaumes des pays de l’Ouest par où il passera ne point anéantir cette pieuse intention et agir conformément à ce rescrit, promulgué en la treizième année de l’ère de Contemplation-de-la-Vertu des grands Tang.

«Depuis qu’il a quitté le grand empire, il e§t passé par maints pays et s’est adjoint en route trois disciples: le premier est Singet Conscient-de-la-Vacuité, le second Porcet Conscient-de-ses-Capacités et le troisième Sablet Conscient-de-la-Pureté. »

Après l’avoir lu à haute voix depuis le début, il recommença, si bien que Sablet, qui avait reconnu le document, ne put s’empêcher de l’interpeller avec vivacité: «Qu’est-ce que ça signifie? Pourquoi lire le passeport du Maître, frangin?»

À ces mots, le Novice leva vivement les yeux et, comme s’il ne reconnaissait pas Sablet, cria: «Saisissez-le, saisissez-le!»

La foule des singes l’encercla et, le poussant, le tirant bon gré, mal gré, l’amena devant Singet qui hurla: «Qui es-tu pour oser t’introduire si près de notre grotte?»

Devant ce changement d’attitude et ce refus de le reconnaître, Sablet se résigna à le saluer comme à la cour:

«Permets-moi de te le dire, frère aîné: il e£t vrai que notre maître s’est montré irascible et t’a fait d’injustes reproches, allant jusqu’à te maudire à maintes reprises et te renvoyer.

Nous ne l’avions pas encore engagé à revenir sur sa décision et nous nous étions absentés à la recherche d’eau et de nourriture, car le Maître avait faim et soif, quand tu as eu la bonté de revenir inopinément et de reprocher au Maître son obstination à refuser de te garder; à la suite de quoi tu l’as frappé, il est tombé évanoui et tu as emporté les bagages. Après l’avoir réanimé, je viens te saluer, frère aîné. Si tu ne détestes pas vraiment notre maître, si tu n’as pas oublié qu’il t’a jadis délivré, reviens le voir avec moi en prenant les bagages et montons ensemble au paradis de l’Ouest obtenir le juste fruit de ce pèlerinage. Au cas où ta rancune serait si profonde que tu ne veuilles plus aller avec nous, rends-moi les sacs, je t’en supplie! Cela ne saurait t’empêcher de jouir au soir de ta vie d’agrestes joies au fond des montagnes, non sans avoir réalisé un double accomplissement. »

À ce récit, Singet répondit par un ricanement sonore:

«Sage frère, ton discours ne cadre aucunement avec mes intentions. Si j’ai frappé le moine chinois et lui ai volé ses bagages, ce n’est pas que j’aie renoncé à l’Oueft, ni que j’aime habiter ici. J’apprends le texte par cœur pour aller moi-même à l’Ouest saluer le Bouddha et solliciter les Écritures afin de les rapporter aux terres de l’Est, en recueillir seul la gloire que les gens du continent du Sud perpétueront à jamais en m’honorant comme leur grand ancêtre.

— Ce que tu dis n’eft guère approprié, respedé frère», répliqua Sablet avec le sourire, «il n’a jamais été question de la “ quête des Écritures par Singet le Novice”! Notre Bouddha, l’Ainsi-venu, a créé trois corbeilles d’écritures authentiques et avait chargé la bodhisattva Guanyin d’aller dans les terres de l’Est trouver quelqu’un qui viendrait les chercher. Ce que l’on veut de nous, c’est que nous protégions ce pèlerin de toutes nos forces, à travers mille montagnes et tous ces pays. La bodhisattva nous l’a dit: le pèlerin était un disciple de l’Ainsi-venu, appelé Cigale-d’Or.

Banni du mont des Vautours pour manque d’attention aux prêches du Bouddha, rené dans les terres de l’Est, il retrouvera la grande Voie en accomplissant cette mission à l’Ouest. Il devait rencontrer sur son chemin les obstacles qui ont conduit à notre délivrance, à tous trois, pour que nous lui assurions protedion. Sans le moine chinois, jamais notre patriarche le Bouddha ne consentirait à te transmettre les soutras: ce serait peine perdue, un rêve insensé!

— Sage petit frère», lui répondit le Novice, «tu n’as jamais eu la tête bien claire. Tu ne saisis qu’un côté des choses, pas l’autre. Tu peux toujours me parler de ce moine chinois à protéger de conserve, mais crois-tu que je n’en trouverai pas d’autre? J ’en choisis un d’ici, moine véritable accompli dans la Voie, que je serai seul à soutenir.

Qu’est-ce qui m’en empêche? Et dès demain je prends le grand départ. Tu ne me crois pas? Attends, je vais te le montrer.»

«Mes petits, allez vite inviter le Maître à paraître!»

Ils coururent à l’intérieur et ressortirent en tirant un cheval blanc avec un autre Tripitaka, accompagné d’un autre Porcet qui portait les bagages, et d’un autre Sablet qui tenait la crosse!

C’en fut trop pour Sablet qui s’écria, saisi de fureur: «Je n’ai changé d’identité ni en rêve ni en réalité. Il ne saurait y avoir d’autre Sablet. Trêve d’impudence! Tâte de ma canne! »

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Le brave Sablet assena des deux mains un coup de son bâton à terrasser les démons sur la tête du faux Sablet, qui tomba mort: c’était l’un de ces singes maléfiques.

Furieux, le Novice fit tournoyer sa trique cerclée d’or, tandis que la foule des singes cernait Sablet qui se fraya une sortie, frappant à droite et à gauche, et s’échappa, monté sur un nuage, en se disant: «Ce maudit singe est d’une telle insolence qu’il me faut le dénoncer auprès de Guanyin.»

Comme Sablet avait tué un singe et se voyait contraint de prendre la fuite, le Novice ne chercha pas à le poursuivre. De retour à la grotte, il fit tirer de côté le cadavre de la créature assommée à mort, et après l’avoir fait écorcher, le fit cuire et en partagea la chair, accompagnée de vin de palme et de vin de raisin, avec les autres singes. Il choisit un autre compagnon habile en transformation pour obtenir un nouveau Sablet et reprendre l’instruftion en vue du pèlerinage à l’Ouest, dont nous ne dirons rien de plus.

Quant à Sablet, après avoir quitté sur son nuage la mer orientale, il atteignit les mers du Sud au bout d’un jour et une nuit. Il fut bientôt en vue du mont Potalaka et précipita sa course pour atterrir et contempler le paysage.

Quelle beauté! Assurément,

Territoire q u i comprend tous les my Hères de l ’univers: ic i confluent toutes les rivières, se baignent le soleil et les étoiles, ic i se rejoignent toutes les créatures, naît le vent et tremblote la lune. A la marée montante se transforme le léviatharf-, sous les vagues déferlantes nage la tortue géante: des eaux qu i unissent la mer du N ord à celle de l ’OueH, des vagues qu i rassemblent les océans du Centre et de l ’EH. L es quatre mers sont reliées pa rles artères de la terre, chaque île a ses palais d ’immortels.

Cessez de p a rler des îles des bienheureux, contemplez la nuageuse grotte du Totalaka. Q uel magnifique paysage! Magnificence de l'énergie prim ordiale qu i plane dans les nuées irisées du sommet, criñ aux lunaires qu i flottent dans la brise sous la falaise. Dans le bosquet de bambous pourpres volent les paons, sur les branches de saules verts parlent les perroquets. Chaque année fleurissent le jade et le jaspe, essences rares et lotus d ’or. Q ue de fois la grue blanche vient percher au sommet et le phénix s’abriter sous le kiosque de montagne! I l n ’eél pas ju sq u ’aux poissons qu i ne cultivent leur vraie nature, écoutant le prêche des soutras, en sautant et fendant les flots.

que viens-tu faire ici au lieu de protéger le moine chinois dans sa quête des Ecritures?

— Je viens voir la bodhisattva au sujet d’une certaine affaire», répliqua Sablet quand il eut fini de le saluer, «auriez-vous l’obligeance de me conduire auprès d’elle?»

Moksa comprit qu’il cherchait Singet, mais n’en souffla mot et partit annoncer à Guanyin: «Il y a dehors le plus jeune des disciples du moine chinois, Conscient-de-la Pureté, qui voudrait vous saluer.»

A ces mots, Singet, au bas du trône, sourit: «Si Sablet vient solliciter la bodhisattva, pour sûr que le moine chinois est en difficulté. »

Guanyin donna l’ordre de le faire entrer immédiatement. Sablet salua jusqu’à terre, puis levant les yeux, allait exposer ce qui l’amenait quand il aperçut Singet debout à ses côtés: sans demander d’explications, il brandit son bâton à terrasser les démons et l’abattit en pleine gueule; le Novice eut le temps d’esquiver le coup, mais ne chercha pas à le rendre.

«Tu vas voir, maudit singe coupable des dix crimes!» se mit à tempêter Sablet, «de nouveau ici à leurrer la bodhisattval

— Conscient-de-la-Pureté, ne lève pas la main sur lui!» s’écrie Guanyin, «commence par me dire ce qui t’amène.»

Sablet rangea sa canne, s’inclina à nouveau devant le trône et, haletant d’indignation, déclara à Guanyin: «Ce singe a commis d’innombrables aâes de violence tout au long du chemin. L’autre jour, comme il avait tué deux brigands qui lui barraient le chemin au pied de la montagne, le Maître lui en a fait le reproche. Ne voilà-t-il pas que le soir, alors que nous passions la nuit dans le repaire principal des bandits, il a exterminé toute la bande et a montré une tête humaine dégoulinante de sang au Maître qui, de saisissement, est tombé de son cheval; il l’a vertement tancé et renvoyé. Après la séparation, tourmenté par la soif, le Maître a envoyé Porcet chercher de l’eau.

Comme il ne revenait pas, j’y suis allé à mon tour. Profitant de notre double absence, Singet est inopinément revenu donner un coup de barre de fer au Maître et emporter les deux sacs de feutre noir. À notre retour, nous l’avons ranimé. Je suis allé à la grotte du Rideau-Torrentiel réclamer les sacs sans penser qu’il changerait d’attitude et refuserait de me reconnaître. Il lisait et relisait la lettre de créance du Maître. Comme je lui demandais pourquoi, il m’a répondu qu’il renonçait à protéger le Maître et voulait aller lui-même au paradis de l’Ouest chercher les Ecritures et les rapporter aux terres de l’Est, s’en attribuer le mérite, être déclaré patriarche et acquérir une gloire éternelle. “ Comment pourrais-tu obtenir les soutras sans le moine chinois?” lui ai-je objefté. Il m’a répondu qu’il en avait trouvé un autre et lorsqu’il l’a invité à paraître, il y en avait, en effet, un autre, avec le cheval blanc, Porcet et Sablet. “ Sablet, c’eit moi! ” que je lui ai dit, “il ne saurait y en avoir d’autre! ” Je lui ai couru après, l’ai assommé: c’était en fait un singe maléfique. Il a voulu alors, à la tête de sa troupe, s’emparer de moi. Telle est la situation que je suis venu tout exprès porter à votre connaissance. Je n’avais pas pensé que son art de la culbute lui aurait permis de me devancer auprès de vous. Je ne sais pas non plus par quelles paroles artificieuses il e£t parvenu à vous leurrer.

— N’accuse pas autrui à tort, Conscient-de-la-Pureté.

Conscient-de-la-Vacuité est ici depuis quatre jours. Je ne l’ai pas laissé repartir: comment aurait-il pu recruter un autre moine chinois dans l’intention d’aller lui-même chercher les Ecritures?

■— Mais j’ai bel et bien vu un Singet à la grotte du Rideau-Torrentiel. Comment aurais-je pu oser vous mentir?

— Dans ce cas, ne t’emporte pas. Je demande à Conscient-de-la-Vacuité d’aller avec toi à la montagne de Fleurs et Fruits voir ce qui en est. La vérité eit indestructible et l’erreur aisément dissipée: une fois là-bas, vous y verrez clair. »

À ces mots, le grand saint et Sablet prirent congé de Guanyin. Il allait résulter de cette randonnée Q u’au mont de Fleurs et Fru its blanc et noir deviendraient clairs, Q u’à la grotte le vrai se distinguerait du pervers.

Si vous ne savez, en fin de compte, comment, écoutez donc la séance qui vient.