Laissons pour le moment le grand saint tranquille et les dieux occupés au siège de son repaire: parlons de la très compatissante et très pieuse Salvatrice du mont Potalaka dans les mers du Sud, la très efficace Guanyin 2 qui tire
toujours du malheur et des difficultés.
Se rendant sur l'invitation de madame la reine mère à la grande fête des Pêches d'immortalité, elle descendit à l'étang de Jaspe aux pavillons précieux avec son éminent disciple, le novice Hui'an
3, et trouva les lieux dans la
désolation et le désordre. Il y avait bien quelques immortels, mais personne ne s'était assis; tous discutaient et gesticulaient en groupes épars. Quand elle eut fini de les saluer et de les entendre raconter ce qui s'était passé, elle suggéra: «Puisqu'il n'y a plus de fête où échanger nos coupes, venez donc avec moi voir l'empereur de Jade!»
Les immortels la suivirent avec joie. Devant la salle de Pénétration-Éclairante, elle était attendue par les quatre grands précepteurs célestes, l'immortel aux pieds nus et beaucoup d'autres, qui lui racontèrent sans ambages le mécontentement de l'empereur de Jade, lequel avait envoyé des troupes célestes capturer l'être pervers; malheureusement, elles n'étaient pas encore de retour.
«J'aimerais rencontrer l'empereur de Jade», rappela Guanyin, «auriez-vous l'amabilité de m'annoncer?»
Le précepteur céleste Qiu Hongji* gagna aussitôt la salle des Nuées-Mystérieuses et lui fit savoir qu'on l'attendait.
Le seigneur Laozi le Très-Haut se trouvait alors à la place Guanyin descendit à l'étang de Jaspe aux pavillons précieux avec son eminent disciple Hui'an.
d'honneur, tandis que madame la reine mère se tenait derrière lui.
Guanyin entra avec la foule de ceux qui la suivaient.
Quand elle eut présenté ses hommages à l'empereur de Jade, puis salué Laozi et la reine mère, chacun s'assit.
«Comment s'est passé notre magnifique fête des Pêches d'immortalité? demanda-t-elle.
—
Nous nous en faisons une joie chaque année»,
répondit l'empereur de Jade, «mais cette fois l'invitation n'a mené qu'à une grande déception à cause de ce macaque pervers et de ses déprédations.
—
D'où sort ce singe détestable?
—
I l est né d'un œuf de pierre du
mont de Fleurs et
Fruits au pays de Aolai. À sa naissance, ses^ yeux jetaient des éclairs qui ont touché la résidence de l'Étoile polaire.
Nous n'y avions guère prêté attention au début, mais il a fini par devenir un esprit dangereux, soumettant dragons et tigres. Il a lui-même rayé son nom du registre des morts.
Les rois-dragons et Yama, le juge infernal, ont présenté un rapport. Je souhaitais qu'il soit capturé, mais l'étoile de Longue-Vie m'a fait observer que, dans les trois mondes, tout être doué de neuf ouvertures disposait de la capacité de devenir immortel. Je lui ai en conséquence accordé le bénéfice d'une rééducation en vue de parvenir à la sagesse, en le convoquant dans notre monde d'En-haut et en lui conférant la position d'épizoologue dans le service des haras impériaux. Mais le lascar trouvait ce poste trop médiocre et s'est rebellé contre nous. J'avais envoyé sur-lechamp Li Porte-Pagode et le prince Nata l'engager à la soumission et le ramener ici; pour le pacifier je lui avais accordé le titre de Grand Saint égal au Ciel, une charge sans émoluments. Comme il n'avait pas d'occupation et était sans cesse en vadrouille, j'ai redouté qu'il ne s'en suive de nouveaux incidents et l'ai donc chargé de s'occuper du verger de pêches plates. Mais il s'est montré à nouveau indiscipliné: il a volé pour les manger toutes les grosses pêches des grands arbres! On arrivait au moment du banquet. Faisant partie du personnel non rémunéré, il n'avait pas été invité. Il a donc trouvé moyen de berner l'immortel aux pieds nus, de se transformer en son sosie, de dévorer la nourriture et la boisson du banquet. Il a en outre dérobé l'élixir de Laozi et emporté une certaine quantité d'ambroisie, qu'il a partagée avec les singes de sa n 6 montagne. J'en ai l'esprit fort préoccupé: voilà pourquoi j'ai mobilisé cent mille hommes avec nasses et filets pour le capturer, mais je n'en ai aucune nouvelle à ce jour et ne sais s'ils sont victorieux.»
A ces mots, Guanyin donna l'ordre suivant au novice Hui'an: «Descends bien vite du paradis, je te prie, et va au mont de Fleurs et Fruits t'informer de la situation militaire. Si l'engagement est en cours, tu pourrais leur prêter main-forte. Il nous faut en tout cas une réponse exacte.»
Le novice Hui'an rectifia sa tenue, prit en main une canne de fer, monta sur un nuage, franchit le portail et se dirigea droit sur le mont. Les sentinelles criant le mot de passe et agitant des clochettes à toutes les sorties, les filets célestes et les nasses terrestres étaient tendus si serrés, que même un filet d'eau n'aurait pu filtrer à travers l'encerclement. Hui'an s'arrêta et appela l'une des sentinelles:
«Veuillez prendre la peine de m'annoncer: je suis le prince Moksa
1, second fils du roi céleste Li, le principal disciple de Guanyin des mers du Sud, en religion Hui'an, venu tout exprès m'informer de la situation militaire.»
Les soldats célestes des cinq pics sacrés transmirent la nouvelle dans le camp et les constellations du Rat, du Coq, du Cheval et du Lièvre
l'apportèrent sans tarder à la tente
du commandement central. Le roi céleste Li leur fit parvenir le signal qui donnait l'ordre d'ouvrir les filets et de le laisser passer. La lumière commençait à poindre à l'est.
Hui'an suivit le drapeau à l'intérieur et se prosterna devant son père et les quatre autres rois célestes.
«D'où viens-tu, mon enfant?
—
Votre Stupide garçon accompagnait la bodhisattva' à la fête des Pêches. Quand elle a vu la dévastation de ce magnifique banquet, la désolation de l'étang de Jaspe, elle a emmené les dieux, et moi-même, voir l'empereur de Jade. Il nous a expliqué comment vous avez été chargé de descendre capturer le singe pervers. Comme on est sans nouvelle et dans l'ignorance de la fortune des armes, la bodhisattva m'a demandé de venir ici m'assurer des réalités de la situation.
—
Depuis que nous avons planté le camp hier, les neuf luminaires ont engagé le combat, mais le lascar a si bien usé de ses pouvoirs magiques que les neuf ont pris la fuite et sont rentrés en vaincus. J'ai ensuite personnellement mené les troupes contre lui. Il a déployé, cette fois encore, une » 7
force considérable. Nous étions cent mille engagés dans une confuse mêlée, jusqu'au soir, jusqu'à ce qu'il batte en retraite en usant du procédé de la démultiplication de sa personne. Quand nous avons rassemblé les troupes et fait le compte, nous avons constaté que nous n'avions capturé que loups, tigres ou léopards, pas le moindre singe! Nous ne sommes pas encore retournés à la bataille aujourd'hui.»
Avant que Li Porte-Pagode eût fini de parler, un homme vint annoncer à l'entrée de la tente:
«Là-bas dehors le grand saint pousse des cris de guerre, entraînant sa bande de singes!»
Tandis que les quatre rois célestes discutaient du plan d'attaque avec Li et le prince Nata, le second fils, Moksa, proposa:
«Mon père et mon roi, j'ai reçu consigne de descendre aux nouvelles, mais la bodhisattva m'a dit que je pourrais donner un coup de main si je tombais en pleine bataille.
Votre fils sans talent souhaiterait s'y joindre et voir un peu de quel grand saint il en retourne!
—
Mon enfant, je présume que tu as appris quelque chose après tant d'années passées auprès de Guanyin, mais fais très attention! »
Le brave prince! Faisant tournoyer des deux mains sa barre de fer, il ajuste sa tunique brodée et bondit hors de l'entrée du camp en criant à haute et intelligible voix:
«Qui est le Grand Saint égal au Ciel?
— C'est moi, le vieux Singet! » répond sur-le-champ le Grand saint brandissant le gourdin A-mon-Bon-Plaisir, «qui es-tu donc pour oser poser la question?
— Je suis Moksa, le second prince du roi céleste Li.
C'est moi, en religion Hui'an, le disciple de Guanyin et défenseur de la Loi auprès de son trône précieux!
—
À quoi bon venir me voir ici au lieu de poursuivre ta formation religieuse dans les mers du Sud?
— J'avais en fait été envoyé pour m'informer, mais à te voir aussi déchaîné dans la sédition, je viens tout exprès te capturer.
—
Quelle prétention oses-tu proférer là! Ne t'éloigne pas, si tu veux tâter de mon bâton! »
Moksa s'avança à la rencontre de son adversaire sans la moindre frayeur, lui opposant à pleines mains sa barre de fer. Ils se tenaient tous deux à mi-pente, devant le camp.
Quel mémorable combat!
Canne contre canne, mais métal différent,
Y)es armes égales, mais pas les mêmes gens:
L'un se prétend grand saint, immortel dévoyé, L'autre est disciple de Guanyin, dragon premier'.
Une pièce de fer forgé de mille marteaux,
Ouvrage des six dieux du jour et de la nuit,
Contre la barre qui sonda le fond des eaux,
Terrassa l'océan, aux pouvoirs infinis:
Chacun a trouvé adversaire à sa taille,
Va, vient, reprend à cent reprises la bataille.
Cette canne, en mains agiles, est meurtrière, Rasant la taille, plus rapide que le vent.
L'autre, semblant se doubler d'une lance jière, Pare en tous sens, prend tout l'estpace restant.
De ce côté flottent les étendards et bannières, De l'autre, résonnent sourdement les tambours.
Les guerriers célestes, par milliers, les entourent, Les singes de la grotte se pressent tout autour.
Un brouillard inquiétant recouvre la terre,
Le ciel est atteint par la cruauté de l'air.
Le combat d'hier était quelque chose de fort, Celui d'aujourd'hui est bien pire encore.
Admirez cette force qui ne le quitte:
A son tour vaincu, Moksa a pris la fuite!
Au cinquante ou soixantième combat, Hui'an se sentit les bras et les épaules si courbaturés qu'il ne put affronter plus longtemps son adversaire: après une dernière feinte, il rompit l'engagement et s'enfuit.
Singet, de son côté, regroupa sa troupe de singes qu'il établit solidement à l'entrée de la grotte.
A l'extérieur du camp des rois célestes, les soldats se portaient à la rencontre du prince pour lui ouvrir la route qui le mena d'une traite jusqu'à la tente du commandement, essoufflé et pantelant:
«Quelle vaillance, ce grand saint! Quelle vaillance! De formidables pouvoirs magiques, ce n'est, que trop vrai!
Votre enfant n'a pu lui tenir tête et revient, lui aussi, vaincu.»
Quel choc pour Li Porte-Pagode! Il ordonne aussitôt de rédiger une demande de renforts qu'il fit porter au ciel par le roi-démon Grosbalès
et le prince Moksa.
Sans plus tarder les deux se précipitèrent à travers le cordon de filets et, montés sur des nuages, atteignirent en un instant la salle de Pénétration-Éclairante où ils rencontrèrent les quatre grands précepteurs célestes, qui les conduisirent à la salle des Nuées-Mystérieuses. Là, ils présentèrent leur rapport. Hui'an passa saluer aussi Guanyin qui lui demanda:
«Es-tu renseigné? Où en est la situation?
—
Conformément à vos ordres, j'ai commencé par me rendre au mont de Fleurs et Fruits; je me suis fait ouvrir un passage à travers le barrage de filets et j'ai expliqué à mon père dans quelle intention vous m'aviez envoyé. Il m'a précisé qu'au cours de la bataille de la veille ils n'avaient encore capturé aucun singe, que des tigres, lions, léopards et autres bêtes du même genre. On parlait, quand il a engagé à nouveau la bataille. C'est moi, votre disciple, qui lui ai livré une soixantaine de combats, mais sans parvenir à le dominer. J'ai dû retourner au camp, vaincu et en fuite.
C'est pourquoi mon père m'envoie avec Grosbalès solliciter de l'aide.»
Guanyin baissa la tête et réfléchit.
Revenons à l'empereur de Jade: lorsqu'il ouvrit le rapport et vit qu'il s'agissait d'une demande de renforts, il se mit à rire nerveusement: «Ce n'est pas possible! De quels incroyables moyens disposerait donc ce misérable singe pour tenir tête à cent mille de mes hommes? De plus, le roi céleste Li sollicite des renforts: où veut-il que je les trouve?»
À peine avait-il achevé sa phrase que Guanyin se présentait les mains jointes pour lui suggérer:
«Que Votre Majesté se rassure! J'aurais un dieu à vous recommander, qui saura capturer le macaque.
—
De quel dieu s'agit-il?
— Mais du neveu de Votre Majesté, Erlang, le Vrai seigneur d'illustre sainteté qui réside sur l'île des Libations 1, au confluent du fleuve de même nom, et y jouit des offrandes du monde d'En-bas. Il a naguère terrassé six monstres. En outre, il dispose des frères du mont des Pruniers ainsi que de mille deux cents divinités à tête de plante, aux pouvoirs magiques immenses. Toutefois, il n'obéirait qu'à un ordre de mobilisation et ne répondrait pas à une simple convocation. Promulguez l'ordonnance requérant son concours et le monstre pourra être capturé.»
L'empereur de Jade suivit aussitôt le conseil et envoya Grosbalès porter le décret de mobilisation.
Monté sur un nuage, le roi-démon se rendit d'une traite au confluent du fleuve des Libations. En moins d'une heure, il était au temple du vrai seigneur Erlang. Le juge-fantôme de garde à la porte vint bientôt annoncer:
«Il y a un envoyé du ciel qui est. arrivé porteur d'un édit impérial.»
Erlang et ses frères sortirent recevoir le rescrit, qu'ils lurent à haute voix après avoir respectueusement brûlé de l'encens. Sa Majesté s'exprimait ainsi:
Le singe pervers du mont de Fleurs et Fruits s'est rebellé. A la suite du vol en notre palais de pêches, de vin et d'élixir, et pour avoir troublé la grande fête des Pêches, nous avons dépêché cent mille hommes et tendu dix-huit filets autour de son repaire afin de le capturer, mais sans avoir encore pu nous assurer la victoire. Ordre exprès est donné à mon sage neveu et à ses frères jurés de venir prêter main-forte pour le détruire. Promotions et hautes récompenses attendent ceux qui auront accompli cet exploit.
Erlang répondit, ravi: «Veuillez vous en retourner, envoyé du ciel! Je viens tout de suite à votre aide, sabre au clair.»
Le messager s'en fut, mais de cela nous ne dirons davantage.
Erlang fit aussitôt appeler ses six frères du mont des Pruniers, les maréchaux Kang, Zhang, Yao et Li, et les deux généraux Guojia et Zhijian. Quand ils se furent rassemblés devant la salle, il leur dit: «L'empereur de Jade vient de nous communiquer l'ordre de nous rendre au mont de Fleurs et Fruits y capturer le singe pervers.
Allons-y et revenons ensemble!»
Les frères y consentirent joyeusement. Après avoir passé en revue les troupes, ils franchirent en un instant l'océan Oriental grâce à une violente tornade, avec faucons dressés, chiens en laisse, arcs et arbalètes tendus.
Arrivés au mont de Fleurs et Fruits, à la vue des filets célestes et des nasses terrestres, ils ne voulurent pas aller plus avant. Aussi Erlang cria, à l'adresse des officiers qui tenaient le barrage: «C'est moi, le Vrai seigneur d'illustre sainteté, venu sur l'ordre de l'empereur de Jade capturer le singe pervers: ouvrez vite et laissez-nous passer!» Un moment plus tard les dieux pénétraient les uns après les autres dans le camp. Les quatre rois célestes et Li Porte 2 1 Pagode sortirent les accueillir. Après les salutations d'usage, ils en vinrent à parler de la situation militaire, que leur exposa le roi céleste Li.
«Maintenant que mon humble Sainteté est. venue», fit Erlang en riant, «il va falloir se livrer contre lui à un combat de métamorphoses. Messieurs, maintenez serrés les filets de toutes parts, mais laissez le haut à découvert pour me permettre de tenter ma chance. Si je perds, inutile de vous porter à mon secours, mes frères s'en chargeront.
Si je l'emporte, il n'est pas non plus nécessaire que vous le ligotiez, mes frères s'y mettront. Je prierai seulement le roi céleste Li de bien vouloir me tenir fermement dans l'espace le miroir à révéler les êtres pervers. Je crains que le monstre ne cherche à se glisser ailleurs, s'il est vaincu: il faut maintenir le miroir de façon à voir clairement son reflet et le priver de la possibilité de fuir.» Les rois célestes prirent position aux quatre orients tandis que les soldats regagnaient leur formation.
Erlang sortit du camp engager la bataille à la tête des quatre maréchaux et des deux généraux, soit, lui-même y compris, les sept frères. Les autres officiers avaient reçu la consigne de protéger avec vigilance le campement et de retenir les faucons et les chiens. Les divinités à tête de plante avaient leurs ordres.
Arrivé devant la grotte au Rideau-Torrentiel, Erlang constata que la troupe de singes se trouvait en bel et bon ordre, disposée en formation de dragon lové. Au centre du dispositif se dressait la bannière qui portait les quatre caractères: Grand Saint égal au Ciel. Erlang s'exclama:
«Le misérable, comment peut-il prétendre à une position égale au Ciel?
—
Trêve de commentaires!» lui rétorquèrent les six frères du mont des Pruniers, «au combat!»
À la vue du vrai seigneur Erlang, les petits singes à l'entrée du camp coururent prévenir Singet. Le singeroi prit aussitôt la barre cerclée d'or, ajusta son armure d'or, enfila ses chaussures à marcher dans les nuages, enfonça son casque d'or rouge et bondit hors du campement. Ouvrant grand les yeux, il dévisagea le vrai seigneur: assurément étrange et d'un grand air de séduction
1 2 2
De grande prestance et digne élégance,
Les oreilles à l'épaule
1, le regard brillant,
Coiffé d'un bonnet «trois-monts» aux phénix volants, Les bottes à fils d'or assorties aux chaussettes, Il accroche le croissant d'une arbalète
A sa ceinture de jade aux huit trésors'
Il tient à la main trident à double tranchant.
Il délivra sa mère en fendant la montagne',
D'un coup abattit deux phénix de la campagne
En châtiant les huit monstres gagna célébrité, Au mont des Pruniers jura sept fraternités*.
Noble cœur, dédaignant de plus célestes liens, Il est retourné fièrement chez les humains.
C'est le saintperstpicace, charme des Remparts-Rouges 6,
Le nommé Erlang qui, pour nous, sans cesse bouge!
Quand Singet l'aperçut, il se mit à ricaner en brandissant sa barre cerclée d'or et l'interpella:
«D'où sors-tu, minable petit guerrier, pour avoir l'audace insigne de venir ici me provoquer?
—
Tu ne dois pas avoir les pupilles au milieu des yeux pour être incapable de voir qui je suis! C'est moi, Erlang, le neveu par alliance de l'empereur de Jade qui m'a conféré le titre de Prince illustre et perspicace. Je suis présentement venu sur son ordre te capturer, macaque d'épizoologue en rébellion contre le Ciel. Ne sais-tu donc pas que ton sort en est jeté!
—
En effet je me souviens que la petite sœur de l'empereur de Jade, tombée amoureuse d'un mortel il y a des années, s'est uni à un seigneur Yang du monde d'ici-bas pour donner naissance à un garçon. C'est donc toi qui as fendu d'un coup de hache le mont des Pêchers! J'aimerais te balancer quelques bonnes insultes, mais je n'ai rien contre toi: que faire? T'écraser de mon bâton? Quel dommage! Je n'en veux pas à ta vie. Rentre donc bien vite à la maison, mon petit, et appelle les quatre grands rois célestes; qu'ils se montrent donc un peu plus! »
Le discours remplit Erlang d'une violente colère:
«Misérable macaque! Trêve d'insolences! Je vais te la faire déguster, ma lame! »
Singet esquiva le coup en s'inclinant et le lui rendit en assénant la barre qu'il avait aussitôt brandie. Quel duel, mes aïeux!
D'un côté Erlang le perspicace,
De l'autre le Grand Saint égal au Ciel,
Beau Singe-Roi, ombrageux et trompeur,
Contre le pilier des vrais terrasseurs!
Les voilà qui, soudain, croisent le fer,
Chacun jouant son va-tout dans l'affaire.
Lux qui n'ont jamais connu d'aléa,
Aujourd'hui même, en sauront le poids.
La canne de fer vaut dragon volant,
La lance divine phénix dansant.
A gauche paré, à droite botte,
Feinte en avant, garde derrière:
Ici joue le prestige des six frères,
Là l'autorité des quatre commandants.
Chacun d'encourager les combattants,
Bannières, tambours, gongs et cris s'en mêlent.
Les lames d'acier se voient à peine,
Vont, viennent sans montrer la couture!
La barre, trésor de la mer sûre,
Saurait-elle voler vers la victoire!
La moindre lenteur esti question de vie,
Un coup manqué: le sort en est jeté!
Le combat s'engagea à plus de trois cents reprises sans apporter de décision. Erlang rassembla toute la force magique en son pouvoir et, d'une secousse, se transforma en géant de dix mille toises tel un pic au sommet du mont Hua
1, le visage vert aux dents saillantes sous une chevelure d'un rouge violent, brandissant une lance-trident à double tranchant. Il l'abattit en visant la tête de Singet, dans une grimace de brutale férocité.
Mais le grand saint n'était pas en reste quant aux tours de magie: il prit la même dimension qu'Erlang, avec le même visage terrible. Quand il se saisit de sa barre cerclée d'or, on aurait dit un pilier soutenant le ciel au sommet des monts Kunlun
2. Il arrêta le coup d'Erlang.
L'apparition avait frappé les maréchaux Ma et Liu d'une telle frayeur qu'ils ne pouvaient plus faire de signaux en agitant des drapeaux, tant ils tremblaient; les généraux Beng et Ba en étaient paralysés au point de ne plus savoir se servir de leurs épées. Mais de ce côté-ci, les six frères firent transmettre l'ordre aux divinités à tête de plante de donner l'assaut en lâchant les faucons et les chiens: tous avancèrent ensemble, arcs et arbalètes tendus pour encercler l'entrée de la grotte du Rideau-Torrentiel.
Les quatre malheureux commandants simiesques furent mis en déroute et deux à trois mille créatures perverses capturées. Les singes jetaient leurs armes et abandonnaient leurs cuirasses, courant et hurlant à qui mieux mieux, les uns grimpant dans la montagne, les autres réintégrant la caverne: on aurait dit un chat surprenant en pleine nuit, dans leur sommeil, des oiseaux qui s'enfuiraient à tired'aile en un vol emplissant le ciel d'étoiles. Les frères avaient remporté la victoire: il n'est besoin d'en dire davantage.
Revenons aux deux adversaires dont les transformations prenaient des dimensions cosmiques. Ils étaient en plein combat quand Singet s'aperçut tout à coup de la débandade de son camp. I l sentit la panique le gagner, reprit sa forme originelle, tourna casaque et s'enfuit en traînant son bâton. Le voyant partir, Erlang le rattrapa à grandes enjambées pour lui crier:
«Où vas-tu? Rends-toi avant qu'il ne soit trop tard, si tu veux que je t'épargne la vie!»
Singet ne tenait pas à reprendre le combat: il ne songeait qu'à courir plus vite encore. Comme il s'approchait de l'entrée de la grotte, il tomba sur les quatre maréchaux et les deux généraux du camp adverse, qui lui bloquèrent le passage à la tête de leurs armées, l'apostrophant:
«Où vas-tu, misérable macaque?»
Pris au dépourvu, Singet réduisit la barre à la dimension d'une aiguille à broder, la mit dans son oreille et, d'une secousse, se transforma en un moineau qui s'envola jusqu'à la cime d'un arbre, où il se tint coi.
Les six frères d'Erlang, en proie à la plus vive agitation, se mirent à chercher de tous côtés en s'exclamant: «Il a filé ce monstre de singe! I l a disparu!»
C'est à ce moment précis que survint Erlang; il leur demanda:
«Mes frères, où l'avez-vous donc perdu?
—
Nous venions de le coincer ici quand il a disparu.»
Ecarquillant ses yeux de phénix, Erlang s'aperçut que Singet, changé en moineau, était perché dans l'arbre.
Reprenant sa forme originelle, il se transforma en épervier, après avoir abandonné sa lance et posé son arbalète.
Il déployait ses ailes et s'apprêtait à fondre sur le moineau quand Singet, se rendant compte du danger, s'envola d'un coup d'aile et se changea en cormoran de grande taille s'élevant en plein ciel. Ce que vit Erlang: secouant aussitôt ses plumes, il devint grue géante des mers 1, capable de
pénétrer jusqu'aux plus hautes nuées, prête à attaquer avec son bec. Singet redescendit et entrant dans un torrent, se changea en petit poisson dans un bruit de clapotis. Erlang l'avait poursuivi, mais arrivé au bord du cours d'eau, il ne vit plus la moindre trace de l'animal et réfléchit:
«Le macaque est sûrement entré dans l'eau. I l a dû se changer en crevette, poisson ou autre bête aquatique de ce genre! I l ne perd rien pour attendre: je n'ai qu'à me transformer encore une fois pour l'attraper.»
De fait, il se transforma en aigle-pêcheur planant à la surface des eaux cascadantes, dans l'attente d'un moment opportun.
Singet, changé en poisson, nageait en se laissant porter par le courant quand il aperçut tout à coup un oiseau qui volait. I l ressemblait à un faucon noir, mais les plumes n'étaient noires que d'un côté; il avait l'air d'un cormoran, mais il ne portait pas d'aigrette sur le crâne; on aurait dit quelque cigogne, mais les pattes n'étaient pas rouges.
«Ce doit être Erlang qui me cherche...» se dit Singet, qui fit précipitamment demi-tour et s'enfuit, non sans provoquer quelques remous à la surface de l'eau, lesquels n'échappèrent pas à l'attention d'Erlang: «Le poisson qui vient d'éclabousser ressemble à une carpe, mais la queue devrait être rougeâtre; il a l'aspect d'une perche 2, mais le
dessin des écailles n'apparaît pas. Il a quelque chose d'une anguille noire
3, mais on ne lui voit pas d'étoile sur la tête;
serait-ce une brème? Elle n'a pas de barbe aux ouïes! Et pourquoi faire demi-tour en me voyant? C'est sûrement une transformation de ce macaque! »
Il le rattrapa et le frôla d'un coup de bec. Singet se glissa hors de l'eau, se transforma en serpent aquatique, rampa le long de la rive proche et se perdit dans les herbes.
Erlang n'avait pas réussi à le prendre dans son bec, mais il avait remarqué le bruit que faisait l'eau et il avait vu le serpent sortir. I l comprit que c'était le grand saint et, d'une virevolte, se transforma à nouveau en grue grise à crête écarlate qui tendait un long bec semblable à une pince de fer à bouts pointus. Elle se jeta sur le serpent d'eau qui, d'un bond, se transforma encore une fois: une buse tachetée se tenait immobile et solitaire au-dessus des renouées.
I 2 6
Quand Erlang vit qu'il s'était changé en ce qu'il y de plus vil — il n'y a en effet parmi les oiseaux aucune créature aussi méprisable, aussi dépravée que la buse tachetée, qui s'accouple avec n'importe quoi, phénix, autour ou corbeau —, il ne chercha pas à l'approcher, mais reprit sa forme originelle, partit prendre son arbalète, la tendit à fond et d'un carreau l'envoya bouler.
Singet en profita pour se laisser rouler jusqu'au bas de la falaise et là, hors de vue, se transforma en petit temple dédié à la divinité des lieux'. Sa bouche grande ouverte était devenue l'entrée, ses dents les vantaux, sa langue la statue du dieu, ses yeux les lucarnes. Restait sa queue qu'il ne lui était pas facile de dissimuler: il la transforma en mât à bannière, dressé derrière le bâtiment.
Arrivé au pied de la falaise, Erlang ne retrouva pas l'oiseau qui y était tombé, mais un petit temple isolé.
L'examinant attentivement de ses yeux perçants de phénix, il remarqua le mât planté derrière et s'exclaffa:
«Ce sacré macaque! Il ne me roulera plus maintenant!
Des temples, j'en ai vus, mais jamais avec le mât de ce côté! C'est encore un tour que veut me jouer l'animal! S'il avait réussi à m'attirer à l'intérieur, il m'aurait eu d'un coup de dents, mais je ne vais pas m'y laisser prendre:
commençons par lui crever les lucarnes et lui casser les vantaux. »
À ces mots, Singet prit peur: «Affreux, affreux! Les vantaux sont mes dents, les lucarnes mes yeux: je ne peux le laisser faire! »
D'un bond digne d'un tigre, il disparut dans les airs:
plus rien!
Erlang furetait de tous côtés quand les six frères arrivèrent ensemble: «Tu le tiens?
—
Le macaque a voulu me donner le change: il vient de se changer en temple. J'allais crever les lucarnes et casser les vantaux quand il a encore une fois disparu sans laisser de trace. Bizarre, bizarre!»
Surprise générale, mais ils eurent beau regarder partout, rien!
«Mes frères», leur dit Erlang, «restez ici à surveiller et patrouiller pendant que je monte le chercher là-haut!»
Il sauta sur un nuage qui l'éleva à mi-hauteur dans l'espace.
Apercevant le roi céleste Li qui tenait à bonne hauteur le miroir à détecter les monstres, debout en compagnie de Nata à l'extrémité d'un nuage, il lui demanda: «Votre Altesse, avez-vous vu le singe-roi?
— I l n'est pas monté de ce côté: je l'observe avec le miroir. »
Après leur avoir raconté les divers tours de magie et transformations, ainsi que la capture de la troupe de singes, Erlang précisa: «Il s'était changé en temple et, comme j'allais frapper, il s'est enfui.»
A ces mots le roi Li balaya à nouveau toutes les directions avec le miroir et partit d'un grand rire:
«Dépêchez-vous! Vite! Le macaque a réussi à franchir le cordon d'encerclement en se rendant invisible et se dirige vers chez vous, au confluent du fleuve des Libations.»
Erlang ramassa aussitôt sa lance divine et s'en retourna chez lui reprendre la poursuite.
Revenons à Singet qui était arrivé au fleuve des Libations: d'une secousse, il se transforma en parfait sosie du saint père Erlang et, abaissant son nuage, entra carrément dans le temple qui lui était dédié. Incapables de le reconnaître, les juges infernaux l'accueillirent les uns après les autres en se prosternant. Il s'était installé au centre et se livrait à l'examen des offrandes, les trois viandes sacrificielles
rapportées par Li le Tigre, les exvoto promis par Zhang le Dragon, la supplique de Zhao Jia pour obtenir un fils et le vœu de prompte guérison de Qian Yi, quand on vint annoncer: «Voilà qu'un autre Saint père est arrivé! »
Les
magistrats infernaux se précipitent: chacun
demeure frappé de saisissement.
«Est-ce qu'un certain Grand Saint égal au Ciel ne viendrait pas de passer par ici? leur demande Erlang.
— On n'a pas vu de grand saint, mais un autre saint père qui est en train de faire l'inventaire des offrandes.»
Erlang fit irruption à l'intérieur. À sa vue, le grand saint reprit sa forme originelle et lui lança: «Inutile de brailler, jeune homme, vous êtes chez Singet! »
Erlang leva sa lance à trois pointes et double tranchant, prêt à la lui abattre en pleine gueule, mais Singet l'esquiva, tira de son oreille l'aiguille à broder et, en un tournemain, lui donna la grosseur d'un bol. Se portant en avant, il fit face à son adversaire. Bataillant et se lançant des insultes, tous deux se frayèrent une sortie hors du temple et revinrent, sans lâcher prise, à travers brumes et nuages, jusqu'au mont de Fleurs et Fruits où les attendaient, sur le qui-vive, les quatre grands rois célestes et leurs troupes. Ils redoublaient de vigilance, tandis que les maréchaux Kang et Zhang accueillaient leur frère Erlang et lui prêtaient main-forte pour cerner le Beau Singe-Roi.
Laissons cela pour en revenir à Grosbalès, qui était remonté au monde d'En-haut après avoir chargé Erlang et ses six frères de la capture du monstre.
L'empereur de Jade était en discussion dans la salle des Nuées-Merveilleuses avec Guanyin, la reine mère et ses ministres; il leur dit:
«Comment se fait-il que nous soyons toujours sans nouvelles depuis le temps qu'Erlang est parti le combattre?
— Puis-je me permettre de suggérer à Votre Majesté», répondit Guanyin les mains jointes, «d'aller voir personnellement ce qu'il en est, en franchissant le portail méridional du ciel en compagnie du patriarche de la Voie, Laozi?
— C'est une bonne idée», répliqua l'empereur de Jade qui fit aussitôt préparer les attelages et se dirigea vers la porte du Sud avec Laozi, Guanyin, la reine mère et la cour. Gardes et soldats célestes se hâtèrent à leur rencontre et leur ouvrirent sans tarder le portail, d'où l'on pouvait voir, au loin, les filets déployés de toutes parts par les troupes célestes et le miroir magique que tenaient le roi Li et le prince Nata, debout dans l'espace. Erlang avait acculé le grand saint au centre et lui livrait un furieux combat. Guanyin ouvrit la bouche pour s'adresser à Laozi:
«Que pensez-vous de ce dieu Erlang que je me suis permis de vous recommander? Il dispose de quelque puissance magique, pour avoir mis en difficulté le grand saint, même s'il ne l'a pas encore capturé. Je vais maintenant lui donner un coup de main: pour sûr qu'il l'aura!
— Mais comment l'aider?» lui demanda seigneur Laozi, «de quelle arme disposez-vous?
— Je lui jette à la tête mon vase immaculé avec la branche de saule
1: même si ça ne le tue pas, il trébuchera,
ce qui permettra à Erlang de s'en emparer aisément.
—
Votre vase est en porcelaine: parfait, si vous visez bien. Mais si vous le manquez ou heurtez la barre de fer, ne "Livre II, chapitre vi
va-t-il pas se briser? N'en faites rien et laissez-moi lui porter secours.
—
Quelle arme avez-vous donc?
— j'en ai une, j'en ai une!»
II releva sa manche et tira de son bras gauche un anneau en disant:
«Cette arme a été forgée avec un acier spécial 1, que j'ai
formé avec du cinabre retourné
et nourri de mon énergie
transcendante. Elle se transforme aisément, est inattaquable à l'eau et au feu et peut enserrer toutes choses. On l'appelle "bracelet
3" ou "piège" de "diamant
4". L'année
où j'ai franchi la passe de Hangu
pour aller convertir les
barbares et devenir bouddha, elle m'a rendu les plus grands services, m'assurant à tout instant la meilleure des protections. Laissez-moi la jeter sur lui!»
Sur ces mots Laozi la lança du haut de la porte du ciel:
elle tomba en plein milieu du campement du mont de Fleurs et Fruits, et très exactement sur la tête de Singet.
Absorbé par le dur combat qu'il soutenait contre les sept frères, parfaitement ignorant de cette arme qui tombait du ciel, il perdit pied quand elle vint le frapper au crâne. I l trébucha, se releva, et il se mettait à courir quand le lévrier d'Erlang le rattrapa et, le mordant au gras du mollet, le fit tomber à nouveau. À terre, il s'en prit au chien: «La sale bête! Va donc embêter ton maître au lieu de mordre le vieux Singet!» Il se retournait pour se remettre sur pied, lorsque les sept frères le clouèrent au sol tous ensemble, le ligotèrent avec des cordes et lui perçèrent la clavicule d'un coup de serpe
pour l'empêcher de se métamorphoser.
Laozi récupéra son bracelet en diamant et invita l'empereur de Jade à retourner à la salle des Nuées Mystérieuses en compagnie de Guanyin, de la reine mère et des immortels de sa cour.
En bas, les dieux ramassaient leurs armes et arrachaient les palissades. Ils s'approchèrent d'Erlang pour le féliciter: «C'est grâce au Petit saint!
—
Pas du tout: c'est l'effet de la grâce immense des vénérables célestes et du prestigieux pouvoir des dieux. Je ne saurais m'en arroger le mérite.
—
Cher frère, inutile d'en dire plus: emmenons le gaillard là-haut comparaître devant l'empereur de Jade et prions-le de statuer sur son sort!
— Mes sages frères, vous ne figurez pas sur le registre Il se mettait à courir quand le lévrier d'Erlang le rattrapa.
céleâte et ne sauriez vous présenter devant Sa Majesté.
Faites-le tenir sous bonne garde par les troupes célestes pendant que je monte au ciel faire mon rapport en compagnie des rois célestes. Procédez au ratissage de la montagne avec l'armée et, quand vous aurez terminé, retournez au confluent du fleuve des Libations. Nous fêterons la victoire ensemble à mon retour, quand j'aurai obtenu la reconnaissance de nos exploits et de nos récompenses.»
Les quatre maréchaux et les deux généraux s'exécutèrent.
Erlang et les autres s'élevèrent triomphalement sur des nuages vers le ciel, en entonnant des chants de victoire. Ils se trouvèrent bientôt devant la salle de Pénétration Éclairante. Le précepteur annonça:
«Les quatre grands rois célestes ont capturé le singe pervers en collaboration avec nos armées. Ils sont venus solliciter vos ordres.»
L'empereur de Jade promulgua un édit qui ordonnait au roi Grosbalès et à ses hommes de conduire immédiatement le prisonnier à l'estrade d'exécution capitale des êtres pervers et d'y dépecer son cadavre en menus morceaux. Hélas! Ainsi soit-il!
L 'impudence finit par trouver châtiment,
Le souffle d'héroïsme ne dure qu'un temps!
Si vous ne savez, en fin de compte, ce qu'il en fut de la vie de Singet, écoutez la séance qui vient!