Accueil > La Pérégrination vers l'Ouest > Chapitre60

060 OÙ LE DÉMON-TAUREAU ABANDONNE LE COMBAT POUR SE RENDRE AU FESTIN, ET SINGET SE PROCURE UNE SECONDE FOIS L’ÉVENTAIL EN FEUILLES DE BANANIER.

«Le roi Grosbalès n’est autre que le roi-démon-taureau, expliqua la divinité locale.

— Est-ce lui qui a mis le feu aux montagnes, ainsi nommées à tort? demanda Singet.

— Non, pas du tout. Je vous parlerai franchement si vous consentez, grand saint, à pardonner cette audace à l’humble dieu que je suis.

— Tu es tout excusé. Parle sans ambages!

— C’est vous qui aviez mis le feu, grand saint.

— Je n’y étais pas! Comment peux-tu débiter de pareilles sornettes?» rétorqua le Novice, gagné par la colère, «peut-on se laisser traiter d’incendiaire?

— Vous ne me reconnaissez plus. À l’origine, il n’y avait pas de montagnes par ici. À la suite des graves troubles que vous aviez provoqués aux palais du ciel il y a cinq cents ans, vous aviez été capturé par l’Illustre saint et remis à seigneur Laozi qui vous avait placé dans son fourneau aux huit trigrammes. Au moment de l’ouverture, à l’issue de la transmutation, vous l’aviez renversé en sautant dehors: quelques briques encore enflammées étaient tombées, ici précisément, où elles se sont transformées en monts de Feu. J ’étais le servant chargé de la surveillance du fourneau au palais des Bienheureux. Seigneur Laozi m’a reproché ma négligence et m’a banni ici, où j’exerce les fonâions de dieu de ces monts de Feu.

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— Pas étonnant que tu sois attifé de cette façon», grommela Porcet non sans ressentiment, «un dieu qui n’est que transformation de taoïste!

— Mais, dis-moi», reprit Singet qui n’était qu’à moitié convaincu, «pourquoi faut-il aller trouver sans tarder le roi Grosbalès?

— C’est le mari de la Râksasî. Il l’a abandonnée depuis un bout de temps et s’est installé dans la grotte Toucheaux-Nuages du mont des Tonnerres-Accumulés. Il y avait là un roi-renard, vieux de dix mille ans, qui avait laissé en mourant une fille nommée princesse Face-de-Jade, riche à millions, sans personne pour s’occuper de sa fortune. Il y a deux ans, après s’être renseigné sur les pouvoirs immenses du roi-démon-taureau, elle s’est déclarée prête à lui abandonner ses biens, s’il consentait à venir habiter avec elle comme époux. Le taureau a donc abandonné la Râksasî et ne l’a plus revue depuis fort longtemps. Si vous le trouvez, grand saint, et si vous le persuadez de revenir ici, vous pourrez emprunter l’éventail véritable. Nous y gagnerons trois avantages: d’abord, vous assurerez la marche en avant du Maître en éteignant les flammes; ensuite, par leur élimination définitive, vous protégerez la vie du pays;

enfin, je serai pardonné et je pourrai retourner au ciel me remettre au service de seigneur Laozi.

— Où se trouve le mont des Tonnerres-Accumulés? À quelle distance?

— En plein sud, à trois mille et quelques lis d’ici.»

À ces mots, Singet recommanda à Sablet et Porcet de prendre soin du Maître et demanda à la divinité locale de leur tenir compagnie au lieu de s’en retourner. Puis, dans un grand bruit de vent, il disparut.

En moins d’une heure, il fut en vue d’une haute montagne qui s’élevait jusqu’au ciel. Il abaissa son nuage et se tint debout sur le sommet pour contempler le panorama.

Quelle magnifique montagne!

Vraim ent haute? A. toucher l ’a zu r! Vraim ent grosse? Ses ravins descendent ju sq u ’aux sources Jaunes'. Le soleil tiédit le devant, mais derrière la crête souffle un vent glacé. D u côté ensoleillé les plantes et les arbres ne connaissent pas les mois d ’hiver, mais derrière les crêtes venteuses, la glace et le givre nefondent pas au coeur de l ’été. D u lac des dragons coule une cascade perpétuelle; près du repaire du tigre sous la falaise, les fleurs s’ouvrent tôt. D a cascade éclate en m ille ruisselets tels jades volants. Des fleurs épanouies font tapis de brocart. Sur les crêtes i8o torturées poussent des arbres torturés, et des pins tordus contre les rochers tordus.

Assurém ent une haute montagne, des crêtes escarpées, des falaises abruptes, des ravins profonds, desfleurs odorantes, de beauxfruits, des lianes rouges, des bambous violets, des pins bleus, des saules verts: m visage immuable en toutes saisons, des couleurs inchangées de toutt antiquité, comme chez le dragon.

Après s’être rassasié du speétacle, le grand saint descendit pas à pas le pic escarpé, puis s’enfonça dans la montagne à la recherche d’un sentier. Il était désorienté, quand, de l’ombre d’un pin, sortit une gracieuse jeune femme qui tenait une tige d’orchidée odorante. Le grand saint se glissa derrière un rocher contourné pour l’observer à loisir:

C ’était une beauté à renverser les empires, marchant à petits pas de lotus. Pille avait le visage de Wang Z h a o ju n la grâce d ’une fille de Chu: une fle u r douée de parole, un ja d e au parfum enivrant. Les chignons de sa coiffure s ’étagent en corbeaux bleutés; de ses jeux soulignés de vert coulent des ondes automnales. L a ju p e plissée découvre de mignonnes chaussures recourbées, les manches turquoise laissent apparaître de longs et menus poignets d ’une blancheur de farine. Ne parlez pas de pluies du soir et de nuages du m atirii devant ces dents éclatantes entre des lèvres rouges! E lle a la peau aussi douce que la belle de la rivière de Brocart, elle éclipse Zhuo Wenjun^et X u e T a d!

Comme elle s’approchait du rocher, Singet s’inclina et la salua, lui disant très doucement: «Où allez-vous, chère bodhisattva?»

La jeune femme ne l’avait pas remarqué: quand elle s’entendit appeler, elle leva les yeux et resta pétrifiée d’effroi devant un visage aussi laid. Elle demeurait là toute tremblante, incapable d’avancer ou de reculer, et se força enfin à répondre: «D’où venez-vous? Qui demandezvous?»

Singet réfléchit: «Il se pourrait qu’elle soit une parente du roi-taureau: mieux vaut ne pas lui parler de l’affaire qui m’amène, la quête des Ecritures et l’éventail. Faisonsnous passer pour le messager d’un parent venu chercher la réponse du roi...»

Comme il restait muet, la femme changea de visage et lui cria d’une voix irritée: «Qui es-tu pour te permettre de m’adresser la parole?

— Je viens du mont des Nuées-Turquoise», répondit Livre XII, c h a p it r e l x

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Singet en souriant et s’inclinant, «comme c’est la première fois que je suis en ces nobles lieux, je ne connais pas le chemin. Puis-je savoir si nous sommes au mont des Tonnerres-Accumulés P

— Très exaitement.

— La grotte Touche-aux-Nuages, de quel côté se trouve-t-elle?

— Pourquoi cherches-tu cette grotte?

— Je suis venu inviter le roi-démon-taureau de la part de la princesse Éventail-de-Fer de la grotte au Bananier du mont des Nuées-Turquoise.»

À la mention de la princesse Éventail-de-Fer, la femme sentit la rage lui monter au cœur et, rouge jusqu’à la racine des oreilles, elle éclata en vitupérations: «La salope, elle ne veut vraiment rien savoir! Il n’y a pas deux ans que le rbi-taureau s’est installé chez moi et je lui ai donné je ne sais combien d’or et d’argent, de perles et joyaux, de rouleaux de satin et damas. Chaque année je lui fais envoyer du bois, chaque mois du riz. Elle a tout ce qu’il lui faut, mais cela ne suffit pas à Madame, qui a l’impudeur de l’inviter: je vous demande pourquoi! »

À cette sortie, Singet comprit qu’il avait affaire à la princesse Face-de-Jade. Il prit délibérément un air menaçant, brandit la trique de fer et cria: «C’est toi, la belle salope qui s’eit acheté le roi-taureau, ça paye carrément son homme. Tu devrais avoir honte! Sais-tu qui tu as le front d’insulter?»

Ce que voyant, la femme sentit ses âmes la quitter; se prenant les pieds, écrasant ses «lotus d’or», elle lui tourna le dos et s’enfuit toute tremblante. Singet la talonnait en hurlant et vociférant. Juste après le bois de pins, ils étaient à l’entrée de la grotte. La femme courut à l’intérieur et claqua la porte. Le grand saint rangea sa trique et s’arrêta comme pour souffler. Un bel endroit!

Une forêt dense, des falaises abruptes: dans l ’entremêlement des lianes, le parfum pénétrant des orchidées. L a source ja illit du jad e tendre, à travers les bambous, parm i les rochers coquets quiprofitent des pétales tombés. L a brume enveloppe les sommets lointains, écran de nuages éclairé p a r la lune et le soleil.

A u x hennissements du dragon répondent les rugissements du tigre.

C ris de grue, chant des loriots: calme total de ces lieux charmants où brillent sans cesse l'herbe dejaspe et les fleurs précieuses. Une grotte qu i X 8 2

ne le cède à ceüe de la Terrasse-du-Ciet, plus belle que les îles des Immortels.

Laissons Singet à la contemplation des perfeâions du paysage pour revenir à la jeune femme, en nage d’avoir couru; le cœur battant d’effroi, elle se précipita dans la bibliothèque où le roi-démon-taureau se livrait tranquillement au plaisir de lire des ouvrages d’alchimie. Elle se jeta, effondrée, dans ses bras et, se tirant les oreilles, se labourant les joues, éclata en sanglots.

«Ma belle, ne te tourmente pas», lui dit le roi-taureau, tout sourire, «qu’y a-t-il?»

Prise d’une agitation fébrile, elle grogna: «Tu me tues, maudit démon!

— Pourquoi t’en prends-tu à moi? répliqua le roitaureau, toujours avec le sourire.

— Je t’avais invité à me protéger et à t’occuper de moi parce que je n’ai plus mes parents. Tu avais la réputation d’un dur et d’un brave, maisje découvre que tu n’es qu’un lamentable mari terrorisé par sa femme.

— Ma beauté», lui dit alors le roi-taureau en la prenant dans ses bras, «si je t’ai fait le moindre tort, explique-toi, prends ton temps: je suis prêt à réparer.

— À l’inëtant, je me promenais parmi les fleurs aux abords de la grotte, occupée à cueillir des orchidées, quand a surgi un moine à la face velue et à la gueule de duc du Tonnerre. Il m’a saluée. J ’en étais clouée de peur. Quand j’ai repris mes esprits et lui ai demandé qui il était, il m’a répondu qu’il venait t’inviter de la part de la princesse Éventail-de-Fer. Je ne lui ai dit que deux mots pour le remettre à sa place, mais c’est lui qui s’est mis à m’inveftiver et à me poursuivre en me menaçant de son bâton.

Il m’aurait tuée, si je n’avais couru assez vite. N’est-ce pas un malheur de t’avoir pris auprès de moi? Tu me tues!»

À ces mots, le roi-taureau fit de solennelles excuses et lui manifesta longuement de tendres attentions avant qu’elle ne se calme. Le roi-démon ajouta avec indignation: «Ma beauté que je place si haut, jamais je n’aurais osé te cacher quoi que ce soit. La grotte au Bananier est un lieu retiré, mais de libre pureté. Ma femme, qui pratique depuis sa tendre jeunesse, est, elle aussi, une immortelle qui a obtenu la Voie; elle tient sa maison avec une Stridfe vigilance et ne saurait y tolérer le Livre XII, c h a p itr e l x

moindre garçon. Comment aurait-elle pu se servir d’un homme avec une gueule pareille? Je pense que c’est quelque monstre de là-bas qui a dû abuser de son nom et de sa réputation pour chercher à me voir. Attends que je sorte tirer la chose au clair.»

Le brave roi-démon! Il quitta la bibliothèque à grandes enjambées, passa dans la salle ajuster son armure et prendre une trique de fer travaillé. «Qui est l’insolent qui se conduit de cette façon chez moi?» cria-t-il comme il franchissait la porte.

Singet, qui se tenait sur le côté, lui trouva une allure bien différente de celle qu’il avait cinq cents ans plus tôt.

Voyez:

Sur la tête un heaume deferforgé p o li à l'éclat de l ’argent, son armure d ’or ornée de brocarts et de broderies, aux pieds une p a ire de bottes de daim à semelle blanche et pointe retournée, à la taille une ceinture à triple torsade et décor de barbare à tête de lion.

Ses je u x brillaient comme des m iroirs et ses sourcils captivaient comme de rouges arcs-en-ciel. Sa bouche était un bol de sang, ses dents des palettes de bronze. Son rugissement fa isa it trembler la montagne et ses divinités, sa fière démarche rem plissait de crainte les diables. Fam eux entre les quatre mers dans l ’univers sorti du chaos, c’était Grosbalès, le roi-démon de l ’Ouest.

Singet reétifia sa tenue, lui tira une profonde révérence et dit:

«Reconnais-tu encore ton petit frère, cher aîné?

— Serais-tu Singet Conscient-de-la-Vacuité, le Grand Saint égal au Ciel? répondit le roi-taureau en lui rendant son salut.

— Eh oui! Il y a longtemps que nous nous sommes quittés. J ’ai enfin le plaisir de te revoir grâce aux renseignements que je viens d’obtenir d’une jeune femme.

Toutes mes félicitations, tu n’as jamais eu l’air aussi prospère!

— Ferme ton caquet!» gronda le roi-taureau, «j’ai entendu dire qu’après le raffut que tu as causé aux palais du ciel, le Bouddha t’avait emmuré sous la montagne aux Cinq-Dynamies et que, récemment délivré de ce châtiment céleste, tu assurais la proteâion du moine chinois dans sa quête des Ecritures à l’Ouest. Pourquoi as-tu porté atteinte à mon fils, le saint enfançon, à la grotte des Nuées-de-Feu de la gorge du Pin-Mort au mont du Sanglot? Je t’en veux bougrement! Et tu viens me chercher, pourquoi donc?

— Mon cher aîné», répondit avec une nouvelle salutation Singet, «ne blâme pas à tort ton petit frère. Ton bien-aimé fils s’était emparé de mon maître dans l’intention de manger sa chair. Je n’avais pu m’en approcher, mais, fort heureusement, dans le souci de sauver mon maître, la bodbisattva Guanyin l’a convaincu de revenir dans le juste chemin. Il est maintenant son garçon de Bonne-Fortune, dans une position plus élevée que la tienne. Il jouit du bonheur absolu et d’une longévité immense. Que lui manque-t-il pour que tu m’en fasses tout au contraire le reproche?

— Macaque retors! Passons sur le cas de mon fils. Mais à l’instant, tu as maltraité ma concubine bien-aimée;

pourquoi l’avoir poursuivie jusqu’à ma porte?

— Comme je ne trouvais pas, je lui avais respectueusement demandé ton adresse sans savoir qu’elle était ma seconde belle-sœur», répliqua le grand saint en souriant, «il est vrai que j’ai été grossier sur le moment, quand elle m’a insulté, et que je l’ai un peu bousculée. Je sollicite ton indulgent pardon.

— Puisque tu présentes les choses ainsi, je te pardonne en considération de notre vieille amitié.

— Je te suis infiniment reconnaissant de ta magnanimité, mais j’ose encore espérer ton aide pour une affaire que je me permets de te soumettre.

— Sacré macaque qui ne sait pas se conduire! Au lieu de disparaître, maintenant que je t’ai pardonné, tu recommences à m’importuner: de quoi as-tu besoin?

— Je ne te cacherai rien, mon frère: c’est que le moine chinois, dont la proteftion m’incombe, ne peut progresser vers l’Ouest, dont la route e£t bloquée par les monts de Feu. J ’ai appris par les habitants de l’endroit que ma respeétée belle-sœur possédait un éventail en feuilles de bananier que je souhaiterais lui emprunter pour un usage momentané. Je suis allé hier à ton ancienne résidence la saluer, mais elle me l’a obstinément refusé. Tel est l’objet de ma sollicitation. J ’espère qu’avec l’immense générosité qui te caraâérise, tu sauras m’accompagner chez ta femme et lui emprunter pour moi l’éventail qui éteindra les flammes et assurera le passage de la montagne au moine chinois. Il lui sera restitué aussitôt après.»

À ce discours, le roi-taureau se sentit le cœur enflammé de colère; grinçant des dents, il l’inveétiva: «Tu prétends t’être conduit poliment, mais ce n’est que pour obtenir l’éventail! Je suis sûr que tu as commencé par maltraiter mon épouse et que tu es venu me chercher parce qu’elle te l’avait refusé. Et tu as couru après ma concubine bienaimée! Comme dit l’adage: Femme de l'ami, ne l’humilie, sa concubine, ne la lutine! Tu as humilié l’une, lutiné l’autre: y a-t-il conduite plus malhonnête? Viens tâter de ma trique!

— Frappe-moi si tu veux, frère, je n’ai pas peur. Mais c’est en toute sincérité que je te supplie de me prêter le trésor!

— Si tu soutiens trois de mes assauts, je te fais prêter l’éventail par ma femme. Sinon, je te tue pour laver cet affront.

— Voilà qui est bien dit, frère! J ’ai été si négligent tous ces temps-ci que je n’ai pas eu l’occasion de te revoir:

j’ignore où en est ton art de combat comparé aux jours d’autrefois. Voyons un peu ce que nous savons faire dans l’escrime au bâton! »

Le roi-taureau n’était pas d’humeur à discuter plus longtemps: il leva sa trique de fer travaillé et l’abattit. Le grand saint prévint le coup de sa barre cerclée d’or. Ce fut un beau combat:

Ils avaient changé de visage et ne se parlaient plus en amis. «Je t’en veux pour le m al que tu as fa it à mon fils, macaque!» A quoi l ’autre répondait: «Ton garçon a trouvé la Voie, pas de quoi s’indigner!

— Comment oses-tu avec une telle inconscience frapper à ma porte?

— C ’est que j ’a i quelque chose de particulier à te demander. » L 'u n voulait l ’éventail afin de protéger le moine chinois, mais l ’autre ne prête pas de feuilles de bananier, tant il en est avare. L ’am itiés’envole dans cet échange de paroles, la fraternitéfait place à la colère [...].

Le grand saint et le roi-taureau se livrèrent plus d’une centaine d’engagements sans parvenir à décider de la viiloire. Ils se trouvaient dans cette situation indécise lorsqu’ils entendirent appeler du haut de la montagne:

«Messire taureau, notre grand roi vous envoie ses hommages et vous prie de l’honorer de votre présence au banquet. »

À ces mots, le roi-taureau bloqua de sa trique la barre de Singet et lui lança: «Arrête, macaque! Attends que je II se laissa couler droit au fond, où se présenta soudain à sa vue un portique finem ent sculpté, au bas duquel était attachée la bête-aux-pupilies d'or.

revienne de cette réunion chez l’un de mes amis.» Ceci dit, il abaissa son nuage et regagna la grotte.

Il mit au courant la princesse Face-de-Jade: «Ma beauté, l’homme à la gueule de duc du Tonnerre eit le macaque Singet, que j’ai mis en fuite en lui flanquant une bonne raclée. Il ne reviendra plus. Tu peux t’amuser en toute tranquillité. Je vais boire un pot chez un ami.»

Il ôta son heaume et son armure, enfila une jaquette de velours vert canard, sortit et enfourcha la bête-auxpupilles-d’or-qui-écarte-les-eaux. Il fila entre brumes et nuées droit vers le nord-ouest, laissant à ses gens le soin de garder les portes et les cours.

Observant du haut du sommet, le grand saint se disait en son for intérieur: «Je me demande quel ami s’est fait le vieux taureau, où il se rend. Suivons-le!»

Le brave Singet! D’une légère secousse, il se changea en pur courant d’air et l’accompagna. Ils atteignirent bientôt une montagne où le roi-taureau disparut silencieusement.

Singet reprit sa forme originelle et pénétra dans la montagne, à sa recherche. Il découvrit un profond lac d’eau pure, au bord duquel était dressée une Stèle qui portait en six grands caraétères cette inscription:

LAC DES FLOTS-ÉMERAUDE DU MONT DES CHAOS-DE-ROCHERS.

«Il est sûrement entré dans ces eaux», pensa Singet, «l’ami est un monstre aquatique, caïman, dragon, poisson ou tortue. Descendons voir!»

Sacré grand saint! Il fit une passe, récita une incantation et, d’une secousse, se changea en crabe ni gros ni petit: il faisait trente-six livres! Il sauta dans le lac avec un grand plouf! et se laissa couler droit au fond, où se présenta soudain à sa vue un portique finement sculpté, au bas duquel était attachée la bête-aux-pupilles-d’or: au-delà, il n’y avait plus d’eau. Singet s’y glissa et, tendant l’oreille, entendit un bruit de musique venant de l’autre côté des murs. On voyait vastie salle sont réunis les hôtes, mandarins, grands et petits, en bonnet dt cérémonie. On presse les filles d ’une beauté de ja d e d ’apporter les plateaux d ’ivoire, et l ’on engage les divines à jo u er de leurs instruments.

D e longues baleines chantent tandis que d ’énormes crabes dansent. Les tortues jouent de la flûte et battent tambour. L es perles illuminent les tables et les cratères. Des carastères sigillaires en form e d ’oiseaux s’alignent sur les écrans de plum es de m artin-pêcheur, des Stores de barbes de crevettes pendent le long des galeries.

L es huit sons se mêlent en m e divine harmonie, égrenant des notes qu i résonnentjusqu’à l ’empyrée. Des filles de compagnie, perches à tête verte, pim ent des luths dejaspe tandis que les garçons aux yeu x rouges jouent de la flûte de jade. Des femmes-poissons apportent su r leur tête une odorante venaison, les coiffures des filles-dragons agitent des ailes de phénix en or. Ce qu’ils y ont à manger: les mets les plus rares des huit trésors des cuisines céleêles. Ce qu’ils ont à boire: breuvage de jade liquide des résidences pourpres.

À la place d’honneur était assis le roi-démon-taureau, à ses côtés, à droite et à gauche, trois ou quatre caïmans.

Devant lui se trouvait un dragon âgé, entouré de ses fils, petits-fils, femmes et filles. Ils trinquaient quand Singet fit son entrée. Dès qu’il l’aperçut, le vieux dragon ordonna:

«Saisissez-moi ce malotru de crabe!»

Fils et petits-fils se jetèrent sur le grand saint et l’immobilisèrent. Usant tout à trac de la parole humaine, Singet s’écria: «Pitié, pitié!

— D’où viens-tu, malotru de crabe?» gronda le vieux dragon, «comment oses-tu traverser la salle d’honneut devant les nobles invités réunis? Si tu veux éviter la peine de mort, avoue sans tarder!»

Le brave Singet! Il inventa de toutes pièces une confession entièrement fausse:

«Depuis ma naissance, je vis dans ce lac et trouve abri dans les anfraduosités des parois rocheuses. L’ancienneté aidant, j’ai obtenu le titre de Carapate-sur-le-Côté. Je n’ai jamais appris à marcher corredement, traînant dans la boue ou piétinant l’herbe. Dans l’ignorance des lois, j’ai porté atteinte à votre royale dignité: je vous prie très humblement d’avoir la bonté de me pardonner. »

À cette plaidoirie, tous les esprits-animaux présents au banquet s’inclinèrent devant leur hôte: «C’est la première fois que le crabe Carapate eit entré au palais de jaspe. Il ignore l’étiquette de la cour. Puisse Votre Altesse lui pardonner et le laisser aller!»

'Livre XII, chapitre lx

Le vieux dragon les remercia et ordonna: «Relâchez le gars. Notez une peine de bastonnade; qu’il reste à disposition dehors! »

Singet acquiesça et s’enfuit d’une traite vers le portique en se disant: «Quand donc quittera-t-il le banquet? Tant aime boire le roi-taureau... D’ailleurs, consentirait-il à me prêter l’éventail? Mieux vaut lui dérober la bête-auxpupilles-d’or, prendre son asped, induire la Râksasî à me le donner et faire passer les montagnes à mon maître...»

Sacré grand saint! Reprenant sa forme originelle, il dénoua les rênes de la bête, sauta sur la selle travaillée et chevaucha d’une traite hors de l’eau. Sorti du lac, il prit l’asped du roi-taureau. Cravachant la bête montée sur un nuage, il fut bientôt rendu devant l’entrée de la grotte au Bananier. «Ouvrez!» Les deux filles à la porte, à ce cri, entrouvrirent et, voyant que c’était le visage du roitaureau, se précipitèrent à l’intérieur pour annoncer:

«Madame, Monsieur est revenu!»

À ces mots, la Râksasî arrangea hâtivement sa coiffure et sortit l’accueillir à pas précipités. Singet descendit de la monture et la conduisit à l’intérieur; jouant d’audace, il trompait la belle. De ses yeux de chair, elle ne pouvait deviner sa véritable identité: ils entrèrent la main dans la main. Elle fit disposer des sièges et préparer le thé par les servantes. Toute la maisonnée le tenait pour le maître de céans et lui témoignait le plus grand respeft.

L’instant d’après, ils engageaient la conversation.

«Il y a longtemps, madame.

— Votre Majesté est la bienvenue», dit-elle, ajoutant:

«Vous avez négligé votre esclave, tant vous plaît la nouvelle épousée. Quel bon vent vous amène aujourd’hui?

— Je ne me permettrais de vous négliger, mais depuis que la princesse Face-de-Jade m’a invité chez elle, j’ai été retenu par la presse des affaires domestiques et par le nombre des amis à voir; c’est que cela me fait une seconde maison à gérer...» Puis, le faux roi-taureau ajouta: «J’ai appris que le gars dénommé Conscient-de-la-Vacuité, chargé de la protedion du moine chinois, approchait des monts de Feu: il est à craindre qu’il ne vienne vous demander à emprunter l’éventail. Je ne lui pardonne pas d’avoir mis à mal notre fils. Si jamais il survenait, faites-lemoi savoir pour que je le capture et le mette en pièces afin de vider notre commune rancune.»

À ces mots, la Râksasî déclara en versant des larmes:

«Comme dit l’adage, Votre Majesté, un homme sans femme, ce sont ses biens à l’abandon; une femme sans homme, c’esti e Ue-même à l ’abandon. J ’ai failli perdre la vie par la faute de ce macaque.

— Quand donc est passé ce maudit singe? répliqua Singet, feignant l’indignation.

— Il n’est pas encore reparti. Il était venu hier emprunter l’éventail. Comme il a nui à notre fils, j’ai endossé mon armure et l’ai reçu à coups d’épée, ce sale macaque. Malgré la douleur, il m’a traitée de “belle-sœur” en prétendant que vous aviez juré fraternité avec lui.

— Il est vrai qu’il y a cinq cents ans nous étions d’une confrérie de sept.

— Il n’a pas osé répliquer à mes inveélives, ni se défendre quand je lui ai assené des coups. Je l’ai finalement balayé d’un coup d’éventail. Je ne sais d’où il a tiré le moyen de fixer le vent: il est revenu ce matin, mais impossible de le faire décoller. Quand je l’ai attaqué à l’épée, finie sa complaisance: craignant que sa barre ne soit trop lourde pour moi, je me suis enfuie et claquemurée dans la grotte. Je ne sais comment il y est parvenu, mais il a réussi à se glisser dans mon ventre et a failli m’enlever la vie. Il a fallu que je le traite de petit beau-frère et que je lui donne l’éventail.

— Quel dommage, quel dommage!» s’écria Singet avec une désolation feinte, au point de se frapper la poitrine, «comment avez-vous pu abandonner le trésor à ce macaque? Vous me faites mourir de contrariété!

— Calmez-vous», répondit en souriant la Râksasî, «je lui en ai donné un faux, pour m’en débarrasser.

— Où se trouve le vrai?

— Je l’ai mis de côté, rassurez-vous!»

Elle donna aux servantes l’ordre de préparer le vin pour célébrer dans la joie sa venue. Lui présentant alors des deux mains une coupe, elle lui tint ce discours:

«N’oubliez pas les liens qui nous unissent dans les plaisirs de votre nouveau mariage. Acceptez ce fade breuvage du village natal!»

Singet n’osait refuser. Il lui fallut élever le hanap avec un petit rire:

«Buvez la première, madame. Ce sera en remerciement du soin que vous avez pris de notre maison pendant ma longue absence, due à la nécessité de gérer ma fortune extérieure.»

La Râksasî prit la coupe, la vida et la remplit à nouveau avant de la tendre au roi:

«N’a-t-on toujours dit: Épouse à la maison, bonne ge Sîion?

Le mari est le père qui la nourrit. Il n’y a pas lieu de me remercier.»

Après ces assauts de modestie, tous deux s’assirent et se mirent à boire. N’osant enfreindre les interdits alimentaires, Singet se contentait de quelques fruits tout en poursuivant la conversation.

Au bout de plusieurs tournées, la Râksasî, à moitié soûle, se sentit remuée de désirs charnels. Elle ne cessait de se frotter à Singet, de le caresser et tripoter. Elle lui prenait les mains et lui glissait des mots doux. Epaule contre épaule, elle lui murmurait sa tendresse, penchée contre lui. Ils buvaient dans la même coupe, une gorgée l’un, une gorgée l’autre, puis se passaient des fruits bouche à bouche. Le grand saint jouait la comédie, tout sourire. Force lui était de la presser aussi contre lui. Assurément:

Rien ne vaut le vin pour ôter tous soucis, hameçon à pêcher les poèmes, balai à balayer le chagrin. L e garçon réservé se déboutonne, la fille s’oublie et sourit. Son visage rougit comme la pêche, son corps p lie comme le tendre saule. E lle devient volubile et dans sa passion a la main de plus en p lu s agile. Tantôt elle tire sur ses boucles, tantôt agite ses doigts délicats. E lle lève le pied plus d ’unefois et secoue les manches de l ’habit.

Son cou poudré s ’abaisse et sa taille de guêpe se tord. Sans perdre une parole, elle relâche les boutons dorés, ce q u i révèle à m oitié sa douce poitrine. C ’est montagne de ja d e q u i sombre dans l ’ivresse, des yeux d ’étain qu i ne gagnent pas à être frottés...

Quand il la vit en pareil état d’ébriété, Singet, discrètement aux aguets, se hasarda à la provoquer: «Madame, où avez-vous mis l’éventail authentique? Ne relâchez pas votre attention. Craignez que Singet, si habile à se transformer, ne revienne vous le subtiliser.»

Laissant fuser un petit rire, la Râksasî cracha un quelque chose de pas plus gros qu’une feuille d’abricot et le tendit à son compagnon: «Voilà notre trésor!»

Quand Singet l’eut en main, il se dit, ayant peine à y croire: «Comment cet objet minuscule pourrait-il éteindre les flammes? Ce doit être encore un faux.»

U éventail était effectivement différent du faux. Faute de mieux, il le m it à l ’épaule et s'en retourna à la recherche d e la route.

'Livre XII, chapitre l x! 9 3

À le voir plongé dans les réflexions devant le trésor, la Râksasî ne put se retenir de s’approcher et de frotter son visage poudré contre le sien en l’interpellant: «Mon chéri, range-le, buvons! À quoi penses-tu?»

Singet saisit au vol l’occasion offerte de lui poser la question: «Comment une chose si petite pourrait-elle agir sur huit cents lis de flammes?»

Trop soûle pour se méfier, la Râksasî lui révéla le secret: «Tu as dû t’adonner au plaisir jour et nuit depuis ces deux ans que tu m’a quittée, et laisser la princesse Face-de-Jade porter atteinte à tes facultés mentales. Tu as donc tout oublié, même ce qui concerne ton propre trésor!

Tu presses sous ton pouce gauche le septième fil de soie rouge du manche en récitant hasusisasoufle: il grandira aussitôt de douze pieds. Les transformations de ce trésor ne connaissent pas de limites. Huit cents lis de flammes ne lui font pas peur: il te les éteint d’un seul coup! »

Singet mémorisa soigneusement ce qu’elle lui avait dit, mit l’éventail dans sa bouche et se passa la main sur le visage pour reprendre son aspeét originel.

«Râksasî!» aboya-t-il alors, «regarde-moi donc! Suis-je ton cher mari? Et j’ai dû subir tes sales avances pendant si longtemps! Tu n’as pas honte?»

La femme en tomba de saisissement, renversant tables et sièges, mordant la poussière et terrassée par une humiliation telle qu’elle hurlait: «J’en mourrai de dépit, j’en mourrai!»

Sans se soucier si elle était morte ou vive, le grand saint brisa net et sortit d’une traite de la grotte, à grandes enjambées. Le cas de rappeler:

Le cœur libre de tous désirs charnels,

I l s ’en retourne heureux et souriant.

Il prit son élan, monta sur un nuage et, d’un bond, atteignit le sommet de la montagne, où il recracha l’éventail, histoire d’essayer le procédé magique. Le pouce gauche sur le septième fil rouge du manche, il récita hmusisasoujfle: l’objet grandit en effet de douze pieds. Il le prit en main et l’examina attentivement. Il était effeélivement différent du faux, lumineux, rayonnant de fastes vapeurs et quadrillé de trente-six fils de soie rouge formant chaîne et trame reâo verso.

Au fait, Singet s’était procuré le secret de l’agrandissement et non pas celui de la miniaturisation: il eut beau le pencher à gauche ou à droite, l’éventail restait de la même taille. Faute de mieux, il le mit à l’épaule et s’en retourna à la recherche de la route que les pèlerins avaient empruntée.

Bref, revenons au roi-démon-taureau qui, sortant à la fin du banquet, ne retrouva plus sa bête-aux-pupilles-d’orqui-écarte-les-eaux. Le vieux dragon rassembla ses hôtes pour leur demander qui l’avait volé.

«Qui aurait osé le dérober?» répondirent les espritsanimaux agenouillés, «nous étions tous au banquet à boire et nous passer les plats, à chanter et jouer de la musique; il ne restait personne à l’entrée.

— De la part de mes musiciens, c’est exclu. Est-ce qu’un étranger se serait mêlé à nous?

— Il y a ce crabe qui est survenu au moment où nous prenions place», rappelèrent les dragons, fils et petits-fils, «c’est lui, l’étranger.»

Ce fut une soudaine illumination pour le roi-taureau:

«N’en dites pas plus! Mon cher ami, ce matin, quand vous m’avez fait inviter, j’avais sur le dos Singet Conscient-dela-Vacuité, venu me demander l’éventail de feuilles de bananier parce que la route du moine chinois qu’il est chargé de protéger passe par les monts de Feu. Je le lui ai refusé et ai rompu la bataille indécise que j’avais engagée contre lui pour me joindre au festin. Ce singe est malin comme pas un, plein de ressources: sûr que c’est lui qui s’est changé en crabe pour nous espionner et qui m’a volé la bête dans l’intention de subtiliser l’éventail à ma femme.»

À ces mots, tous de trembler d’effroi et de demander:

«Est-ce le Singet qui avait provoqué de graves troubles aux palais du ciel?

— Oui. Vous feriez mieux de l’éviter, messieurs, si vous fréquentez la route de l’Ouest.

— S’il en est ainsi», objeéta le vieux dragon, «comment récupérer votre monture?

— Ce n’est rien», répliqua en souriant le roi-taureau, «retirez-vous, messieurs, je vais le rattraper.»

Il s’ouvrit un chemin en écartant l’eau, sauta hors du lac et, monté sur un nuage jaune, gagna d’une traite la grotte au Bananier du mont des Nuées-Turquoise. Il entendait la l^ivre XII, c h a p it r e l x

Râksasî qui se frappait la poitrine, trépignait, hurlait et gémissait. Poussant la porte, il aperçut sa monture attachée en contrebas. «Où est parti Singet, madame?» cria le roi-taureau.

À sa vue, les servantes s’agenouillèrent: «Vous êtes de retour, maître?»

La Râksasî s’accrocha à son mari et, se cognant la tête dans des prosternations répétées, le maudit: «Misérable pendard! Comment as-tu pu pousser la négligence jusqu’à te laisser voler ta bête-aux-pupilles-d’or par ce macaque qui a pris ton aspeét pour venir ici me duper!

— De quel côté est-il parti, ce macaque? répéta le roi-taureau en grinçant des dents.

— Après m’avoir dérobé le trésor, le maudit singe a repris son aspeét originel et s’est enfui», répliqua la femme en se frappant la poitrine, «j’en mourrai!

— Ne vous tourmentez plus et prenez soin de vous, madame. Attendez que je le rattrape, reprenne le trésor, l’écorche, broie ses os et lui arrache les entrailles pour vider votre bile. Qu’on m’apporte mes armes!

— Vos armes ne sont pas ici, maître», lui rappelèrent les servantes.

— Apportez-moi celles de votre maîtresse!»

Les filles lui présentèrent les deux épées précieuses à tranchant bleuté.

Le roi-taureau ôta la jaquette de velours vert canard qu’il portait au banquet, resserra son gilet et, une épée à chaque main, sortit de la grotte au Bananier pour se précipiter du côté des monts de Feu.

Ainsi,

L ’ingrat trompera la femme folle d ’amour,

L ’im pulsif démon qu i approchera du Novice.

Si vous ne savez, en fin de compte, le bien ou le mal que promet ce départ, écoutez la séance qui vient.

Livre treizième

JOUTE POÉTIQUE

CHEZ LES SYLVAINS

(chapitres lxi à lxv)