Accueil > La Pérégrination vers l'Ouest > Chapitre62

062 POUR SE LAVER L’ESPRIT DE TOUTE POUSSIÈRE IL N’EST QUE DE BALAYER UN STOUPA ET DE SE CULTIVER POUR ENCHAÎNER LES DÉMONS ET RETROUVER LA JUSTE VOIE.

Douze heures sur douze il ne fa u t oublier

D e pratiquer, jo u r et nuit z, et tout récolter, A u cours de cinq ans, et cent huit m ille tournées N e pas laisser l ’eau divine se ta rir,

N e pas laisser l ’éclat des flammes fa ib lir.

Quand l ’eau et le feu sont en pleine harmonie', S'enchaînent sans lacune les cinq dynamied.

Lorsque le Yin et le Yang s’équilibrent,

I l convient de g ra vir la tour des Nuées,

D e monter sur un phénix aux palais Pourpres'1, E t d ’enfourcher la grue pour l'île de Yingzhou’.

Ce poème est composé sur la mélodie de L ’Immortel au bord du fleuve. Il nous rappelle que les quatre pèlerins, Tripitaka et ses disciples, dans la perfeélion de l’équilibre de l’eau et du feu, sentaient leur nature purifiée et rafraîchie. L’éventail précieux purement yin leur avait permis d’éteindre le feu desséchant de la vafte montagne. Il leur fallut plus d’un jour pour franchir l’étape des huit cents lis, mais c’est libérés de tout souci qu’ils avançaient vers l’Ouest.

On passait de la fin de l’automne au début de l’hiver:

L es derniers pétales du chrysanthème sauvage tombent, tandis que se form ent les tendres bourgeons nouveaux du prunier. Tous les villages ont rentré la récolte, partout se mange la bouillie odorante.

L a forêt dénudée révèle la montagne lointaine et le gel épais du ruisseau tortueux, la pure profondeur du ravin.

L a magnanerie a cessé ses altivités. L a lune de p u r Yin règne, la vertu de l ’eau est à son apogée, le soleil brille pitoyablement. Les souffles de la terre s ’enfoncent, ceux des deux montent, l ’arc-en-ciel cache son éclat, étangs et lacs sont peu à peu p ris p a r les glaces. Les fleurs flétries de la falaise rendent plus verts le p in et le bambou figés p a r le froid.

Ils avaient tous quatre voyagé depuis pas mal de temps lorsqu’ils approchèrent à nouveau d’une cité entourée de murs et fossés. Le moine chinois tira sur les rênes et appela son disciple: «Conscient-de-la-Vacuité, vois-tu là-bas les tours et pavillons qui se dressent? Quelle sorte d’endroit est-ce?»

Singet leva les yeux et vit que c’était une ville murée. En vérité:

V ille d ’or en form e de dragon lové, de tigre tapi. D e toutes parts s ’approchent les chars à baldaquin magnifique: m ille roues ont aplani les chemins empourprés. L es balustrades des ponts de jad e alignent les chimères sculptées, sur des piédestaux d ’or brillent les Statues des sages. Vraim ent, la capitale d ’un continent divin, la métropole de jaspe de céleste résidence, un vaste et Stable domaine, m ille ans de règne prostpère!

L es barbares rendent hommages à la lointaine grâce souveraine, les monts et les mers se tournent vers sa sainte Splendeur. Calm e et pureté régnent sur les marches et avenues royales. Joie, chansons animent les tavernes et les tours fleuries. A u-delà des palais- les arbres d ’étemel printem ps devraient accueillir le chant du phénix chamarré tourné vers le soleil.

«Maître», répondit Singet, «cette cité est la résidence du souverain d’un pays entier.

— Sous le ciel», fit observer Porcet en riant, «il eft des villes murées qui sont préfeétures, d’autres qui sont souspréfeélures. A quoi vois-tu que c’est la capitale?

— Ne sais-tu pas qu’une résidence royale diffère des préfeétures et sous-préfeétures? Ne vois-tu pas que les quatre côtés de la muraille ont plus de dix portes et font plus de cent lis? Les tours et terrasses sont si hautes 2 2 0 qu’elles se perdent dans les nuages! Comment s’expliquer de telles splendeurs, si ce n’était une capitale royale?

— Tu vois clair, frangin», approuva Sablet, «c’est la résidence du roi, nous le savons, mais comment s’appellet-elle?

— Comment veux-tu que je le sache sans indication de Stèle, plaque ou enseigne?» rétorqua Singet, «nous ne le saurons qu’en entrant en ville le demander.»

Le Vénérable cravacha sa monture et fut en un instant aux portes de la ville. Il descendit de cheval, franchit le pont et entra voir: dans les avenues et sur les marchés régnaient abondance et richesse; la prospérité se voyait à la magnificence des vêtements. Ils marchaient, lorsqu’ils aperçurent une dizaine de bonzes qui mendiaient porte à porte, chacun cangue au cou, dans d’indescriptibles guenilles.

v h e renard s’attri Be de la mort du lièvre, car ces créatures sont solidaires», soupira Tripitaka. Il appela: «Conscientde-la-Vacuité, va leur demander pourquoi ils sont ainsi punis! »

Aussitôt Singet les interpella comme on l’y invitait:

«Hé! les bonzes, de quel monastère êtes-vous? Pourquoi êtes-vous condamnés à porter la cangue?

— Monseigneur», dirent les moines en tombant à genoux, «on nous a fait tort; nous sommes du monastère de l’Éclat-de-r Or.

— Où se trouve ce monastère?

— Au coin de la rue.

— Expliquez-nous comment on vous a fait tort, leur dit Singet en les emmenant devant Tripitaka.

— Messeigneurs, nous ne savons d’où vous venez, bien que vous ne nous soyez pas étrangers. Nous n’osons répondre ici à votre question. Veuillez nous suivre jusqu’à notre humble demeure où nous pourrons vous parler plus librement de nos souffrances.

— Ils ont raison», répliqua Tripitaka, «allons à leur monastère les interroger de façon plus approfondie sur les raisons de leurs malheurs.»

Ils arrivèrent ensemble devant l’entrée au-dessus de laquelle s’alignaient sept signes en lettres d’or:

MONASTÈRE DE l ’ÉCLAT-D E-l ’0 R, PROTECTION DU PAYS, FONDÉ SUR ORDRE DU ROI.

Maître et disciples franchirent le portail. Tel était le speâacle qui s’offrait à leurs yeux:

Dans l ’antique salle les lampes à encens sont froides; les feuilles des galeries désertes ne sont balayées que p a r le vent. L a pagode de m ille pieds touche aux nuages, rassérénée p a r quelques pins. Dans la cour jonchée defleurs ne passe plus aucun hôte. Sous les auvents, les araignées tissent leur toile sans être dérangées. E n vain est le tambour monté, la cloche suspendue. L a poussière a recouvert les fresques aux couleurs indistinâes. L es moines ont déserté la chaire. L a salle de méditation esti s i calme que l ’on n’y rencontre que les oiseaux. Désolation à vous arracher des soupirs, silence d’une infinie trillesse. L e brûle-parfum devant le Bouddha ne contient que cendres froides et fleurs fanées: tout est vide.

Tripitaka sentit un pincement au cœur et ne put retenir ses larmes. Cangues au cou, les moines poussèrent la porte de la salle principale afin de permettre au vénérable de prier Bouddha. Tripitaka entra, offrit l’encens de son cœur et se prosterna trois fois. Comme ils s’en retournaient, ils aperçurent six à sept jeunes moines enchaînés aux piliers de la cellule du supérieur, speétacle intolérable aux yeux de Tripitaka. Quand les pèlerins s’y furent installés, les moines vinrent se prosterner. Us demandaient: «Vous avez des visages différents des nôtres, pères: venez-vous de chez les grands Tang dans les terres de l’Est?

— Ces bonzes sont doués de voyance sans avoir à tirer l’achillée», répliqua en riant Singet, «en effet. Comment nous avez-vous reconnus?

— Nous n’avons aucun don de voyance, mais la douleur d’avoir subi l’injustice, sans savoir où nous tourner pour nous disculper. Cela jour après jour: il ne nous reste plus qu’à invoquer le ciel et la terre. Aurions-nous ému les dieux d’En-haut? Hier soir chacun a fait dans la nuit un rêve qui nous promettait qu’un saint moine chinois viendrait des terres de l’Est sauver nos vies et redresser les torts qui nous sont faits. C’eit ainsi que nous vous avons reconnu à votre aspeâ: étrange, vénérable.

— Quel est le nom de votre pays?» demanda Tripitaka, fort aise de cette déclaration, «quels sont vos griefs?

taient le tribut: au sud, le royaume de Yuetuo, “ Bosse-dela-Lune”; au nord, Gaochang; à l’est, le royaume des Liang de l’Ouest; le pays de Benbo, à l’ouest. Chaque année ils apportaient de beaux jades et de brillantes perles, de belles filles et de splendides chevaux. Ils nous reconnaissaient spontanément comme pays suzerain, sans recours aux armes ni expéditions militaires.

— Sans doute est-ce parce que votre souverain possède la Voie et que vos officiers civils et militaires sont sages et bons, suggéra Tripitaka.

— Ce n’est point que nos fonétionnaires civils soient sages, ni que nos militaires soient bons. Notre souverain n’a pas non plus obtenu la Voie. C’était la pagode sacrée de notre monastère de l’Éclat-de-l’Or. Elle était constamment enveloppée de nuées de bon augure qui s’élevaient à une grande hauteur; la nuit, elle diffusait une lumière irisée visible à dix mille lis; le jour, tous les pays percevaient le souffle coloré qu’elle répandait. C’est pourquoi les barbares apportaient tribut à cette cité qu’ils considéraient divine et bénie du Ciel. Toutefois, il y a trois ans, au premier jour de l’automne est tombée à minuit une pluie de sang. Le lendemain à l’aube, la crainte et l’accablement avaient transi chaque famille, chaque foyer.

Dans leur rapport au trône les ministres avouaient ne pas comprendre ce que le seigneur du Ciel pouvait nous reprocher. On invita des prêtres taoïstes à célébrer leur service, des moines bouddhistes à réciter les soutras en réponse au Ciel et en excuses à la Terre. Qui l’eût cru? Comme notre pagode avait été souillée, dans les deux années qui suivirent aucun pays étranger n’offrit le tribut. Notre souverain aurait voulu entrer en campagne, mais les courtisans l’en dissuadèrent en lui affirmant que nous, les moines du monastère, avions dérobé le trésor de la pagode, que c’était pour cela qu’elle avait perdu son auréole et que l’étranger ne venait plus à la cour. Notre roi obtus ne chercha pas plus loin, nous fit arrêter par ces mandarins concussionnaires et nous fit soumettre à mille sortes d’interrogatoires et tortures. Il y avait alors trois générations de moines; les deux premières n’ont pas résisté à ce traitement: tous sont morts. C’est maintenant notre tour de répondre du crime, en cangues et chaînes. Je vous le demande, monseigneur, comment aurions-nous eu l’audace de le commettre?

Nous espérons que par votre commisération pour vos semblables, exerçant votre immense compassion et la puissance de la Loi, vous saurez sauver nos misérables vies! »

À ce discours, Tripitaka hocha la tête en soupirant:

«L’affaire e£t obscure; il sera difficile de la tirer au clair: il y a eu d’une part quelque manquement dans le gouvernement de la cour; d’autre part, vous avez été viétime d’une calamité. Puisque le Ciel avait envoyé une pluie de sang qui a souillé votre pagode, pourquoi n’avez-vous pas alors présenté à votre souverain le rapport qui vous aurait épargné ces ennuis?

— Père, nous qui ne sommes que de communs mortels, comment aurions-nous pu comprendre les intentions du Ciel? Nous en sommes d’autant moins capables que nos aînés n’ont pas su s’en occuper.

— Conscient-de-la-Vacuité,

quelle heure est-il?»

demanda Tripitaka.

— Autour de 4 heures de l’après-midi.

— J ’aurais voulu rencontrer votre souverain pour l’échange des lettres de créance, mais tant que ce qui est arrivé à ces moines ne sera pas tiré au clair, il me serait difficile de lui en parler. À l’époque où je quittai Chang’an j’ai formulé au monastère de la Porte-de-la Loi le vœu de brûler de l’encens en tout temple que je rencontrerais sur ma route vers l’Ouest, de prier Bouddha dans chaque monastère et de balayer tout Stoupa que je verrais. Vous que je rencontre ici aujourd’hui, c’est à cause d’un Stoupa que vous avez subi ces torts.

Trouvez-moi un balai, attendez que je fasse mes ablutions avant de monter balayer et nous verrons ce qui en est des circonstances et raisons de la souillure et de l’extinétion de la luminosité. Quand nous en saurons la cause, je pourrai plaider en votre faveur auprès du roi et vous délivrer de vos épreuves.»

À ces mots, les bonzes en cangue s’empressèrent d’aller aux cuisines chercher un couteau, qu’ils tendirent à Porcet: «Monseigneur, prenez-le pour briser les chaînes des jeunes moines attachés aux colonnes, de sorte qu’ils puissent vaquer au repas et s’occuper de l’eau chaude pour le bain du Vénérable. Nous irons pendant ce temps dans la me mendier un balai neuf pour lui.

— Briser des chaînes? Rien de plus facile: nous n’avons pas plus besoin de couteau que de hache», répliqua Porcet en riant, «adressez-vous à mon condisciple à la face velue: c’est un expert chevronné en la matière. »

Singet s’approcha tout de bon: usant de la magie de délivrance des chaînes, il lui suffit de les effleurer pour qu’elles tombassent. Les jeunes moines se précipitèrent dans les cuisines, s’affairèrent à nettoyer et frotter chaudrons et fourneau, puis s’aâivèrent à la préparation du repas maigre.

Tandis que Tripitaka et ses disciples mangeaient, le ciel s’assombrissait. C’est avec une vive satisfaâion que le Vénérable vit les bonzes en cangue entrer en rapportant deux balais.

Ils bavardaient, quand un moinillon vint avec une lanterne inviter Tripitaka à prendre son bain. Le ciel scintillait alors d’étoiles, tandis que des tours de garde partaient les coups simultanés du tambour qui annonçaient la première veille. Le moment où Un vent fro id se lève aux quatre murs,

L es lampes brillent dans m ille maisons,

Volets fermés le long des avenues.

L es cours des marchés ont ferm é leurs portes.

L a barque de pêcheur s’abrite sous l ’arbre.

L es labours ont cessé, corde coupée;

L a hache du bûcheron repose.

'B ruit d ’élèves récitant leur leçon.

Quand Tripitaka eut terminé ses ablutions, il enfila une tunique à manches courtes, chaussa une paire de bottes souples et, le balai neuf en main, se tourna vers les moines: «Dormez tranquillement pendant que je vais balayer le Stoupa; je reviens!

— La pagode a été contaminée par la pluie de sang et ne donne plus de lumière depuis longtemps, circonstances propices aux créatures maléfiques, je le crains», objeéta Singet; «sans autre compagnon dans la bise de cette nuit solitaire, quelque accident est à redouter. Ne pourrais-je vous accompagner?

— Excellente idée, parfait!»

Chacun prit un balai. Ils se rendirent d’abord dans la salle principale, où ils allumèrent les lampes de verre, brûlèrent de l’encens et s’inclinèrent devant Bouddha.

Tripitaka lui adressa la prière suivante:

«Votre disciple Chen Xuanzang, qui a reçu mission des A près avoir balayé un étage, Tripitaka montait au suivant.

22Ô grands Tangdes terres de l’Est de se rendre au mont des Vautours solliciter de notre Bouddha l’Ainsi-venu les Écritures, se trouve présentement au monastère de l’Éclat-de-l’Or, du pays de Jisai, où les m oin es lui ont appris qu’ils avaient eu leur précieux Stoupa souillé et que le roi du pays les soupçonnait d’avoir volé le trésor. Ils ont été injustement condamnés pour cette affaire si difficile à tirer au clair. Votre disciple va balayer le Stoupa avec toute la sincérité de son cœur, dans l’espoir que le Bouddha, dans son omniscience, lui révélera sans tarder les causes de la souillure afin d’épargner d’injustes souffrances à d’innocents mortels.»

La prière achevée, il ouvrit la porte de la pagode et, en compagnie du Novice, se mit à balayer à partir des premiers étages. Cette pagode, vraiment, Se dressait à toucher le firm ament, justem ent appelée Sloupa de verre à cinq couleurs, p ic aux reliques de m ille pièces d ’or. L'escalier y tourne comme dam une cavité et l ’on en sort comme d ’une cage. Le globe du sommet remplace la lune à l ’autre bout du ciel; le son des clochettes d ’or signale la brise marine. L es encorbellements font signe aux étoiles, la pointe au toit retient les mages. L es uns semblent rochers torturés entre fleurs et ph én ix; l ’autre s’enroule de dragons de brumes.

D u haut q u i semble toucher au neuvième ciel, la vueporte au-delà de m ille lis. L es lampes de verre à la porte de chaque étage sont pleines de poussière, éteintes; les balustlrades de jad e blanc sont couvertes des déjestions accumulées p a r les inse Ües volants. A u centre du Sloupa, l ’encens estî consumé devant le trône du Bouddha. A u x jm ètres, face aux divinités, les toiles d ’araignées s’étendent. I l y a p lu s de crottes de rats dans les brûle-parfum s que d ’huile dans les calices. Q ue de malheureux moines ont perdu la vie pour cette mystérieuse disparition du précieux trésor! T rip ita ka balaie avec la résolution de lu i rendre sa Splendeur d’antan.

Après avoir balayé un étage, Tripitaka montait au suivant. Il atteignit ainsi le septième à la deuxième veille, commençant à sentir la fatigue.

— «Asseyez-vous», lui dit Singet, «vous êtes épuisé:

laissez-moi vous remplacer.

— Cette pagode comporte combien d’étages?

— Treize, je le crains.

— Pour accomplir mon vœu, je dois les balayer», répliqua Tripitaka en s’efforçant de surmonter la fatigue.

Quand il eut nettoyé trois étages de plus, ses reins et ses 2 2 7

jambes lui faisaient si mal qu’au dixième, il s’effondra:

«Conscient-de-la-Vacuité, balaie pour moi les trois étages qui restent.»

Rassemblant toutes ses énergies, Singet monta au onzième et fut un instant plus tard au douzième. Il était en plein travail lorsqu’il entendit un bruit de conversation venant du toit.

«Bizarre, bizarre!» se dit-il, «à pareille heure, les alentours de la troisième veille, est-ce un lieu de palabres? Ce sont sûrement des créatures maléfiques! Allons jeter un coup d’œ il!»

Le brave singe-roi! Il serra tout doucement le balai soiis son bras, releva les basques de son vêtement et, se glissant dehors par la porte du devant, monta sur un nuage pour observer ce qui se passait: deux monstres étaient assis au centre du treizième étage, un plat, un bol et un pot devant eux. Ils buvaient en jouant à la mourre.

Usant de ses facultés magiques, Singet abandonna le balai, brandit la trique cerclée d’or et, bloquant la porte, cria: «Mes braves monstres, c’était donc vous qui aviez volé le trésor!»

Affolées, les deux créatures se levèrent précipitamment et jetèrent bols et pot à la tête de Singet, qui leur barrait le passage, la trique tenue en travers. «Si je vous tue, je n’aurai plus vos aveux», dit-il en les coinçant sous la barre de fer, tandis qu’ils suppliaient: «Pitié! Epargnez nos vies!

Nous n’y sommes pour rien. Le voleur n’est pas ici!»

Usant d’une méthode magique, Singet les empoigna d’une seule main et les descendit au dixième étage.

«Maître, je tiens les voleurs du trésor!» annonça-t-il. Tripitaka venait de s’endormir. Il accueillit la nouvelle inattendue avec joie et surprise: «Où les as-tu capturés?

— Ils s’amusaient à boire en jouant à la mourre au sommet de la pagode», expliqua Singet en poussant devant lui les monstres agenouillés, «comme j’avais entendu du bruit, j’ai sauté tout en haut, suis monté sur un nuage, et leur ai barré la route sans faire usage de la force. Ma seule crainte était de les tuer et de perdre le bénéfice de leurs aveux. Voilà pourquoi je les ai capturés en douceur.

Maître,

vous pouvez recueillir leurs dépositions,

apprendre d’où ils sont et où se trouve le trésor dérobé.»

Les monstres ne faisaient que répéter en tremblant de tous leurs membres: «Pitié, laissez-nous la vie sauve!»

Puis ils passèrent aux aveux: «Nous avons été tous les deux envoyés inspeéter la pagode par le roi-dragon Toussaint du lac des Flots-Émeraude du mont Chaos-de Rochers. Lui, mon compagnon, s’appelle Benborba et moi Baborben; c’est un esprit-silure; je suis un poisson noir. Notre dragon Toussaint a engendré une fille qui s’appelle princesse Toussaint, plus belle que la lune ou les fleurs, et comblée de tous les talents. Il a pris pour gendre le prince consort Neuf-Têtes, lequel dispose d’immenses pouvoirs magiques. Il est venu ici il y a quelques années avec le roi-dragon et a donné une démonstration de sa puissance en faisant tomber une pluie de sang, qui a souillé le Stoupa et lui a permis d’en dérober les reliques. La princesse est allée ensuite au ciel du Grand-Filet et a volé devant la salle des Nuées-Myftérieuses l’angélique magique à neuf feuilles de la Mère-Reine de l’Occident. Nous en prenons soin au fond du lac, où ils brillent jour et nuit d’un éclat merveilleux. Nous avons appris ces jours-ci qu’un certain Singet Conscient-de-la-Vacuité allait passer, en quête des Écritures à l’Ouest, qu’il disposait d’immenses pouvoirs magiques et qu’il se consacrait au long de la route à redresser les torts. C’est pourquoi l’on nous envoie si souvent patrouiller ici en vue de l’intercepter, et d’être prêts, si jamais il arrivait.»

À ces mots, Singet laissa échapper un ricanement:

«Infâme, cette infeéte créature! Pas étonnant qu’elle ait invité l’autre jour le roi-démon-taureau! Elle s’est liée à tous ces maudits démons pour ne commettre que méfait sur méfait.»

Il n’avait pas fini sa phrase que, venant des étages en dessous et accompagné de deux ou trois moines portant des lanternes, parut Porcet qui demanda:

«Maître, de quoi parliez-vous donc au lieu d’aller vous coucher, maintenant que la pagode est balayée?

— Tu viens à point», lui répondit Singet, «le trésor, c’est le dragon Toussaint qui l’a volé. Je le tiens de ces deux petits monstres, que je viens de capturer alors qu’ils étaient venus patrouiller ici à la nouvelle de notre prochaine arrivée.

— Comment s’appellent-ils? De quel genre de

monstres s’agit-il?

— Ils l’ont avoué à l’instant; l’un se nomme Benborba, Livre XIII, c h a p it r e l x i i

l’autre Baborben; l’un est un silure, l’autre un poisson noir.

— Puisque ce sont des créatures maléfiques et que tu as pris leurs dépositions, qu’attends-tu pour les assommer?

dit Porcet en brandissant son râteau.

— Tu n’y comprends rien! Il vaut mieux les garder vivants pour en parler au roi; ils pourront aussi nous servir d’informateurs quand nous irons chercher les voleurs pour récupérer le trésor. »

Le brave idiot! Il rangea tout de bon son râteau et, chacun en empoignant un, ils descendirent de la pagode.

Les créatures ne cessaient de crier: «Grâce!

— On voulait justement du silure et du poisson noir pour une bonne soupe fraîche qui aurait remis d’aplomb les moines qui ont tant souffert par votre faute», leur répondit Porcet.

Remplis de joie, les jeunes bonzes, lanternes à la main, conduisaient le Vénérable au bas de la pagode. Le premier arrivé courut annoncer la bonne nouvelle aux autres moines: «Tout va bien, tout va bien! Nous allons revoir le ciel azuré! Il les a capturées, les créatures maléfiques qui ont volé nos reliques! »

«Apportez des fers» ordonna Singet, «percez-leur l’omoplate et enchaînez-les ici. Surveillez-les: nous allons nous coucher. On avisera demain.»

Les bonzes montèrent une garde serrée, qui permit à Tripitaka et ses compagnons de se reposer.

L’aube parut. «Je vais à la cour échanger les lettres de créance, avec Conscient-de-la-Vacuité», déclara Tripitaka. Il enfila son kasâya à bordures de brocart et, mitre à la Vairocana sur la tête, partit à grandes enjambées, sanglé dans la dignité de ce costume de cérémonie. Singet, qui avait serré sa jupette de peau de tigre et ajusté sa robe de toile, l’accompagnait avec les documents de voyage.

«Pourquoi n’emmènes-tu pas ces deux bandits de monstres? lui demanda Porcet.

— Quand nous aurons présenté notre rapport, Sa Majesté les fera évidemment citer à comparaître.»

Ils arrivèrent à l’entrée du palais, où l’on voyait une infinité de phénix rouges et de dragons jaunes autour des arches vermillon de la pure capitale. Tripitaka se présenta devant la porte de la Splendeur-de-l’Est et salua le grand officier de la loge: «Puis-je importuner Votre Grandeur 2 3 0 en La priant de bien vouloir annoncer l’humble moine envoyé par les grands Tang des terres de l'Est quérir les Écritures au paradis de l’Oueit, lequel souhaiterait être reçu en audience afin d’échanger ses lettres de créance?»

L’officier s’exécuta et en fit rapport au pied du trône:

«Il y a dehors deux moines aux mines et aux vêtements étranges qui se déclarent chargés par la cour des Tang des terres de l’Est du continent du Sud d’aller à l’Ouest solliciter du Bouddha les Écritures; ils désirent voir Votre Majesté pour faire viser leurs documents de voyage.»

A ces mots, le souverain ordonna de les faire entrer.

Tandis que le Vénérable conduisait Singet, pas un seul des officiers civils et militaires qui ne sursautât d’effroi à la vue de ce dernier. Certains affirmaient que le moine était un singe, d’autres qu’il avait la gueule d’un dieu du Tonnerre.

Apeuré, nul n’osait le dévisager longtemps. Tandis que le Vénérable se livrait au ballet de révérences en usage devant le trône, le grand saint, mains croisées, restait debout à ses côtés, impassible.

«Votre serviteur est un moine envoyé par le pays des grands Tang des terres de l’Est du continent du Sud afin de saluer le Bouddha du monastère du Coup-de-Tonnerre au pays de l’Inde et solliciter les Écritures authentiques.

Comme notre route passe par votre noble contrée, nous ne saurions la traverser sans autorisation. J’ai sur moi des documents de voyage que je vous prie de viser avant que nous poursuivions notre chemin.»

À cette nouvelle, le roi du pays se réjouit grandement. Il ordonna de faire entrer le saint moine de la cour des Tang dans la salle aux Clochettes-d’Or, de placer un coussin brodé sur le tabouret, et l’invita à s’y asseoir. Tripitaka monta seul dans la salle et présenta les documents avant de remercier de la grâce qui lui était faite et d’oser s’asseoir.

Après en avoir pris connaissance, le roi déclara, fort aise: «Heureux est ton souverain d’avoir pu, dans sa maladie, choisir un moine éminent qui n’a pas craint 1a distance pour aller prier Bouddha et chercher les Écritures. Les bonzes dont je dispose ici ne songent qu’à commettre le vol, ruiner le pays et renverser leur souverain.

— Comment cela, ruiner le pays et renverser le souverain? demanda à ces mots Tripitaka en joignant les paumes.

— Notre pays est la contrée suzeraine des territoires de l'Ouest; les barbares des quatre orients venaient sans cesse Nous porter tribut, tout cela parce que dans le monastère de r Éclat-de-l’Or Nous disposions d’une pagode d’or dont le sommet émettait une lumière qui monte au ciel.

Récemment, les bandits de moines du monastère en ont dérobé le trésor, si bien que depuis trois ans le Stoupa ne brille plus et que depuis deux ans les pays étrangers ne viennent plus à Notre Cour. J ’en suis outré!

— Votre Majesté», répliqua en souriant Tripitaka, qui gardait les mains jointes, ni’écart d ’un quart de poil entraîne une erreur de mille lieux! Hier soir, en arrivant en votre céleste résidence, à peine la porte de l’enceinte franchie, j’ai rencontré une dizaine de moines portant la cangue.

Quand je leur ai demandé quel crime ils avaient commis, ils m’ont répondu qu’ils avaient été injustement condamnés à la suite de cette affaire. Je me suis donc rendu au monastère afin de procéder à une investigation détaillée et en ai conclu que les moines n’y étaient pour rien: en effet, nous avons saisi les créatures maléfiques coupables du vol, lorsque je suis monté balayer la pagode dans la nuit.

— Où sont-elles? s’exclama le roi ravi.

— Mes humbles disciples les tiennent présentement enchaînées dans le monastère de l’Éclat-de-l’Or.»

Le roi produisit aussitôt la tablette d’or qui ordonnait à la garde en habits de brocart de se rendre sans délai au monastère de l’Éclat-de-l’Or afin de s’emparer de la personne des bandits et de les soumettre à l’interrogatoire du souverain en personne.

«Votre Majesté», objedta Tripitaka, «vous avez beau disposer de la garde en habits de brocart, cela ne saurait se faire que si mon humble disciple s’en charge.

— Où donc se trouve votre éminent disciple?

— Lui, qui se tient aux pieds des marches de jade», répondit Tripitaka en le montrant du doigt.

Grandement choqué à sa vue, le roi s’écria: «Alors que vous êtes si beau, comment votre disciple peut-il avoir une gueule pareille!»

À cette remarque, Singet répliqua d’une voix forte:

«Votre Majesté, on ne peut pat pim juger d ’un homme à son visage que de la profondeur de la mer. Si vous n’aimez que les gens de belle allure, comment pourrez-vous capturer les monstres qui se sont rendus coupables du vol?»

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La réplique tourna l'effroi du roi en joie: «Vous avez raison, saint moine. Mon affaire n’est pas de séleétionner des hommes comme il faut, ce qui importe n’est que de s’emparer des bandits pour obtenir la restitution du trésor à la pagode.»

Il envoya l’officier de service veiller à ce que soit préparée une voiture couverte et ordonna aux gardes de se tenir à la disposition du saint moine quand il irait chercher les monstres voleurs.

L’officier fit aussitôt amener un large palanquin et un parasol jaune, tandis que la garde fournissait huit porteurs et quatre crieurs pour dégager la route menant direâement au monastère. La population de la ville entière dès lors alertée, nul n’aurait voulu manquer le speftacle qu’offraient Singet et les monstres prisonniers.

Lorsqu’ils entendirent des cris de «faire place», Porcet et Sablet pensèrent que le roi avait envoyé de ses officiers et, se hâtant d’aller au-devant d’eux, découvrirent Singet trônant dans le palanquin.

«Tu as retrouvé la position qui t’eêt due, frangin», lui dit en riant Porcet.

Singet descendit et l’agrippa: «Que veux-tu dire?

— A. parader sous un parasol jaune en chaise à huit porteurs, ne retrouves-tu pas tes fonâions de roi-singe?

C’est tout ce que je veux dire.

— Ne te moque pas de moi!» rétorqua Singet. Il détacha les deux monstres pour les emmener voir le roi.

«Emmène-moi donc moi aussi, frangin, lui dit Sablet.

— Reête ici à surveiller les bagages et le cheval.»

Les moines en cangue intervinrent: «Messeigneurs, allez donc tous recevoir les faveurs du roi, pendant que nous nous occuperons de la surveillance.

— Dans ce cas», répliqua Singet, «allons présenter notre rapport. Nous reviendrons ensuite vous libérer.»

Porcet saisit un monstre et Sablet l’autre, tandis que Singet remontait en palanquin. Les deux créatures furent ainsi ramenées sous bonne escorte.

Un moment plus tard, ils étaient devant les marches de jade: «Les monstres voleurs sont là!» Le roi descendit de son trône pour les regarder en compagnie de Tripitakaet des officiers civils et militaires. L’un avait les joues gonflées, des écailles noires, le museau pointu et les dents acérées; l’autre avait un gros ventre à peau lisse, une large L, iv r e XIII, c h a p it r e l x ii

bouche à longues barbes. Bien qu’ils eussent des jambes et la faculté de marcher, ils avaient à peine l’air humain.

«D’où êtes-vous, bandits», demanda le roi, «d’où venezvous, monstres, en quelle année avez-vous violé notre territoire et dérobé notre trésor? Combien êtes-vous, quels sont vos noms, passez aux aveux complets! »

Le cou dégoulinant de sang, les deux créatures semblaient ne sentir aucune douleur; elles s’agenouillèrent face au trône et confessèrent:

«Il y a plus de trois ans, le premier jour de la septième lune, un certain roi-dragon Toussaint conduisit nombre des siens à s’établir au sud-est du présent pays, à_ une centaine de lis d’ici. Le lac se nomme Flots-d’Émeraude, la montagne Chaos-de-Rochers. Il avait engendré une fille pleine de charme, beauté et sédudion. Pour gendre il accueillit Neuf-Têtes, au pouvoir sans rival.

Ayant eu connaissance de la merveille de votre pagode, il a pratiqué le vol de connivence avec le dragon, faisant tomber une pluie de sang avant de dérober les reliques.

Maintenant elles illuminent le palais du dragon où il fait aussi clair qu’en plein jour, même la nuit. Quant à la princesse, elle avait exercé ses capacités en dérobant avec une parfaite discrétion l’angélique magique de la Mère Reine de l’Occident, laquelle entretient le trésor du lac.

Nous ne sommes pas les responsables, mais de simples soldats dépêchés par le roi-dragon. Capturés cette nuit, nous avons avoué la vérité, toute la vérité.

— Si vous avez tout avoué, comment se fait-il que vous n’ayez pas révélé vos noms?

— Je m’appelle Benborba et lui, Baborben, qui e£t un esprit-poisson noir; moi, Benborba, suis un esprit-silure.»

Le roi ordonna à sa garde de les tenir en prison et décréta:

«Que les moines du monastère de l’Éclat-de-l’Or soient amnistiés et libérés de leurs cangues et chaînes. Que le service compétent prépare au plus vite un banquet dans la salle de l’Unicorne pour remercier le saint moine de la capture des voleurs. Nous invitons les saints moines à procéder à l’arrestation du chef de bande.»

La cour des banquets fit bientôt servir deux sortes de repas, maigre et non végétarien. Le roi invita les quatre pèlerins à s’asseoir dans la salle de l’Unicorne et leur demanda: «Quelles sont vos honorables appellations?

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— L’humble moine qui est votre serviteur», répondit Tripitaka mains jointes, «a pour nom de famille laïque Chen et s’appelle en religion Xuanzang. Notre souverain m’a accordé le nom de Tang et mon humble appellation est Tripitaka.

— Et vos éminents disciples?

— Ils n’ont point d’appellation», répondit le moine chinois, «le premier se nomme Singet Conscient-de-la Vacuité, le second Porcet Conscient-de-ses-Capacités et le dernier Sablet Conscient-de-la-Pureté: ce sont les noms que leur a donnés la bodhisattva Guanyin des mers du Sud.

Comme ils m’honorent du titre de “Maître”, je les appelle aussi respectivement le Novice, Huit-Défenses et le Bonze. »

Ainsi renseigné, le roi invita Tripitaka à prendre la place d’honneur, Singet à s’asseoir à la gauche, Porcet et Sablet à la droite de celui-ci. Ce n’étaient que fruits, légumes, thé et riz convenant à un menu maigre. En face, où prit place le roi, était servi le repas non végétarien; une centaine d’officiers civils et militaires s’assirent plus bas, après avoir remercié leur souverain de la grâce qu’il leur accordait. Les disciples s’excusèrent auprès de leur maître avant d’occuper leur place. Comme Tripitaka ne buvait pas, ce furent eux qui trinquèrent avec le roi. En contrebas, les instruments à vent et à cordes jouaient harmonieusement sous l’égide du bureau de musique.

Gosier grand ouvert, Porcet, voyez-vous, dévorait avec un appétit de tigre et une voracité de loup: il eut tôt fait de nettoyer la table de tout ce qui était fruits et légumes.

Quand, un moment plus tard, on apporta un supplément de soupe et de riz, il n’en laissa pas une miette. À chaque coupe offerte, ce n’était jamais de refus. Le festin se poursuivit joyeusement jusqu’à la dispersion des convives à midi passé.

Comme Tripitaka le remerciait de sa munificence, le roi chercha à le retenir à nouveau: «Ceci n’efft que l’expression de Notre gratitude pour la capture des créatures maléfiques.» Et d’ordonner à la cour des banquets:

«Transportez le banquet au palais Jianzhang où nous prierons les saints moines d’arrêter un plan pour capturer le chef des bandits et récupérer le trésor.

— Puisqu’il ne s’agit que de cela, ne vous mettez point Tous deux, tenant serrées les deux créatures, montèrent sur le mut et, usant de magie, s'envolèrent droit vers te sud-eU.

en peine d’un autre festin», répliqua Tripitaka, «permettez-nous de prendre congé et de partir de ce pas capturer les monitres.»

Le roi n’y consentit point et insista pour qu’ils se rendissent au palais Jianzhang, où ils mangèrent une seconde fois.

«Lequel d’entre vous conduira les troupes qui soumettront les monstres et arrêteront les bandits? demanda le roi en levant une coupe.

— Nous en chargerons notre premier disciple Singet Conscient-de-la-Vacuité», répondit Tripitaka. Le grand saint joignit les mains en signe d’acquiescement.

«Vénérable Singet», demanda le roi, «combien

d’hommes et de chevaux vous faut-il? Quand quitterezvous la ville?»

Porcet ne put s’empêcher de rétorquer d’une voix bourrue: «Quel besoin avons-nous d’hommes et de chevaux?

Qu’importe l’heure! Nous partirons quand nous aurons bu notre soûl et serons rassasiés. On vous les ramène prisonniers dès qu’on aura mis la main dessus.

— Te voilà plein de zèle, Porcet! lui dit Tripitaka, fort aise.

— Dans ce cas», conclut Singet, «laissons Sablet protéger le Maître, et allons-y tous les deux!

— Si vous n’avez pas l’usage d’hommes et de chevaux», insista le roi, «peut-être auriez-vous besoin d’armes, vénérables?

— Nous n’avons pas l’emploi des armes dont vous disposez», répliqua en riant Porcet, «mais nous avons tous les deux ce qu’il faut sur nous!»

À cette réponse, le roi prit un grand hanap pour le vider en l’honneur de leur départ.

«Je ne bois plus», déclara Singet, «faites plutôt amener par les gardes les deux monstres: nous les prenons avec nous comme informateurs. »

Le roi en donna aussitôt l’ordre. Tous deux, tenant serrées les deux créatures, montèrent sur le vent et, usant de magie, s’envolèrent droit vers le sud-est. Eh oui!

Q uand le roi, sa cour les virent monter les nuées, Ils comprirent enfin qu i étaient les pèlerins.

Si vous ne savez en fin de compte comment, à la suite de ce départ, s’effedtua la capture, écoutez donc la séance qui vient.