Or, disions-nous, quand le roi du pays de Jisai et ses ministres, du plus humble au plus éminent, virent Singet et Porcet rattraper le vent, montés sur des nuées, les deux petits monstres tenus à bout de bras, tout un chacun fit le geste de la prière, tourné vers le ciel, en s’exclamant: «Ce n’est pas une légende! Il nous est donné aujourd’hui de savoir que de tels immortels et bouddhas vivants existent bel et bien! »
Comme ils les voyaient s’éloigner sans laisser de trace, le roi se tourna respectueusement vers Tripitaka et Sablet pour les remercier: «Avec mes yeux de chair et mon corps de commun mortel, je me disais que vos éminents disciples avaient eu la puissance de capturer les monstres et rien de plus. J ’étais loin d’imaginer qu’ils étaient des immortels capables de chevaucher dans l’espace.
— L’humble moine que je suis ne dispose d’aucun des pouvoirs que donne la Loi», répondit Tripitaka, «heureusement que ces trois jeunes disciples m’ont accompagné tout au long du voyage.
les commandements bouddhiques. En d’autres domaines nous sommes aussi Stupides qu’incapables, mais s’il s’agit de capturer des monstres, ligoter des goules, arrêter des bandits, saisir des fugitifs, envoyer le ciel à coups de pied dans un puits, soulever la mer ou retourner des fleuves, dans ce genre d’aâivités, nous nous débrouillons assez bien. Quant à monter les nuées et dépasser les nuages, amener la pluie et convoquer le vent, faire valser les étoiles, porter les montagnes et décrocher la lune, cela ne vaut pas la peine d’en parler!»
A ce discours, le roi redoubla de respeét à leur égard: il invita Tripitaka à s’asseoir à la place d’honneur, en lui donnant à tout bout de champ du «Bouddha très vénéré»!
Il appelait Sablet et les autres «bodhisattva». La cour entière, civils et militaires, était en extase. Toute la population leur rendait hommage.
Bref, montés sur une tornade, Singet et Porcet n’arrêtèrent leur nuage que lorsqu’ils eurent amené les deux petits monstres devant le lac des Flots-Emeraude du mont Chaos-de-Rochers. D’un souffle magique sur la trique cerclée d’or, le Novice la transforma en couteau de moine, coupa les oreilles au poisson noir, la lèvre inférieure au silure et, les lâchant dans l’eau, leur cria: «Faites savoir au plus vite à ce roi-dragon Toussaint que je suis ici, moi, monseigneur Singet, le Grand Saint égal au Ciel; qu’il nous rapporte le trésor de la pagode de FÉclat-de-FOr du pays de Jisai, s’il veut sauver sa famille entière de l’extermination! Au moindre refus, je ravagerai le lac et ferai subir le châtiment dernier à toute sa maisonnée, jeunes ou vieux!»
Trop heureuses d’avoir la vie sauve, les deux créatures se jetèrent à l’eau en traînant leurs chaînes, car, malgré la douleur, elles cherchaient in Stinâivement le salut dans la fuite. «Pourquoi portez-vous cordes et chaînes, tous les deux?» leur demandaient les tortues inquiètes et les crabes alarmés. L’un, se cachant les oreilles, secouait la tête et agitait la queue; l’autre, la main devant la bouche, trépignait et se frappait la poitrine. C’est au milieu des cris de la foule ameutée qu’ils vinrent annoncer au palais du dragon: «Votre Majesté, malheur!»
Les voyant survenir alors qu’il buvait en compagnie de son gendre Neuf-Têtes, le roi posa sa tasse et leur demanda de quel malheur il s’agissait.
Livre XIII, c h a p it r e l x i ii
«On patrouillait hier, dans la nuit, quand le moine chinois et Singet, qui balayaient la pagode, nous ont capturés et enchaînés. Ce matin, après l’audience devant le roi du pays, le Novice et Porcet nous ont agrippés et coupé, à l’un les oreilles, à l’autre la lèvre, avant de nous jeter à l’eau et de nous charger de vous faire savoir qu’ils exigent la restitution du trésor de la pagode.» Ils racontèrent en détail la suite des événements.
Dès qu’il apprit qu’il avait affaire à Singet, le Grand Saint égal au Ciel, le vieux dragon ne se sentit plus l’âme chevillée au corps. Tremblant de tous ses membres, il dit au gendre royal: «N’importe qui d’autre nous laisserait une marge de manœuvre, mais si c’est bien lui, ça va mal, très mal!
— Rassurez-vous, cher beau-père», répliqua en souriant le gendre, «je pratique les arts martiaux depuis mon enfance; je peux dire que j’en connais un bout. Entre les quatre mers, j’ai rencontré plus d’un vaillant preux: il ne me fait pas peur. Attendez que je sorte: en trois engagements, le gars sera reparti tête basse et sans oser lever les yeux, je vous le garantis! »
Le brave monstre! Aussitôt sur pied, il endossa son armure et, maniant son arme préférée, un épieu emmanché d’un racloir en forme de croissant de lune, il quitta le palais à grandes enjambées, écarta les eaux et cria, arrivé à la surface: «Qu’est-ce que ce Grand Saint égal au Ciel?
Viens sans retard remettre ton sort entre mes mains!»
Debout au bord du lac, Singet et Porcet observaient le monstre et son équipement:
Sur la tête un heaume d ’argent scintillant, p im blanc que neige, il a enfilé une cuirasse doumou, p im brillante que givre en automne.
Par-dessm il porte une robe de combat en brocart, nuées multicolores enveloppant le jad e de son corps. L a taille serrée dans une ceinture omée de cornes de rhinocéros, il a vraiment l ’a ir d ’un python dans une chrysalide d ’or. I l tient à la main, dans un chatoiement d'éclairs, le racloir en form e de croissant de lune. A u x pieds, il a enfilé des bottes de cu ir de porc qu i fendent les flots.
D e loin il semble n’avoir qu’une tête, mais de près l ’on constate qu’il vom fait face de tom cotés. I l a les yeux devant et derrière, voit dans ¡es huit direâions. Des bouches, il en possède à droite et à gauche, neuf pour tout dire: leur cri unique fa it trem bler l ’estpace et monte, comme le vol de la grue, jm q u ’à la neuvième Sphère!
Comme personne ne répondait, il répéta: «Lequel est le Grand Saint égal au Ciel?
— C’est moi, répliqua Singet, pressant la main sur le cercle d’or et ajustant la trique de fer.
— Où habite ta famille? D’où es-tu donc pour venir en ce pays de Jisai t’arroger le soin de protéger le Stoupa au profit du roi, pour avoir l’impudence de te saisir de nos capitaines et oser pousser la violence jusqu’à me défier sut notre montagne sacrée?
— Tu ne connais donc pas monseigneur Singet, espèce de brigand! Approche, écoute-moi bien!
« A u mont de Fleurs et F ru its ton vieux Singet habitait, E n la grotte du Rideau-Torrentiel c’était.
Dès sa jeunesse devenu immortel,
I l fu t annobli G rand Saint égal au Ciel.
L es dieux des deux n’ont su remporter la viéloire, Lorsqu’il a troublé grandement leur territoire.
I l fa llu t du Bouddha l ’ultim e puissance, L e p rie r d ’user d ’une immense sapience.
Lorsque contre lu i je voulus rivaliser,
Ses mains devinrent montagne pour m'écraser.
L à, je re îla i cinq cents ans, jusques aujourd’hui:
Je n ’en sortis que lorsque Guanyin m ’instlruisit.
Comme T ripita ka se rendait à l'Ouestl,
A u mont des Vautours dans une lointaine quête, E lle me délivra p our que je le protège
E t m ’applique à briser les sortilèges.
L a route passait p a r la cité de Jisa i
Où trois générations de moines souffraient.
Comme, p a r compassion, nous le leur demandions:
C ’était que le Sîoupa n’émettait plus de rayons.
N otre m aître, balayant, cherchait à voir clair.
O r, à m inuit, dans le silence auilère,
Nous vîmes des poissons qu i passèrent aux aveux, Te dénonçant pour le vol du trésor précieux,
A vec la complicité du vieux roi-dragon
E t de la princesse q u i ont Toussaint pour nom.
F a r une plu ie de sang sur la lum ière sans âge, Tu l’as accaparé à ton usage.
Devant le trône fu t confirmé ce témoignage:
Sur l ’ordre du roi nous sommes venus en ces parages Te chercher pour que tu nous en rendes raison.
Inutile de me redemander mon nom!
A vant qu’il ne soit trop tard, rends le trésor S i tu tiens à sauver tes gens de la mort.
L iv r e XIII, c h a p it r e l x u i
Ose opposer la moindre résistance:
J ’assécherai le lac de votre résidence!»
À ce discours, le gendre royal répliqua avec un sourire dédaigneux: «Tu es donc un moine en quête de soutras:
eft-ce ton affaire de tendre des filets? Va chercher les Ecritures du Bouddha: que j’aie volé le trésor ne te concerne en rien. Et tu viens me provoquer au combat!
— Ce brigand de monstre est singulièrement borné!
Certes, je n’ai pas à me dépenser pour le roi dont je ne reçois pas les faveurs et dont je ne mange pas le riz, mais en dérobant le trésor et souillant la pagode, tu as pendant des années fait injustement souffrir les bonzes du monastère de r Éclat-de-l’Or, ils sont des nôtres: pourrais-je ne pas m’efforcer de les disculper?
— Dans ce cas, je suppose que tu veux miser sur la lutte.
Comme dit l’adage, la guerre n'est point charitable: quand j’aurai levé la main sur toi, je le crains, je ne ferai pas de quartier; si tu y laisses la vie, finie ta quête!
— Maudite créature!» rétorqua Singet, gagné par une violente colère, «de quelle puissante capacité peux-tu te targuer pour oser ouvrir ta grande gueule? Approche, tâte du bâton de ton seigneur et maître!»
Avec un parfait sang-froid, le gendre royal para le coup de son racloir en forme de lune. Ce fut au sommet du mont Chaos-de-Rochers une belle bataille, vraiment!
L a pagode privée de lum ière p a r le vol que perpétra le démon, Singet a prom is au roi de le capturer. A u retour des petits monstres qu i ont la vie sauve, le vieux dragon, apeuré, tient conseil. L e gendre royal, N euf- Têtes, tient à une démonstration de force: il a revêtu son armure et déploie sa puissance. L e G rand Saint égal au C iel, mu p a r la colère, lève sa trique cerclée d’or, en dureté sans pareille. L es d ix-h uit yeux des neuf têtes lancent des éclairs, devant, derrière. L es bras d ’acier du Novice soulèvent m ille livres dans une aura de vapeurs de bon augure.
T e l le croissant de la lune nouvelle, le racloir s’oppose à la trique qui semble un vol dégivré sur une distance de m ille lieues. « Cesse de te mêler de redresser les torts!» d it l ’un. L 'a u tre répond: «C e vol délibéré esti une honte! M audit brigand, un peu de bon sens, rends-leur le trésor s i tu veux vivre en p a ix!» L a trique et l ’épieu au racloir cherchent à prévaloir Tun su r l ’autre en une suite de combats sans vainqueur n i vaincu.
Les deux allaient et venaient, mais au bout d’une trentaine d’engagements, ils n’avaient toujours pas emporté la A u moment où Porcet arrivait derrière lui, il dévia le râteau d'une extrém ité de l'épieu, tandis que de l'autre il affrontait la trique.
décision. Porcet se tenait debout devant la montagne:
comme il les voyait en arriver au moment le plus captivant de la bataille, il leva son râteau et l’abattit dans le dos du monitre.
Or, celui-ci disposait de neuf têtes et d’autant de paires d’yeux qui roulaient dans toutes les direétions et voyaient parfaitement: au moment où Porcet arrivait derrière lui, il dévia le râteau d’une extrémité de l’épieu, tandis que de l’autre il affrontait la trique. Il soutint encore cinq ou six assauts, puis, ne pouvant tenir plus longtemps contre cette double attaque, il s’échappa d’une culbute dans l’espace, où il reprit sa forme primitive, celle d’une bête à neuf têtes, d’une laideur parfaitement répulsive, à mourir d’horreur rien qu’à la voir!
Un corps couvert de plum es et de duvet, de la taille d ’une tortue géante, une envergure de quelque douze pieds, les deux pattes en form e de crochets acérés, les neuf têtes form ant cercle autour d ’un point unique. E n déployant ses ailes, elle vole avec la plus grande facilité, car, le grand roc mis à part, nul oiseau ne développe une telle puissance. Son cri fa it trem bler le ciel jusqu'à ses extrémités les plus lointaines et porte plus haut que celui de la grue des immortels. Ses yeux scintillent d ’éclats dorés et son a ir fie r le distingue des oiseaux ordinaires.
À sa vue, Porcet frissonna d’effroi: «Frangin, depuis que je suis homme, je n’ai jamais vu créature aussi laide.
Quelle combinaison de sang et de souf He a pu donner naissance à cette bête?
— Un animal rare, vraiment rare! Laisse-moi le rattraper et l’écraser!» répondit Singet.
Sacré grand saint! Il bondit dans l’espace sur un nuage et visa de sa trique de fer la bête à la tête. Dans un grand déploiement de ses Stupéfiantes capacités, celle-ci se mit à voler en biais, ailes étendues, et, comme en un coup de vent, se présenta devant la montagne: une nouvelle tête lui sortit à hauteur de ceinture, bouche grande ouverte, telle un bol de sang; elle se referma sur une touffe de poils à Porcet; tirant et traînant, le monstre l’emporta dans le lac des Flots-Emeraude. Arrivé au palais du dragon, il reprit son aspeéf antérieur, jeta Porcet à terre et cria: «Où êtesvous, mes petits?»
compagnie de tortues et divers crustacés. «On l’a eu!»
criaient-ils en se pressant autour.
«Attachez-moi le bonze là-bas», ordonna le gendre royal, «nous allons venger nos sous-officiers de la patrouille!»
Tandis que la foule hurlante des monstres emportait Porcet à l’intérieur, le roi-dragon vint, fort aise, l’accueillir: «Mes félicitations, sage gendre! Comment as-tu fait pour le capturer?» Celui-ci lui exposa longuement les circonstances de la capture. Le vieux dragon donna aussitôt après des inst ru étions en vue de disposer un banquet pour célébrer la viétoire.
Bref, revenons à Singet qui se disait, alarmé par l’enlèvement de Porcet: «Redoutable, le gaillard! Si je retourne à la cour voir le Maître, je serai la risée du roi, je le crains. Le défier au combat? À quoi bon, maintenant que je suis seul? De plus, je ne suis pas entraîné aux opérations dans l’eau. Mieux vaut me transformer pour y entrer et observer le traitement que lui réserve le démon. Si l’occasion s’y prête, je favoriserai sa fuite et nous reprendrons le combat.»
Le brave Singet! Il fit une passe et, d’une secousse, reprit l’aspeét d’un crabe, plongea dans l’eau et gagna d’une traite l’arche d’entrée. C’est que le chemin lui était connu pour l’avoir précédemment emprunté quand il avait volé la bête-aux-pupilles-d’or du roi-démon-taureau. Il franchit donc l’entrée du palais en rampant en travers. Il retrouva le vieux roi-dragon et la bête à neuf têtes, qui buvaient joyeusement avec la maisonnée entière. N’osant trop s’approcher, Singet se glissa sous la galerie de gauche et aperçut une bande de crabes et crevettes qui s’amusaient comme des fous. Après avoir écouté un moment leurs conversations, il imita leur manière de parler pour demander: «Le bonze au long groin que Son Altesse a capturé, serait-il déjà mort?
— Pas encore. Il e£t ligoté sous la galerie, en face. Tu ne l’entends donc pas gémir?»
À ces mots, Singet rampa discrètement jusqu’à la galerie ouest. L’idiot grognait en effet, attaché à une colonne. Le Novice s’approcha: «Huit-Défenses, tu me reconnais?
— Qu’est-ce qui nous est arrivé, frangin! » Au son de la voix, il avait compris que c’était le Novice: «Comme tu vois, c’eit moi tout au contraire qui me suis fait capturer!»
Singet regarda tout autour: comme il n’y avait personne, il seétionna les cordes avec ses pinces et lui cria de s’enfuir. Mais, libéré, l’idiot objefta: «Frangin, ils m’ont enlevé mon arme, que faire?
— Sais-tu où ils l’auraient rangée?
— Le monstre a dû l’emporter au palais.
— Va m’attendre sous l’arche de l’entrée!»
Prenant la fuite, Porcet se glissa dehors, tandis que Singet, toujours sous la forme du crabe, retournait en rampant dans la salle du palais: à main gauche, il aperçut quelque chose qui répandait un lumière chatoyante.
C’était le râteau de Porcet qui brillait! Se rendant invisible, le Novice le saisit et sortit subrepticement. Arrivé sous l’arche, il appela: «Huit-Défenses, prends ton arme!»
Comme il avait retrouvé son râteau, l’idiot proposa:
«Pars d’abord, frangin, pendant que je ferai irruption dans le palais. Si je suis vainqueur je fais prisonnier la famille entière; sinon, je battrai en retraite et tu viendras à mon secours au bord du lac.»
Fort aise, Singet lui recommanda la plus grande vigilance.
«Il ne me fait pas peur», répondit Porcet, «dans l’eau, j’en connais un bout! »
Singet l’abandonna et remonta à la surface, où nous le laisserons.
Porcet serra sa longue tunique noire, prit le râteau des deux mains et, poussant un cri de guerre, se précipita à l’intérieur. La gent aquatique, affolée, déferla dans la salle principale en hurlant: «Catastrophe! Le bonze au long groin a rompu ses liens, il entre nous attaquer!»
Le vieux dragon, la bête à neuf têtes et les autres membres de la maisonnée, pris au dépourvu, sautèrent sur leurs pieds et se cachèrent où ils pouvaient.
L’idiot, sans égard pour sa vie, fonçait, brisant tout sur son passage, vantaux, tables, chaises; la vaisselle était réduite en miettes. En témoigne le poème:
L a mère du bois prise p a r le mon Hre de l ’eau, L e singe de l ’esprit p a rtit à sa recherche preño.
I l trouva le secret moyen de rompre ses liens.
Dans l’allant de la fureur, il surgit soudain.
L e gendre se cachait avec la princesse,
L e vieux dragon trem blait, muet de détresse.
F ils et petits-fils du dragon voyaient, atterrés, L es portes et fenêtres du palais fracassées.
Cette fois, Porcet brisa en mille morceaux le paravent d’écaille de tortue et cassa les arbres de coraux en les jetant par terre. Après avoir mis à l’abri la princesse, Neuf-Têtes se précipita sur le racloir en forme de croissant de lune et le rejoignit à l’avant du palais: «Maudit balourd de cochon!
Comment oses-tu pousser l’insolence jusqu’à mettre en émoi le clan de mon épouse?
— Brigand de monstre qui as eu l’audace de me capturer: cette fois je n’y suis pour rien. C’est toi qui m’as invité à venir ici te combattre! Rends-moi sans tarder le trésor pour que je retourne voir le roi et mette un terme à l’affaire. Sinon, je ne ferai pas de quartier!»
Le monstre ne voulait évidemment rien entendre:
grinçant des dents, il croisa le fer. Le vieux dragon, qui avait repris ses esprits, fit prendre les armes à ses fils et petits-fils. Comme ils se lançaient tous ensemble à l’attaque, Porcet se rendit compte que la situation lui était défavorable et, sur une feinte du râteau, se dégagea pour fuir. Le vieux dragon le poursuivait à la tête de sa troupe.
L’instant d’après, il surgissait hors de l’eau, tandis que tous les autres bondissaient et se culbutaient à la surface du lac.
Or, Singet attendait, debout sur la rive. Dès qu’il les vit sortir de l’onde aux trousses de Porcet, il s’éleva sur un nuage au milieu des airs, brandit la trique de fer et cria:
«Ne bougez plus! » Du premier coup, il réduisit en bouillie le crâne du vieux dragon. Le malheureux! Son sang gonflait d’une nappe rouge les eaux du lac, son corps flottait sur les flots, les écailles défaites. Fils et petit-fils, terrorisés, cherchaient le salut dans la fuite. Le gendre Neuf-Têtes recueillit le cadavre et se retira au palais.
Au lieu de le poursuivre, Singet et Porcet retournèrent sur la rive discuter des derniers événements.
«Le gars en a pris pour son grade! Mon râteau leur en a fait voir de toutes les couleurs; ils n’en avaient plus l’âme chevillée au corps», assura Porcet, «mais au moment où je m’attaquais au gendre, le vieux dragon s’est ramené. Heureusement que tu l’as eu. Les gaillards doivent être occupés aux funérailles et ne ressortiront sûrement pas de sitôt. Et puis, il se fait tard maintenant. Comment agir?
L iv r e XIII, c h a p it r e l x i ii
— Que nous importe l’heure! Profite de l’occasion pour retourner l’attaquer. Nous ne saurions revenir à la cour sans leur avoir arraché le trésor.»
Poussé par l’indolence et la paresse, l’idiot cherchait toutes sortes de prétextes, mais Singet insistait: «Foin de tergiversations! Agis de la même façon que tout à l’heure, attire-le dehors, et je cogne!»
Tous deux étaient en pleine discussion quand, tout à coup, ils entendirent le bruit d’une tornade et virent un tourbillon de sombre brouillard passer de l’est au sud. Une observation plus attentive révéla à Singet que c’était l’illustre saint Erlang, à la tête de ses six frères du mont des Pruniers. Ils tenaient chiens et faucons, portaient lièvres, renards, daims et cerfs. Ils s’approchaient, chacun un arc pendu à la ceinture et une dague à la main, sautillant dans le vent et la brume.
«Porcet, ce sont mes sept frères jurés! Voilà qui tombe bien! Retenons-les et invitons-les à nous aider. Si nous y parvenons, ce sera l’occasion ou jamais!
— Des frères? Bien sûr qu’il faut les retenir.
— Mais parmi eux l’illuâre saint, mon aîné, est celui qui m’avait vaincu: cela me gêne d’aller le voir. Va, toi, retenir son nuage en l’appelant: “Véritable seigneur, arrêtez-vous donc un instant. Le Grand Saint égal au Ciel, qui est ici, vous salue.” S’il apprend que c’est moi, il s’arrêtera certainement. Il me sera plus facile de le rencontrer quand il sera descendu. »
L’idiot monta aussitôt sur un nuage et, du sommet de la montagne, les arrêta en criant: «Véritable seigneur, ralentissez, le Grand Saint égal au Ciel vous prie de venir le voir!»
À ces mots, Erlang fit passer l’ordre de s’arrêter aux six frères, puis, après avoir rencontré Porcet, lui demanda:
«Où se trouve le Grand Saint égal au Ciel?
— Il attend présentement vos ordres au pied de la montagne.
— Mes frères», dit Erlang, «allez vite le prier de venir ici.»
Kang, Zhang, Yao, Li, Guo et Zhi sortirent chacun l’appeler: «Frère Conscient-de-la-Vacuité, notre aîné t’invite! »
Singet s’avança, les salua et monta avec eux au sommet.
Erlang l’accueillit, le prit dans ses bras et, après l’échange de salutations, lui dit: «Te voilà délivré de la grande épreuve, entré dans les ordres monastiques, sur le point d’accomplir ta mission et de monter sur le trône de lotus, mes félicitations; félicitations!
— Je n’ose m’en prétendre digne», répliqua Singet, «je ne me suis encore en rien acquitté de la grâce sans commune mesure que je vous dois. Certes, je suis sorti de l’épreuve et marche vers l’Ouest, mais je ne sais si nous réussirons. Présentement, comme notre route passait par le royaume de Jisai, nous nous sommes portés au secours de moines dans le malheur en cherchant à capturer un démon et récupérer leur trésor. Puisque le hasard vous fait passer par ici, j’ai l’extrême audace de vous prier de reûter pour nous donner un coup de main. Nous ignorons d’où vous venez et si vous pourriez nous accorder cette marque d’affedion.
— Comme je n’avais rien d’autre à faire», répondit en souriant Erlang, «j’étais allé à une partie de chasse avec mes frères; nous en revenons. Je suis heureux que tu aies la bonté de nous inviter et de montrer ainsi combien notre vieille amitié te tient à cœur. S’il s’agit de contribuer à la soumission de monûtres, oserais-je me dérober à tes ordres? Mais je ne sais quels sont ces brigands qui hantent la région.
— L’auriez-vous oublié, grand frère? C’eût ici que se trouve le mont Chaos-de-Rochers, au pied duquel le lac des Flots-Emeraude abrite le palais du dragon Toussaint.
— Mais il n’eût pas dans la nature du vieux dragon Toussaint de causer des ennuis», répliqua, surpris, Erlang, «il ne saurait avoir eu l’audace de voler le trésor de la pagode!
— Il a récemment accueilli un gendre qui eût la bête à neuf têtes», précisa Singet, «de connivence en vue de ce vol, ils ont versé une pluie de sang sur le pays de Jisai et dérobé les précieuses reliques de la pagode du monaûtère de l’Eclat-de-I’Or. Le roi, qui n’y avait rien compris, s’était acharné sur les moines et les faisait torturer. C’eût notre maître qui, dans sa commisération, en balayant la nuit le ûtoupa, m’a permis d’arrêter deux monûtres qui avaient été envoyés en patrouille. Nous les avions amenés à la cour où ils sont passés à des aveux complets. Le roi avait alors prié notre maître de les terrasser, lequel nous en a chargé en nous envoyant ici. À la première bataille, Neuf-Têtes en a sorti une supplémentaire à la taille, qui a emporté Porcet entre ses dents; je me suis alors transformé pour descendre dans l’eau et le délivrer. Au cours du grand combat qui vient d’avoir lieu, c’est moi qui ai tué le vieux dragon. Le gars s’eft tiré en emportant le corps pour se mettre en deuil. Nous étions justement en train de discuter tous les deux de la nécessité de le provoquer au combat, quand on vous a vu approcher, vous et vos compagnons.
Voilà pourquoi je me suis cavalièrement permis de vous importuner.
— Puisque le vieux dragon est éliminé, c’est le moment de les attaquer et de prendre le gars au dépourvu. N’est-ce pas le meilleur moyen d’anéantir le repaire entier?
— Certes», objeéta Porcet, «mais il se fait tard...
— Comme disent les Stratèges», répliqua Erlang, d ’attaque ne saurait dépendre de l’heure-, il n’y a pas lieu de s’en inquiéter!
— Il n’y a pas d’urgence, grand frère», objeâèrent Kang, Yao, Guo et Zhi, «puisque sa femme y est, il n’ira sûrement pas ailleurs. Singet est notre hôte, Porcet aux soies raides cultive lui aussi le juste fruit; nous avons emporté au camp du vin et des amuse-gueule: faites donc chercher du feu par les petits et disposons ici même un banquet tant pour célébrer leurs exploits que pour bavarder. Il sera temps de le provoquer au combat à l’aube, après une nuit joyeusement passée ensemble.
— Vous avez tout à fait raison, mes sages frères», répondit Erlang, fort aise. Il donna aussitôt l’ordre de disposer le festin.
«Je ne voudrais heurter vos bonnes intentions, mais depuis que nous sommes devenus moines», rappela Singet, «nous observons le commandement de manger maigre.
— Nous avons des fruits. Même notre vin est maigre», répliqua Erlang.
Les frères levèrent donc la coupe à leur vieille amitié au clair de la lune, le ciel leur servant de tente et la terre de natte. À dire vrai,
Longues sont les veilles dans la solitude,
Courtes les nuits dans la jo ie et plénitude.
L’est déjà pâlissait. Porcet, dont l’enthousiasme avait L a créature battit des ailes et descendit en piqué.
L iv r e XIII, c h a p it r e l x i ii
été ravigoté par plusieurs gobelets, déclara: «Il va faire jour, laissez-moi descendre dans l’eau le provoquer au combat.
— Attention, amiral», lui dit Erlang, «il suffit de l’attirer dehors, nous nous chargerons du reste.
— Entendu, je sais! » répond Porcet en riant.
Le voilà qui relève ses basques, serre le râteau et, usant de la magie de séparation des eaux, s’y jette: arrivé droit à l’arche, il fonce à l’intérieur en poussant des cris de guerre.
Le fils du dragon s’était alors vêtu de chanvre et veillait le corps en pleurant. Le petit-fils et le gendre s’affairaient derrière à préparer la bière. Vociférant, Porcet surgit à ce moment précis et, levant le lourd râteau, l’abattit sur la tête du jeune dragon, perçant son crâne de neuf trous.
Chacun de courir affolé en tous sens; dame dragon sanglotait: «Le bonze au long groin m’a tué maintenant mon fils! »
Au bruit de ces lamentations, le gendre saisit le racloir en forme de croissant de lune et sortit avec le petit-fils l’attaquer. Porcet parait les coups de son râteau et, battant en retraite tout en combattant, bondit hors de l’eau.
Sur la rive, le Grand Saint égal au Ciel et les sept frères se jetèrent sur le petit-fils du dragon et le hachèrent menu.
Voyant la situation prendre mauvaise tournure, le gendre fit une culbute devant la montagne, réapparut sous son aspeél primitif et, déployant ses ailes, se mit à tournoyer en s’élevant à une grande hauteur. Erlang prit aussitôt son arc d’or, y plaça une balle d’argent, le banda et tira vers le ciel. La créature battit des ailes et descendit en piqué dans l’intention de mordre Erlang, mais à peine la tête était-elle sortie à mi-taille, que l’un des lévriers bondit et, d’un rapide coup de gueule, l’arracha, dégoulinante de sang. La créature s’échappa, malgré la douleur, et fila en direâion de la mer du Nord. Porcet voulait la poursuivre.
Singet l’arrêta: «Ne cherche pas à le rattraper: On ne poursuitpas l’ennemi epuise'. Il a peu de chances de survivre, la tête arrachée par le chien. Attends que je prenne son aspedt, ouvre-moi une voie en écartant les eaux et feins de me poursuivre: j’irai trouver la princesse et lui subtiliserai le trésor.
— C’est bon, on ne le poursuit pas», dit Erlang à l’adresse des six saints, ses frères jurés, «mais laisser cette espèce survivre sur terre sera nuisible à la postérité.»
Il existe encore aujourd’hui une bête sanguinolente à neuf têtes.
Porcet écarta les eaux comme on le lui demandait.
Singet allait de l’avant sous l’aspeft du monstre, poursuivi par son condisciple hurlant; arrivé au palais du dragon, il fut accueilli par la princesse Toussaint, qui lui dit: «Pourquoi t’affoler?
— Le porc a remporté la viétoire et me chasse jusqu’ici, où je crains ne pouvoir lui résister: donne vite le trésor pour que je le mette en lieu sûr!»
Il aurait été difficile à la princesse de déteder le faux dans la précipitation du moment. Elle alla chercher un coffret doré dans une salle du fond et le tendit à Singet:
«Voici le trésor des bouddhistes.» Puis elle sortit une boîte de jade blanc et précisa, en la remettant à son prétendu mari: «C’est l’angélique magique à neuf feuilles. Emporte ce trésor pendant que je retiens le porc en soutenant deux ou trois engagements contre lui. Quand tu les auras mis à l’abri, reviens le combattre.»
Le Novice rangea les deux coffrets sur lui et, se passant la main sur le visage, reprit son aspeét originel; puis il se tourna vers la princesse: «Serais-je vraiment le gendre du roi?»
Prise de panique, celle-ci voulut lui arracher les coffrets, mais Porcet, faisant irruption, l’abattit d’un coup de râteau.
Restait dame dragon: elle se retirait pour s’enfuir lorsque Porcet l’arrêta. Il levait son arme quand Singet l’apostropha: «Non! Ne la tue pas! Il faut en garder un vivant comme preuve de nos exploits aux yeux de la cour.»
Il emmena en conséquence dame dragon à la surface de l’eau, tandis que, derrière lui, Singet montait sur la rive avec les deux coffrets et annonçait à Erlang: «Par la grâce de votre aide puissante, nous avons obtenu le trésor et nettoyé le pays de ses monstres et bandits.
— C’est d’abord que le roi du pays a la faveur du Ciel et ensuite grâce à vos capacités illimitées, mes chers frères. Je n’y suis pour rien.
— Frère Singet, puisque le travail eft accompli, nous prenons congé ici même», lui dirent les frères jurés.
Singet se confondit en remerciements et aurait voulu les retenir pour leur faire rencontrer le roi, mais ils refusèrent et ramenèrent leur troupe à Guankou.
Voyageant à mi-hauteur dans les airs, entre brumes et nuages, ils atteignirent en un instant la cité, Singet portant les coffrets et Porcet traînant la femme du dragon. Les moines qui avaient été libérés les attendaient aux portes de la ville. Dès qu’ils aperçurent les nuages qui s’arrêtaient, ils s’avancèrent pour se proiterner et saluer avant de les conduire à la cour. Le roi et le moine chinois étaient en conversation dans la salle d’audience. Le bonze qui se trouvait en tête prit son courage à deux mains, entra et annonça: «Votre Majesté, messeigneurs Singet et Porcet ont capturé les bandits et retrouvé le trésor. Ils arrivent.»
À ces mots, le roi sortit en hâte de la salle avec Tripitaka et Sablet. Il les accueillit avec d’infinis remerciements pour leurs merveilleux exploits et ordonna que soit disposé un banquet en témoignage de gratitude.
«Il ne faut pas leur offrir à boire», protesta Tripitaka, «on célébrera quand mes humbles disciples auront restitué le trésor à la pagode.» Puis, se tournant vers Singet:
«Comment se fait-il que vous ne vous présentiez qu’aujourd’hui alors que vous êtes partis hier?»
Le Novice exposa en détail comment ils avaient dû combattre le gendre, tuer le roi-dragon, comment ils avaient rencontré Erlang, vaincu les monstres et comment il avait obtenu le trésor par la ruse. Tripitaka, le roi et les fonétionnaires civils et militaires de tous grades ne se tenaient plus de joie.
«Est-ce que la dame-dragon sait parler le langage des humains? demanda le roi.
— C’est l’épouse du dragon», répliqua Porcet, «elle lui a donné de nombreux fils et petits-fils. Comment pourraitelle ignorer le langage des hommes?
— Dans ce cas, qu’elle nous expose sans retard les tenants et aboutissants de l’affaire!
— Je ne sais rien du vol. Ce sont mon mari et le gendre qui ont tout manigancé: sachant que la lumière de la pagode venait de reliques bouddhiques, ils ont fait tomber une pluie de sang il y a trois ans et profité de cette occasion pour les dérober.
— Comment a été volée l’angélique magique?
mortalité de cette plante, les reliques resteront imputrescibles mille ans et brilleront à jamais; il suffit d’en balayer le sol ou les champs pour qu’elles émettent des milliers de rayons irisés. Maintenant que vous nous les avez arrachées, que vous avez tué mon mari et mon fils, supprimé mon gendre et ma fille, laissez-moi la vie, je vous en supplie!
— T’épargner, toi? grommela Porcet.
— Toute la famille n’est pas coupable», objeda Singet, «je te pardonne à condition que tu m’assures à jamais la protedion de la pagode.
— Belle mort ne vaut vie misérable: je ferai tout ce que vous me demanderez si vous m’accordez la vie.»
Le Novice demanda une chaîne, que l’officier de service lui apporta aussitôt. Il l’enfila dans l’omoplate de dame dragon et dit à Sablet d’inviter le roi à venir assister au retour du trésor dans le Stoupa.
Le roi fit avancer en toute hâte son char et sortit de la cour avec Tripitaka, la main dans la main, suivi de la plupart des officiers civils et militaires. Arrivés au monastère de l’Éclat-de-l’Or, ils montèrent dans la pagode. Les reliques furent replacées dans un vase sacré, au treizième étage, et la femme-dragon fut enchaînée à la colonne centrale. Convoqués par une incantation, le dieu du lieu, celui des murs et fossés et le dieu protedeur du monastère furent chargés de lui apporter à boire et à manger tous les trois jours, pour assurer sa survie, et de l’exécuter sur-le-champ à la première incartade. Les divinités acquiescèrent silencieusement.
Singet balaya chacun des treize étages avec l’angélique, qu’il plaça dans le vase pour qu’elle entretienne la relique, laquelle redevint alors comme neuve, brillant de mille feux, illuminant les huit diredions pour la commune édification des pays voisins aux quatre orients.
Redescendu à l’entrée de la pagode, le roi les remercia et déclara:
«Sans le vénérable Bouddha et les trois bodhisattva, ici présents, jamais je n’aurais tiré cette affaire au clair!»
«Votre Majesté», fit remarquer Singet, «Éclat-de-l’Or n’est pas le nom approprié car ce ne sont pas choses qui durent. L’or fond et coule, l’éclat ne scintille qu’un instant. Considérant la peine que je me suis donnée pour vous, je me permets de suggérer de le modifier en celui de ¿55
monastère de la Soumission-des-Dragons, de façon à vous en assurer l’éternelle permanence.»
Le roi ordonna aussitôt de changer l’appellation et de suspendre un nouveau panneau, ainsi rédigé:
MONASTÈRE DE LA SOUMISSION-DES-DRAGONS, PROTECTION DU PAYS,
FONDÉ SUR ORDRE DU ROI.
Il fit disposer un banquet et convoquer des peintres pour faire le portrait des quatre pèlerins. Leurs noms furent inscrits dans la tour aux Cinq-Phénix’. Le roi raccompagna le moine chinois et ses disciples dans son char aux clochettes et voulut leur offrir or et jade, qu’ils refusèrent fermement. Ils n’acceptèrent pas la moindre chose.
Le cas de dire:
L es démons extirpés, toute la contrée en p a ix, L a lum ière revenue éclaire la terre.
Si vous ne savez, en fin de compte, comment se passa la suite du voyage, écoutez la séance qui vient.