L e bien atteint, toutes causes cessantes,
A u x quatre continents s ’étend sa renommée.
Lum ière de sapience mène à l ’autre rive
Où naissent les nuages à l ’extrém ité du ciel.
Demeurant éternellement sur leurs trônes de jaspe, Tous les bouddhas les y attendent.
Brisez le rêve humain du papillon,
Finissez-en!
Lavés de toute souillure, libérés de toute inquiétude.
L e grenadier’* étend le brocart de ses fruits, L a feuille de lotus s'ouvre en bol bleu,
L es oisillons se cachent sous les saules verts, Tandis que le passant agite son éventail.
Ils avançaient, lorsqu’ils s’aperçurent qu’ils se rapprochaient d’une ville murée. Tripitaka tira sur les rênes et s’exclama: «Mes disciples, voyez-vous où nous sommes?
— Vous ne savez donc pas lire, maître?» rétorqua Singet, «comment avez-vous pu accepter l’ordre de quitter la cour?
— Moi qui suis moine depuis ma plus tendre enfance, qui connais à fond classiques et soutras, comme peux-tu dire que je ne sais pas lire!
— Comment se fait-il que vous ne reconnaissiez pas les trois gros caraétères, sur la bannière qui flotte au-dessus de la cité, si vous savez lire? Est-ce à moi qu’il faut poser la question? insista Singet.
— Ce maudit singe raconte n’importe quoi!» s’emporta Tripitaka, «le vent l’agite en tous sens, cette bannière: à supposer qu’il y ait des signes, on n’y voit rien!
— Et pourquoi, moi, j’arrive à les lire?
— Maître », intervinrent Porcet et Sablet, « ne faites pas attention aux diableries de notre condisciple: c’est à peine si l’on distingue les murs et les fossés à cette distance.
Comment pourrions-nous reconnaître le moindre signe?
— Ne lit-on pas les trois caraétères Royaume de Pourpre Violet?
— Ce doit être un royaume des pays de l’Ouest où il nous faut échanger nos lettres de créance, conclut Tripitaka.
— Cela va sans dire», approuva Singet.
Ils furent bientôt à l’entrée de la cité. Tripitaka descendit de son cheval. Ils franchirent le pont et, lorsqu’ils eurent passé la troisième porte, quelle imposante capitale!
Hautes tours et portes altières, créneaux régulièrement estpacés, eau vive tout autour, entre de puissantes montagnes, au nord et au sud.
L e long des avenues et dans les marchés s ’accumulent les marchandises d ’un commerce florissant: c’est assurément capitale royale, voile cité de céleéle résidence. L es bateaux des plus lointains pays viennent, chargés de jades et de trésors.
Sa form e surpasse la beauté des chaînes de collines, ses palais rejoignent la voûte azurée.
L es trois passes sévèrement gardées lu i assurent p a ix et proîpérili étemelles.
Tandis qu’ils marchaient le long des grandes avenues et des places, les pèlerins ne voyaient que gens au port digne, 'Livre XIV, chapitre l x v iii
bien vêtus et parlant clair: un monde qui, assurément, ne le cédait en rien à celui de la Chine des grands Tang.
Lorsque les gens qui s’aéfivaient à vendre ou acheter, de chaque côté de la chaussée, aperçurent Porcet, avec sa gueule d’une exceptionnelle laideur, le grand Sablet au visage noir et la face velue au large front de Singet, ils abandonnèrent leurs adivités et se bousculèrent pour les voir de plus près.
«Ne provoquez pas d’incidents!» criait Tripitaka à ses disciples, «marchez tête baissée!»
Porcet obéit en fourrant dans sa poitrine son groin en forme de réceptacle de graines de lotus. Sablet n’osait lever les yeux. Seul Singet, regardant à droite et à gauche, ne lâchait pas d’une semelle Tripitaka.
Ceux qui savaient comment se tenir jetaient un coup d’œil et s’en retournaient. Mais les badauds qui n’avaient rien d’autre à faire, ainsi qu’une bande de garnements, tournaient autour de Porcet en criant et balançant bruyamment des quolibets, poussant la raillerie jusqu’à jeter briques et tuiles. Tripitaka en avait des sueurs froides et ne cessait de répéter: «Ne provoquez pas d’incident!»
L’idiot n’osait lever le nez.
Bientôt, ils tournaient au coin de la rue et apercevaient un portail qui s’ouvrait dans un mur. Au-dessus figuraient les trois caraftères: Maison Commune de Réunion'.
«Disciples, entrons dans ce bâtiment officiel, suggéra Tripitaka.
— Pour quoi faire? rétorqua Singet.
— La “maison commune de réunion” est l’endroit où se rencontrent tous les gens de l’univers: nous pouvons nous permettre de les déranger et y prendre quelque repos avant d’être reçus par Sa Majesté. Nous quitterons la ville et reprendrons la route quand nous aurons fait viser nos documents de voyage.»
À ces mots, Porcet leva le nez, jetant la panique parmi ceux qui l’avaient suivi. De saisissement, plusieurs dizaines de personnes tombèrent à la renverse.
«Maître, vous avez raison», approuva Porcet en s’avançant, «entrons nous cacher à l’intérieur: nous serons à l’abri du caquetage de cette volaille!»
Là-dessus, ils pénétrèrent dans l’hôtel, laissant la foule se disperser lentement.
l’hôtel, le principal et son suppléant. Ils étaient dans la salle, occupés à faire l’appel, et sur le point d’aller recevoir des officiers, lorsqu’ils virent arriver le moine chinois.
Stupéfaits, ils s’écrièrent d’une même voix: «Quelle sotte de gens êtes-vous? Où donc allez-vous?
— Le pauvre moine, votre serviteur», répondit Tripitaka en joignant les paumes, «a été envoyé en quête des Écritures au paradis de l’Oueit par Sa Majesté des grands Tang des terres de l’Est. Arrivés présentement en votre noble pays, nous n’osons le traverser incognito et sommes désireux d’échanger et faire viser nos lettres de créance avant de repartir. Permettez-nous de solliciter un abti temporaire dans votre respeétéjam en. »
À ce discours, les deux commissaires invitèrent leurs subordonnés à se retirer, reâifièrent leur tenue de cérémonie et descendirent recevoir leurs hôtes. Ils firent balayer les appartements destinés à leur repos et donnèrent des ordres aux cuisines pour qu’on leur servît un repas maigre.
Tripitaka remercia. Les deux officiers sortirent et s’en furent, emmenant leur personnel. Invité à rejoindre les appartements des hôtes, Tripitaka s’y rendit. Singet était indigné: «Quelle morgue! Il aurait pu nous laisser la salle principale!
— Ils ne sont ici ni soumis au gouvernement de nos grands Tang, ni même associés à notre pays», fit valoir Tripitaka, «de plus, il arrive qu’ils aient à loger leurs supérieurs à leur passage. Voilà pourquoi il leur était difficile de nous recevoir dans la grande salle.
— Ce qui revient à dire que j’y tiens d’autant plus», conclut Singet. Ils échangeaient ces propos quand le majordome apporta les provisions: un plat de riz blanc, un de farine de blé, deux poignées de légumes verts, quatre morceaux de fromage de soja, deux fritures de gluten, une assiette de pousses de bambou séchées et une d’auriculaires. Tripitaka demanda à ses disciples de les prendre et de remercier le majordome. Celui-ci ajouta:
«Il y a un fourneau propre dans la pièce de l'ouest: il suffit d’allumer le feu. Veuillez cuire le repas vous-mêmes.
— Un mot, s’il vous plaît», demanda Tripitaka, «est-ce que le roi siégerait à la salle d’audience présentement?
— Il y a longtemps que Sa Majesté, notre seigneur, n’était pas monté à la cour, mais comme c’est aujourd’hui jour d’excellent augure, il est justement occupé à discuter L e roi ie fit entrer dans ¡a salle d'O r et lu i accorda la grâce de s'asseoir.
avec les officiers civils et militaires d’une proclamation publique. Si vous souhaitez échanger vos lettres de créance, profitez sans tarder de l’occasion; il est encore temps. Ce ne sera plus possible demain; je me demande combien de temps il vous faudrait alors attendre.
— Conscient-de-la-V acuité!» s’écria Tripitaka, « restez tous les trois à préparer le repas et attendez que je sois revenu après avoir fait viser en toute hâte les documents. Nous repartirons quand nous aurons mangé.»
Porcet s’empressa de chercher le document de voyage et le kasâya. Tripitaka s’en revêtit pour se présenter à la cour et se contenta de recommander à ses disciples de ne pas sortir et provoquer d’esclandre.
Il fut bientôt devant la tour aux Cinq-Phénix. On n’en finirait pas de décrire la magnificence des édifices, la beauté des tours et terrasses. Arrivé à l’entrée principale, celle du sud, il demanda à l’officier en charge de bien vouloir transmettre à la cour son souhait de procéder à l’échange des lettres de créance. Le préposé se rendit effeâivement au pied des marches de jade annoncer: «Il y a à la porte un moine envoyé en mission par les grands Tang des terres de l’Est afin de rendre hommage au Bouddha en son monastère du Coup-de-Tonnerre et solliciter les Écritures. Il souhaite échanger ses lettres de créance et attend votre convocation.»
Le roi s’en réjouit et répondit: «Une longue maladie Nous a empêché de monter sur le trône. C’est au moment où Nous allions faire afficher un appel aux médecins que survient ce moine éminent dans Notre pays.»
Il le fit aussitôt convoquer. Tripitaka se prosterna. Le roi le fit entrer dans la salle d’Or et lui accorda la grâce de s’asseoir, tandis qu’il faisait préparer un repas maigre par la cour des banquets. Tripitaka le remercia de ses bontés et lui présenta le document de voyage.
Quand il l’eut parcouru, le roi lui demanda, fort aise:
«Maître de la Loi, combien de souverains se sont succédé sur le trône des grands Tang? Et combien de sages ministres? Quant à l’empereur Tang, après avoir recouvré la vie, pourquoi vous a-t-il envoyé au loin franchir montagnes et cours d’eau en quête des Écritures?»
À ces questions, le Vénérable s’inclina, joignit les paumes et répondit:
«Là-bas au pays du pauvre moine, votre serviteur, 'Livre XIV, chapitre l x v iii
« Trois augultes régentèrent le monde et cinq empereurs y distinguèrent les relations humaines fondamentales.
«Yao et Shun montèrent légitimement sur le trône, « Y u et Tang' apportèrent la p a ix au peuple.
«Nom breux furent les descendants de Cheng et Zhou, «Chacun s ’établissant dans son domaine et, le fo rt abusant du faible, ils divisèrent le royaume en se déclarant souverains.
« D ix -h u it ils furent, à diviser le territoire et les frontières.
«Puis, lorsqu’ils furent réduits à douze, l ’univers connut la p a ix.
«M anquant de chars et de chevaux, ils recommencèrent à s ’entredévorer.
«Des sept hégémonl entrèrent en compétition et les six États se rendirent à Q in 4.
« L e C ie l donna naissance à son ennemi mortel, à P ei de L u r'.
«Fleuves et monts appartinrent dès lors aux H an qu i établirent les lois à relpeüer.
«L es H an revinrent à Sim a et les fin se divisèrent.
« Ily en eu douze entre le N ord et le Sud, dont Song, Q i, L ian g et Chen.
«L es ancêtres se succédèrentjusqu 'à ce que les grands Sui rétablissent l ’unité véritable. M ais l ’inhum anité du destpote plongeait le peuple dans la souffrance.
«Notre souverain du clan des L i donna le nom de Tang à l ’empire.
Gaoztt, s’en étant allé, règne aujourd’hu i Shimin.
«P ur coule le fleuve, valle s’étend la mer, car haute eft sa vertu, large sa bonté.
«Pour avoir réduit la quantité de douce pluie, un dragon divin, efprit des eaux au nord de la cité de Chang’an, devait payer de sa vie.
«Dans la nuit, en rêve, il sollicita l'aide de notre souverain. L'em pereur lu i accorda le pardon et le lendemain convoqua son sage m inilire.
A fin de le retenir au palais, il engagea une lente partie d ’échecs. M ais à m idi précise le sage m iniîlre décapita le dragon en rêve. »
À ce discours, le roi fit entendre un soudain gémissement et demanda:
«Maître de la Loi, de quel pays était ce sage ministre?
— C’était le premier ministre auprès de Sa Majesté, notre souverain, du nom de Wei, au prénom de Zheng. Il est aussi savant en astronomie qu’en géographie, distingue le Yin du Yang. Il a grandement contribué à pacifier le pays et consolider le règne de la dynastie. À la suite de cette décapitation en rêve, le roi-dragon de la rivière Jing a porté plainte aux tribunaux infernaux, accusant notre souverain de l’avoir tué après lui avoir promis la vie sauve.
C’est ainsi qu’une crise aiguë a mis notre empereur en mortel danger. Wei Zheng a cette fois rédigé une lettre 34°
qu’il a donnée à notre souverain pour l’emporter dans l’autre monde et la remettre au juge Cui Jue de la cité de Fengdu. Peu après, l’empereur Tang mourait, pour ne revenir à la vie que trois jours plus tard, cela grâce à Wei Zheng. Emu par sa lettre, le juge Cui avait altéré le document, ajoutant vingt années de longévité à l’empereur.
C’est pourquoi, voulant dès lors procéder à de grandes cérémonies par l’Eau et la Terre, l’empereur m’a envoyé sur les routes lointaines visiter maintes nations et rendre hommage au Bouddha afin d’obtenir les trois corbeilles de soutras du Grand Véhicule, opérer le salut des pécheurs et les faire passer de la souffrance au ciel.»
Le roi se remit à soupirer: «Votre grand pays est assurément cour céleste, bénéficiant d’un juS'te souverain entouré de sages ministres! Tandis que moi, tourmenté depuis si longtemps par une longue maladie, je ne trouve pas un seul de mes serviteurs pour me guérir.»
À ces mots, le Vénérable risqua un coup d’œil et se rendit compte que Sa Majesté avait le visage cireux et décharné, le corps émacié et l’air déprimé. Il allait se permettre quelques questions quand l’officier de la cour des banquets se présenta pour l’inviter au repas maigre. Le roi donna d’ordre de le disposer dans la salle Couverte-de Parfums et d’y servir son propre menu: «Je partagerai le repas avec le Maître de la Loi.»
Tripitaka remercia et, il va sans dire, mangea avec le roi.
Reparlons de Singet à la Maison commune de réunion:
il envoya Sablet préparer le thé, le riz et les légumes.
«Le thé et le riz, rien de plus facile à cuire», lui répondit celui-ci, «mais quant à préparer les légumes, ce ne sera pas commode.
— Pourquoi cela?
— Il n’y a rien, pas d’huile, ni de sel, ni de sauce, ni de vinaigre.
— J’ai quelques sous sur moi: envoie Porcet en acheter dans la rue.»
L’idiot se mit à jouer au tire-au-flanc: «Je n’ose pas sortir. Paraît que je n’ai pas assez bel air; je crains de susciter quelque malheur; c’est moi que le Maître blâmerait.
— Nous proposons un commerce équitable; nous ne demandons pas l’aumône, ni ne cherchons à voler. Quel malheur pourrait en résulter? répliqua Singet.
3 4 i
— Tu n’as donc pas vu la panique, tout à l’heure?
Quand j’ai levé le nez devant la porte, une dizaine de personnes sont tombées à la renverse. Si je me pointe en plein marché dans la foule, je me demande combien de gens je tuerai de frayeur!
— Tu ne connais donc que la foule des marchés animés? Tu n’as pas vu ce qu’on vendait par ici?
— Comme le Maître m’a demandé de baisser la tête et de ne pas provoquer d’incident, je n’ai, en vérité, rien vu.
— Il y a des marchands de vin, de riz, des meuneries, et, il va sans dire, des boutiques de soieries, des merceriesépiceries. De belles maisons de thé et de ces restaurants!
Des nouilles, d’énormes galettes, de gros pains cuits à la vapeur; de ces soupes, légumes, épices! Et puis tous ces gâteaux exotiques, roulés, frits, au miel... tant de bonnes choses. Tu viens avec moi en acheter? Qu’en dis-tu?»
L’idiot en avait l’eau à la bouche. Il ravala sa salive, sauta sur ses pieds et déclara: «Frangin, c’est bon, cette fois c’est toi qui casques, mais j’aurai ma revanche la prochaine fois quand j’aurai réuni quelques sous.
— Sablet, cuis le riz en attendant que nous te rapportions les condiments, recommanda Singet en riant en son for intérieur.
— Allez-y. Achetez tant et plus, revenez rassasiés!»
répondit du tac au tac Sablet, qui avait compris que Singet se moquait de Porcet.
Porcet alla puiser à la resserre un bol et une soucoupe, puis sortit en compagnie de Singet. «Où allez-vous, vénérables? leur demandèrent deux officiers.
— Acheter des condiments, répondit Singet.
— Suivez cette avenue vers l’ouest et tournez à la tour du Tambour: vous trouverez tout ce qu’il faut au bazar des Zheng: huile, sel, vinaigre, gingembre, poivre et thé — tout ce que vous voudrez. »
La main dans la main, tous deux montèrent donc la rue vers l’ouest. Singet passa devant plusieurs maisons de thé et restaurants sans acheter ni manger ce qu’ils avaient convenu d’acheter ou de manger.
«Frangin», s’impatientait Porcet, «contentons-nous de ce qu’on vend ici, profitons-en un peu!»
sage frère, tu n’as vraiment aucun sens de l’économie!
Allons un peu plus loin en choisir de plus gros.»
Leur bavardage avait à nouveau attiré la foule qui se bousculait pour mieux voir. Bientôt arrivés à la tour du Tambour, ils s’aperçurent qu’un nombre incalculable de gens, vociférant et jouant des coudes, bloquait la rue.
«Frangin, j’y renonce», déclara Porcet à ce speftacle, «ça crie tant et plus. Je crains que ce ne soit pour se saisit des bonzes. De plus, avec notre mine suspeéte, s’ils nous arrêtent, qu’arriverait-il?
— Balivernes! Être moine n’est pas contraire aux lois:
pourquoi nous arrêteraient-ils? Passons, allons jusqu’à la boutique des Zheng acheter quelques condiments.
— Non et non! Je ne veux pas attirer sur moi le malheur. Pour peu que l’on fende la foule et que je batte des oreilles deux ou trois fois, il en tombera je ne sais combien à la renverse, quelques-uns ne se relèveront plus et c’est moi qui devrai payer pour leur vie!
— Puisqu’il en est ainsi, reste tranquillement au pied du mur le temps que j’aille acheter ce qu’il faut. Je te rapporterai des nouilles et des galettes grillées.»
L’idiot tendit le bol et la soucoupe au Novice. Le nez contre le mur, il tournait le dos à la foule et n’aurait pas bougé pour tout l’or du monde.
Singet trouva en effet la voie bloquée du côté de la tour.
Tandis qu’il se frayait un passage dans la foule, il comprit aux conversations que la raison en était la proclamation affichée au pied de la tour, que chacun cherchait à voir. En poussant, Singet parvint à s’en approcher et, ouvrant ses yeux de feu aux pupilles d’or, réussit à l’examiner attentivement. On y lisait:
Depuis que Nous, roi du pays de Pourpre-Violet du continent k l’Oum, avons assumé le trône, les quatre orients sont reliés paisibles H la populationa joui du calme. Récemment, la mauvaise tournure des affaires de l’Etat Nous a cloué au lit et accablé d ’une longue malâiie difficile à guérir. Maintes excellentes prescriptions de Notre collèÿ royal de médecine ne sont parvenues à Nous rendre la santé.
Nous publions aujourd’hui cette proclamation qui fait appel à ton les sages lettrés de l ’univers, qu ’ils soient du Nord ou viennent de l'Eil, de Chine ou des pays étrangers: toute personne experte en médecine ou pharmacopée est instamment priée de se présenter afin de guérir Nolrt.Livre XIV, chapitre l x v iii
royale conliitution. Va moitié du territoire au premier signe de guérison: ce ne sera pas une vaine promesse.
Voilà pourquoi Nous faisons afficher la présente déclaration.
À l’issue de cette leéture, Singet ne se tint plus de joie:
«Comme disent les anciens: Remue-toi et ta fortune est faite aux deux tiers! heureusement que nous ne sommes pas réglés assis comme des idiots à l’hôtel. Il n’est dès lors plus nécessaire d’acheter des condiments: mieux vaut retarder d’un jour la quête des Ecritures et me laisser m’amuser un peu à jouer au médecin.»
Le brave Singet! Il se baissa pour abandonner bol et soucoupe, ramassa une pincée de terre, la jeta en l’air, récita une incantation qui le rendit invisible et s’avança subrepticement pour arracher l’affiche. Puis, se tournant vers le sud-ouelt, il inspira un souffle magique qui se transforma en tornade quand il expira: il en profita pour faire demi-tour, retrouver l’endroit où se tenait Porcet et, le voyant comme endormi, le nez contre le mur, au lieu de le réveiller, plia la proclamation et la glissa doucement contre sa poitrine. Ceci fait, il partit le premier rejoindre à grandes enjambées la Maison de réunion, où nous le laisserons.
Reparlons de la foule au pied de la tour: quand la bourrasque se leva, chacun ferma les yeux et se cacha la tête. La tornade passée, lorsqu’on s’aperçut que l’auguéte placard avait disparu, ce fut la panique.
C’est que la proclamation avait été solennellement apposée le matin même par un cortège de douze eunuques du palais et de douze officiers de la garde. La trouvant arrachée par le vent moins de six heures plus tard, chacun se mit à sa recherche en tremblant. Soudain, ils tombèrent sur Porcet: de son giron dépassait un papier! La foule s’approcha de lui en criant: «C’est toi qui a décollé l’affiche?» L’idiot leva si brusquement la tête, en braquant son groin, que les officiers terrifiés titubèrent à reculons et s’étalèrent par terre. Comme il faisait demi-tour et allait s’enfuir, il fut retenu par les plus audacieux de ceux qui étaient devant: «Où vas-tu donc au lieu d’entrer à la cour guérir Sa Majesté? C’est bien toi qui a détaché la convocation?
— C’est ta sœur qui s’est emparée de la proclamation! »
balbutia Porcet, «ta grand-mère qui le guérira!
— Qu’est-ce que tu as fourré contre ta poitrine?« demanda l’un des officiers.
Porcet baissa enfin la tête et s’aperçut qu’il avait effeâivement une feuille de papier écrite sur lui. Il la déroula et jura entre les dents: «Le macaque veut ma mort!»
Avec un grognement de dépit, il allait la déchirer, mais en fut empêché par la foule.
«Tu es mort! C’est là une proclamation de notre prince régnant, que nul n’oserait détruire. Si tu l’as arrachée, c’est que tu as compétence pour le guérir: viens avec nous au plus vite!
— Vous ne comprenez pas: ce n’est pas moi qui l’ai décollée, c’est mon condisciple aîné, Singet Conscient-dela-Vacuité! Il m’a abandonné après l’avoir glissée dans mon giron. Si vous souhaitez tirer l’affaire au clair, je vous emmène le trouver.
— Qu’est-ce que ces balivernes! On ne va pas lâcher la cloche que l’on a sous la main pour sonner celle qui sera fondue! C’est toi qui tiens la proclamation: qui veux-tu que nous allions chercher? Ça ne te concerne pas? Nous te traînerons devant notre maître de gré ou de force!»
La foule tirait et poussait l’idiot sans autre explication, mais Porcet refusait de bouger. Il semblait avoir poussé des racines, résistant aux efforts d’une dizaine d’hommes. Porcet les mit en garde: «Vous ne savez pas qui je suis. Si vous continuez, vous allez me mettre en colère et vous ne pourrez que vous en prendre à vous-mêmes.»
Les gens de la rue, bientôt mis en émoi par l’esclandre, l’entouraient. Deux eunuques âgés qui étaient dans la foule l’apo Strophèrent: «D’où es-tu avec ton visage bizarre, ton accent incorreét et ton air buté?
— Nous sommes des terres de l’Est, envoyés en quête des Écritures au paradis de l’Oueit. Mon maître eâ Maître de la Loi et frère cadet de l’empereur: il vient d’entrer à la Cour échanger ses lettres de créance. J’étais;
venu ici avec mon condisciple aîné acheter des condi- i ments, mais il y avait tant de monde au pied de la tout j que je n’ai pas osé continuer. C’est mon condisciple qui m’a dit d’attendre ici. À la vue de la proclamation, il a provoqué la tornade qui l’a arrachée, puis l’a glissée contre ma poitrine sans que je m’en aperçoive, avant de me laisser.
— J’ai vu tout à l’heure un bonze rondouillet, à la peau claire, qui se hâtait vers la Cour. Je présume que c’est ton maître.
— Oui, exactement.
— Où est passé ton condisciple aîné?
— Nous sommes quatre. Tandis que le Maître était parti échanger ses lettres de créance, nous étions tous les trois restés à nous reposer à la Maison commune de réunion, avec les bagages et le cheval. Après m’avoir joué ce tour, mon condisciple aîné y est retourné avant moi.
— Gardes», conclut l’un des eunuques, «ne le retenez pas. Accompagnons-le à l’hôtel pour en avoir le cœur net.
— Ces deux dames savent comment se conduire,
approuva Porcet.
— Le bonze se trompe d’adresse!» s’indignèrent les officiers, «comment peux-tu avoir le front de traiter de dames ces messieurs?
— Vous n’avez pas honte!» rétorqua en riant Porcet, «C’est vous qui avez renversé le Yin et le Yang. Les appeler “messieurs”, ces deux vieilles mères, au lieu de “mesdames” ou “bonnes femmes”?
— Trêve de sarcasmes!» intervint la foule, «allons trouver ton condisciple.»
Ils furent entraînés jusqu’au portail de l’hôtel par la foule vociférante de la rue, qui avait grossi jusqu’à dépasser le demi-millier.
«Un instant, messieurs», leur dit Porcet, «mon condisciple ne sera pas comme moi disposé à plaisanter. C’est un gentilhomme irascible qui prend les choses au sérieux. Il vous faudra lui tirer la grande révérence et le traiter de “monseigneur Singet” pour qu’il vous reçoive. Sinon, il vous fera grise mine et l’opération échouera.
— Si ton condisciple possède effeâivement la capacité de guérir notre roi, il obtiendra la moitié du royaume», répondirent les eunuques et les officiers de la garde, «il convient donc que nous lui rendions hommage. »
Tandis que les badauds continuaient leur vacarme à la porte, Porcet conduisit les gardes et les eunuques à l’intérieur. Dans la chambre d’hôte, Singet était justement en train de raconter en riant à Sablet le tour de la proclamation arrachée. Porcet s’avança, l’agrippa et se mit à hurler: provoqué cette tornade pour me faire tourner en bourrique! C’est de cette façon qu’on traite son frère?
— Tu as dû te tromper de chemin, pauvre idiot, et t’égarer je ne sais où», s’esclaffa Singet, «après avoir passé la tour au Tambour, j’ai acheté les condiments et suis aussitôt revenu te chercher, mais je ne t’ai pas trouvé et suis rentré le premier. De quelle proclamation parles-tu?
Où ça?
— Les officiers chargés de la surveiller sont ici.»
Il n’avait pas fini sa phrase que les eunuques et les gardes le saluaient et déclaraient: «Monseigneur Singet, le destin sourit aujourd’hui à notre roi, puisque le Ciel vous envoie exercer vos éminents talents d’expert en médecine. Si vous parvenez à le guérir, la moitié du territoire vous apartient.»
À ce discours, le Novice prit un air sérieux, se saisit de la proclamation que tenait Porcet et répondit: «Je présume que vous êtes chargés de la surveillance. »
Les eunuques se prosternèrent: «Vos esclaves sont fonctionnaires du palais intérieur à la direction des rites.
Ceux-là sont de la garde en habits de brocart.
— C’est bien moi qui ai décollé cet appel aux médecins et qui ai délibérément envoyé mon condisciple vous conduire ici. Puisque votre souverain est malade, rappelez-vous l’adage: Médecine ne se vendpas avec; malade, ne cherck plus le médecin. Allez dire à votre roi de venir lui-même m’en prier: j’ai pouvoir de guérir en étendant la main.»
Les eunuques étaient Stupéfaits.
«De telles prétentions ne sauraient être sans fondement», fit valoir l’un des gardes, «la moitié d’entre nous reste ici l’en prier silencieusement; l’autre va à la cour présenter son rapport.»
Quatre eunuques et six gardes se rendirent diredement à la cour sans attendre d’être convoqués et déclarèrent devant les marches du trône: «C’est une joie entre mille, Votre Majesté!»
Le roi apprenait la nouvelle au moment où s’achevait son entretien avec Tripitaka. Il demanda: «D’où vient cette joie?
— Vos esclaves ont convoyé ce matin l’appel aux médecins et l’avaient placardé au pied de la tour au Tambour, quand un saint moine Ta décollé, le vénérable Singet, venu des lointaines terres de l’Est. Il se trouve présen-L iv r e XIV, c h a p it r e l x v iii tement à la Maison commune de réunion et voudrait que Votre Majesté aille en personne l’inviter. Il a le pouvoir de guérir par imposition des mains. Telle est la raison de notre retour.»
Rempli de joie à cette nouvelle, le roi demanda à Tripitaka:
«Combien d’éminents disciples avez-vous, Maître de la Loi?
— Le pauvre moine, votre serviteur, dispose de trois Stupides disciples, répondit Tripitaka en joignant les paumes.
— Lequel de vos éminents disciples est expert en médecine?
— Je ne saurais cacher la vérité à Votre Majesté: mes Stupides disciples sont des rustres et sauvages qui ne savent que porter bagages, charger le cheval, franchir les torrents et conduire mon humble personne à travers la montagne.
Il peut leur arriver, aux passages dangereux, d’avoir à terrasser les démons ou capturer les monstres, soumettre les dragons ou piéger les tigres, rien de plus. Aucun d’entre eux ne connaît la médecine.
— Pourquoi tant d’excessive modestie, Maître de la Loi? C’est assurément le Ciel qui a voulu que nous nous rencontrions le jour même où je faisais une apparition à la salle d’audience. Si votre éminent disciple ignorait la médecine, aurait-il arraché la proclamation et me demanderait-il de l’accueillir en personne? Il a sûrement la capacité de guérir le souverain du pays.» Et d’ordonner:
«Ministres civils et militaires, mon corps est trop faible et mes forces trop réduites pour prendre le risque de monter en char royal. Allez en mon nom hors de la cour insister auprès du vénérable Singet pour qu’il vienne m’ausculter.
Traitez-le avec le plus grand respeét, appelez-le “vénérable Singet” et “divin moine”, saluez-le comme s’il était votre souverain. »
hommages sans daigner rendre la politesse, ni même se lever!»
Peu après, la cérémonie des salutations terminée, ils se regroupèrent pour déclarer: «Voici ce que Sa Majesté fait savoir au divin moine, le vénérable Singet: nous, serviteurs du souverain du pays de Pourpre-Violet, lui présentons très respeâueusement la royale direétive qui le prie de bien vouloir entrer à la cour examiner son état de santé.
— Pourquoi votre roi ne vient-il pas lui-même? répliqua Singet en se levant enfin.
— Notre roi, se sentant trop faible pour monter en char, nous a chargés de vous présenter ses respeâs et, avec ses salutations, de vous inviter.
— Dans ce cas, veuillez repartir; je vous suis.»
Les officiers civils et militaires s’ébranlèrent, chacun regroupé selon son rang. Singet se leva après avoir reihfié sa tenue.
«Ne nous y mêle pas, frangin! lui souffla Porcet.
— Entendu, mais je veux que vous preniez livraison de médicaments pour mon compte.
— Quel genre de médicaments?
— Tout ce que l’on vous enverra, prenez-le. J ’en aurai usage à mon retour.»
Tous deux acquiescèrent.
Bref, le Novice et les officiels arrivèrent un moment plus tard au palais. Les ministres entrèrent les premiers l’annoncer au roi, qui fit relever les rideaux de perles, ouvrit ses yeux de phénix aux pupilles de dragon et laissa tomber ces paroles d’or: «Lequel de vous est le vénérable moine divin Singet?
— C’est moi, votre vieux Singet! » répondit d’une vois forte le Novice en faisant un pas en avant.
Frappé, à en trembler, par la brutalité de la réponse et la hideur du visage, le roi s’effondra sur son trône. Les eunuques et les dames de service l’emportèrent précipitamment.
«Il m’a terrifié à mort!» murmurait le roi. Les officiers ne contenaient plus leur ressentiment contre Singet: «Un bonze aussi rustre et grossier! Avoir le front d’arracher la proclamation! »
Singet répondit avec le sourire: «Vous avez tort de me faire des reproches, messieurs. Si vous traitez les gens de cette façon méprisante, votre roi n’aura pas encore guéri dans mille ans.
— Peut-on vivre assez longtemps pour ne pas guérir avant mille ans?
— Présentement souverain malade, il deviendra fantôme malade à sa mort, et à sa renaissance suivante maladif. Ne peut-on ainsi atteindre mille ans?»
La colère gagnait les serviteurs du roi: «Quel insolent, ce bonze! Comment oses-tu proférer pareilles inepties!
— Ce ne sont pas des inepties. Écoutez-moi plutôt:
«L es arcanes subtiles de l ’art médical
Demandent force cogitations mentales.
Regarder, demander, ausculter et tâter:
Une seule de ces choses ne saurait manquer.
Prim o, observer la complexion des humeurs:
Suintant, sec, gras, maigre, éveil ou pesanteur.
Secundo, écouter s i la voix est claire,
S i les paroles sont folles ou sincères.
Tertio, questionner sur le cours de l ’affieition, L e boire, le manger et les défécations.
Quattro: enfin tâter les pouls; des méridiens, Flottant, submergé, reéto verso, sa isir le lien.
Sans observer, écouter, demander, tâter,
I l perd tout eipoir de recouvrer la santé. »
Dans la foule des officiers civils et militaires se trouvait un membre du collège royal de médecine qui, à ce discours, en fit les plus grands éloges: «Le bonze parle fort raisonnablement. Dans l’examen d’une maladie, même un immortel ne saurait exercer sa divine habileté à guérir que par l’union des quatre méthodes que sont l’observation, l’écoute, l’interrogation et la sphygmologie.»
Se rendant à ces arguments, les officiers firent transmettre le message suivant par le service intime du roi: «Le Vénérable désire avoir recours aux quatre méthodes raisonnées de l’observation, de l’écoute, de l’interrogation et des pouls, afin de connaître la maladie et de prescrire en conséquence la médication.»
Étendu sur la couche royale, le souverain haletait:
«Dites-lui de s’en aller! Je ne saurais supporter la vue d’un étranger!»
Le préposé du service intime sortit déclarer: «Moine, la volonté du roi est que tu t’en ailles, car il ne peut supporter la vue d’un visage inconnu.
— S’il ne supporte pas la vue d’une face inconnue», répondit Singet, «je sais examiner les pouls au bout de fils suspendus.
— Nous avions entendu parler de cette technique», se dirent les officiers, secrètement fort aise, «mais nous ne l’avons jamais vue. Retournez donc en faire rapport à Sa Majesté.»
Le préposé du service intime revint annoncer: «Seigneur, le vénérable Singet, sans regarder Votre Majesté, pourrait examiner vos pouls par fils suspendus. »
Le roi songeait que, malade depuis trois ans, il n’avait pas encore essayé cette méthode et donna l’ordre de le faire entrer.
«Notre maître l’autorise à utiliser les fils suspendus:
invitez-le à entrer sans tarder.»
Singet pénétra aussitôt dans la salle d’audience, où le moine chinois l’accueillit vertement: «Maudit macaque, tu me conduis à ma perte!
— Mais, cher maître», rétorqua Singet en souriant, «je vous apporte au contraire du prestige. Comment pouvezvous me dire une chose pareille?
— Depuis des années que tu es avec moi, je ne t’ai jamais vu guérir qui que ce soit», se mit à crier Tripitaka, «toi qui ne connais rien à la pharmacopée, qui n’as jamais lu d’ouvrages médicaux, comment as-tu pu avoir la témérité de nous précipiter dans cette catastrophe!
— Maître, c’est que vous n’êtes pas au courant», répliqua Singet, toujours avec le sourire, «je connais plusieurs recettes de plantes médicinales efficaces contre de graves maladies; pourvu que je le guérisse, tout ira bien. A supposer que le traitement le tue, nous ne saurions être poursuivis que pour incompétence, crime qui n’est point passible de mort: il n’y a rien à craindre! Ce n’eft pas grave, pas grave du tout! Asseyez-vous et voyez comment je me débrouille en sphygmologie.
— Toi qui n’as jamais vu le traité des Questions simples le Classique des difficultés, la Pharmacopée ou les Arcanes des pouls, qui n’en connais pas la moindre formule, qui serais bien incapable de les gloser, comment peux-tu parler à tort et à travers, te prétendre expert dans l’examen du pouls au moyen de fils suspendus?
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— Je porte sur le corps des fils d’or que vous n’avez jamais vus», répliqua en riant Singet; il tendit la main pour arracher trois poils à sa queue, fit une passe de ses doigts, leur cria de se changer et ils se transformèrent en trois fils, long chacun de vingt-quatre pieds, correspondant aux vingt-quatre «souffles» de l’année.
Les tenant en main, il se tourna vers Tripitaka: «Ne voilà-t-il pas mes fils d’or?
— Vénérables, mettez un terme à cette discussion», intervint l’eunuque préposé au service intime qui se tenait sur le côté, «je vous en prie, entrez au palais procéder à cet examen.»
Singet prit congé de Tripitaka et suivit le préposé pour voir ce qu’il en était de la maladie. Le cas de rappeler:
Secret du cœur peut g u érir le pays entier,
Form ule d ’entrailles donne l ’éternité.
Si vous ne savez, en fin de compte, quelle maladie il découvrira ni quelle prescription il proposera, écoutez donc la séance qui vient pour en savoir plus!