Accueil > La Pérégrination vers l'Ouest > Chapitre71

071 OÙ SINGET, MAL NOMMÉ, EST VAINQUEUR DU MONSTRUEUX CHIEN-LOUP ET LA BODHISATTVA GUANYIN APPARAÎT POUR SOUMETTRE LE DÉMON-ROI.

Que sensualité soit vacuité esti une vieille

idée; de même il est dit de la vacuité qu’elle est sensualité. L ’homme capable d ’en comprendre la profonde vérité, quel besoin a u ra it-il de transmuter la poudre de cinabre? Sans cesser de pratiquer une conduite parfaitement vertueuse, il fa u t endurer peines et dur labeur.

L e moment venu et le travail accompli, tu

tourneras vers le ciel le visage de l ’immortel qui demeure dans l ’éternité.

Le récit nous a conté comment Rival-de-la-Planète Maléfique avait fait fermer solidement les portes, devant comme derrière, avant de se mettre à la recherche de Singet. Ce furent vacarme et vociférations jusqu’au crépuscule, mais sans trouver la moindre trace du fugitif.

Trônant au pavillon des Ecorchés, le démon-roi rassembla ses troupes pour leur donner ordres et consignes: à chaque porte devaient se tenir des gardes agitant des clochettes et criant le mot de passe, battant le tambour et entrechoquant des castagnettes; chacun devait avoir la flèche prête sur l’arc tendu, et patrouiller toute la nuit, le sabre dégainé.

la table, versant des larmes claires et poussant des gémissements sourds. Franchissant la porte à tire-d’aile, il se posa doucement sur le noir nuage de sa chevelure défaite pour savoir ce qui la faisait pleurer. L’instant d’après, elle se répandait en lamentations: «Ô seigneur! Toi et moi

Dans une vie antérieure avons brûlé

Un bâtonnet d ’encens à la tête brisée

Quand donc nous reverrons-nous? Trois ans séparés!

I l r ieñ plus grande douleur: chacun de son côté.

Ton message était à peine apporté,

Q u 'il perdait la vie, notre eîpoir dissipé.

Sur ces grelots d ’or pour n’avoir su s'expliquer, A. toi je pense plus fo rt que p a r le passé. »

À ces paroles, Singet se déplaça derrière le lobe de l’oreille de la reine et lui murmura: «Dame Saint-Palais, rassurez-vous. C’est toujours moi, le vénérable Singet, le moine envoyé par votre roi et qui n’a pas perdu la vie. La faute en est à mon impatience: je me suis approché de la table de toilette, j’ai volé les grelots et, pendant que vous buviez en compagnie du démon-roi, me suis éclipsé.

Arrivé au pavillon du devant, je n’ai pu m’empêcher d’ouvrir le paquet pour l’examiner: en retirant la bourre de soie, j’ai malencontreusement fait sonner les grelots qui ont produit fumée, feu et sable jaune. Pris de panique au point de laisser tomber les grelots, je n’ai pas réussi à me frayer une sortie en maniant la trique sous mon asped propre. De peur de recevoir un mauvais coup, je me suis transformé en moucheron et suis reité caché jusqu’à maintenant, posé sur le gond de la porte; mais le démon-roi la tient plus close que jamais, sans la moindre intention de la faire ouvrir. Ne pourriez-vous le traiter à nouveau en bonne épouse et l’induire à venir dormir ici, de sorte que je parvienne à m’échapper et aviser quelque autre moyen de vous délivrer?»

A ces mots, la reine se mit à trembler, les cheveux comme tirés par les dieux; son cœur battait tel un pilon.

Sur le point de défaillir, les yeux gonflés de larmes, elle demanda: «Es-tu maintenant homme ou fantôme?

— Ni l’un, ni l’autre; je suis pour le moment transformé en moucheron. Ne craignez rien. Priez donc le démon-roi de venir sans tarder.

— Cesse de me donner ce cauchemar», répliqua-t-elle d’une voix à peine audible, les larmes roulant sur ses joues.

Elle refusait de le croire.

«Jamais je ne me le permettrais! Si vous n’avez pas confiance, ouvrez la main et laissez-moi y sauter: vous me verrez.»

Elle déplia tout de bon la gauche et, d’un vol léger, Singet se laissa tomber sur sa paume délicate. On aurait dit Un pois noir sur un bouton de lotus,

Une abeille sur une pivoine,

Un raisin tombé au cœur d’hortensias,

Un grain noir sur une tige de lys.

Saint-Palais-d’Or leva haut sa paume et l’appela:

«Divin moine! » Singet répondit en bourdonnant: «Je suis la transformation du divin moine.» Elle le crut enfin et lui murmura doucement: «Comment procéderez-vous quand je l’aurai amené ici?

— Comme disent les anciens, pour ruiner une vie entière il n’y a que l ’alcool'/ mais aussi, rien ne vaut le vin pour dissiper tout souci. L’alcool connaît de multiples usages. Le mieux est de le faire boire. Convoquez l’une des filles attachées à votre service intime, montrez-la-moi de façon à me permettre de prendre son apparence et de rester auprès de vous pour agir à la première occasion.»

Elle fit ce qu’il demandait. «Grâce-de-Printemps!»

appela-t-elle aussitôt. Une renarde au doux visage de jade apparut en faisant le tour du paravent, s’agenouilla et répondit: «Qu’y a-t-il pour votre service, madame?

— Va leur dire d’allumer les lanternes de gaze, de brûler du musc et de m’aider à monter à la cour du devant.

Je voudrais prier Sa Majesté de venir se coucher.»

Grâce-de-Printemps repartit aussitôt chercher sept à huit esprits de biches et renardes, qui se munirent de deux paires de lanternes et d’une paire de brûle-parfums. Elles s’alignèrent de part et d’autre de la dame; quand elle se leva, mains croisées, le grand saint s’était depuis longtemps envolé.

Le brave Singet! Déployant ses ailes, il atterrit sur la tête de la renarde au visage de jade, s’arracha un poil, souffla dessus de son haleine magique, lui ordonna de se transformer, et le changea en l’inseéte qui provoque le 3 9 8

sommeil. Singet le posa très doucement sur son visage. Or, cet inseéle, une fois sur la figure des gens, rampe jusqu’aux narines, car c’eit en pénétrant dans le nez qu’il induit au sommeil.

En effet, envahie par la fatigue, la fille ne tenait plus sur ses jambes. Bâillant et titubant, elle se hâta de trouver son coin habituel pour dormir et se mit bientôt à ronfler, tête renversée.

Singet sauta à terre et, d’une secousse, prit l’aspedl de Grâce-de-Printemps; il fit le tour du paravent et se tint aligné avec les autres filles.

Bref, revenons à dame Saint-Palais-d’Or, qui se dirigeait vers l’avant. Un petit monstre l’aperçut et l’annonça aussitôt: «Votre Majesté, Madame arrive.» Le démon-roi sortit en toute hâte du pavillon des Écorchés pour l’accueillir.

«O grand roi, l’incendie s’est calmé et le brigand a disparu sans laisser de trace: comme la nuit est avancée, je viens vous prier de prendre du repos.

— Merci de votre attention, madame», répondit le monstre, ravi, «mais ce brigand est Singet Conscient-dela-Vacuité. Il a défait mon éclaireur, tué mon sergent et nous a bernés en entrant camouflé par une transformation. Nos recherches n’ont abouti à rien. Voilà pourquoi je me sens inquiet.

— Le gaillard a dû s’évader. Inutile de vous tracasser, venez donc dormir! »

Devant la reine qui l’en priait instamment, le démon n’osa refuser plus longtemps et, se contentant de donner des consignes de prudence et vigilance, se rendit tout droit avec elle dans les appartements au fond du palais. Singet y entra avec les deux rangées de filles de compagnie, en fausse Grâce-de-Printemps.

«Disposez du vin pour remettre Sa Majesté de ses fatigues! ordonna la dame.

— Parfait! Parfait!» s’exclama en souriant le démonroi, «apportez-le vite, que je remette Madame de ses frayeurs.»

La fausse Grâce-de-Printemps s’affaira avec les autres à présenter des fruits, étaler de la venaison et disposer table et chaises. La reine offrit une coupe, puis ce fut le tour du roi, l’un l’autre s’échangeant la même tasse.

À leurs côtés, la fausse Grâce-de-Printemps tenait le pichet. Elle leur dit: «Puisque c’est la première fois cette nuit que Votre Majesté et Madame échangent une coupe, je vous prie de faire cul-sec pour une tournée de double bonheur.»

Elle leur remplit à nouveau la coupe, qu’ils vidèrent.

«Votre Majesté», reprit la fausse Grâce-de-Printemps, «pour cette heureuse réunion avec Madame, ne

convient-il pas que vos servantes qui savent chanter, chantent, et que dansent celles expertes en danse?»

Elle n’avait pas achevé d’énoncer cette suggestion que les instruments de musique étaient accordés et que des chants s’élevaient. Qui de danser, qui de chanter. Tous deux burent encore beaucoup jusqu’à ce que la dame fît cesser danses et chants. Les filles se regroupèrent et s’alignèrent derrière le paravent. Seule la fausse Grâce-de Printemps restait à leur servir la boisson. La dame ne cessait de susurrer des mots doux au roi. Elle se montrait si désirable qu’il fondait, les os mois et les muscles roides.

Malheureusement, il ne lui était pas possible de l’imprégner. Le pauvre! Il était en vérité dans la situation du chat qui donne un coup de dent dans une vessie: joie sans objet!

Après avoir ri et babillé un bon moment, la reine se risqua à poser la question: «Le trésor de Votre Majefté n’a pas été endommagé?

— Des objets forgés avant la séparation du ciel et de la terre! Ils ne sauraient subir le moindre dommage. Il n’y a que l’emballage de peau de léopard qui a brûlé, lorsque le brigand a retiré la bourre qui les bouchait.

— Comment les ranger maintenant?

— Inutile. Je les garde sur moi, à la ceinture.»

À ces mots la fausse Grâce-de-Printemps s’arracha une touffe de poils, les mâchonna en menus fragments, s’approcha subrepticement du démon-roi et les répandit sur lui. Puis, soufflant par trois fois de son haleine magique, elle leur ordonna mentalement de se transformer. Les poils se changèrent en trois sortes de bestioles détestables:

puces, poux et punaises. Elles se glissèrent sous les vêtements, contre la peau, et passèrent à l’attaque, le mordant sauvagement. En proie à d’insupportables démangeaisons, le démon-roi plongea la main dans son giron pour se gratter. Retenant quelques puces prisonnières entre les doigts, il s’approcha de la lampe pour voir ce que c’était.

La dame, avec un frisson de dégoût à leur vue, déclara pensivement: «Je présume que cela vient de ce que vos sous-vêtements sont sales et n’ont pas été lavés depuis longtemps.

— Je n’ai jamais été envahi par ces parasites», assura le démon, terriblement embarrassé, «il a fallu que ce soit cette nuit qu’ils me fassent honte!

— Votre Majesté n’a pas à en avoir honte», répliqua la dame en riant, «le proverbe ne dit-il pas que l’empereur aussi a des puces, trois puces impériales? Déshabillez-vous, je vais vous les attraper.»

Le démon-roi dénoua sa ceinture et ôta tout de bon ses vêtements.

La fausse Grâce-de-Printemps se tenait de côté, observant avec attention le corps du roi: de chaque couche de vêtements sautaient les puces; d’énormes punaises s’étalaient sur chaque pièce de ses habits; d’entières nichées de poux grouillaient comme fourmis sortant du nid. Au moment où il ôtait le dernier effet, révélant la chair nue, les grelots d’or apparurent, eux aussi couverts d’innombrables inseétes.

«Donnez-les-moi, Votre Majesté», proposa la fausse Grâce-de-Printemps, «je vais aussi vous les attraper.»

La honte et la panique empêchaient le roi de faire la différence entre la vraie et la fausse: il lui tendit les trois grelots. Elle les prit et les manipula un long moment.

Profitant de ce que le démon baissait la tête, occupé à secouer les vêtements, elle cacha prestement les grelots d’or, s’arracha un poil, le transforma en trois objets parfaitement identiques à ceux qu’elle avait subtilisés, fit mine de les examiner sous la lampe et, en une rapide contorsion, récupéra les poux, puces, punaises sur son propre corps. Elle tendit ensuite les faux grelots au monstre qui, dans la confusion du moment, était loin de se douter du subterfuge. Il les présenta des deux mains à la reine: «Cette fois, rangez-les bien. Prêtez-y la plus grande attention. Ne faites pas comme la dernière fois.» La dame les prit, ouvrit avec précaution un coffre à vêtements, les y déposa et le referma avec un cadenas d’or. Puis, après avoir repris la conversation et bu plusieurs coupes avec le démon-roi, elle ordonna à la servante d’épousseter le lit d’ivoire et d’y étendre des couvertures de soie: «Nous allons dormir ensemble, moi et Sa Majeité.

— Pas de chance, pas de chance!» répétait le roi, en exprimant sa gratitude par de petits saluts, «je n’ose vous tenir compagnie. Je préfère emmener une fille de service au palais et aller me coucher dans l’aile oueft. Bonne nuit, madame.»

Là-dessus, chacun se retira de son côté. Nous n’en dirons pas plus à ce sujet.

Revenons à la fausse Grâce-de-Printemps: son but atteint, Singet accrocha les grelots à sa ceinture, reprit son aspedt originel et, d’une secousse, récupéra l’inseéte qui provoque le sommeil. Comme il allait de l’avant, il entendit gong et castagnettes sonner minuit.

Le brave Novice! Il fit une passe, récita une incantation et, devenu invisible, gagna les abords du portail. Comme il était cadenassé, Singet pointa sa trique cerclée d’or et, par la magie du «déverrouillage» la porte s’ouvrit lentement.

Il sortit à grandes enjambées, puis s’arrêta pour crier d’une voix tonnante: «Rival-de-la-Planète-Maléfique, rendsnous Saint-Palais-d’Or!»

Il répéta le défi deux ou trois fois, semant l’alarme parmi les monstres, grands et petits, qui se précipitèrent et trouvèrent le portail ouvert. Ils se hâtèrent de chercher des lanternes pour retrouver le cadenas, qu’ils remirent à la porte avant d’en dépêcher quelques-uns annoncer:

«Votre Majesté, il y a quelqu’un à la porte qui vous appelle et réclame Saint-Palais-d’Or.»

Plusieurs servantes sortirent leur faire savoir à voix basse: «Ne criez pas! Sa Majesté vient de s’endormir.»

Aussi, lorsque Singet reprit ses vociférations, les petits monstres n’osèrent pas déranger leur roi. À la troisième, quatrième fois, ils ne bougeaient toujours pas. Le grand saint, dehors, se déchaîna jusqu’aux premières lueurs de l’aube. N’y tenant plus, il prit en main la trique, la fit tournoyer et l’abattit sur le portail. Les monstres, affolés, s’efforçaient de le retenir, tandis que d’autres s’empressaient de colporter la mauvaise nouvelle. Le démon-roi s’était enfin réveillé au bruit de cet épouvantable vacarme.

Il se leva, enfila ses vêtements et sortit précipitamment des rideaux de gaze.

«Qu’ont-ils à crier? demanda-t-il.

— Seigneur», répondirent les servantes agenouillées, «nous ne savons qui a déversé des insultes la moitié de la nuit devant la grotte; il s’attaque maintenant à la porte.»

À la sortie du palais, le démon-roi tomba sur les petits monstres porteurs du message. Ils se prosternèrent avant de balbutier: «Il y a dehors quelqu’un qui lance des injutes et réclame Saint-Palais-d’Or! À la moindre remarque, il nous jette les plus horribles insultes, les propos les plus malséants. Quand il a constaté qu’à l’aube vous n’étiez toujours pas sorti, il s’est mis à cogner sur la porte.

— N’ouvrez pas!» leur répondit le démon-roi,

«demandez-lui d’où il vient et comment il s’appelle.

Apportez-moi sa réponse le plus tôt possible.»

L’un des petits monstres repartit en hâte et demanda à travers le portail:

«Qui frappe à la porte?

— Je suis son grand-père, chargé par le pays de Pourpre-Violet de leur ramener la dame Saint-Palais.»

Le petit monstre rapporta ce qu’il avait entendu. Le démon se rendit donc aux quartiers de la dame s’enquérir de ce qu’il en était. Elle venait de se lever et n’avait pas encore fait sa toilette, quand les servantes lui annoncèrent la venue du maître. Elle mit hâtivement de l’ordre dans sa tenue et sortit l’accueillir, encore tout échevelée. Ils venaient de s’asseoir et n’avaient pas encore ouvert la bouche qu’un petit monstre vint annoncer: «Ce monsieur Grand a brisé la porte!

— Madame», demanda le démon en souriant,

«combien avez-vous de généraux et capitaines à la cour?

— Nous disposons à la cour de quarante-huit brigades, hommes et chevaux, et de mille commandants d’élite; aux frontières, généraux et capitaines sont innombrables.

— Y a-t-il un nommé Grand parmi eux?

— Au palais je ne savais assister le monarque que dans la gestion interne, en veillant du matin au soir à l’éducation des dames royales. Les affaires extérieures n’ont pas de limites: comment voulez-vous que je me souvienne des noms!

— L’intrus se déclare être un monsieur Grand. Que je sache, un tel nom ne figure pas sur la liste du Classique des patronymes. Madame, vous qui êtes intelligente et cultivée, qui sortez d’une noble famille, vous avez dû beaucoup lire durant votre séjour au palais royal: vous souvenez-vous avoir vu ce nom, et dans quel ouvrage?

— Je ne vois que la phrase du Texte de mille cavalières*:

“Grand, qui reçoit les instructions d’un précepteur.” Je suppose qu’il s’agit de cela.

— Sûrement, c’est cela!» s’exclama, ravi, le démon. Il se leva, prit congé de la reine et regagna le pavillon des Ecorchés. Il endossa son armure, fit l’appel de ses troupes, ouvrit le portail, marcha droit dehors, la hache de guerre Qui-Répand-des-Fleurs en main, et l’interpella d’une voix tonnante:

«Où se trouve ce monsieur Grand venu du royaume de Pourpre-Violet? »

Serrant la trique cerclée d’or de la main droite, Singet répondit en pointant sur lui la gauche: «Que me veux-tu, mon sage neveu?

— Toi!» répliqua le monstre, étouffant de colère à sa vue, «toi qui ressemble à un singe, qui a la tête d’un macaque, aux trois quarts fantôme, tu as l’impudence d’oser me défier?

— Maudite créature qui trompe ses supérieurs», rétorqua Singet en lui riant au nez, «tu as des yeux qui ne voient pas! Quand je pense qu’il y a cinq cents ans, alors que j’avais provoqué une grande commotion au palais du Ciel, pas un des dieux et guerriers des neuf cieux n’osait m’adresser la parole sans l’assortir d’un respedtueux lar?!

De m’appeler “grand-père” ne saurait te faire mal!

— Dépêche-toi de décliner tes nom et prénom», tonna le monstre, «et de dire quel art martial t’autorise à venir marauder par ici!

— Tu aurais mieux fait de ne pas me poser la question.

Quand je te dirai qui je suis, tu ne sauras plus où te mettre.

Approche et tiens-toi au garde-à-vous pour m’écouter!»

À ce long discours qui lui révélait le nom de Conscientde-la-Vacuité, le démon-roi s’exclama: «Tu es donc ce gars qui avait jeté de grands troubles au palais du Ciel.

— Brigand, maudite créature!» cria Singet, «tu ne sais pas ce que tu dis. J ’ai reçu les plus hautes marques de respeét du royaume de Pourpre-Violet et j’ai bénéficié des insignes faveurs de son roi. Ma position est mille fois plus élevée que la sienne: il m’honore à l’instar des ses parents, 4 ° 4

me sert comme les dieux, et tu oses proférer le mot d’esclave! Tu vas voir, monstre, traître et rebelle! En garde! Tu vas tâter du bâton de ton grand-père!»

Pris de court, le démon esquiva le coup et fit face en maniant sa hache de guerre. Un beau combat! Voyez plutôt:

L a trique cerclée d ’or A -m on-Bon-Plaisir et la hache Oui-Répanddes-Fleurs, plus tranchante que le vent: l ’un grince des dents férocement, l ’autre serre ses mâchoires puissantes. C elu i-ci est le Grand Saint égal au C iel, celui-là le démon-roi descendu en ce bas monde.

L ’un et l ’autre crachent brumes et brouillards q u i se reflètent sur le palais du C iel, soulèvent pierres et sables qu i cachent la résidence de h Grande Ourse. Ils vont, viennent, m ultipliant les coups, se tournent et retournent dans un baüet d ’éclairs. Ils déploient d ’égals talents, chacun jouant son va-tout.

L ’un voudrait ramener la dame à la capitale, l ’autre aimerait garder la reine en son repaire. Ce combat n ’a point d ’autres raisons:

pour l ’amour de son roi, il estlprêt à laisser la vie!

Ils livrèrent une cinquantaine d’engagements sans emporter la décision. S’estimant incapable de remporter en combat singulier la viétoire sur un adversaire aussi fort, le démon-roi bloqua de sa hache la trique et proposa:

«Arrête, Singet le Novice! Je n’ai pas encore pris mon petit déjeuner. Attends que je me sois restauré: je reviendrai en finir avec toi.»

Singet avait fort bien compris qu’il voulait aller chercher les grelots. Il rangea son arme et lui répondit: «U»

brave ne poursuit pas le lièvre épuisé. Va, va donc! Bon appétit avant de revenir mourir!»

Le monstre fit précipitamment demi-tour et entra demander à la dame:

«Vite, donne-moi le trésor!

— Que voulez-vous en faire?

— Celui qui m’a provoqué au combat ce matin est en fait un disciple du bonze en quête des Écritures; il s’appelle Singet Conscient-de-la-Vacuité. “Monsieur Grand” ou “grand-père” est une fausse déclaration. À cette heure, je n’ai pu l’emporter au combat. Attends que je ressorte avec les grelots et lâche un peu de fumée et de feu pour brûler le maudit singe!»

La dame était en proie à un cruel dilemme: elle aurait voulu refuser de les chercher, mais elle redoutait d’éveiller ses soupçons; si elle les lui donnait, ne fallait-il pas craindre pour la vie de Singet? Elle hésitait, incertaine, lorsque le démon-roi la pressa une seconde fois: «Va vite les chercher!»

La dame ne put faire autrement que de prendre la clé, d’ouvrir et de lui tendre les trois grelots. Il les prit et sortit de la grotte, laissant la reine assise en son palais, versant une pluie de larmes à la pensée que le Novice pourrait ne pas en réchapper. Ni l’un ni l’autre ne savaient que les grelots étaient faux.

Aussitôt la porte franchie, le démon se tint dans le sens du vent et cria: «Ne bouge pas, Singet! Regarde-moi secouer les grelots!

— Tu as des grelots», se mit à rire le Novice, «crois-tu que je n’en aie pas? Tu sais les secouer: penses-tu que je ne sache en faire autant?

— Quel genre de grelots possèdes-tu? Montre-lesmoi! »

Singet réduisit la trique de fer à la dimension d’une aiguille à broder, la cacha dans l’oreille, tira de sa ceinture les trois véritables trésors et répondit: «Voilà les miens!

— Bizarre, bizarre! » se récria le monstre, étonné à cette vue, «comment se fait-il qu’ils soient à ce point indentiques aux miens? Même s’ils étaient sortis du même moule, la finition aurait laissé une marque en plus, une bosse en moins, comment peuvent-ils ne présenter aucune différence?»

«D’où viennent tes grelots? demanda-t-il.

— Et les tiens, mon sage neveu? répliqua Singet.

— Ces grelots qui sont miens», répondit naïvement le démon-roi, «viennent

«D es profondeurs de la Voie, p a r L aosà

Raffinés dans le fourneau des H uit-Trigram m es, Trésor p a rfa it qu’il nous a ju sq u ’à ce jo u r laissé. »

Singet se mit à rire: «Les miens viennent de ce temps-là également.

— Comment ont-ils été produits?

— Les grelots qui sont miens? Lorsque, au paradis des Bienheureux,

4 ° 7

L e patriarche du Tao raffina l ’é lix ir,

Dans son fourneau transmuta ces grelots d ’or.

D eux fois trois font s ix: suite de trésors en chaîne.

L es vôtres sont les mâles, les miens les femelles!

— Précieux produits de l’élixir d’or, les grelots ne sont pas plus oiseaux qui volent que bêtes qui courent», objeâa le démon-roi, «comment distinguer les mâles des femelles? Les bons, ce sont ceux dont il sort quelque chose quand on les secoue. C’est la seule diÿtinétion qui importe.

— Parler ne prouvera jamais rien. Essayons, nous verrons. Je te laisse commencer.»

Le démon agita tout de bon son premier grelot deux ou trois fois sans voir le feu apparaître, le second sans que se produisît la fumée; du troisième, ne sortit pas non plus de sable.

«Bizarre, bizarre!» marmonnait le démon, pris de panique, «le monde a bien changé: ces grelots, je présume, sont du genre de ceux qui se laissent terroriser par leurs femmes.

À la seule vue des femelles, les mâles ne font plus rien.

— Mon sage neveu», ricana Singet, «arrête! À mon tour de secouer les miens: tu vas voir.»

Le brave singe! Il empoigna les trois grelots à la fois et les secoua tous ensemble. Imaginez le feu rouge, la fumée bleue et le sable jaune mêlés jaillissant à gros bouillons, illuminant les arbres et la montagne entière. Le grand saint récita ensuite une _ incantation et, tourné vers le sud-ouest, ordonna: «Ô vent, lève-toi!» Aétivé par une brise fraîchissante, le feu, porté par la force du vent, devint flammes rougeoyantes; d’épaisses fumées noires embrasaient le ciel entier, tandis que la terre se couvrait de sable jaune.

Atterré à ne plus avoir l’âme chevillée au corps, Rivalde-la-Planète-Maléfique ne trouvait aucune issue à la fuite qui, seule, aurait pu lui sauver la vie au milieu d’un tel incendie.

C’eit alors que, du milieu des airs, retentit l’appel:

«Conscient-de-la-Vacuité, me voilà!»

Singet tourna vivement la tête et leva les yeux: c’était la bodhkattva Guanyin, tenant de la main gauche le vase immaculé et de la droite la branche de saule, au moyen de laquelle elle aspergeait les flammes de douce rosée pour éteindre le feu. Pris de court, Singet cacha précipitamment les grelots dans sa ceinture et, joignant les paumes, se proiterna. L’aspersion de quelques gouttes de rosée fit disparaître en un instant toute trace de flamme, fumée et sable.

« Pardonnez-moi de ne pas m’être écarté de votre auguste présence dans l’ignorance où j’étais de votre visite chez les mortels, ô grande compatissante. Puis-je me permettre de vous demander où vous allez?

— Je ne suis venue que pour retrouver et ramener cette créature maléfique.

— D’où vient ce monstre qui a l’impudence d’obliger votre illustre personne à descendre le chercher?

— C’est le chien-loup à poils dorés que je chevauche.

La bête a profité du sommeil du garçon qui en a la charge pour briser avec ses dents la chaîne qui le retenait et dissiper la malédiftion qui pesait sur le roi du pays de Pourpre-Violet. »

À ces

mots,

Singet s’inclina précipitamment:

«Bodhisattva, mais vous dites le contraire de ce qui s’est passé! Il a humilié le roi, violenté la reine et porté atteinte aux bonnes mœurs: il a provoqué les calamités. Pourquoi dites-vous qu’il les a dissipées?

— Tu n’es pas au courant. C’était à l’époque où le défunt roi était sur le trône, alors que l’aéhiel, le prince héritier, ne lui avait joas encore succédé. Dans sa jeunesse, il adorait la chasse. A la tête d’hommes et de cavaliers qui avaient lâché chiens et faucons, il était arrivé sur la pente du Phénix-Tombé, au bas de laquelle perchait un couple de jeunes, les deux enfants de la mère-bouddha de l’Ouest et du grand et illustre roi et bodhisattva Paon. Ce roi transperça d’une flèche le mâle, et aussi la femelle, qui réussit à regagner l’Ouest. La mère-bouddha, éplorée, décréta qu’il serait séparé de sa compagne trois ans et affligé de la maladie qui frappe les oiseaux esseulés. Au moment où j’avais entendu la décision, je chevauchais ce chien-loup sans penser que cette bête y avait prêté attention et viendrait enlever la reine pour libérer le roi de cette malédiition. Cela fait trois ans aujourd’hui: son châtiment est accompli. Tu es venu à point nommé le guérir de son afflidtion. Il était temps que je descende ramener la créature perverse.

— Bodhisattva, vous avez beau dire, il n’en a pas moins souillé une reine, ruiné les bonnes mœurs, transgressé les lois et enfreint les principes fondamentaux des relationsy ) s.. y y

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i o humaines: il mériterait la mort. Puisque vous nous avez fait la grâce de venir en personne, je veux bien lui laisser la vie, mais non remettre tout châtiment. Permettez-moi de lui administrer vingt coups de bâton avant que vous ne l’emmeniez.

— Conscient-de-la-Vacuité», répliqua Guanyin, «puisque tu comprends ce que signifie ma visite, accorde-lui indulgence plénière, ne serait-ce que par égard pour ma personne. Si tu prends ta trique, ce serait de toute façon la mort certaine.»

N’osant désobéir, Singet se contenta de s’incliner en ajoutant: «Puisque vous le ramenez au milieu des mers, ne lui permettez plus de redescendre parmi les humains. Il pourrait leur nuire gravement.»

«Bête immonde!» lui cria la bodhisattva, «reprends ta forme originelle! Qu’est-ce que tu attends?»

La créature fit une culbute et réapparut sous son aspeâ premier. Il secoua sa toison et la bodhisattva l’enfourcha.

Abaissant son regard, elle vit qu’il ne portait plus les trois grelots à son cou.

«Conscient-de-la-Vacuité, rends-les-moi! dit-elle.

— J ’ignore où ils sont.

— Brigand de singe», se mit-elle à crier, «si ce n’est pas toi qui les a volés, y aurait-il eu dix Conscient-de-la Vacuité comme toi, ils n’auraient pas osé l’approcher.

Rends-les-moi sans tarder!

— Je ne les ai jamais vus, je vous assure, répéta Singet en esquissant un sourire.

— Puisque tu prétends ne pas les avoir vus, je vais réciter l’incantation de Constriéfion du cercle.

— N’en faites rien! Je vous en prie», supplia Singet, pris de panique, «les grelots sont ici.»

Le cas de le dire:

O u i détacha les grelots du cou du chien-loup?

Demandez-le à celui qu i les attacha!

La bodhisattva accrocha les grelots au cou de la bête et s’éleva dans les airs, assise sur son trône altier.

Voyez

Des fleurs de lotus des quatre pieds en flammes, Son corps entier enveloppé de fils d ’or.

U vre XV, chapitre l x x i

La Grande Compatissante s’en retourna aux mers du Sud. De cela nous ne dirons pas plus.

Revenons à Singet, qui rajufta ses vêtements avant de pénétrer dans la grotte de l’Unicorne en faisant tournoyer sa trique de fer: il extermina les monstres, dont il nettoya entièrement le repaire. Puis il entra inviter dame Saint Palais à retourner au pays. Elle lui prodigua les plus grandes civilités. Il lui raconta dans tous les détails comment Guanyin avait soumis le mons'tre et pourquoi elle avait été séparée de son mari, puis alla chercher de la paille souple pour la nouer en forme de dragon: «Montez dessus, madame, et fermez les yeux. N’ayez pas peur: je vous ramène à la cour voir le souverain.» La dame se conforma scrupuleusement à ces instruirions. Singet usa de ses pouvoirs magiques: on n’entendait plus que le vent souffler aux oreilles.

Une heure plus tard à peine, ils entraient dans la cité.

Après avoir abaissé le nuage, Singet lui cria: «Ouvrez les yeux, madame!»

Reconnaissant les tours et pavillons qui lui étaient familiers, la reine se réjouit du fond du cœur, abandonna le dragon de paille et monta à la salle d’audience avec le Novice. À leur vue, le roi descendit précipitamment du trône pour saisir la gracieuse main de son épouse et lui dire combien elle lui avait manqué. Ne voilà-t-il pas que tout à coup il s’effondre en gémissant: «Ma main! Ah! ma main, comme j’ai m al!»

Porcet s’esclaffa bruyamment: «Quelle tête fait-il! Pas destiné à en jouir! Il ne l a pas plus tôt vue qu’il en est piqué à mort!

— Idiot!» lui lança Singet, «oserais-tu la prendre dans tes bras?

— Pourquoi pas?

— Il lui est poussé des piquants vénéneux sur tout le corps et sur la main. Le monstre n’a jamais pu la toucher au cours des trois années qu’elle a passées chez lui. Le moindre contaét lui donnait des douleurs intolérables.

— Que faire, dans ce cas?» s’alarmèrent les officiers à ces explications de Singet. Tandis que les officiels de la cour extérieure se désolaient et que les concubines royales prenaient peur, les deux épouses, Saint-Palais-d’Argent et Saint-Palais-de-Jade, aidaient le roi à se relever.

voix qui venait du milieu des airs: «Me voici, grand saint! »

Singet leva les yeux au ciel et vit

Des grues q u i battaient de l'a ile en direction de la cour en poussant de longs cris. Des Spirales de lum ière rayonnaient, portées p a r l'onde de souÿies expansifs. Brumes et nuées semblaientprovenir de son manteau de fibres. I l chaussait de curieuses sandales de paille et tenait à la main un chasse-mouches de barbes de dragon, la taille ceinte d ’une bande de soie.

I l erre sur la vastle terre, libre, à l ’aise, partout nouant l ’humaine destlinée.

C ’était l ’immortel au Nuage-Pourpre, descendu des hautes Sphères célestles pour défaire l ’enchantement.

«Où donc allez-vous, Zhang Ziyang?» demanda Singet en allant à sa rencontre.

Arrivé à l’entrée de la salle, il s’inclina et répondit:

«Grand saint, l’humble immortel Zhang Boduan te salue.

— D’où viens-tu? répondit Singet en rendant la politesse.

— Il y a trois ans, en me rendant à une assemblée du Bouddha, je suis passé par ici. Quand j’ai vu que le roi subissait l’affliâion d’une cruelle séparation, je me suis inquiété pour la reine: si le monstre la souillait, au mépris des principes qui régissent les relations humaines, n’aurait-il pas été difficile de la réunir au roi par la suite?

C’est moi qui ai transformé un vieux vêtement de fibres en robe de nuées neuve, aux cinq couleurs rutilantes. Je l’avais offerte au démon-roi et invité la reine à s’habiller de neuf. À peine l’avait-elle enfilée que les piquants empoisonnés lui ont poussé sur tout le corps, en fait, transformation de la barbe des fibres. Dès que j’ai appris que ton intervention avait été couronnée de succès, je suis parti dans le but exprès de rompre l’enchantement.

— Dans ce cas, puisque tu t’es donné la peine de venir de si loin, fais vite!»

L’immortel s’avança et pointa le doigt en direâion de la dame: la robe de fibres tomba immédiatement et le corps de la reine redevint aussi lisse qu’il l’était autrefois. L’immortel secoua le vêtement, le mit sur ses épaules et se tourna vers Singet: «Ne m’en veuille pas, grand saint: il faut que je te quitte.

— Reste, attends que le roi t’ait remercié.

— Qu’il ne se donne pas cette peine! » répliqua en riant 'Livre XV, chapitre l x x i

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l’immortel, qui fit une grand révérence, s’éleva dans l’espace et disparut.

Ce fut la panique parmi le roi, la reine et les courtisans de tous rangs, chacun en prière, tourné vers le ciel.

Les prières terminées, le roi donna l’ordre d’ouvrir le pavillon de 1’ESt pour un grand banquet d’aftion de grâces en l’honneur des quatre pèlerins. Les époux ne se retrouvèrent que lorsque, le monarque en tête, tous se furent agenouillés en remerciement.

Au cours du banquet, Singet s’écria: «Maître, montrez la déclaration de guerre!» Le Vénérable la tira de sa manche et la tendit au Novice qui la remit au roi avec ces mots: «Ce document devait vous être communiqué par un jeune sergent envoyé par le démon. Je l’ai tué avant qu’il le fasse et vous ai amené le corps pour en réclamer le mérite. Ensuite, quand je me suis rendu dans la montagne, j’ai pris son aspeét et suis entré dans la grotte sous prétexte de rapporter la réponse. C’est ainsi que j’ai pu voir la reine et voler les grelots d’or. J ’ai failli me faire prendre. Il a fallu que je me retransforme, que je les dérobe une seconde fois et que j’affronte le démon en combat singulier. Heureusement que la bodhmttva Guanyin est venu le chercher et m’a expliqué la raison de cette séparation.»

Il raconta d’un bout à l’autre la suite de ces événements, sans ménager les détails. Pas un parmi le roi et ses sujets qui ne se sentît empli d’une infinie gratitude.

«Ceci», déclara Tripitaka, «est dû en premier lieu au bonheur accordé au sage règne de votre roi; ce n’est le mérite de mon indigne disciple qu’en second lieu. Le magnifique banquet dont vous nous avez gratifiés est une perfeâion, la perfeétion même! Il est temps de prendre respeâueusement congé: ne compromettez pas notre pèlerinage à l’Ouest!»

Son insistance à les retenir restant sans effet, le roi procéda à l’échange des lettres de créance et fit disposer les chars royaux; il invita Tripitaka à prendre place dans la voiture royale, tandis que lui-même, la reine et ses épouses poussaient les roues. C’est ainsi qu’ils l’accompagnèrent jusqu’au moment des adieux.

Le cas de dire:

L e destiin l ’a purgé de la mélancolie;

L ’absence de pensées est repos de l ’estprit.

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À ce départ, quels événements, heureux ou malheureux, allaient donc se produire? Écoutez vous l’exposer la séance qui vient.