Nous disions que le souverain, ses ministres et la population du royaume de Bhiksu avaient raccompagné les quatre pèlerins. Ils les suivirent sur une distance de plus de vingt lis sans consentir à les abandonner. Il leur fallut bon gré mal gré laisser Tripitaka descendre du char, monter à cheval, prendre congé et partir avec ses compagnons. La foule qui les avait suivis ne s’en retourna que lorsqu’ils eurent disparu à l’horizon.
Les quatre pèlerins marchèrent longtemps encore, si longtemps qu’un nouvel hiver s’écoula et que le printemps s’achevait. Les fleurs sauvages s’étendaient à perte de vue sur la montagne couverte d’arbres et remplie de senteurs. Devant eux se dressait à nouveau un sommet escarpé.
« Mes disciples », s’effrayait Tripitaka, «y a-t-il un chemin qui franchit cette haute montagne? Il faut faire attention.
— Maître», répondit en riant Singet, «vos paroles ne sont pas d’un voyageur chevronné, mais plutôt d’un fils de famille qui ne connaîtrait du monde que le bout de ciel que l’on peut voir assis au fond d’un puits! Comme le dit l’adage: Il n’est de route bloquée par la montagne, elle y trouve toujours passage. À quoi bon poser la question?
— Certes, ce n’est pas la montagne qui risque de faire obstacle, mais je crains que ses escarpements ne nourrissent des créatures maléfiques, que de ses précipices ne surgissent des monstres.
— Rassurez-vous; rassurez-vous donc! Nous ne
sommes plus très loin ici du pays de la joie absolue: cela nous garantit un passage paisible et sans incident.»
Ces propos les menèrent au pied de la montagne avant même qu’ils s’en fussent aperçus. Singet sortit sa trique cerclée d’or et grimpa sur une falaise, d’où il se mit à crier:
«Maître, une route serpente à partir d’ici. Le chemin est excellent. Venez vite! Venez!»
Le Vénérable ne pouvait que bannir tout souci et cravacher son cheval.
«Frangin», demanda Sablet à Porcet, «prends un moment les bagages à l’épaule! »
Ce qu’il fit tout de bon, permettant à son condisciple de se saisir des rênes et de suivre Singet, lancé sur la route qui escaladait la falaise, tandis que le Maître était bien calé sur la selle.
Mais regardez la montagne,
L e sommet enveloppé de brumes et nuages, les torrents cascadant dans les ravins. L e chemin e il em pli du parfum de m ille fleurs, sous l'épais fourré des arbres: prunes bleues et poires blanches, saules verts et pêches rouges. L e coucou pleure le printem ps finissant, les pépiements de l ’hirondelle terminent la cérémonie des semailles à l ’autel du dieu du soi Sous le baldaquin vert-bleu des pins, le défilé de rochers laisse passer le chemin escarpé et bosselé. Anaphales et usnées, herbes et arbustles poussent dru sur les parois tranchantes de vertigineuses falaises.
M illepics majestueux s’alignent tels une rangée de hallebardes; dans les innombrables ravins les eaux s'engouffrent comme pour rivaliser avec le vaste océan lointain.
Tandis que le Maître se perdait dans la contemplation de la scène, le chant d’un oiseau, soudain, réveilla en lui la nostalgie du pays natal. Tirant sur les rênes, il s’écria:
«Ô disciples!
«D epuis que le fils du C ie l me signifia
L ’ordre de recevoir lettres de créance
E t qu’à la fête des lanternes, le quinze,
Je le quittai, terre q u i s’éloigne du ciel, Combien d ’épreuves avons-nous dû affronter,
En tre vents et nuages, tigres et dragons?
L es douze pics du mont des Sorcières parcourus, Q uand vous reverrai-je devant moi, mon Frère?
— Maître», protesta Singet, «à penser sans cesse au Vivre XVI, chapitre lxxx
pays natal, vous ne vous comportez pas en moine qui a quitté sa famille. Marchez l’esprit en paix, ne vous faites point tant de soucis. Comme le disent les anciens: Qui cherche honneurs et richesses dans la vie, doit s’y appliquer à mort et sans répit.
— Maître», ajouta Porcet, «notre Bouddha, l’Ainsi Venu, ne veut sans doute rien prêter de ses trois corbeilles de soutras. Je présume qu’il a déménagé, quand il a su que nous venions lui en demander. Sinon, comment s’expliquer que nous ne soyons toujours pas arrivés à destination?
— Trêve de balivernes!» coupa Sablet, «ne t’occupe que de suivre notre condisciple aîné, fais ton travail patiemment: le jour de l’arrivée finira par survenir.»
Tout en devisant ainsi, maître et disciples aperçurent cette fois une immense forêt de sapins noirs. Saisi de frayeur, le moine chinois fit à nouveau appel à Singet:
«Conscient-de-la-Vacuité, à peine avons-nous franchi cette montagne escarpée que nous voilà maintenant confrontés à cette forêt profonde! Il faut rester vigilants.
— Il n’y a rien à craindre! répliqua Singet.
— Que dis-tu là? Ne te laisse prendre a la retfitude de ce qui est droit, garde-toi de la méchanceté des bons! Nous avons passé l’un et l’autre par maintes forêts de sapins, mais jamais une aussi dense et touffue.» [...']
Le grand saint ne montrait pas la moindre frayeur. De sa trique de fer, il ouvrit la voie et, conduisant Tripitaka, s’enfonça dans la forêt profonde. Ils n’en étaient toujours pas sortis au bout d’une demi-journée de déambulation.
«Disciples!» s’exclama le moine chinois, «depuis que nous allons vers l’Oueft, combien de forêts et monts périlleux n’avons-nous pas dû franchir! Ces lieux, fort heureusement, sont agréables et la route sans encombres.
Il y a ici tant de plantes rares et fleurs merveilleuses, pour le plus grand plaisir du voyageur! J ’aimerais m’asseoir un moment, d’une part pour le repos du cheval, d’autre part parce que j’ai faim: va quelque part me mendier un peu de nourriture.
— Veuillez descendre de votre monture», répondit Singet, «j’y vais et reviens.»
Ce que fit en effet le Vénérable: Porcet attacha l’animal à un arbre, tandis que Sablet posait les bagages et en tirait le bol à aumônes, qu’il tendit au Novice.
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«Maître, restez tranquillement assis, ne craignez rien», insista Singet, «je serai tout de suite de retour.»
Tripitaka s’assit tout droit à l’ombre d’un sapin, laissant Porcet et Sablet se délasser à la recherche de fleurs et de fruits.
D’une culbute dans les nuages, le grand saint se trouva dans les airs, où il arrêta la lumière qui le véhiculait pour jeter un coup d’œil en arrière: il se rendit compte qu’un halo de brumes et nuées de bon augure coiffait la forêt, ce qui lui arracha ces exclamations: «Merveilleux! Magnifique!»
Vous vous demandez pourquoi? C’est que le phénomène le remplissait d’admiration à l’égard de Tripitaka, un aussi saint homme, issu d’une ascèse de dix réincarnations depuis la naissance du vénérable Cigale-d’Or.
«Quand je pense que moi, le vieux Singet, au temps où j’avais provoqué le scandale aux palais du Ciel il y a cinq cents ans, j’avais été vagabonder jusqu’aux extrémités de l’océan, jusqu’aux confins du ciel et, rassemblant la foule des créatures maléfiques, m’était déclaré Grand Saint égal au Ciel; j’ai terrassé les dragons et dompté les tigres; je me suis rayé du registre des morts; je portais couronne à triple diadème d’or. Trique cerclée d’or en main, en armure d’or véritable, chaussures des nuées aux pieds, j’avais sous mes ordres quarante-sept mille démons qui me traitaient un chacun de “Votre Haute et Sainte Seigneurie”. J’étais vraiment quelqu’un. Maintenant que j’ai été délivré de l’épreuve envoyée par le Ciel, je me dois de m’humilier et de le servir comme disciple. Mais, à la réflexion, si un halo d’aussi bon augure est suspendu au-dessus de la tête du Maître, pour sûr que tout finira bien, quand il sera de retour à l’Est, et que j’en tirerai avec certitude le juste fruit.»
Ainsi se livrait-il à ces réconfortantes pensées, lorsqu’il aperçut au sud de la forêt une masse de souffle noir qui s’élevait à gros bouillons. «Il y a certainement quelque maléfice là-dessous», se récria Singet, fort inquiet, «ce ne sauraient être mes condisciples Porcet et Sablet qui dégagent ces miasmes...»
Ainsi examinait-il du haut des airs le phénomène, sans parvenir à en déterminer la cause. Mais revenons à Tripitaka, assis dans la forêt: l’esprit clair contemplant sa nature de bouddha, il se récitait le soutra du cœur, le Tripitaka s'arrêta p ou r lui demander: «C hère bodhisattva, que vous efl-il arrive'?»
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Mahâprajnâ-parâmita-hrdaya sutra', lorsqu’il entendit une voix fluette crier: «Au secours!»
«Bonté divine!» s’exclama Tripitaka, grandement alarmé, «qui peut appeler ainsi dans cette forêt profonde?
Ce doit être quelqu’un terrassé de peur devant quelque loup, tigre ou panthère: allons voir.»
Le Vénérable se leva, fit quelques pas entre les cèdres millénaires et les sapins centenaires et s’agrippa aux lianes pour regarder de plus près: une fille était ligotée à l’un des gros arbres, le haut du corps attaché par des plantes grimpantes, le bas enterré dans le sol.
Tripitaka s’arrêta pour lui demander: «Chère bodhisattva, que vous eit-il arrivé pour être ainsi ligotée ici?»
Aïe! C’était évidemment quelque goule, mais les yeux de chair du Vénérable étaient incapables de le reconnaître.
A le voir venir la questionner, la créature répondit par un flot de larmes. C’est que, voyez-vous, ses joues de pêche couvertes de pleurs révélaient un visage ravissant, ses yeux étoilés pleins de tristesse une beauté à remplir de honte les fleurs et la lune. Le Vénérable répéta, sans oser s’approcher, à dire vrai: «Chère bodhkattva, quel crime auriez-vous donc commis? Répondez-moi, je vous prie, pour me permettre de me porter à votre aide.»
La goule se hâta de répondre, avec une émotion feinte, d’une voix insidieuse et charmante: «Maître, ma famille habite le royaume de Bimbâna, à plus de deux cents lis d’ici. Mon père et ma mère, qui sont encore de ce monde, entièrement dévoués au bien, ont toujours vécu en paix et harmonie avec leurs parents, aimés de leurs amis. Comme venait la fête de Pureté-et-Clarté, ils avaient invité tous les membres de la famille et de la maison à honorer et nettoyer les glorieuses tombes de nos ancêtres. En palanquin ou à cheval, nous étions tous partis pour les lieux sauvages qui s’étendent au-delà des faubourgs. Nous avions disposé les offrandes et venions d’enflammer les “chevaux” de papier, quand, dans le roulement des tambours et le claquement des gongs, surgirent une bande de forcenés qui brandissaient lances et sabres, hurlant “À mort!” et nous plongeant dans une panique à perdre l’esprit. À cheval ou en palanquin, chacun de fuir pour sa vie, mon père, ma mère et mes autres parents. Toute jeune, incapable de courir, je restai prostrée à terre et me laissai enlever par les brigands, qui m’emportèrent dans leur repaire. Leur grand chef voulait faire de moi sa femme;
le chef en second aussi. Les troisième et quatrième me trouvaient également fort à leur goût. Il s’ensuivit une querelle générale entre les soixante-dix à quatre-vingts membres de la bande. Comme personne n’était d’humeur à céder, ils m’ont attachée dans la forêt et sont partis, chacun de son côté. Voilà cinq nuits et cinq jours que je suis dans cette situation désespérée, sur le point de périr à tout moment. Je ne sais lequel de mes ancêtres a su accumuler les mérites qui me donnent aujourd’hui le bonheur de vous rencontrer. Je vous en supplie, exercez votre grande compassion, sauvez-moi la vie. Au fond des neuf Sources, jamais je n’oublierais la gratitude que je vous devrais!»
Elle termina dans un torrent de larmes.
Compatissant comme il l’était, Tripitaka ne put retenir à son tour les pleurs, entrecoupés de sanglots. «Mes disciples!» appela-t-il.
Occupés à chercher des baies dans la forêt, Sablet et Porcet entendirent tout à coup l’appel attristé du Maître.
«Notre maître a dû retrouver un parent par ici», suggéra l’idiot à Sablet, qui se mit à rire: «Tu divagues, mon frère!
Depuis le temps que nous sommes partis, on n’a pas rencontré un seul brave homme: d’où viendrait ce parent?
— Le Maître n’irait tout de même pas pleurer avec quelqu’un qui lui serait étranger! Allons voir, toi et moi.»
Sablet retourna sur ses pas. Tirant le cheval et portant les bagages, ils se plantèrent devant Tripitaka: «Maître, que se passe-t-il?»
Le moine chinois montra l’arbre du doigt et leur ordonna: «Porcet, détache la bodhkattva, sauve-lui la vie!»
L’idiot se mit à l’ouvrage sans chercher à en savoir plus.
Reparlons de Singet: du haut des airs, il voyait le souffle noir s’épaissir jusqu’à recouvrir entièrement la luminosité de bon augure. «Ça tourne mal, très m al!» s’exclama-t-il, «je crains que ce ne soit signe que la créature perverse détruit notre maître. Tant pis pour la recherche d’aumônes, une bien petite chose en regard de ce péril: retournons voir le Maître! » Il fit aussitôt faire demi-tour à son nuage et redescendit dans la forêt, où il aperçut Porcet affairé à dénouer les liens.
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Il s’approcha, lui tordit l’oreille et le jeta brutalement à terre.
«C’est le Maître qui m’a demandé de la secourir», grommela l’idiot en levant la tête et le reconnaissant. Il se remit debout: «Pourquoi me traiter avec une pareille brutalité et me faire trébucher?
— Frérot», répliqua en riant Singet, «ne la détache pas.
C’est une ogresse qui cherche à nous berner.
— Maudit singe!» intervint Tripitaka, «te voilà de nouveau à prétendre n’importe quoi! Pourquoi vois-tu en cette fille une créature perverse?
— Maître, vous n’avez aucune idée de ces choses. C’est une opération que j’ai bien connue, le Stratagème classique pour ceux qui ont envie de manger de la chair humaine.
Comment sauriez-vous déteâer ce qu’elle eit!
— Maître», insista Porcet en faisant la moue, «ne prenez pas au sérieux ce que vous conte cet épizoologueM C’est une fille d’une famille d’ici. Nous qui venons de si loin à l’Est et ne sommes ni de ses parents ni de ses connaissances, comment pouvons-nous en juger? Il nous pousse à l’abandonner pour revenir auprès d’elle d’une culbute dans les nuages, bref, y trouver son compte par l’entrée de service...
— Ballot!» gronda Singet, «assez déblatéré! Depuis quand aurais-je commis un aéte aussi odieux? Je ne suis pas comme toi, sac à son qui laisserait la vie pour une fille, oublierait la justice pour le profit! N’est-ce pas toi qui t’es laissé induire à entrer comme gendre sans te soucier des conséquences et as fini ligoté à un arbre?
— C’est bon, finissons-en!» coupa Tripitaka, «Porcet, il faut admettre que ton condisciple aîné a le plus souvent vu juàte. Puisqu’il en est ainsi, ne nous occupons plus d’elle. Partons!
— Voilà qui est parfait!» répliqua Singet, ravi, «maître, vous avez la vie sauve. Remontez à cheval, je vous prie. Dès que nous serons sortis de la forêt, j’irai mendier de la nourriture pour vous.»
Les quatre pèlerins avançèrent, abandonnant la créature.
Revenons à la goule ligotée à l’arbre: elle grinçait des dents de rage. «Il y a des années que j’ai entendu parler de l’étendue des pouvoirs de ce Singet et je constate aujourd’hui que cette réputation n’est pas usurpée. Moi qui 5 8 i
voulais justement devenir immortelle en m’accouplant à ce moine chinois qui pratique depuis l’enfance et n’a jamais répandu la moindre goutte de son Yang primordial, il a fallu que ce singe perce à jour mes intentions et le tire d’affaire! Si l’on avait défait mes liens et qu’on m’avait descendue, je l’aurais capté du même mouvement, et n’aurait-il pas été mien? Il a suffi de ces quelques remarques pour l’en détourner, mais y renoncer, n’est-ce pas s’être donné beaucoup de peine pour rien?
Recommençons à l’appeler une ou deux fois et voyons ce qui se produira!»
La brave goule! Sans toucher à ses liens, elle profita d’une brise favorable pour murmurer à l’oreille de Tripitaka quelques bonnes paroles. Lesquelles, vous demandezvous? «M aître», lui soufflait-elle, «toi qui abandonnes un être humain sans lui porter secours, quels soutras peux-tu espérer obtenir de cette dévotion sans conscience à Bouddha?»
À entendre ces appels du haut de son cheval, le moine chinois tira sur les rênes et s’écria: «Conscient-de-la Vacuité, va te porter au secours de la fille!
— Alors que vous avez repris la route, maître, pourquoi repenser à elle?
— C’est qu’elle m’appelle à nouveau.
— Porcet, tu as entendu quelque chose? lui demanda Singet.
— Avec mes grandes oreilles tombantes, je n’ai rien entendu.
— Et toi, Sablet, tu as entendu quelque chose?
— Je n’ai pas fait attention, occupé à marcher palanche à l’épaule. Je n’ai rien entendu non plus.
— Moi non plus», reprit Singet, «maître, que vous a-t-elle dit? Vous êtes le seul à l’avoir entendue.
— Un appel raisonnable. Elle se demandait quels soutras l’on peut obtenir d’une dévotion sans conscience à Bouddha lorsque l’on abandonne un être humain sans lui porter secours. Mieux vaut sauver une seule vie humaine que construire Sloupa de sept étages! Allons vite la secourir: c’est plus important que la quête des Ecritures.
— Quand la volonté de faire le bien pique le Maître, aucun remède au monde ne saurait l’en guérir», rétorqua en ricanant Singet, «songez combien de montagnes vous avez franchies depuis que vous avez quitté les terres de 58z
l’Egt, combien de monstres vous avez rencontrés tout au long de la route de l’Ouest. Us vous ont chaque fois emporté dans leur antre et chaque fois j’ai dû venir à votre secours, manier ma trique de fer et les tuer par milliers et dizaines de milliers. Vous est-elle donc si précieuse aujourd’hui, la vie d’une seule de ces créatures maléfiques, pour vouloir absolument la secourir?
— O disciples», répondit Tripitaka, «comme le disent les anciens: Il n’est de bien, si infime soit-il, qu’il ne convienne de faire; il n’est de mal, si infime soit-il, dont il ne faille se garder.
Mieux vaut se porter à son secours.
— Ainsi soit-il, maître», répondit Singet, «mais cette tâche, je ne saurais en porter le poids. Vous voulez la sauver? Je me garderai de vous en dissuader: en insistant, je n’y gagnerais que votre mauvaise humeur. Portez-lui donc secours comme bon vous semble!
— N’en dis pas plus, caboche de singe!» maugréa Tripitaka, «reste assis là pendant que je vais avec Porcet la secourir.»
Revenu dans la forêt, le moine chinois fit défaire les liens du haut par Porcet, qui dégagea le bas avec le râteau.
Après avoir secoué ses chaussures et rajusté sa jupe, la goule suivit Tripitaka en manifestant de joyeux signes de satisfadion et vit Singet qui se mit à ricaner sans arrêt.
Tripitaka était exaspéré:
«Maudit singe, qu’est-ce qui te fait rire?
— Vous, maître, en pensant au distique:
«'Lorsque vient ton heure, bons amis ne manquent.
Quand la chance s’en va, belle rencontrera.
— Maudit macaque! Balivernes! Je me suis fait moine à peine sorti du ventre de ma mère. Je me rends présentement à l’Ouest par décret impérial, en quête des Écritures et en toute dévotion à Bouddha. Je ne suis pas de ceux qui cherchent profits et avantages: en quoi mon destin serait-il en retrait?
— Maître», ricana Singet, «vous avez beau avoir été moine depuis votre plus tendre enfance, vous ne savez que lire les soutras et prier Bouddha; vous ignorez tout des lois et règlements instaurés par les rois. Cette fille est jeune et jolie, alors que vous et moi sommes des moines. Si jamais nous rencontrons quelque personne mal intentionnée qui nous traîne au tribunal, qu’importe la quête des Écritures ou la dévotion à Bouddha: nous serons condamnés pour fornication. A supposer que nous nous en disculpions, réitérait l’accusation d’enlèvement: votre certificat d’ordination vous serait retiré, maître, et la baitonnade vous laisserait à moitié mort. Porcet serait puni de la déportation et Sablet des travaux forcés. Je ne m’en tirerais pas non plus, si habile que je puisse être dans ma plaidoirie: il me sera reproché d’avoir enfreint les lois.
— Ne dis pas de bêtises! » coupa Tripitaka en élevant la voix, «quoi qu’il en soit, je lui sauverai la vie. Il ne saurait en résulter tant de complications! Emmenez-la: je prends sur moi tout ce qui pourrait arriver.
— Vous avez beau dire que vous prenez tout sur vous, maître, vous ne vous rendez pas compte qu’au lieu de la sauver, vous allez lui nuire.
— Comment cela, lui nuire, alors que je l’ai sortie vivante de la forêt?
— Si elle était restée ligotée dans la forêt, au bout de quatre, cinq, dix ou quinze jours, sans nourriture, elle serait morte de faim et aurait eu au moins la consolation de s’en retourner dans l’autre monde avec l’intégralité de son corps. Maintenant que vous avez décidé de l’emmener, comment pourrait-elle vous suivre en déplaçant ses petits pieds tandis que vous chevauchez une bête rapide et que nous ne pouvons que vous suivre comme le vent balayant la route? Si jamais vous la perdez et qu’elle tombe sur quelque loup, tigre ou panthère, ils n’en feront qu’une bouchée. N’est-ce pas lui nuire au lieu d’assurer son salut?
— Tu as raison. L’affaire dépend de tes pénétrants avis: comment la régler?
— Prenez-la dans vos bras et chevauchez le même cheval, voilà tout», répondit en riant Singet.
Tripitaka resta un moment songeur: «Je ne peux partager la même monture avec elle, tout de même...
— Comment va-t-elle vous suivre?
— Porcet pourrait la porter.»
Singet éclata de rire: «Quelle chance pour l’idiot!
— Il n'eil point de charge légère quand la route elt longue», répliqua Porcet, «quelle chance y a-t-il à devoir porter quelqu’un?
— Avec un groin long comme le tien, il te suffira de le Tripitaka aüait d e ¡'avant, tandis que Sabietportait des bagages, Porcet tirait h cheval, la selle vide, et Singet, trique en main, conduisait la fille.
'Livre XVI, chapitre lxxx
tourner pour lui murmurer des mots doux quand elle sera sur ton dos», répliqua Singet, «n’est-ce pas une aubaine?»
À ces mots, Porcet se mit à trépigner et se frapper la poitrine: «Ça ne va pas, ce n’est plus possible! Frappezmoi plutôt, maître, je préfère en supporter la douleur. Je ne m’en sortirai pas, si je la mets sur mon dos avec mon condisciple aîné qui ne sait que trop bien enfoncer les gens. La porter? Impossible!
— C’est bon!» rétorqua Tripitaka, «je sais marcher moi aussi: laissez-moi descendre, nous irons lentement; Porcet tirera le cheval vide de cavalier.
— La belle affaire pour l’idiot», se récria Singet en riant aux éclats, «le Maître veille à ce que ce soit toi qui tires la bride!
— Cette caboche de singe déraille à nouveau! Comme le disent les anciens: Cheval qui franchit mille lieues ne saurait se diriger sans personne. Pourriez-vous me perdre, si je marche lentement? Il vous faudra en faire autant. Nous descendrons la montagne ensemble avec cette jeune bodhisattva et quand nous arriverons à un temple taoïste ou un monastère bouddhique, à un endroit où il y a du monde, nous l’y laisserons: nous aurons rempli notre mission de sauveteurs.
— Ce que vous dites est tout à fait raisonnable, maître», approuva Singet, «avançons sans plus tarder, je vous en prie! »
Tripitaka allait de l’avant, tandis que Sablet portait les bagages, Porcet tirait le cheval, la selle vide, et Singet, trique en main, conduisait la fille. Ils progressaient ainsi en colonne, mais n’avaient pas franchi plus de vingt à trente lis que le ciel s’assombrit. Ils découvrirent à nouveau tours, terrasses et pavillons.
«Disciples», déclara Tripitaka, «ce doit être sûrement un établissement taoïste ou bouddhique: demandons-leur refuge pour la nuit. Nous repartirons demain matin.
— Vous avez raison, maître», répliqua Singet, «faisons chacun encore quelques pas.»
Ils furent à l’entrée en un instant.
«Restez tous debout à quelque distance», leur recommanda Tripitaka, «attendez que j’aille d’abord le leur demander. Si cela convient, je vous ferai chercher. »
Tous se tinrent à l’ombre d’un saule, sauf Singet qui surveillait la fille, trique de fer en main.
Le Vénérable s’approcha à grandes enjambées et s’aperçut que le portail penchait dangereusement, dans un état de délabrement avancé. Comme il poussait le vantail, il ne put s’empêcher de ressentir la tristesse des lieux: les galeries étaient désertes, le vieux temple désolé. Les cours étaient envahies de mousse; la mauvaise herbe remplissait les allées. Les seules lumières étaient celles des lucioles; le coassement des grenouilles remplaçait le bruit de la clepsydre.
Le Vénérable en vint à verser des larmes soudaines, car vraiment,
Les salles et leurs décors étaient effondrés, les ceüules des galeries désertées, en ruines. Piles de briques et tuiles cassées p a r dizaines, partout poutres brisées et solives tordues. L e devant, l ’arrière n’est plut qu’herbe verte. L a poussière recouvre les cuisines, leurs odeurs et pourritures. Dans la tour de l ’horloge écroulée, le tambour n ’eltplus que caisse pourrie. L a lampe de crilta l s'est brisée. L e corps doré du Bouddha a perdu toute couleur, les arhat sont couchés en tous sens. L es infiltrations ont réduit en un amas de boue la G uanyin; son vase immaculé est tombé p a r terre.
Plus aucun moine n ’entre dans la journée en ces lieu x qui, la nuit, sont le repaire des renards. On n’entend plus que le vent m ugir là où, désormais, ne se cachent que le tigre et la panthère.
D e tous côtés se sont effondrés les murs que n 'ouvre aucun vantail. En témoigne le poème:
Sans réparations depuis tant d ’années,
L e vieux temple, à l ’abandon livré,
A u x visages de gardiens lacérés,
A u x bouddhas p a r les pluies décapités,
A perdu ju sq u ’à l ’a bri du tudi.
L es vajrapani gisent sous la pluie.
Scène deux fois plus trille encore:
L a cloche à terre, sans tour n i support.
S’armant de courage, Tripitaka franchit le second portail et découvrit la tour écroulée, dont il ne restait que la cloche de bronze, enfoncée dans le sol. Le haut était blanc comme neige et le bas d’un bleu intense. C’est que la partie supérieure avait été délavée par la pluie pendant des lustres, tandis que l’inférieure avait été bleuie par les souffles deja terre. Tripitaka caressa de la main la cloche et s’écria: «O cloche!
«Sulpendue en haut de la tour, tu faisais entendre un son puissant loin au-delà de la barre sculptée. T u annonçais l ’aube au moment où chantaient les coqs et accompagnais le crépuscule lorsque le soir tombait.
Où sont les servants q u i mendièrent le bronze, où demeure l ’artisan qu i le fondit? Sans doute s ’en sont-ils retournés au domaine des morts, sans laisser de traces n i le moindre son. »
En déclamant cette élégie à haute voix, le Vénérable alerta quelqu’un qui se trouvait dans le monastère. Il y restait un servant qui veillait à brûler de l’encens. Réveillé par cette voix humaine, il s’était levé, avait ramassé un morceau de tuile; il le lança en visant la cloche.
Le bruit fit trébucher de surprise le Vénérable, qui, terrorisé, tenta de se relever pour s’enfuir, mais s’étala par terre une seconde fois en se prenant les pieds dans des racines. Gisant sur le sol, il dressa la tête pour s’exclamer à nouveau: «O cloche!
«Je me lamentais sur ton sort, lorsque soudain tu m ’as répondu. Je présume que sur cette route de l ’Ouest que personne n’emprunte, tu es devenue un estprit au f il des années accumulées. »
L’homme le rejoignit et le saisit par la main: «Veuillez vous relever, vénérable. Ce n’est pas que la cloche soit devenue un esprit, c’est moi qui l’ai fait sonner.»
Tripitaka leva la tête et, à la vue du visage noir et laid: «Ne serais-tu pas un gnome ou démon des bois? Je ne suis pas n’importe qui, mais un envoyé des grands Tang, qui dispose de disciples capables de terrasser les dragons et soumettre les tigres. Si tu te frottes à eux, ta vie sera en péril.
— Ne craignez rien, vénérable», répondit l’homme en s’agenouillant, «je ne suis pas une créature maléfique, mais le servant chargé de brûler l’encens dans ce monastère. Quand j’ai entendu vos bonnes paroles à l’instant, mon premier mouvement a été de sortir vous accueillir, mais de peur que ce ne soit quelque démon pervers frappant à la porte, j’ai jeté ce morceau de tuile pour calmer ma frayeur d’un coup de cloche avant d’oser me présenter. Veuillez vous relever, vénérable.»
Le moine chinois retrouva enfin ses esprits: «Il s’en est fallu de peu que je meure de peur, gérant! Fais-moi visiter l’intérieur. »
Le servant conduisit Tripitaka droit à la troisième cour, où s’offrait un speétacle bien différent. On voyait Des murs à décors de nuages construits de briques bleues, des salles de cristal couvertes de tuiles vertes. Des marches de ja d e blanc conduisaient à des Statues sacrées recouvertes^ d ’or. Une lum ière bleutée dansait dam la salle consacrée à Bouddha ¡'Em inent; du pavillon dédié à Vairocana descendait un souffle prenant. Dans la salle de M anjuS ri volaient les nuées d'une décoration entrelacée. Dans la bibliothèque, la peinture des fleurs accumulait la verdure. A.u sommet du triple auvent se dressait un vase sacré; dans la tour des Cinq-Bonheurs s’étalait une couverture brodée. Des centaines de bambous émeraude se balançaient au-dessus des lits de m éditation; des m illiers de pins bleus se m iraient à la porte du Bouddha. Une lum ière dorée rayonnait de ces palais, une coloration radieuse flottait autour des brumes violettes.
L e matin on respirait la brise parfumée venue de loin, le soir on entendait battre le tambour du haut des collines.
S i l ’on recoud les robes de moine au soleil, ne termine-t-on pas la lesture des soutras au clair de lunel
L ’éclat des lampes sur la m oitié du m ur illum inait la cour arrière, se reflétant dans une rangée de fumées d ’encens.
A ce speétacle, Tripitaka n’osait plus entrer. Il appela le servant:
«Comment se fait-il que le devant soit en complète ruine et l’arrière en parfait état?
— Vénérable», répliqua celui-ci en riant, «ces montagnes sont infestées de brigands et de créatures maléfiques. Quand il fait beau, ils se lancent dans des expéditions de pillage, mais lorsque le temps eét couvert, ils viennent s’abriter au monastère. Ils renversent les Statues de Bouddha qui leur servent de siège, arrachent les boiseries pour faire du feu. Les moines d’ici ne sont pas de taille à oser discuter avec eux. Aussi leur ont-ils abandonné tous les bâtiments délabrés du devant et ont-ils reconstruit un autre monastère en sollicitant à nouveau les dons de quelques bienfaiteurs. Ainsi demeurent séparés le pur et l’impur: telle est la situation dans les régions de l’Ouest.
— Il en est donc ainsi...»
Comme il reprenait sa marche, Tripitaka lut au-dessus de l’entrée, en cinq gros caraétères: Monaflère de la Forêt-de Méditation Pacificateur-des-Mers.
Il se décidait enfin à lever le pied et passer le seuil lorsqu’il aperçut un bonze qui venait vers lui. De quoi avait-il l’air? Voyez plutôt:
Sur la tête, un bonnet de velours et brocart épinglé à gauche, unepaire d ’anneaux de bronze aux oreilles, ilp o rta it une robe de laine de Phala Ses yeux blancs brillaient comme de l ’argent. A gitant un tambourin, il récitait un soutra dans une incompréhensible langue barbare. Trip ita ka ne savait pas que c’était un lama de la route vers l ’Ouelt.
Le lama franchit la porte et, frappé par la beauté de Tripitaka, son large front au crâne plat, ses oreilles qui lui tombaient sur les épaules, ses mains qui dépassaient le genou, bref, la parfaite élégance d’un arhat qui serait descendu sur terre, il s’avança pour le retenir. Le visage entier illuminé par le sourire, il lui prenait les mains, et les pieds, lui frottait le nez et lui tirait les oreilles pour lui manifester sa cordiale amitié. Après l’avoir entraîné dans sa cellule et salué comme il se doit, il lui demanda: «D ’où venez-vous, vénérable?
— Votre disciple est en mission officielle sur l’ordre de Sa Majesté des grands Tang des terres de l’Est en vue de se rendre à l’Ouest solliciter les Écritures du Bouddha en son monastère du Coup-de-Tonnerre du pays de l’Inde. Puisque nous passons par votre précieux établissement à la tombée de la nuit, je me permets de solliciter un abri pour la soirée. Nous repartirons demain de bonne heure. J’espère que vous nous accorderez quelques facilités...
— Point de blasphème!» répliqua en riant le lama, «ce n’est pas volontiers que nous avons quitté nos familles: si nous en sommes là, c’est que nous sommes nés sous une mauvaise constellation et que nos parents ne pouvaient nous garder. Mais il n’est pas permis de proférer des mensonges, dès lors que nous sommes devenus les disciples du Bouddha.
— Je parle sérieusement.
— À quelle distance du paradis de l’Ouest se trouvent ces terres de l’Est! Les montagnes abondent sur la route, les grottes dans les montagnes et les esprits maléfiques dans les grottes. Est-il vraisemblable que quelqu’un tel que vous, seul et frêle, tendre comme vous l’êtes, aille se mettre en quête des Écritures?
— Vous n’avez pas tort, supérieur. Comment mon humble personne y parviendrait-elle, à elle seule? Je dispose de trois disciples qui m’ouvrent la voie devant les 59°
montagnes et jettent des ponts sur les eaux. C’est grâce à leur proteftion que je suis parvenu jusqu’à votre retraite.
— Où se trouvent vos trois éminents disciples?
— Ils attendent à la porte.
— Maître», se récria le lama, effrayé, «ne savez-vous pas que nos régions sont infestées de tigres et de loups, de brigands et démons qui s’attaquent aux gens? En plein jour, nous n’osons aller trop loin, et nous fermons nos portes avant la tombée de la nuit. Laisser les gens dehors à pareille heure!» Et d’appeler aussitôt: «Disciples, allez vite les prier d’entrer!»
Deux jeunes lamas coururent dehors et tombèrent de saisissement à la vue de Singet. Nouvelle chute devant Porcet. Ils se relevèrent et revinrent sur leurs pas en courant: «Monseigneur, nos chances sont au plus bas! Ses disciples ont disparu; il n’y a plus que trois ou quatre monstres qui se tiennent à l’entrée.
— De quoi ont-ils l’air? demanda Tripitaka.
— L’un a la bouche du duc du Tonnerre, l’autre l’a en forme de pilon et le troisième une face bleue aux dents protubérantes. À leur côté se tient une fille, en revanche, soigneusement maquillée, cheveux huilés, visage poudré.»
Tripitaka se mit à rire: «Vous ne les avez pas reconnus.
Les trois laideurs sont mes disciples. La fille est une personne dont j’ai sauvé la vie dans une forêt de sapins.
— Monseigneur», reprit le jeune lama, «comment un maître aussi beau a-t-il pu se trouver des disciples aussi laids?
— Si laids qu’ils soient, ils me sont fort utiles», répliqua Tripitaka, «retournez vite les inviter à entrer. Si vous tardez trop, celui qui a la bouche du duc du Tonnerre n’en e£t pas à une rixe près. Il n’a pas eu de parents pour l’élever et se frayera une entrée par la force.»
Les moinillons coururent dehors et s’agenouillèrent tremblants:
«Messeigneurs, le seigneur chinois vous prie de venir.
— Frangin», fit en riant Porcet, «ne leur suffit-il pas de nous en prier; qu’ont-ils besoin de trembler pareillement?
— Ils nous trouvent si laids qu’ils ont peur, répondit Singet.
— Mais c’eàt absurde! Nous sommes ainsi nés et ne le faisons pas pour nous amuser.
— Cache donc un peu ce que tu as de plus laid!»
hit/re XVI, chapitre lxxx
L’idiot fourra tout de bon son groin dans son giron, tirant le cheval tête baissée, tandis que Sablet portait les bagages et que Singet, fermant la marche, conduisait la fille, trique en main.
Ils passèrent par les bâtiments en ruines et entrèrent dans la troisième cour. L’un attachant le cheval, l’autre posant le chargement, ils pénétrèrent dans la cellule du supérieur, firent connaissance, puis s’assirent chacun selon son rang. Le supérieur partit chercher soixante-dix à quatre-vingts lamas. Après l’échange des salutations, ils rangèrent et préparèrent le repas en l’honneur de leurs hôtes.
Le cas de rappeler:
M érites ne s ’acquièrent que p a r pensée compatissante, L ’e Bime entre moines s’inscrit dans l ’essor de la Loi.
Si vous ne savez, en fin de compte, comment ils quittèrent le monaitère, écoutez donc la séance qui suit.
LA SŒUR ADOPTIVE
DE NATA
(chapitres lxxxi à lxxxv)
'Livre dix-septième