Accueil > La Pérégrination vers l'Ouest > Chapitre88

088 OÙ MÉDITATION, ARRIVÉ À YUHUA, MANIFESTE LA PUISSANCE DE LA LOI, PUIS SINGE DE L’ESPRIT ET MÈRE DU BOIS REÇOIVENT DES DISCIPLES.

Le récit rapporte qu’après avoir joyeusement pris congé du gouverneur, le moine chinois, sur son cheval, se tourna vers le Novice:

«Sage disciple, cette bonne aétion dépasse largement celle du sauvetage des enfants au royaume de Bhiksu. Tout le mérite t’en revient.

— Oui», fit chorus Sablet, «au pays de Bhiksu n’ont été sauvés que mille cent onze petits: comment le comparer à cette averse qui a partout apporté l’humidité désirée, sauvé des dizaines et des centaines de milliers de vies humaines! Moi aussi je m’émerveille, en mon for intérieur, de la puissance magique de notre condisciple aîné, de sa compassion qui couvre la terre entière.

— C’est vrai, le frangin e§t doué de compassion, et de bonté aussi», ricana Porcet, «mais il l’exerce au-dehors, pour les autres. À l’égard des siens, c’est une calamité.

Lorsqu’il va avec moi, il ne pense qu’à me marcher sur les pieds.

— Quand donc t’aurais-je marché sur les pieds? répliqua Singet.

— J ’en ai assez, assez! Tu t’ingénies à me voir ligoté, pendu, bouilli ou cuit à l’étouffée! Après avoir étendu notre compassion à des centaines de milliers de gens à la commanderie de Fengxian, nous aurions dû y rester au moins six mois, mais au lieu de me laisser prendre tranquillement mes repas et manger à ma faim, il s’est acharné à nous pousser au départ.

— Quel idiot!» gronda Singet, «ça ne pense qu’à s’en mettre plein la lampe. En route et la ferme! »

Porcet n’osait pas répliquer. Il fit la moue, chargea les bagages sur l’épaule et suivit en soufflant les pèlerins qui se hâtaient sur la grand-route. Le temps passant avec la 7 3 3

rapidité de la navette, ils furent bientôt à nouveau en plein automne:

L a trace des eaux s’atténue, l'ossature des montagnes s'am aigrit.

Les feuilles rougies volent à tous vents en cette saison de fleurs jaunes. Les nuits paraissent longues p a r ces temps clairs, aux gelées matinales, lorsque la lune blanche se penche à la fenêtre.

Partout lu it l'eau froide à la surface du lac dans le crépuscule que prolongent le feu et la fumée de chacune des maisons.

L a m arsilée blanche embaume, la renouée rouge se répand, la mandarine esl encore verte, l ’orange ja u n it, le saule s’effeuille et les grains sont mûrs. L ’oie sauvage fleu rit les roseaux du hameau abandonné, le coq de l'auberge de campagne chante la récolte de haricots.

Après avoir longtemps voyagé, les quatre pèlerins virent à nouveau surgir de l’horizon les contours sombres d’une enceinte. Le Vénérable leva son fouet et le pointa dans cette direâion:

«Conscient-de-la-Vacuité, regarde donc là-bas: encore une cité entourée de remparts. Je me demande quel est ce pays.

— Nous n’y sommes jamais allés, ni vous ni moi:

comment voulez-vous que je le sache?» répliqua Singet, «interrogeons les gens quand nous y arriverons.»

Il n’avait pas fini sa phrase que du bosquet voisin sortit un vieil homme qui tenait une canne de bambou, légèrement vêtu, la taille sanglée dans une simple bande de tissu, aux pieds une paire de sandales de cordes de palmier. Pris de court, Tripitaka sauta au bas de sa monture et s’avança pour le saluer paumes jointes. Le vieillard lui rendit le salut, appuyé sur sa canne, et lui demanda: «D ’où venezvous, vénérable?

— L’humble moine que je suis est en quête des Ecritures, envoyé en mission par la cour des Tang des terres de l’Est au monastère du Coup-de-Tonnerre pour rendre hommage au Bouddha. Passant par votre noble contrée, nous apercevons au loin une cité dont nous ignorons le nom. Auriez-vous la bonté de nous l’apprendre, cher donateur?

— Maître de Méditation qui possédez la Voie, sachez que notre humble région est une province de l’empire des Indes; elle se nomme distriâ: de Yuhua, ce qui signifie “Splendeur-du-Jade”. Comme le chef de la cité de ce distriâ: est un membre de la maison de l’empereur qui 7 3 4 règne sur l’Inde, le titre de prince de Yuhua lui a été conféré. C’est un prince fort sage, qui révère les religieux bouddhistes et taoïstes. Il est profondément attaché à son peuple. Si vous allez le voir, vénérable, je suis sûr qu’ il vous recevra avec le plus grand respeét.»

Tripitaka le remercia. Le vieil homme regagna le bosquet et s’en fut. Tripitaka fit alors demi-tour pour raconter en détail ce qui s’était passé à ses disciples, qui s’en réjouirent.

Comme ils voulaient aider le Maître à remonter à cheval, celui-ci leur dit: «Inutile, nous sommes tout près.»

Les quatre pèlerins marchèrent donc à pied jusqu’aux rues aux abords de l’enceinte. En fait, les gens de ces faubourgs se livraient au commerce. La population était dense et les affaires des plus prospères. Par leur aspeét et leur façon de parler, ils ne différaient en rien des Chinois.

«Prudence, mes disciples», recommanda Tripitaka, «ne provoquez pas d’incident!»

Porcet baissa la tête et Sablet se cacha le visage. Seul Singet continuait à donner la main au Maître. Des deux côtés de la rue, les gens se bousculaient pour mieux voir.

Tous s’exclamaient: «Nous avons ici des moines éminents capables de soumettre dragons et tigres, mais nous n’avons jamais vu de bonze comme celui-là qui sait dompter cochons et singes! »

Ces remarques finirent par exaspérer Porcet, qui n’y tint plus, et leva le groin pour répliquer: «Où auriez-vous vu un bonze qui soumet le roi des cochons?»

Ce fut la débandade dans la rue épouvantée, chacun de son côté, cherchant quelque abri non sans chutes et glissades.

«Idiot!» lui cria Singet en riant, «cache-moi vite cette gueule et ne fais plus le malin. Attention où tu mets les pieds, on traverse un pont!»

L’idiot baissa le nez, sans cesser de rire sous cape. Après avoir franchi le pont suspendu, ils passèrent la porte de la ville et découvrirent, le long de larges avenues pleines d’animation, tavernes et maisons de plaisirs. C’était une vraie capitale de région divine. En témoigne le poème:

D errière ses murs d ’acier, ville forte sans peur, Près de l ’eau, contre la montagne, pleine de couleurs;

Reliée aux lacs, elle reçoit m ille marchandises, Auberges et tavernes servent toute gourmandise.

D e partout s ’élève la fumée des habitations, Chaque matin les rues retrouvent leur animation.

E lle ne le cède en rien à Chang’an la divine:

L es coqs chantent, les chiens aboient tout comme en Chine.

Ravi en son for intérieur, Tripitaka se dit: «J’avais entendu parler des divers pays barbares de l’Ouest, mais sans jamais y avoir été. À tout bien considérer, ils ne diffèrent en rien de nos contrées des grands Tang. Telle est donc la signification de “ monde de la joie absolue”!»

Quand il apprit que le riz ne coûtait que quatre dixièmes d’once d’argent le setier et l’huile de sésame huit millièmes d’once la livre, il fut convaincu que c’était le pays de cocagne.

Ils n’atteignirent la résidence du prince et gouverneur qu’après une longue marche. Il y avait de part et d’autre la résidence de l’administrateur en chef*, la cour de justice, le service des cuisines et l’hôtel des visiteurs invités.

«Disciples», dit alors Tripitaka, «la résidence est ici:

attendez que je sois entré et aie fait viser les documents de voyage; nous repartirons ensuite.

— Pouvons-nous rester debout à la porte pendant que vous serez dedans, maître? demanda Porcet.

— Tu n’as donc pas lu les trois caraètères au-dessus de la porte: Hôtel des visiteurs invités?» lui répondit Tripitaka, «vous pouvez entrer vous asseoir. Voyez s’il y a du fourrage à vendre pour le cheval. Quand j’aurai été reçu par le prince, si jamais il nous offre un repas, je vous appellerai pour le partager.

— Ne vous inquiétez point, maître», assura Singet, «je m’occuperai de tout.»

Sablet porta les bagages à l’hôtel, où le personnel de service, à la vue de leur face d’une horrible laideur, n’osait ni les questionner, ni les mettre dehors. Force lui fut de les laisser s’asseoir où bon leur semblait.

Bref, revenons au Maître, qui s’était changé avant de se rendre à l’entrée de la résidence princière, muni de ses lettres de créance. Il fut aussitôt reçu par l’of Bcier du protocole qui lui demanda l’objet de sa visite.

«Je suis un moine envoyé par les grands Tang des terres de l’Est solliciter les Ecritures du Bouddha en son monastère du Coup-de-Tonnerre; arrivé en votre noble pays, je souhaiterais procéder à l’échange des lettres de créance et suis venu voir Son Altesse dans ce but.»

L’officier transmit aussitôt la requête. Le prince, qui était, de fait, d’une grande sagesse, ordonna de l’introduire immédiatement. Tripitaka le salua depuis le bas de la salle, mais le prince l’invita aussitôt à monter s’asseoir. Tripitaka lui présenta ses documents. Le prince en prit connaissance et, à la vue des sceaux et signatures de tant de pays, apposa le sien avec une grande satisfaélion, y inscrivit son nom, le replia et le posa sur la table. Il demanda: «Vénérable maître, vous avez traversé beaucoup de contrées. Quelle est la distance d’ici au pays des grands Tang?

— Je ne m’en souviens plus. Mais l’année où la bodhisattva Guanyin m’avait accordé la grâce de se manifester devant notre empereur, elle avait laissé un éloge qui parlait de cent huit mille lis jusqu’à l’Ouest. Au long de ce voyage nous sommes passés par quatorze froids et chauds...

— Quatorze froids et chauds! Cela fait donc quatorze ans: je présume que vous avez été retardés en route.

— Je ne vous le fais pas dire! Des milliers de démons et autres créatures! Je ne sais même plus par combien d’épreuves nous avons dû passer avant d’atteindre votre beau pays! »

Fort aise de cette visite, le prince donna aussitôt aux cuisines l’ordre de servir un repas maigre.

«J’ai trois jeunes disciples qui m’attendent dehors. Je n’ose accepter de peur de nous mettre en retard, objeéla Tripitaka.

— Chambellan, vite, va chercher les trois disciples du Vénérable et fais-les entrer pour qu’ils partagent le repas maigre! »

L’officier sortit les inviter, mais on lui répondit partout: « On ne les a pas vus! » L’un des hommes de l’escorte suggéra: «Il y a trois bonzes horriblement laids assis à l’hôtel: ce sont eux, sans doute.»

L’officier s’y rendit avec sa suite et interrogea le gardien: «Où sont les éminents disciples du moine des grands Tang en quête des Écritures? Ordre de notre seigneur de les inviter au repas maigre.»

Porcet bâillait sur sa chaise. Au mot de «repas», il n’y tint plus, sauta sur ses pieds et répondit: «C’est nous!

Nous!»

A sa vue, le chambellan ne se sentit plus l’âme chevillée 7 3 7

au corps. Il hurla, tremblant de tous ses membres: «Un bélial! Un démon de cochon!»

À ces cris, Singet intervint en retenant Porcet: «Frérot, un peu plus de civilités! Ne leur jette pas à la tête tes manières de rus'tre! »

Les officiers remarquèrent alors le Novice et, cette fois, se mirent à crier: «Un esprit-singe!»

«Ne vous effrayez point, messieurs», leur dit Sablet, mains poliment jointes, «nous sommes tous trois les disciples du moine chinois.»

À la vue de ce dernier, ils s’écrièrent: «C’eàt le dieu seigneur du foyer! Le dieu du fourneau!»

Singet demanda à Porcet de tirer le cheval, à Sablet de porter les bagages, et ils suivirent l’escorte jusqu’à la résidence du prince. Le chambellan était entré le prévenir.

Quand le prince leva les yeux sur eux et vit combien ils étaient laids, il se sentit le cœur serré de peur. Tripitaka joignit les mains: «Rassurez-vous, Votre Altesse. Mes fruités disciples, bien que laids, ont bon cœur. »

Porcet se tourna vers le trône et tira une révérence:

«L’humble moine que voici vous salue.» Ce qui eut pour effet de redoubler la frayeur du prince.

«Mes fruités disciples ont été recrutés dans les montagnes sauvages et ne connaissent les bonnes manières.

J’espère ardemment que vous saurez le leur pardonner.»

Le prince surmonta son effroi pour ordonner à l’officier de bouche de prier les pèlerins d’aller se restaurer au pavillon de Séchage-de-la-Gaze.

Tripitaka le remercia de la grâce qu’il leur faisait, prit congé, descendit de la salle et se rendit avec ses compagnons audit pavillon; en chemin, il s’en prit à Porcet:

«Quel ballot! Pas un grain de civilité! Si seulement tu t’étais contenté de rester bouche cousue! Comment peut-on se comporter si grossièrement! Un mot de toi et c’eft un choc à renverser une montagne! »

Singet se mit à rire: «Tu aurais mieux fait de faire comme moi, rien, au lieu de tirer la révérence. Autant d’énergie économisée.

— Il aurait pu attendre que nous le fassions ensemble au lieu de prendre l’initiative de grogner en allongeant son groin, ajouta Sablet.

— Vous me faites tourner en bourrique!» se plaignit Porcet, «l’autre jour le Maître m’a demandé d’être poli et 7 3 8 de saluer. Maintenant il me dit le contraire: que voulezvous que je fasse?

— Je t’avais demandé de saluer les gens que tu rencontres», insista Tripitaka, «et non de nous ridiculiser devant un prince. Tu connais le didon: II est gens de qualité de même que produits de qualité. Comment peux-tu ignorer la différence entre nobles et vils?»

Ils échangeaient ces reproches lorsque réapparut l'officier de bouche qui amenait les serviteurs: ceux-ci dressèrent la table, disposèrent les chaises et servirent le repas.

Maître et disciples se turent et mangèrent.

Revenons au prince, qui s’était retiré de la salle d’audience. Comme il rentrait dans le palais, ses trois jeunes fils, remarquant son visage décomposé, lui demandèrent:

«Quelle est la raison de votre frayeur, père?

— Un bonze des terres de l’E£t en quête des Ecritures est venu à l'instant échanger ses lettres de créance. Un homme exceptionnel. Comme je le retenais pour un repas maigre, il m’a dit que ses disciples attendaient devant la résidence. Je les ai donc invités à leur tour. Quand ils sont entrés, peu après, au lieu d’exécuter le grand cérémonial de salutations en ma présence, ils se sont contentés de joindre les paumes, ce qui m’avait déjà indisposé. Ensuite, lorsque j’ai levé les yeux sur eux, j’ai découvert des gens plus laids que des diables, ce qui m’a donné le choc qui me laisse pâle d’effroi.»

Or, les trois jeunes princes étaient possédés d’une passion hors du commun pour les arts martiaux. Ils roulèrent aussitôt leurs manches et tendirent le poing:

«Seraient-ce des créatures maléfiques de la montagne qui auraient eu la témérité d’usurper une forme humaine?

Attendez que nous prenions nos armes et sortions voir ce qui en est! »

Les braves princes! L’aîné se saisit d’une trique à hauteur des sourcils, le cadet d’un râteau à neuf dents et le benjamin d’une canne laquée noir corbeau. Ils sortirent de la résidence d’un air fier et menaçant. «Qu’est-ce que ces bonzes en quête des Écritures? Où sont-ils? hurlaient-ils.

— Princes», répondirent les officiers du service des cuisines en s’agenouillant, «ils sont en train de manger au pavillon de Séchage-de-la-Gaze.»

Les jeunes princes y firent irruption et crièrent sans autre préambule: «Êtes-vous hommes ou démons?.Livre XVIII, chapitre lxxxviu

Répondez avant qu’il ne soit trop tard, si vous tenez à la vie! »

Pâle d’effroi, Tripitaka lâcha son bol et déclara en s’inclinant: «L ’humble moine que je suis est envoyé chercher les Écritures par la cour des Tang. Je suis un homme et non point quelque créature maléfique.

— Tu ressembles plutôt à un être humain, mais les trois autres, ce sont sûrement des diables. »

Porcet continuait à manger sans leur prêter attention.

Sablet et Singet se levèrent pour répondre: «Nous sommes tous des êtres humains. La laideur de nos visages n’empêche la bonté de nos cœurs, la grossièreté de notre corps la beauté de notre âme. D’où venez-vous, vous trois, pour vous permettre de proférer pareilles insanités?

— Ce sont Leurs Altesses les fils de notre prince», répondirent les officiers du service de bouche, qui se tenaient sur le côté.

Porcet abandonna son bol pour intervenir: «Vos jeunes Altesses, pourquoi avez-vous chacun pris les armes? Auriez-vous l’intention de vous battre contre nous?»

Le cadet se mit en position et brandit des deux mains son râteau, prêt à l’abattre sur Porcet, qui s’esclaffa: «Ton râteau ne ferait pas le petit-fils du mien!» Il releva les basques de sa robe, tira de sa ceinture son râteau à lui et, d’une semi-rotation, en tira dix mille rais de lumière dorée. Puis, en quelques mouvements, il provoqua mille aspirations d’air merveilleuses. Le jeune prince en était cloué de Stupeur, les mains molles et les muscles roides. Il n’osait plus jouer de son arme.

Voyant l’aîné se servir de sa trique en sautillant, Singet tira de son oreille l’aiguille cerclée d’or qui, d’une rotation, devint une barre aussi grosse qu’un bol, longue de deux ou trois toises. Il la planta dans le sol d’un mouvement brusque, à une profondeur de plus de trois pieds et, la laissant ainsi verticale, déclara en riant: «Je t’en fais cadeau! »

À ces mots, le prince lâcha sa propre trique pour prendre l’autre, mais il eut beau y mettre les deux mains et toutes ses forces, il ne put la bouger d’un quart de poil; il essaya de tirer et secouer encore et encore: elle semblait avoir poussé des racines. Pas question d’y songer!

Submergé par son humeur violente, le troisième prince L es trois condisciples se livraient à une éblouissante démonstration dans les airs.

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passa à l’attaque avec sa canne laquée noir. Sablet l’écarta d’un revers de la main, sortit son bâton à terrasser les démons et, d’une brève manipulation, produisit un extraordinaire faisceau de chaude lumière et de nuées irisées.

Les officiers en restaient bouche bée de Stupeur, tandis que les trois jeunes princes s’inclinaient bien bas d’un même mouvement: «Divins maîtres! Communs mortels que nous sommes, nous n’avons su vous reconnaître. Notre ardent espoir est que vous nous accordiez une démonstration qui ferait de nous vos disciples. »

Singet s’approcha et répondit, arrachant sans effort la trique: «On est trop à l’étroit ici pour développer les mouvements. Permettez-moi de faire un saut dans les airs et de vous offrir une amusante petite démonstration.»

Sacré grand saint! Une culbute le propulsa dans un sifflement Strident à quelque trois cents pieds dans les airs, debout sur une nuée multicolore, où il montait, descendait, pivotait à droite, tournoyait à gauche, exécutant avec la trique cerclée d’or la figure du «jet de fleurs par-dessus le baldaquin», et du «dragon jaune qui s’enroule autour de soi». Au début l’homme et le bâton formaient comme broderie sur brocart, puis l’exécutant disparut: le ciel entier semblait embrasé par le tournoiement de la trique.

Resté au sol, Porcet applaudissait; enfin, n’y tenant plus, il cria de toute la force de sa voix: « Attends-moi! J’aimerais bien m’amuser un peu aussi! »

Le brave idiot! Monté sur le vent, il rejoignit le milieu de l’espace et se mit à jouer du râteau: trois coups en haut, quatre en bas, cinq à gauche, six à droite, sept en avant, huit en arrière: ce déchaînement produisait un bruit de tempête. Comme l’exercice atteignait son point le plus excitant, Sablet se tourna vers le Vénérable: «Maître, permettez-moi de m’exercer un peu.»

Il sauta des deux pieds joints et s’éleva dans les airs en faisant tournoyer sa canne, qui étincelait. La maniant des deux mains, il fit le «phénix cinabre face au soleil» et le «tigre qui, affamé, se jette sur sa proie». À réception rapide, parade lente, à feinte, fente brusque.

Les trois condisciples se livraient à une éblouissante démonstration dans les airs.

L a figure de M éditation n'est point commune.

L ’estpace esti rem pli des causes de la Grande Voie.

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M étal et Bois produisent puissance phénoménale;

Spatule ferm e la bouche de parfaite pénétration.

Leurs armes divines révèlent leur perfeétion.

L e vase de cinabre est partout objet d ’adoration.

S i hautes que soient les Indes, il fa u t nature garder:

L es princes de Yuhua reviendront au justle m ilieu.

Terrifiés, les jeunes princes s’étaient agenouillés dans la poussière. Le personnel de tous grades du pavillon de Séchage-de-la-Gaze, tout comme le prince leur père en sa résidence, et dans la cité entière hommes et femmes, militaires et civils, prêtres et laïques, moines et nonnes, pas un qui ne se prosternât et ne prononçât le nom de Bouddha, pas un foyer qui ne brûlât de l’encens en priant.

Assurément,

L es phénomènes renvoient à la vérité;

P a r cela les moines sauvent l ’humanité.

Désormais le fru it est sur le chemin de bodhi:

L à, p a r pieuse méditation, tout s'assouvit.

Tous trois, à l’issue de cette complète démonstration de leurs valeureux talents, abaissèrent leur nuage et rangèrent leurs armes. Ils saluèrent mains jointes Tripitaka, le remercièrent et allèrent s’asseoir, chacun à sa place, où le récit les laissera.

Les trois jeunes princes s’empressèrent de retourner au palais annoncer à leur père: «C’est un bonheur entre mille, entre dix mille, père! Un succès sans pareil! Avezvous vu la démonstration dans les airs?

— J ’ai vu des nuées irisées dans le ciel et nous avons, avec votre mère et les autres, brûlé de l’encens et prié, mais sans savoir d’où pouvait venir cette assemblée de dieux, ou d’immortels.

— Ce n’était ni dieux ni immortels, mais les trois disciples si laids du moine en quête des Ecritures. L’un maniait une trique cerclée d’or, l’autre un râteau à neuf dents et le troisième une canne à terrasser les monstres:

exactement les mêmes armes que les nôtres. Comme nous leur avions demandé de nous donner une démonstration, ils sont allés nous l’offrir dans l’espace, trouvant la terre trop étroite. Us viennent de redescendre et sont présentement assis au pavillon de Séchage-de-la-Gaze. Vos fils en sont enchantés et souhaiteraient leur rendre hommage en qualité de maîtres pour apprendre leur technique afin de mieux protéger notre pays. Ce serait un mérite d’une importance sans pareille. Nous ne savons ce que vous en pensez, père.»

Le prince, convaincu, leur donna son consentement.

Père et fils se rendirent sur-le-champ au pavillon, à pied, sans char ni baldaquin. Les quatre pèlerins avaient rangé les bagages et s’apprêtaient à se rendre à la résidence remercier pour le repas, prendre congé et partir. Or, ne voilà-t-il pas que le prince et ses fils apparaissent devant eux et les saluent bien bas. Pris de panique, le Vénérable se jeta à terre pour leur rendre les salutations, tandis que Singet et ses compagnons s’écartaient avec un sourire narquois. A l’issue de ces échanges de courtoisie, le prince invita les quatre pèlerins à venir s’asseoir dans la salle de réception de sa résidence, ce qu’ils acceptèrent avec joie.

Le prince prit la parole:

«Maître, j’ai une requête à vous présenter, mais je ne sais si vos trois éminents disciples y accéderont.

— Mais nous sommes aux ordres de Votre Altesse. Mes humbles disciples n’oseraient s’y dérober.

— Quand je vous ai vus pour la première fois, j’ai cru, avec mes yeux de commun mortel, que vous n’étiez que des moines mendiants venus du lointain pays des Tang et, dans cette ignorance, je vous ai manqué de respeft. Maintenant que j’ai admiré les danses guerrières de maître Singet, maître Porcet et maître Sablet dans le ciel, je sais que vous êtes des immortels ou des bouddhas. Mes trois fils ont la passion des arts martiaux et souhaiteraient avec la plus grande dévotion et le plus grand respeét devenir vos disciples, afin d’apprendre un peu de votre art. J’espère donc, vénérables, que vous aurez la magnanimité et la générosité de le leur enseigner. Nous vous ferons un pont d’or, en témoignage de gratitude.»

À ces mots, Singet ne put se retenir d’éclater de rire:

«Vous ne comprenez rien à ces choses, Votre Altesse!

Nous qui avons quitté nos familles, nous ne demandons pas mieux que de recevoir des disciples. Il nous suffit de savoir que vos fils ont la volonté de se tourner vers le bien.

Il ne faut pas nous parler de profit, surtout pas!»

La réponse remplit d’aise le prince, qui ordonna que fût servi un grand festin dans la salle principale de sa résidence.

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L’ordre, à peine donné, fut exécuté. Voyez:

Soieries flottantes, volutes d ’encens; les tables incrustlées d’or éblouissent les y eux. L es coussins de brocart brodé ajoutent de l ’éclat aux chaises en laque de couleur. F ru its fraîchem ent cueillis à l ’arbre, arôme pénétrant du thé s’ajoutent à quatre assiettes de pâtisseries douces et légères, un ou deux plats de délicieuses boules de pain. Plus merveilleux encore, ces craquelins au m iel, ces annelets saisis à l ’huile et glacés au sucre!

I l y avait plusieurs bouteilles de vin de riz odorant, d ’où coulait un liquide supérieur au nectar de jade. On servit plusieurs tasses du divin thé de Yangxian; en main, son arôme surpasse celui de la cannelle.

Une variété incroyable de plats extraordinaires!

Par ailleurs, danses, chants et speétacles divers charmaient les convives.

Maître et disciples jouirent pleinement de leur journée passée avec les princes. Le soir tombait insensiblement.

Les convives se séparèrent. Ordre fut donné de dérouler sans tarder lits et rideaux au pavillon du Séchage-de-la Gaze. Les maîtres furent invités à se reposer en attendant le lendemain matin, lorsque leurs nouveaux disciples viendraient solliciter à nouveau l’enseignement des arts martiaux, avec la plus totale sincérité et en leur brûlant de l’encens. Tandis que chacun s’exécutait, une eau chaude et odorante fut préparée pour le bain des pèlerins. Enfin, tous se retirèrent pour dormir. C’était le moment où Règne le silence, les oiseaux haut perchés.

L e chant du poète s ’éteint au p ied du lit.

L e ciel s ’em plit de l ’éclat de la V oie labiée.

L e long du sentier, l ’herbe foüe s'épaissit.

F ru its sourds de battoirs dans une cour voisine:

L a nostlalgie du pays natal s’éveille.

L e fro id grillon comprend ces pensées intimes:

Son chant déchire les doux rêves du sommeil.

Ainsi s’écoula la nuit. Le lendemain matin, le prince et ses trois fils revinrent voir les vénérables. Eux qui avaient reçu la veille l’hommage dû aux princes, saluaient maintenant les moines avec le respeét dû aux maîtres. Les trois jeunes princes se prosternèrent devant Singet, Porcet et Sablet avant de leur demander: «Respectés maîtres, pourrions-nous vous emprunter vos armes pour y jeter un coup d’œil?»

Livre XI/TJI, chapitre lxxxviu

À ces mots Porcet produisit bien volontiers son râteau, qu’il lança par terre, tandis que Sablet posait contre le mur sa précieuse canne. Le cadet et le benjamin bondirent pour s’en saisir: on aurait dit des libellules cherchant à ébranler une colonne en pierre! Le visage écarlate tant l’effort était grand, ils ne purent les bouger d’un quart de poil. À les voir s’épuiser en pure perte, l’aîné les rappela à la raison:

«Mes frères, inutile de gaspiller votre énergie. Ces armes de nos maîtres sont divines et pèsent je me demande combien.

— Mon râteau n’est pas bien lourd», répliqua en riant Porcet, «le chiffre des corbeilles de la Loi: cinq mille quarante-huit livres, y compris le manche.

— Et votre précieuse canne, maître, combien pèset-elle? demanda le troisième prince.

— Le même poids: cinq mille quarante-huit livres», répondit Sablet en souriant.

Comme l’aîné demandait à voir la trique cerclée d’or, Singet tira de son oreille l’aiguille, à laquelle il donna la grosseur d’un bol par une simple rotation face au vent;

puis il laplanta droit dans le sol, devant les princes effrayés et les officiers remplis d’effroi.

«Maître Porcet et maître Sablet portent leurs armes sur eux et sous leurs vêtements, d’où ils les tirent quand bon leur semble. Pourquoi maître Singet la sort-il de son oreille?» s’étonnaient les princes, «comment se fait-il qu’elle grandisse aussitôt exposée au vent?»

Singet se mit à rire: «Vous me semblez ignorer que ce n’est pas un quelconque bâton que l’on peut ramasser chez les communs mortels. Cette trique est d’un fer «Pondu au temps où le chaos commençait à se diviser, p a rle divin Y u le G rand lui-même. Cette barre lu i servit à mesurer le fond des lacs, des mers, des rivières et des fleuves. L a grande p a ix revenue, après avoir ouvert les montagnes et drainé les eaux, elle fu t abandonnée au fond de l'océan oriental, où, les jou rs et les années s’accumulant, elle est devenue lumineuse, capable de dim inuer ou grossir.

« L e destlin a voulu que je m ’en empare et la transforme à volonté, aussi grande que l ’univers ou plus petite qu’une aiguille. “A-m on-BonP la isir” se nomme et “ Cercle d ’O r" s’appelle, objet unique au ciel comme sur terre.

«Son poids doit être de treize m ille cinq cents livres, mais elle peut croître ou se réduire. E lle m ’aida à troubler les palais du ciel et à briser lesportes de l ’enfer. Partout elle a soumis tigres et dragons, élim iné goules 7 4 6 et démons. L e soleil s ’assombrit à la voir pointée sur lu i, redoutée des dieux comme des diables du ciel et de la terre.

« C e n ’eslpoint fe r de communs mortels, celui transmis depuis la nuit des temps!»

À ce discours, les princes se confondirent en prosternations, lui renouvelèrent les plus grandes marques de respeâ et sollicitèrent d’un cœur sincère son enseignement.

«Quel enseignement?» leur répondit Singet, «je ne sais quel art martial vous souhaitez apprendre tous les trois.

— Celui qui se sert de la trique, la trique, celui habitué au râteau, le râteau et celui qui utilise la canne, la canne...

— Vous l’enseigner ne présente aucune difficulté», répliqua Singet avec le sourire, «mais comme vous n’avez pas la force de manier nos armes, il est à craindre que vous ne parveniez jamais à la maîtrise; ce serait dessiner un tigre qui ressemble à un chien! Comme le disent nos anciens, Enseignement sans rigueur: mollesse du maître; savoir insuffisant:

faute de l ’élève. Si vous le désirez d’un cœur sincère, allez donc brûler de l’encens en hommage au ciel et à la terre.

Mais il me faudra vous transmettre un peu de cette force divine avant de vous enseigner ces arts martiaux».

Remplis de joie à cette réponse, les trois jeunes princes transportèrent eux-mêmes un autel, firent leurs ablutions, y brûlèrent de l’encens et prièrent, tournés vers le ciel.

Ceci fait, ils invitèrent leurs maîtres à leur enseigner la méthode.

Singet se tourna vers Tripitaka et, après l’avoir respeétueusement salué, lui déclara: «Maître honoré, votre disciple sollicite votre indulgence. Depuis que vous m’avez délivré par votre éminente vertu au mont de la Double-Frontière et que je suis devenu moine, je n’ai pas failli à la doctrine. Tout au long de ce voyage vers l’Ouest, bien que je sois loin de m’être acquitté de la dette que j’ai contractée envers vous, j’ai traversé les eaux et gravi les montagnes en vous servant de toutes mes forces et de tout mon cœur. Maintenant que nous atteignons une contrée du pays du Bouddha, j’ai eu la chance de rencontrer les trois fils d’un sage prince. Ils nous prêtent hommage dans le désir d’étudier les arts martiaux. S’ils deviennent nos disciples, ils seront comme vos petits-fils. Je tenais à soumettre respectueusement leur cas à mon maître avant de procéder à leur instruction».

Tripitaka fut heureux de lui donner son assentiment.

Porcet et Sablet se hâtèrent d’imiter Singet en se prosternant à leur tour devant Tripitaka: «Maître, nous sommes grossiers et malhabiles à nous exprimer, mais nous espérons que, siégeant sur le trône de la Loi, vous nous autoriserez aussi à les prendre comme disciples et nous amuser un peu. Ce sera un souvenir mémorable de notre voyage à l’Ouest».

Tripitaka y consentit volontiers.

Singet demanda aux trois jeunes princes de passer derrière le pavillon dans une pièce tranquille, où il traça le diagramme de la Grande Ourse. Puis il invita les princes à s’y étendre et se concentrer, les yeux fermés. Là, il prononça silencieusement les paroles incantatoires, récita les formules magiques, souffla son haleine magique dans leurs entrailles, renvoyant les divinités primordiales à leur habitat primitif. Il transmit à chacun d’eux le secret qui multipliait par mille et dix mille leur force. Enfin, par la circulation et l’adjonétion du feu, leur corps et leurs os furent comme entièrement renouvelés. Le cycle accompli, les trois jeunes princes revinrent à eux. Ils se relevèrent tous les trois en même temps, se frottant le visage et se sentant pleins d’énergie. Chacun était devenu d’une force extraordinaire: l’aîné put s’emparer de la trique cerclée d’or, le cadet du râteau à neuf dents de Porcet et le benjamin de la crosse à terrasser les créatures maléfiques.

Le speétacle remplit le prince, leur père, d’une joie insurpassable. Ce fut l’occasion d’un nouveau banquet de remerciement aux quatre pèlerins. L’enseignement commença au cours du festin: chacun des princes donna une démonstration de ce qu’il avait appris. Ils parvinrent à plus d’un tour et plusieurs mouvements, mais c’était en fin de compte au prix de coûteux efforts. Au bout d’un moment, ils haletaient et se rendaient compte qu’ils ne pourraient continuer beaucoup plus longtemps: c’est que leurs armes changeaient sans cesse de poids et de dimension. C’était merveilleux; toutefois, ils n’étaient que communs mortels: comment auraient-ils pu se maintenir à la hauteur? Le banquet prit fin ce même jour.

Le lendemain, les trois princes revinrent exprimer leur gratitude: «Nous vous sommes reconnaissants de la force que vous nous avez accordée, divins maîtres, mais nous n’en éprouvons pas moins de grandes difficultés à manier vos armes divines. Aussi souhaiterions-nous les faire 74 9

copier: exadtement le même modèle, mais de poids réduit.

Toutefois, nous ne savons si vous y consentiriez.

— Parfait, parfait!» approuva Porcet, «voilà qui eàt parfaitement raisonnable: les nôtres, d’une part vous ne sauriez les manier, d’autre part nous en avons besoin pour défendre la Loi contre les démons. Il est nécessaire d’en faire fabriquer d’autres.»

Les fils du prince firent donc convoquer des forgerons et acheter dix mille livres de fer et d’acier. Ils dressèrent leur établi dans la cour à l’avant de la résidence, avec forge et fourneaux. Le premier jour, ils assouplirent le métal, et le lendemain demandèrent à ce que les trois armes soient laissées à leur disposition sous l’abri, afin de forger la copie en ayant le modèle sous les yeux. Ces objets restèrent ainsi jour et nuit sans être rangés.

Hélas! Ces armes étaient des trésors à garder sur soi à tout instant. Elles pouvaient alors rester cachées, car elles se protégeaient par une luminescence spontanée. Laissées maintenant plusieurs jours sous la soupente de la cour, elles diffusaient mille rayons de lumière vers le ciel et couvraient le sol environnant de toutes sortes d’effluves bénéfiques. Or, il y avait une créature maléfique qui habitait, à quelque soixante-dix lis de la cité, une grotte appelée Gueule-du Tigre dans la montagne nommée Tête-de-Léopard: une nuit qu’il était assis, le monstre aperçut ces lumières et émanations. Il monta aussitôt sur un nuage pour y voir de plus près, découvrit que la source du phénomène se trouvait dans le palais et, abaissant son nuage, constata que l’éclat lumineux venait de ces trois armes.

«Les merveilleux trésors», s’exclama le monstre, mû par la joie et la convoitise, «qui donc s’en sert pour les avoir déposées ici? La chance m’y invite, emportons-les, emportons-les donc!»

Il souleva un vent puissant, s’empara des trois armes à la fois et retourna droit à son repaire. Le cas de rappeler:

L a Voie ne saurait se quitter un seul infiant;

Ce qu i se quitte n’estipoint la Voie, assurément M aintenant que les armes divines sont perdues, Ascèse et méditation seraient donc fichues?

Si vous ne savez, en fin de compte, comment ils retrouvèrent les armes, écoutez donc la séance qui suit.