Accueil > La Pérégrination vers l'Ouest > Chapitre90

090 OÙ MAÎTRES ET LIONS, DONNANT ET RECEVANT, RETOURNENT À L’UNITÉ; VIOLER LA VOIE, CAPTER MÉDITATION APAISE NONUPLE-NUMINOSITÉ.

Le récit nous a conté comment le grand saint était sorti de la ville avec Porcet et Sablet à la rencontre de l’ennemi.

Face à face, ils découvrirent que la bande de monstres était des lions de tous poils: Lion-Jaune en tête, Griffon et Mord-Éléphant à gauche, Hippogriffe et Mate-Belette à droite, Lion-Gibbon et Lion-des-Neiges à l’arrière-garde.

Au centre se tenait un lion à neuf têtes, à ses côtés Face Bleue, une bannière de brocart brodé en main. Ruse Bizarre et Bizarre-Ruse agitaient de part et d’autre des étendards rouges. Ainsi étaient-ils rangés en parfait ordre de bataille dans une courbe.

Avec son agressivité de lourdaud, Porcet s’approcha et se mit à les inveétiver: «Voleur de trésors, brigand de monstre! Où es-tu allé chercher cette bande de tas de poils?

— Maudit voyou tondu!» répliqua Lion-Fauve en grinçant des dents, «vous m’avez attaqué à trois contre un, hier, et je me suis enfui, vous laissant l’avantage, dont vous auriez dû vous contenter. Pourquoi avoir poussé la cruauté jusqu’à incendier ma résidence, ravager mon domaine de la montagne et détruire mon clan? Je vous en garde rancune plus profonde que la mer. En garde! Tâtez de mon râcloir!»

Le brave Porcet! Il brandit son râteau. Tous deux étaient aux prises sans que l’un l’emportât sur l’autre, lorsque se précipitèrent à la rescousse Lion-Gibbon, qui faisait tournoyer une sorte de chausse-trappe de fer, et Lion-des-Neiges qui maniait un fouet triangulaire.

«Vous venez à point!» leur cria Porcet. Et, avec une parade à l’horizontale, le voilà qui fonce en avant et fait front de toutes parts.

De son côté, Sablet brandit en hâte sa crosse à terrasser les démons et se porte à son secours. Puis surgirent ensemble Griffon avec Hippogriffe et Mord-Eléphant avec Mate-Belette. Ils furent arrêtés par Singet, qui maniait la trique cerclée d’or. Griffon se.servait d’une massue, Hippogriffe d’un marteau de bronze, Mord Éléphant d’une lance d’acier et Mate-Belette d’une hache de guerre. Sept lions contre trois féroces bonzes: quelle bataille!

Massue, marteau, lance, hache et triangulaire, R âcloir Q uatre-Brillances et bleuet de fe r:

Sept lions, aux sept armes tranchantes et meurtrières, Encerclent trois moines et poussent cris de guerre.

M ais la crosse de Sablet n ’a pas son pareil, E a longue trique cerclée d ’or fa it merveille.

Porcet semble emporté p a r un vent de folie, Son râteau rutilant scintille, éblouit.

Se couvrant devant, parant par-derrière,

Chacun sait montrer sa valeur guerrière.

Sur les remparts, avec bravoure entière,

Les princes font battre tambour q u i rend cœur fier.

Ils balancent et repoussent des tours sévères, E t se battent à obscurcir ciel et terre.

La bande de monstres avaient combattu Singet et ses deux compagnons la moitié de la journée. Le soir tombait.

La bouche écumante, Porcet commençait à se sentir les jambes molles: il fit une feinte de son râteau, rompit le combat et s’enfuit.

«Où vas-tu? En garde!» lui crièrent Lion-des-Neiges et Lion-Gibbon. L’idiot ne sut esquiver le coup de fouet triangulaire, qui l’atteignit à la colonne vertébrale. Il s’effondra, incapable de grogner autre chose que: «Fini!

Fini! »

Les deux monstres le traînèrent devant le lion à neuf têtes en le tirant par la touffe de soies et la queue. «Nous en avons attrapé un, grand-père», annoncèrent-ils.

Ils n’avaient pas fini leur phrase que Sablet et Singet étaient mis à leur tour en déroute. Les monstres s’étaient déjà lancés à leur poursuite, lorsque Singet s’arracha une touffe de poils, les mâchonna et leur cria de se transformer en une centaine de petits Singets qui, faisant cercle, empêtrèrent Hippogriffe, Griffon, Mord-Éléphant, Mate Belette et Lion-Fauve. Sablet et Singet revinrent alors à l’attaque. À la nuit, ils avaient capturé Griffon et Hippogriffe, mis en fuite Mate-Belette et Mord-Éléphant.

Quand Lion-Fauve vint l’apprendre au vieux monstre, celui-ci, considérant la perte des deux lions, recommanda de ligoter Porcet sans lui faire de mal:

«Attendons qu’ils nous rendent nos deux compagnons pour leur restituer Porcet. S’ils poussent l’inconscience jusqu’à occire les nôtres, Porcet le payera de sa vie.»

Ce soir-là, les monëtres se reposèrent dans les faubourgs de la ville, où nous les laisserons.

Revenons à Singet, qui fit porter près des murs les esprits-lions. A leur vue, le prince donna l’ordre d’ouvrir l’une des portes et dépêcha vingt à trente sergents avec des cordes pour ligoter les lions et les transporter en ville. Le grand saint récupéra ses poils magiques et monta avec Sablet voir Tripitaka dans la tour.

«Quelle terrible bataille!» s’exclama celui-ci, «savezvous si Conscient-de-ses-Capacités a gardé la vie?

— Rien ne lui arrivera!» répliqua Singet, «comme nous avons capturé ces deux monstres, il est sûr qu’il ne lui sera fait aucun mal. Garrottez-les bien, nous les échangerons demain matin contre Porcet.

— Maître», lui demandèrent les trois jeunes princes en se prosternant devant lui, «au début du combat, vous étiez unique, mais quand vous êtes revenu après avoir simulé la fuite, vous étiez plus de cent. Comment avez-vous fait?

Mais, lorsque vous avez capturé les monstres et les avez ramenés près de la cité, vous êtes redevenu un. Quelle sorte de magie est-ce là?

— J ’ai quatre-vingt-quatre mille poils sur le corps», répliqua en riant Singet, «d’un seul poil je tire dix exemplaires de ma personne et ces dix peuvent devenir cent, soit des billions et milliards de transformations: c’eit la magie de la démultiplication de la personne au-delà du corps.»

Les fils du prince s’inclinèrent chacun jusqu’à terre, puis fut servi le repas maigre qu’ils partagèrent en haut du beffroi.

Il y avait lanternes et bannières à chaque créneau, tandis que retentissaient gongs, tambours et crécelles; flèches, canons et cris scandaient en outre les veilles.

Ce fut bientôt le retour de l’aube. L’ancien convoqua Lion-Fauve pour lui communiquer le plan qu’il avait arrêté: «Vous autres, faites de votre mieux afin de capturer Singet et Sablet, pendant que j’entrerai secrètement dans la citadelle par la voie des airs, afin de m’emparer du moine chinois ainsi que du prince et de ses fils. Je les emporterai à la grotte de Nonuple-Numinosité dans l’attente de votre retour triomphal.»

Se conformant à ces dispositions, Lion-Fauve prit la tête de Lion-Gibbon, Lion-des-Neiges, Mord-Eléphant et Mate-Belette et les conduisit, chacun en armes, jusqu’aux abords de la cité, dans la tornade et les tourbillons de brouillard, afin de provoquer l’ennemi au combat.

Singet et Sablet avaient sauté par-dessus la muraille et lançaient des inveétives à tue-tête: «Maudites canailles!

Rendez-nous notre frère Porcet avant qu’il ne soit trop tard! On vous laissera la vie sauve. Sinon, vous serez écrasés, réduits en miettes!»

Sans souffrir la moindre discussion, les monstres se lancèrent tous ensemble à l’attaque. Singet et son compagnon devaient chacun user d’astuce pour tenir à distance cinq lions. Ce fut un combat bien différent de celui de la veille:

Une tornade violente râcle la terre rageusement, un épais brouillard noir couvre de son voile le ciel: roulent les pierres, vole le sable, s’abattent les arbres. L a peur gagnejusqu’aux tigres et loups, ju sq u ’a u x dieux et diables. L a lance féroce et la hache brillante ne connaissent pas plus la p itié que la trique, le râcloir ou le marteau de bronze. Ils auraient voulu avaler Singet tout cru, capturer Sablet vivant.

C ’e il que le grand saint manie son arme avec une adresse merveilleuse.

E t la canne de Sablet esti fameuse bien au-delà des palais du ciel. Cette 7 7 ° fois, ils ont m obilisé leurs valles pouvoirs magiques p our se couvrir âi gloire et nettoyer l ’O uell des monstlres.

Tandis que les cinq lions de tous poils menaient le combat contre Singet et Sablet à son point crucial, le vieux monstre, monté sur un nuage noir, s’élançait vers le beffroi. Il lui suffit d’une secousse de ses têtes pour jeter la panique parmi les officiers de tous grades sur les remparts qu’ils abandonnaient avec les hommes de garde. Ils le laissèrent entrer dans la tour où, la gueule ouverte, il happa Tripitaka ainsi que les princes, père et fils et, revenant dans la courbe, emporta du même coup Porcet. C’est qu’il avait neuf têtes et autant de bouches: dans l’une il tenait Tripitaka, dans l’autre il serrait Porcet, et les quatre princes dans quatre autres. Les six personnes occupaient six gueules: il lui en restait trois pour crier: «Je vais en avant! »

À voir leur grand-père s’en retourner triomphant, les cinq lions redoublèrent, tout un chacun, de pugnacité.

Aux cris et vociférations qui s’élevaient des remparts, Singet comprit qu’il était tombé dans le panneau: il avertit Sablet d’avoir à se tenir sur ses gardes, s’arracha tous les poils du bras, les mâchonna consciencieusement et les transforma en milliers et centaines de petits Singets qui se lancèrent à l’attaque, culbutant Lion-Gibbon, prenant vivant Lion-des-Neiges, capturant Mord-Eléphant, renversant Mate-Belette et battant à mort Lion-Fauve. Toutefois, dans la mêlée et la confusion du retour à la citadelle, Face-Bleue ainsi que Bizarre-Ruse et Ruse-Bizarre réussirent à s’échapper.

Les officiers qui observaient l’évolution de la bataille du haut des remparts firent à nouveau ouvrir les portes, ligoter et transporter les cinq lions à l’intérieur des murs.

Avant même qu’ils en eussent disposé, apparut la reine, sanglotante. Elle se tourna vers Singet, le salua et lui apprit:

«O divin maître, Leurs Altesses, père et fils, ainsi que votre maître ont perdu la vie. Que va devenir la cité orpheline?

— Ne vous faites point de souci, sage reine», répondit le grand saint après avoir récupéré ses poils et lui avoir rendu son salut, «comme nous avons capturé les sept lions, il y a tout lieu de penser qu’il ne fera aucun mal à 77i

Leurs Altesses et à notre maître, quand bien même il ait trouvé moyen de les emporter. Demain de très bonne heure, nous irons tous les deux à son repaire: je vous garantis que nous le saisirons et vous rendrons les quatre princes.»

À ces mots, la reine et toutes les dames du palais se prosternèrent devant Singet: «Puisse la vie de Leurs Altesses être préservée et leur règne consolidé!»

Ces vœux prononcés, elles retournèrent chacune à son palais, retenant leurs larmes.

Singet donna ces instruétions aux officiers concernés:

«Écorchez Lion-Fauve, que nous avons tué. Garrottez solidement les six autres lions. Apportez-nous un repas maigre: nous dormirons après avoir mangé. Ne vous inquiétez pas, vous tous. Rien n’arrivera, je vous le garantis.»

Le lendemain, le grand saint emmena Sablet sur un nuage qui les déposa bientôt au sommet du mont Nœudsde-Bambou. Quelle montagne majestueuse leur apparaissait du haut de leur nuage! On voyait Une rangée de pics rudes et escarpés. A u fond du ravin gargouillent les eaux d ’un torrent; au pied de la falaise abrupte s ’étend le brocart de fleurs odorantes. L e vieux chemin serpente sous les cimes étagées. ■ A h! vraiment: la grue est la seule compagne du p in et le nuage qu i s’en va laisse la roche sans soutien.

L e gibbon noir à la recherche de fru its se tourne vers la lum ière; cerfs et biches qu i broutent lesfleurs se plaisent à la chaleur du soleil. A uprès du délicat chant du phénix bleu, les entrelacs de la voix du loriot paraissent grossiers.

A u printem ps, pêchers et pruniers rivalisent de charme; en été, la luxuriance du saule le dispute à celle du sophora. A l ’automne s ’étendent les tapis de fleurs jaunes; l ’hiver, volent les flocons de neige. L a beauté de la saison aux quatre époques et huit fêtes ne le cède en rien aux paysages m erveilleux des îles d ’immortels'1.

Tandis qu’ils contemplaient le paysage du haut de la montagne, ils aperçurent Face-Bleue, un bâton court à la main, qui courait à la sortie d’un vallon.

«Où vas-tu?» lui cria Singet, «me voilà!»

Terrifié, le petit monstre fit une culbute et dévala la pente. Tous se lancèrent à sa poursuite, mais il avait disparu. Quelques pas de plus les menèrent à la résidence troglodyte. Les deux vantaux de pierre veinée de l’entrée «Cherchez-moides cordes!»

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étaient solidement fermés. Sur le fronton, une dalle horizontale portait dix gros caradères gravés en Style calligraphique régulier: Grotte aux Neuf-Méandres-Courbes-et Torses au Mont Nœuds-de-Bambou de Mille-Merveilles.

Le petit monstre était en effet entré dans la grotte par la porte qu’il avait refermée. Il était allé prévenir l’ancien:

«Seigneur et père, les deux bonzes sont revenus.

— Est-ce que tes grands rois sont arrivés, Lion Gibbon, Lion-des-Neiges, Mord-Éléphant et Mate Belette?

— Je ne les ai pas vus. Il n’y avait que ces deux bonzes qui scrutaient l’horizon du haut de la montagne. Dès que je les ai aperçus, je suis rentré en courant et, comme ils me donnaient la chasse, j’ai refermé la porte avant de venir.»

À cette réponse, le vieux monstre baissa la tête sans dire un mot. Au bout d’un moment, les larmes jaillirent de ses yeux. Il s’écria: «Misère! Mon petit-fils Lion-Fauve eit mort! Lion-Gibbon et les autres ont tous été capturés et traînés dans la citadelle par les bonzes. Comment les venger?»

Ligoté dans un coin en compagnie des princes et de Tripitaka, Porcet souffrait mille morts. Quand il entendit le vieux monstre dire que ses petits-fils avaient été faits prisonniers, il s’en réjouit intérieurement et murmura:

«Maître, ne craignez rien, princes, ne vous tourmentez pas! Mes condisciples ont remporté la viftoire, capturé les monstres et viendront ici nous chercher et délivrer.»

À peine avait-il prononcé ces paroles qu’il entendit l’ancien donner des ordres: «Mes petits, montez la garde avec vigilance, pendant que je sors m’emparer des deux bonzes et infliger à tous le châtiment qu’ils méritent.»

Le voilà qui s’avance à grandes enjambées, sans endosser d’armure ni porter d’arme. On entendait les vociférations de Singet. Il ouvrit les portes toutes grandes et, sans un mot, se précipita sur le Novice. Tandis que ce dernier maniait la trique de fer pour lui barrer le passage, Sablet faisait tournoyer son bâton, prêt à frapper.

Le vieux monstre se contenta de secouer la tête et huit autres surgirent à gauche et à droite, gueules ouvertes, toutes en même temps. Il cueillit gentiment Singet et Sablet entre les dents et, les ramenant dans la grotte, ordonna: «Cherchez-moi des cordes!»

Bizarre-Ruse et Ruse-Bizarre, ainsi que Face-Bleue, qui 77 4

avaient réussi à s’échapper la nuit précédente, en apportèrent aussitôt et ligotèrent solidement les deux pèlerins.

«Maudit singe!» s’écria le vieux monstre, «tu as capturé sept de mes petits-fils, mais je détiens maintenant quatre bonzes et quatre princes, assez à mettre dans la balance contre la vie de mes enfants. Mes petits, choisissez une canne de saule avec des épines pour infliger à ce macaque une bonne raclée sur la tête et venger en partie la mort de mon petit-fils Lion-Fauve.»

Chacun des trois petits monstres se tailla un bâton de saule et s’appliqua à frapper le Novice. Or le corps de Singet avait été forgé et trempé: les coups lui faisaient l’effet de chatouillis. Il ne poussait pas le moindre cri, indifférent à leurs efforts redoublés. Porcet, Tripitaka et les princes en avaient la chair de poule. Les cannes eurent tôt fait de se casser.

Ils frappèrent jusqu’au soir, sans compter les coups.

Fort mal à l’aise de le voir ainsi roué de coups, Sablet proposa d’en prendre une centaine à sa place.

«Patience!» lui répondit le vieux monstre, «ton tout viendra demain. Vous serez tous battus les uns après les autres.

— Ce sera donc mon tour après-demain», haleta Porcet.

Comme le soir tombait, le vieux monstre ordonna:

«Arrêtez-vous, mes petits! Allumez les lampes et restaurez-vous un peu. Laissez-moi me retirer dans mon antre de Nuées-de-Brocart pour piquer un somme. Vous trois qui avez tant souffert, montez la garde avec vigilance.

Nous recommencerons à les battre demain matin.»

Les trois petits monstres apportèrent des lampes et recommencèrent à taper sur le crâne de Singet avec des cannes de saule: on aurait dit des castagnettes entrechoquées, tic-tic-tac, tac-tic-tic, tantôt rapide, tantôt plus lent.

La nuit s’avançant, tous finirent par s’endormir.

Usant de son habituelle magie pour s’échapper, Singet réduisit la dimension de son corps, se glissa hors des liens, secoua sa fourrure, rectifia sa tenue et tira de son oreille la trique, à laquelle il donna, d’une simple rotation, la grosseur d’un seau. La barre avait deux toises de longueur. Il se tourna vers les trois petits monstres: «Créatures immondes, vous avez battu votre seigneur et père tout votre soûl, mais il ne s’en porte pas plus mal. Votre.Livre XVIII, chapitre x c

grand-papa aimerait vous forcer à tâter un peu de ce bâton-là, pour voir l’effet que ça vous fait.»

Il leur en donna une légère tape, qui les réduisit tous trois en chair à pâté. Puis il tira la mèche de la lampe avant de dénouer les liens de Sablet. Porcet, qui n’en pouvait plus d’être garrotté, se mit à pousser de hauts cris: «J’ai les mains et les pieds enflés, frangin! Et ce n’est pas moi que tu délies le premier!»

La protestation de l’idiot eut tôt fait de réveiller le vieux monstre. Se dressant sur son séant comme mû par un treuil, il s’écria: «Qui délie...?»

Singet souffla aussitôt la lampe et, sans plus se soucier de Sablet ou des autres, brisa à coups de trique plusieurs portes pour s’enfuir.

Arrivé dans la salle principale, le monstre appela: «Mes petits, comment se fait-il qu’il n’y ait plus de lumière?

Personne ne s’est échappé?»

Nul ne répondait. Il répéta la question: aucune réponse. Il alla chercher de la lumière et vit trois tas de chair ensanglantée écrasés contre le sol. Les princes, Tripitaka et Porcet étaient toujours là, mais Singet et Sablet manquaient. Il alluma une torche et, se lançant à leur poursuite, aperçut Sablet qui se tenait debout, le dos collé au mur, sous une galerie. Il le saisit, le jeta contre le sol et le ligota de nouveau. Il repartit à la recherche de Singet, mais, à la vue des portes brisées, comprit qu’il s’était échappé à l’extérieur. Renonçant à le rattraper, il se mit à réparer les portes tant bien que mal afin de protéger ses biens.

Bref, revenons à Singet: sorti de la grotte aux Neuf Méandres, il chevaucha un nuage et s’en retourna d’une traite à la cité de Yuhua. Il fut accueilli dans les airs par les divinités locales et les dieux tutélaires de la ville. «Pourquoi avez-vous attendu cette nuit pour venir me voir? leur lança le grand saint.

— Comme vous étiez retenus par un prince sage, nous n’osions pas vous déranger. Mais sachant maintenant que le prince est tombé sur des démons que combat le grand saint, nous sommes venus vous présenter nos respeéls.»

Singet reprenait ses reproches, lorsqu’il vit s’agenouiller devant lui le révélateur Tête-d’Or, les six capitaines du jour et les six de la nuit; ils amenaient prisonnier un tuàï':

«Grand saint, nous avons arrêté ce ruffian local.

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— Pourquoi venir faire du raffut ici, au lieu de protéger mon maître au mont Nœuds-de-Bambou? tonna Singet.

— Grand saint, le monstre a repris le général des Rideaux-Roulés et l’a garrotté comme il l’était avant votre fuite. Voyant combien était grande sa force magique, nous vous avons amené le tudi du mont Nœudsde-Bambou. Il connaît les origines du montre.

Interrogez-le donc, de façon à prendre les dispositions appropriées pour tirer du malheur le saint moine et le sage prince. »

Singet se réjouit fort de l’apprendre.

Le tudi se proiterna en tremblant avant d’exposer: «Le vieux monstre est descendu sur cette montagne il y a deux ans. La grotte aux Neuf-Méandres servait d’antre aux six lions. A l’arrivée du vieux monstre, ils lui ont prêté l’hommage dû à un ancêtre. Ce dernier est un lion à neuf têtes qui s’est fait appeler saint primordial de Nonuple Numinosité. Si vous souhaitez l’éliminer, il faut vous rendre à l’Est extrême, au palais de la Falaise Merveilleuse, et prier son maître de venir. Lui seul pourrait le soumettre. Pas question de le capturer pour qui que ce soit d’autre.»

Singet, à ces mots, réfléchit un bon moment avant de répondre: «Au palais de la Falaise-Merveilleuse de l’Est extrême réside le Vénérable céleste, sauveur de l’Un Suprême. Il trône en effet sur un lion à neuf têtes. Dans ce cas...» Sur ce, il donna ces instructions: «Révélateur, dieux du jour et de la nuit, retournez d’où vous venez avec le tuât, afin d’assurer la secrète protection du Maître, de mes condisciples et des princes de la cité. Quant aux dieux tutélaires de la ville, qu’ils gardent les remparts. Je pars et reviens. »

Les divinités repartirent à leurs poètes de garde.

D’une culbute dans les nuages, Singet s’en fut dans la nuit même et atteignit le portail est du ciel à l’heure jin, vers 4 heures du matin. Il tomba sur le roi céleste au Vaste-Regard, entouré de soldats célestes et de colosses, de son escorte. Ils l’arrêtèrent et, l’accueillant mains poliment croisées, lui demandèrent: «Où allez-vous, grand saint?»

Singet rendit leur salut et répondit: «Je vais d’abord faire un tour au palais de la Falaise-Merveilleuse.

— Que viens-tu faire au ciel oriental, au lieu de poursuivre ta route vers l’Ouest? répliqua le devarâja.

— C’est qu’à la cité de Yuhua nous avons été fort bien reçus par le prince. Ses trois fils nous ont honorés comme maîtres afin d’étudier les arts martiaux, ce qui nous a inopinément mis aux prises avec cette bande de lions. Je voudrais rendre visite au Vénérable céieite du palais de la Falaise-Merveilleuse, parce qu’il est le maître du monstre, et le prier de nous le soumettre afin de libérer notre maître.

— C’est parce que vous avez voulu devenir des maîtres parmi les hommes que vous avez suscité ces complications avec l’antre aux lions, fit remarquer le devarâja.

— Vraiment? Vraiment!» répliqua Singet en riant.

Les soldats et les colosses croisèrent poliment les mains et le laissèrent passer. Le portail de l’Est franchi, le grand saint arriva bientôt devant le palais de la Falaise Merveilleuse. Il admirait L ’itagement des nuées irisées, les volutes de vapeur pourpre, le déferlement doré des tuiles, tel une mer de flammes, les bêtes de jade honorant les vantaux de l ’entrée, les fleurs luxuriantes cernant l ’arche double de leurs rougeurs, le soleil brillant à travers la brume émeraude q u i montait de la forêt altière.

L à, en effet, les myriades d ’immortels tissent une couronne d ’hommages, et les saints, p a r m illiers, s’élèvent.

Bâtiments et pavillons se succèdent tels couches successives de brocart, reliés p a r leurs porches et fenêtres.

Protégé p a r le divin éclat d ’un dragon d ’azur, p a r le scintillement de lourdes vapeurs de bon augure, c'est le monde Splendide de jo ie étemelle, le palais de la Falaise-M erveilleuse de l ’orient extrême.

À l’entrée se tenait un garçon vêtu aux couleurs de.

l’arc-en-ciel. Dès qu’il aperçut Singet, il entra l’annoncer:

«Père, il y a dehors le Grand Saint égal au Ciel qui avait provoqué ce terrible raffut aux palais célestes.»

Le Vénérable céleste ordonna aussitôt à ses gardes et servants de le recevoir et de le conduire devant lui. Il siégeait sur un trône élevé de fleurs de lotus de neuf couleurs, au milieu de myriades de rayons de bon augure.

À la vue de Singet, il descendit l’accueillir. Le Novice s’inclina. Le Vénérable céieite lui rendit son salut: «Il y a des années que je ne t’ai pas vu, grand saint; j’ai appris que tu avais abandonné la Voie du Tao pour te convertir à la 7 7 8

doctrine du Bouddha et protéger le moine chinois dans sa quête des Ecritures au paradis de l’Ouest. Je présume que cette tâche méritoire est accomplie.

— Pas encore, mais ce sera bientôt fait. Toutefois, comme cette tâche de proteéteur m’avait amené à la cité du Yuhua, les trois fils du prince, dans le désir d’apprendre les arts martiaux, nous ont honorés, moi et mes compagnons, en maîtres ès armes. Les nôtres, dont ils faisaient faire la copie, ont été malencontreusement volées dans la nuit.

Nos recherches, le lendemain, nous ont appris que l’auteur du vol était un lion à toison d’or de la grotte Gueulede-Tigre du mont Tête-de-Léopard au nord de la cité.

Comme j’avais trouvé moyen de les récupérer, la créature a rameuté une bande d’esprits-lions et provoqué de graves incidents contre votre serviteur. Parmi eux se trouve un lion à neuf têtes qui dispose d’immenses pouvoirs magiques. Il avait emporté dans ses gueules mon maître, Porcet et les quatre princes à la grotte des Neuf-Méandres du mont Nœuds-de-Bambou. Le lendemain, partis sur ses traces, nous avons subi le même sort, moi-même et Sablet.

Ligoté et battu un nombre incalculable de fois, j’ai heureusement trouvé le moyen de m’enfuir. Eux continuent à souffrir là-bas. Comme j’ai appris que vous étiez son maître, en finissant par interroger le tuai de l’endroit, je me suis permis de venir vous prier de récupérer le montre et de les délivrer. »

A ce discours, le Vénérable céleste ordonna aussitôt à son capitaine de convoquer pour interrogatoire l’esclave de garde à la maison du lion. Profondément endormi, celui-ci ne se réveilla qu’après avoir été secoué maintes fois par les guerriers célestes. Ils le traînèrent dans la salle, où le Vénérable céleste lui demanda: «Où e£t la bête?

— Grâce, grâce! se contenta de répondre l’esclave en versant des larmes et en se prosternant.

— En présence de Singet le grand saint, je ne te battrai pas. Tu ferais mieux de t’expliquer sans tarder sur ton manque de vigilance et la fuite du lion à neuf têtes.

— Père, j’ai aperçu l’autre jour une bouteille qui traînait dans la salle de Rosée-Douce du Grand Chiliocosme.

Je n’ai pas su faire mieux que de la voler et la boire. Avant même de m’en apercevoir, je suis tombé ivre mort et n’ai pas dû enchaîner le lion comme il faut, ce qui lui a permis de s’enfuir.

— C’est le vin que m’avait envoyé seigneur Laozi et que l’on appelle “nedar de jaspe de la transmigration”. Le boire rend soûl trois jours durant. Depuis combien de temps s’eit enfuie la bête?

— D’après le tudin, précisa Singet, «elle serait descendue sur terre il y a deux ans. Cela doit faire maintenant deux ou trois années.

— C’est bien cela!» répondit en riant le Vénérable céleste, «un jour au paradis vaut une année sur terre.»

S’adressant à l’esclave: «Lève-toi. Je te pardonne.

Accompagne-moi, et le grand saint, dans le monde d’Enbas pour la récupérer. Vous autres, vous pouvez vous retirer. Vous n’avez pas besoin de nous suivre.»

Le Vénérable céleste descendit donc d’une traite sur un nuage jusqu’au mont Nœuds-de-Bambou, avec le grand saint et l’esclave au lion. Les révélateurs des cinq orients, les six dieux du jour et les six de la nuit, ainsi que le tudi, vinrent les accueillir agenouillés.

«Est-ce que mon maître aurait été mis à mal malgré votre protedion? leur demanda Singet.

— Le monstre se sentait si contrarié qu’il s’est endormi et n’a plus touché à des instruments de torture.

— Mon saint primordial est aussi un être vrai qui cultive la Voie depuis fort longtemps», ajouta le Vénérable céleste, «d’un cri il peut atteindre les trois saints d’En-haut et, sous terre, les neuf sources. Il ne saurait nuire aux êtres vivants à la légère. Grand saint, va le provoquer au combat et attire-le dehors de façon à me permettre de le récupérer facilement. »

Singet obéit. Brandissant la trique, il sauta près de l’entrée et lança de violentes invedives: «Maudite créature!

Rends-moi les miens! Monstre infeét, rends-les-moi!»

Il eut beau crier à maintes reprises, la bête était endormie et personne ne répondait. Perdant patience, Singet fit tournoyer sa barre de fer et pénétra à l’intérieur, sans cesser de pousser des vociférations. Le vieux monstre se réveilla enfin. Le cœur embrasé d’une violente colère, il se leva en hurlant: «Au combat!» D’une secousse de la tête, il sortit ses multiples gueules grandes ouvertes.

Singet fit demi-tour et s’enfuit au-dehors. Le monétre le poursuivait en vociférant: «Maudit singe, où vas-tu?

— Et tu as encore l’extrême audace de te conduire pareillement! » ricana Singet, debout en haut de la falaise,.'Livre XVIII, chapitre x c

«ne sais-tu pas que ta vie est en balance? N’eit-ce pas là ton maître, ici présent?»

Comme le monstre se précipitait vers la falaise, il fut intercepté par le Vénérable céleste, qui récitait une incantation. Ce dernier lui cria: «Mon petit saint primordial, je suis là!»

Reconnaissant son maître, la créature n’osait se débattre: elle se coucha sur ses quatre pattes et ne cessait de frapper le sol du front. L’esclave courut auprès d’elle et lui saisit la crinière d’une main, faisant pleuvoir de l’autre une centaine de coups de poing sur son cou, tout en grommelant: «Sale bête! Comment t’es-tu enfuie? Tu m’as mis dans de beaux draps! »

Le lion fermait sa gueule, sans oser souffler mot ni bouger. Le gardien s’arrêta quand il fut fatigué de le battre.

Il lui fixa une selle couverte de brocart. Le Vénérable céleste le chevaucha et hurla l’ordre du départ. Ils retournèrent au palais de la Falaise-Merveilleuse, montés sur un nuage multicolore.

Le grand saint remercia, tourné vers l’espace. Puis il entra dans la grotte, délivra d’abord le prince, ensuite Tripitaka, enfin Porcet, Sablet et les trois fils princiers. Il les reconduisit dehors après avoir fouillé avec eux les autres parties de la caverne. Porcet ramassa du bois sec qu’il empila devant et derrière, puis y mit le feu, transformant la grotte aux Neuf-Méandres en ruine de four calciné.

Le grand saint renvoya les divinités et laissa au tudi le soin de la proteéfion du pays. Porcet et Sablet furent chargés d’user chacun de leurs pouvoirs afin de ramener sur leur dos les princes dans leur cité. Lui-même avait pris en main Tripitaka. Ils y furent bientôt de retour: le soir tombait quand les dames du palais et les officiers vinrent les accueillir. On servit un banquet maigre que tous partagèrent de bon appétit. Maître et disciples retournèrent prendre un repos bien gagné au même pavillon du Séchage-de-la-Gaze. Les princes rentrèrent dormir au palais. La nuit s’écoula sans incident.

Le lendemain, le prince ordonna de préparer un grand festin d’aétion de grâces, auquel tous les officiers de la principauté se joignirent. Par ailleurs, Singet fit venir des bouchers pour abattre les six lions, les écorcher comme Lion-Fauve l’avait été, et préparer la viande. Ravi de la 7 82

suggestion, le prince ordonna leur mise à mort immédiate.

L’un des lions fut réservé à la consommation de la résidence princière, un autre à celle des officiers des services administratifs. Les cinq restants furent débités en morceaux d’une à deux onces, la garde étant chargée de les distribuer à la population et à l’armée dans la ville et ses faubourgs. Ainsi chacun fut à même de goûter à de la viande de lion et de calmer de cette façon la frayeur que ces monstres avaient infligée, don que chaque foyer reçut avec reconnaissance.

Ensuite, les forgerons annoncèrent en se prosternant la fin de leurs travaux à Singet, qui leur demanda: «Combien pèse chacune des armes?

— La trique cerclée d’or fait mille livres; le râteau à neuf dents et la crosse à terrasser les démons huit cents chacun.

— C’est bon», répondit Singet, qui fit appeler les trois princes. Chacun prit son arme.

«Père», annoncèrent-ils au prince, «le travail est achevé.

— Ces armes ont failli nous coûter la vie, répondit celui-ci.

— Mais nous avons été heureusement sauvés par la puissance magique de nos divins maîtres, qui nous ont débarrassés des monstres et ont par là éliminé tout malheur à venir. Vraiment le cas de parler d’un monde de grande paix aux mets paisibles et fleuves limpides!»

Les princes récompensèrent les forgerons et retournèrent au pavillon du Séchage-de-la-Gaze remercier leurs maîtres de la grâce qu’ils leur avaient accordée.

Tripitaka demanda à Singet et ses compagnons de transmettre leurs arts sans tarder, afin de ne pas compromettre le départ vers l’Oueft.

Tous trois faisaient leurs démonstrations dans la cour de la résidence, les instruisant chacun. Les jeunes princes mettaient un tel enthousiasme dans leurs exercices qu’ils parvinrent à maîtriser rapidement les soixante-douze mouvements, l’offensive et la défensive, le rapide et le lent. Leur volonté d’une part, et d’autre part la force divine que leur avait insufflée le grand saint, leur permettaient de manier des armes aussi lourdes. Leurs progrès étaient sans commune mesure avec ce dont ils auraient été naguère capables. En témoigne le poème:

Chance leur a fa it remontrer divins m aîtres;

M ais pourquoi fa lla it-il que lions s’y empêtrent?

L es monstlres éliminés, le pays en p a ix,

Corps un de doctrine fa it frontières sûres.

Nonuple convient au Y ang prim ordial,

C a r la Voie efl fru it de perfeition complète.

Transm ission de l ’expertise e il assurée:

Étem elle jo ie en partage de Yuhua!

Ce fut à nouveau un grand banquet, que les jeunes princes offrirent pour remercier leurs maîtres. Puis ils présentèrent un grand plateau d’or et d’argent en modeite témoignage de leur gratitude.

«Enlevez-moi ça tout de suite! » leur dit en riant Singet, «nous n’en avons pas l’usage, nous sommes des moines!

— Nous ne saurions vraiment pas accepter de l’or ou de l’argent», ajouta Porcet, «mais ces lions ont mis en pièces nos vêtements. Si vous aviez de quoi en changer, ce serait de votre part un témoignage d’affeftion amplement suffisant.»

Les princes ordonnèrent alors aux tailleurs de se fournir de plusieurs rouleaux de brocart, bleu, rouge et marron, et de confectionner trois robes de mêmes forme et couleur que celles que portaient les moines. Tous trois les acceptèrent volontiers, les mirent aussitôt et préparèrent les bagages pour le départ.

Dans la ville et les faubourgs, il n’y avait pas une personne qui ne s’extasiât, les traitant d'arhat descendus sur terre ou de bouddhas vivants. Les fanfares retentissaient dans les rues, bariolées d’étendards, qui débordaient de monde. C’était

L ’encens qu i brûlait devant chaque foyer,

L es lanternes pendues à chaque entrée.

La foule les accompagna sur une longue distance avant de s’en retourner, les laissant quitter la cité pour s’en aller vers l’Ouest.

Ce départ les délivrait de tout souci et laissait leur esprit entièrement tourné vers l’accession au juste fruit. Enfin, Sans inquiétude ils parviennent au monde du Bouddha E t d ’un cœur sincère montent au monastlère du Coup-de-Tonnerre.

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Si vous ne savez, en fin de compte, combien d’étapes leur restaient pour atteindre le mont des Vautours, ni quand leur voyage touchera à sa fin, écoutez donc la séance qui vient..Livre dix-neuvième

LA FAUSSE PRINCESSE

(chapitres xci à xcv)